31 mars
2012

09:20

Tournai : expressions tournaisiennes (167)

Propeos d'ein défoutu !

Les bieaux jours i-seont d'ortour, ov'là l'printemps et d'jà les vacances de Pâques. A partir d'aujord'hui, les écoles elles seont serrées pou deux sémaines. J'in conneos eine masse à qui cha deot faire plaisi pasqu'asteur pou beauqueop d'infants aller à l'école ch'n'est pus leu tasse de thé. 

Avant quand t'alleos à l'école, ch'éteot pou ti apprinte à lire, à faire des carculs, à bin écrire, asteur quand te lis su l'toile des commintaires, mo Dieu, bé, i-a vraimint pour braire. Ch'est pos l'tout d'aller s'assir à eine tape ou su ein banc, il-feaut acore bin acouter ce que l'prof i-dit pa' d'vant

Ch'est pus facile, bin seûr, su les i-Pod et les I-Pad, pindant des heure, d'marteler les touches des claviers, d'inveyer des textos ave des simblants d'meots ou acore, in cachette, de jeuer ave eine tablette. Ch'est cha l'génératieon internet.

I-a bin intindu des psychologues qui veont nous faire acroire que ces jeux seont beons pou développer l'sens de l'réflexieon et même leu deonner l'goût d'l'invintieon, pou mi tout cha, j'vous l'dit, ch'est des coules, cha va seul'mint les aider à dev'nir maboules.

Attintieon, i-a 'core bramint d'infants qui s'in veont d'l'école ave ein bagache intellectuel ou bin qui veont dev'nir de beons ouverriers manuels, mais, on prépare des génératieons futures composées de quelques grosses tiêtes qui veont diriger eine riche bande de biêtes. 

Ch'est terripe mais à chaque meos d'sétimpe quand j'veos intrer les l'ptits rotleots, in prumière ainnée, je m'deminde, souvint, combin veont aller jusqu'à l'université. Si i-ara des savants parmi tous les infants que j'veos braire pou l'prumière feos qui quittent leu mamère. L'gouvernemint i-veut éviter l'fuite des cerveaux, bé feaudreot d'abord qu'i-in reste ein p'tit leot. 

Là, j'vous arrête, j'vous veos tertous venir, i-n'est pos fort optimisse que j'intinds dire. Mais quand vous lisez les infos dins l'gazette, et bin pou l'av'nir i-a d'quoi avoir l'pépète. Vir tuer ainsin, in rue, les gins d'sang freod, i-a pos à dire, cha m'deonne des frisseons dins l'deos. Agresser eine paufe vielle, li printe ses écolomies, li voler s'portefuelle, pou s'faire du fric, sans devoir ouvrer, à l'ouel, rinverser in auteo des infants et printe l'fuite pasqu'on a s'chique, qu'on a eine cuite, tous les jours l'rubrique des faits divers, elle est rimplie d'parelles affaires. 

L'pire ch'est que les gins de l'gérératieon d'avant, on les met à l'pinsieon à chinquante-chinq ans, i-paraît qui seont treop tchers pou l'interprisse et que cha permet d'économiser in temps d'crisse. I-a bin quelques dinausores dins certaines instances qui, comme papy, feont de l'résistance. Veyez à quater-vingt ans, à Brussels Airlines, i-est acore su l'peont, Davignon et, à Charleroi,  l'vieux Frère i-est toudis aux affaires, on pourreot pinser que ch'est pou l'pogneon mais, mes gins, i-seont riches à millieons. A quater-vingt nuef ans, ichi, à Tournai, pou l'avenir, Michel Lemay i-aveot acore des idées. Tous ces gins, j'vous l'dit tout net, i-n'seont jamais restés ave eine main su l'manette pa d'vant internet. Leu secret, ch'est d'toudis ouvrer et toudis busier, ch'est apprinte jusqu'au dernier jour, jusqu'au momint d'faire ses quate tours. I-d'a qui restent jeones jusqu'à leu mort et i-d'a qui seont d'jà vieux avant d'commincher leu vie !

