05 avril
2012

Tournai : l'année 1912 sous la loupe (2)

Si, en cette année 1912, le monde a été sous le choc à l'annonce du naufrage du Titanic, la ville de Tournai a aussi connu une catastrophe qui n'a heureusement pas fait de victime;

Le mercredi 6 mars, le journal paraît avec un gros titre : "Un désastre - La gare de Tournai est en feu - L'aile droite et le dôme sont détruits - Le bureau de poste et du télégraphe n'exsitent plus - Les dégâts sont immenses".

C'est vers 1h de l'après-midi que les premières flammes sont apparues au niveau des combles des locaux qui abritent le service des voies et travaux. L'origine du sinistre est probablement due à un court-circuit. Le feu a été attisé par un vent violent qui souffle en tempête et fait tournoyer les importants volutes de fumée qui s'échappent de la toiture. Rapidement l'incendie s'étend et, à deux heures, la grande horloge éclate en mille pièces sous l'effet de la chaleur. Au même moment, la charpente en bois du dôme totalement embrasée s'effondre sur les bureaux du premier étage. Heureusement, la salle des pas perdus n'est pas touchée par cet effondrement spectaculaire. L'incendie a gagné le bureau de poste et le poste de télégraphe et les lignes téléphoniques sont hors d'usage, plus aucun abonnés dépendant du central de la gare peut encore entrer en communication. Les pompiers ont la maîtrise du sinistre vers 4h de l'après-midi, la circulation des trains, un moment interrompue est déviée vers les voies de garage qui servent provisoirement de terminus. Dès le lendemain l'enquête démarre, pratiquement tout l'argent contenu au bureau de poste s'est volatilisé en fumée toutefois, dans les décombres, on retrouve une somme de 10.000 épargnée par le feu. Dans les jours qui suivent, on procède on déblaiement et quelques centaines de lignes téléphoniques sont à nouveau opérationnelles. Le 18 mars, tous les abonnés sont à nouveau reliés. La gare, oeuvre de l'architecte Beyaert, avait été inaugurée en 1879 en présence du roi Léopold II et de la reine Marie-Henriette. Les autorités communales entreprennent rapidement les démarches auprès des autorités concernées pour une rapide reconstruction.

En cette année 1912, les sapeurs-pompiers seront mis à rude contribution. Un premier sinistre a été combattu le vendredi 19 janvier. Il est environ 10h du soir, lorsque le veilleur du beffroi (fonction supprimée par la suite) aperçoit une grande lueur dans la direction du faubourg Saint-Martin. Le tocsin alerte les hommes du feu qui constatent en arrivant à la porte Saint-Martin que le feu se situe au fond de la plaine des Manoeuvres. Le hangar de l'aviateur Walter Bulot est la proie des flammes. Le bâtiment fait de bois et de carton bitumé contient deux aéroplanes, le matériel et les plans du constructeur. Il est déjà trop tard pour intervenir et il est décidé de le laisser brûler puisqu'il n'y a pas de danger pour les voisins. Mr Bulot avait quitté son atelier vers 6 h du soir y laissant son chien de garde et un chat qui y avait élu domicile, les deux animaux périront dans l'incendie. Les dégâts sont estimés à 35.000 francs mais le propriétaire déclare n'être assuré que pour un montant maximum de 15.000 francs. Le sinistre sonnera le glas des espoirs du pilote qui quittera Tournai un an plus tard. Il faut dire que la population tournaisienne n'avait pas été tendre avec lui après son échec lors de la semaine de l'aviation de septembre 1909 et que, lors du carnaval qui suivit, on avait promené une réplique en bois et en carton de son aéroplane en l'ayant intitulé "l'ozieau d'Mossieu Bulot". 

On notera encore de nombreux incendies qui provoqueront plus ou moins de dégâts mais celui qui survient dans la soirée du 21 novembre à la rue de la Tête d'or aurait pu être dramatique. Au n° 17, entre les demeures de Mr. Hunt, chocolatier et de Mr Labrune, tapissier, on trouve une haute maison de deux étages occupée par l'imprimeur typographe Dequenne, au rez-de-chaussée, Mr. Minet, lui aussi typographe et sa fille et au second étage par Lucie L. qui vit seule. Vers 9h, celle-ci va se coucher mais quelques minutes plus tard, elle entend son chien gémir, de la fumée a envahi l'appartement. Paniquée, Mme L. se précipite à la fenêtre, l'ouvre et s'installe sur le rebord pour appeler à l'aide. Des passants ont vu les flammes provenant de l'atelier de Mr. Hunt et ont appelé les pompiers. On entasse des matelas et on conseille à la dame de s'y laisser tomber. Malgré qu'elle soit entourée par les fumées, celle-ci refuse obstinément. On va chercher des échelles qui s'avèrent trop petites pour l'atteindre. Finalement, au moment où les pompiers arrivent, un voisin est parvenu à agripper la dame et à la descendre. Durant l'intervention deux pompiers seront blessés par des éclats de verre.

Autre lieu où la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres est le Conseil communal, la majorité catholique et l'opposition socialiste-libérale s'invectivent le plus souvent. Un procès est même intenté par l'éditeur du journal anticlérical "l'Economie" contre le bourgmestre et les échevins et ceux-ci répliquent en déposant plainte, à leur tour, contre le journal. Ah, la Belle Epoque ! (à suivre).

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, gare, incendie, bulot |

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