L'période qu'on vit asteur, ch'est l'décadince, l'pire des moumints, l'nouvelle chute de l'empire romain, l'fin des z'hariqueots, l'avèn'mint d'eine nouvelle préhistoire. Ov'là l'explicatieon des Mayas, leu calinderrier ch'éteot cha, on va s'ortrouver, à court terme, in pieau d'biête dins les cavernes, l'diminche, on ira pourméner à deux, l'heomme saquant s'feimme pa les cheveux, on n'polluera pus no planète car on n'ara pus d'carrette, on ming'ra tertous bio, des rachènes et des navieaux, i-n'ara pus d'école dins no campagne, i-feaudra, pou cha, attinte ein nouvieau Charlemagne. On voira des ruines et des rues défoncées et on s'dira cha au moins à Tournai, cha na pos cangé. Ch'est l'fin d'ein cycle, comme direot Eddy Merckx !

(lexique : ein défoutu : un démoralisé, un désespéré / l'ortour : le retour / serrées : fermées / asteur : maintenant / beauqueop : beaucoup / des carculs : des calculs / braire : pleurer / s'assir : s'asseoir / eine tape : une table / acouter : écouter / pa-d'vant : par devant / bin seûr : bien sûr / inveyer : envoyer / des meots : des mots / faire acroire : faire croire / des coules : des mensonges / bramint : beaucoup / ein bagache : un bagage / ein ouverrier : un ouvrier / terripe : terrible / sétimpe : septembre / prumière : première / les rotleots : les roitelets, désigne aussi les petits enfants / tertous : tous / avoir l'pépète : avoir peur / vir : voir / les écolomies : les économies /  l'portefeulle : le portefeuille / ouvrer : travailler / l'ouel : l'oeil / avoir eine chique comme avoir s'cuite : être ivre / tcher : cher / toudis : toujours / busier : penser / commincher : commencer / l'moumint ou momint : le moment / hariqueot : haricot / l'calinderreir : le calendrier / pourméner : promener / saquant : tirant / pa : par /  l'carrete : la charette, ici la voiture / des rachènes : des racines / des navieaux : des navets).

S.T. mars 2012

  

09:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

30 mars
2012

09:15

Tournai : les festivités d'avril

Voici les festivités programmées durant le mois d'avril à Tournai.

Dimanche 1er, Froyennes, de 10 à 18h, Foyer Saint Eloi,  "33e exposition Toutes Collections", la découverte de collections présentées par des particuliers (Magnets touristiques et divers, Menus de sociétés tournaisiennes, éteignoirs, Pinocchio, plaques émaillées pour le tabac...).

Dimanche 1er avril Halle-aux-Draps "Marché de Pâques", apéritif musical, dégustations

Du dimanche 1er au mardi 9, Esplanade du Conseil de l'Europe, le cirque Alexandre Bouglione dans son nouveau spectacle "Viva latino".

Vendredi 6, de 8 à 18h, dans les rues de la ville, "Grand Marché aux Fleurs"

Vendredi 6, à partir de 20h, dans les rues de la ville "Chemin de Croix".

Vendredi 6, Chapiteau Esplanade du Conseil de l'Europe "Juke-Box Festival" avec la participation de groupes "rock" et "reggae" venant d'Angleterre, de Hollande, de Lille, Bruxelles, Mons, Liège et Tournai.

Lundi 8, toute le journée, Mont Saint-Aubert, " la marche à bâton", animations diverses.

Samedi 14, Marquain, chemin de la pannerie, "Auto-Cross".

Dimanche 15 avril, à 16h, parking de la zone commerciale de Froyennes, "Cascades automobiles et Monster Truck"

Mercredi 18, 20h, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, "Un jour, j'irai à Vancouver" de et par Rachid Bouali et la Cie "la Langue Pendue".

Jeudi 19, Maison de la Culture, conférence "Le bonheur est dans le pré, quel avenir pour nos campagnes" par Daniel Bodson, professeur à l'UCL dans le cadre du cycle organisé par l'Université du Temps disponible.

Jeudi 19, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "It's so nice", conception et interprétation Barbara Sylvain et Lula Béry, librement inspiré de Marie Stuart de Stefan Zweig.

Vendredi 20, 20h, Maison de la Culture, Bruno Coppens dans "Mes singeries vocales", une organisation du Kiwanis Club Tournai-Picardie. 

Samedi 21, à partir de 14h, Ere, salle communale "Piorock Festival"

Samedi 21, 20h, église de Kain la Tombe, concert du Cercle Choral Tornacum.

Samedi 21, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Solaris" en concert "the show must go on".

Samedi 21, 20h, salle La Fenêtre, "Les Nouvelles de l'Espace" avec, en invité, Bert Kruysmans

Vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22, Esplanade du Conseil de l'Europe 10e meeting "Customs international" et animations diverses.

Jeudi 24 avril, de 13h30 à 19h, Halle-aux-Draps, conférence "Smart Cities au quotidien" organisée dans le cadre de la Semaine du Numérique

Jeudi 24, Maison de la Culture, conférence "Frédéric Chopin, la voix du piano" par Jean Marie Onkelinx, Musicologue, dans le cadre du cycle organisé par l'Université du Temps disponible. 

Vendredi 27, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté"Pie Tshibanda", une organisation de l'ACDA (Action et Coopération pour le Développement dans les Andes-Pérou).

Vendredi 27 et samedi 28, Esplanande du Conseil de l'Europe, chapiteau "Childerock" avec en vedette The Rubettes


Les expositions :

Jusqu'au 22 avril, Maison de la Culture, "Anne-Marie Vin et Olivier Sonck".

Jusqu'au 22 avril, Maison de la Culture Espace bis, "Benjamin Monti".

Jusqu'au 27 avril, rue de la Wallonie, "Tournai, cité militaire" ou 2.000 ans d'histoire militaire à Tournai. 

A partir du 28 avril, Maison de la Culture et Le Passé Composé, boulevard des Combattants :      "la photographe Nathalie Amand".

A partir du 28 avril, Maison de la Culture, "Oscar Haus", le peintre-musicien originaire d'Hennuyères.

Jusqu'au 11 juin, Musée des Beaux-Arts : "101 chefs-d'oeuvresde Manet à Dürer"


Dans le cadre de l'opération "100 jours avant l'arrivée du Tour à Tournai", différentes animations et expositions ont été mises sur pied. En ce mois d'avril, notons :

le samedi 21, une course cycliste internationale pour juniors, Orchies (F)-Tournai (B), reliant les deux villes qui se sont associées pour cet évènement sportif,

le samedi 21, en la Halle aux Draps, une soirée consacrée à Eddy Merckx avec la présence du journaliste français Laurent Watiez, 

jusqu'au 27 mai, en la Halle aux Draps, une exposition consacrée à Luc Varenne, ce reporter sportif n°1 de l'INR et de la RTB, originaire de la cité des cinq clochers,

A partir du 27 avril, une exposition "Musée du Tour de France" en collaboration avec Lucien Deschepper, collectionneur passionné.

Ce programme est susceptible d'ajouts ou de modifications.

28 mars
2012

09:05

Tournai : l'année 1911 sous la loupe (3)

En cette année 1911, une nouvelle affaire judiciaire va s'étaler tout le long du mois de mai dans les pages du "Courrier de l'Escaut", on l'appelle l'affaire du chantier de l'hôpital militaire. Celui-ci est en construction, il sera inauguré à la veille du premier conflit mondial et prendra, à la suite de ce dernier, le nom d'Hôpital militaire "Quartier Major Médecin De Bongnie".

Les uns après les autres, entrepreneurs, ouvriers, militaires ou civils chargés de la surveillance du chantier sont convoqués devant le tribunal suite à la découverte de malfaçons et de fraudes organisées à une vaste échelle. Voici une partie de ce qui a été relevé par les enquêteurs et qui motive que cette affaire soit portée à la connaissance de la justice :

"les couvertures de zinc devaient être faites suivant le système dit "Vieille-Montagne" qui a pour but de palier aux dilatations du métal alors que les zingueurs se sont simplement contentés de souder les zincs. Pour cinquante-deux fenêtres de la façade principale, le scellement des grilles a été effectué avec du ciment alors que le cahier des charges précisait qu'il devait être fait au plomb. Les hachelets étaient presque tous en pierre de Tournai au lieu de petit granit, pour leur scellement on a utilisé 8m3 de béton à la place des 60m3 repris sur le bordereau de livraison. Les appareils sanitaires placés étaient en fonte brute, alors que de la fonte émaillée avait été demandée. Les fenêtres à guillotine n'étaient pas du système Vinck comme stipulé au cahier des charges mais des contrefaçons grossières, les bois utilisés pour les charpentes étaient d'une qualité inférieure à celle exigée par l'architecte et portées au cahier des charges...etc..."

La liste des manquements est beaucoup trop longue à énumérer, la fraude porte sur de très nombreux postes du cahier des charges et concerne donc des montants importants. 

Des révélations faites par des ouvriers sont effarantes, ainsi on apprend, par exemple, qu'en brûlant des vieux papiers sans importance, certains carnets d'ordre et bordereaux de travaux avaient, malencontreusement, pu être jeté au feu. Entrepreneurs et ouvriers déclarent qu'ils n'ont fait qu'obéïr aux ordres du commandant H. représentant le maître d'oeuvre, c'est-à-dire le Ministère de la Défense Nationale.

On s'achemine vers la fin du procès, celle-ci est fixée au samedi 2 juin, lorsque la Défense Nationale décide in-extremis de se porter partie civile. Ce nouvel élément va interrompre le déroulement du procès. Quelques semaines plus tard, cette demande de constitution de partie civile est examinée et rejetée. Le procès est remis à une date ultérieure. La consultation minutieuse des journaux jusqu'à la fin du mois de décembre ne permet pas de déceler une reprise de celui-ci. L'affaire a-t-elle été étouffée vu l'ampleur qu'elle avait prise ? On le saura peut-être en consultant la presse de l'année suivante. 

Lors du dernier mois de l'année deux drames vont marquer l'actualité tournaisienne.

Le premier se déroule le jeudi 7 décembre à Blandain, petit village à proximité de la cité des cinq clochers. A quelques centaines de mètres de la gare se dresse le Couvent des Soeurs de la Visitation, ce bâtiment à vocation scolaire abrite près de deux cent pensionnaires et de nombreuses religieuses. Une remise mitoyenne sert à la préparation de l'acétylène destinée à l'éclairage de l'établissement. Durant le repas du soir, vers 7h1/4, la lumière se met à baisser dans les locaux. Les deux religieuses chargées de veiller au bon éclairage se rendent dans la réserve, munie d'une lanterne à flamme, car il fait déjà nuit noire à ce moment de la journée. Comme elles le font d'habitude, elles se gardent bien d'entrer dans le local avec une flamme et déposent la lanterne sur le rebord de la fenêtre, afin de pouvoir se diriger à l'intérieur. Cette fenêtre était-elle bien étanche, y-avait-il une fissure dans le châssis ? Dès qu'elles pénètrent, une terrible déflagration se fait entendre, les maisons du village sont ébranlées, des fenêtres sont pulvérisées à plusieurs centaines de mètres du lieu de l'explosion, des lampes sont soufflées dans des habitations situées de l'autre côté de la voie ferrée, la détonation est perçue dans le village voisin de Templeuve et des habitants de Pecq déclarent l'avoir entendue. Une des deux religieuses a été projetée à plus de vingt mètres de la remise dont il ne reste rien, elle a cessé de vivre, l'autre est très gravement brûlée et soignée par le Docteur Richard, le médecin du village accouru sur les lieux. Aucune autre personne se trouvant dans le bâtiment n'a été blessée mais toutes sont profondément choquées. 

Le second fait a pour cadre la rue Du Quesnoy à Tournai. Le mercredi 20 décembre, Marie H, une jeune femme de 25 ans se rend comme tous les jours à la même heure à son travail à la "Linière Tournaisienne". Elle est séparée de son mari, un certain Jules L., débardeur, un homme jaloux et violent. Elle ignore que celui-ci guette son passage et, vers 8h30, elle est assaillie par l'homme qui lui donne un premier coup de couteau et, alors qu'elle tombe, il parvient encore à lui asséner sept autres coups. Des ouvriers alertés par des cris accourent et voient l'homme ramassé le parapluie de son épouse et replier son couteau avant de leur dire, cyniquement : "maintenant, je suis content, j'ai accompli mon idée". Sur ces mots, il se dirigea vers la rue de Pont. La police arrivée sur place se mit à sa poursuite. Rattrapé, il fut conduit au commissariat de police où il ne montra aucun regret pour l'acte commis. La jeune femme fut soignée sur place par le Docteur Plancquaert avant d'être transférée à l'hôpital civil dans une voiture-hamac (expression utilisée à l'époque pour désigner une ambulance). Elle se remettra de ses blessures, les coups de couteau ayant été donnés dans les omoplates, aucune partie vitale n'a été touchée.

Je vous rappelle que notre rétrospective est consacrée à ce qu'on nomme la "Belle Epoque", nos contemporains pensent que tout allait mieux jadis !

(sources : "le Courrier de l'Escaut de l'année 1910").  

 


27 mars
2012

09:05

Tournai : l'année 1911 sous la loupe (2)

En cette année 1911, l'aviation tient toujours le haut du pavé, les records de vitesse, de distance, d'altitude sont régulièrement battus. La Tournaisienne Hélène Dutrieu remporte pour la seconde année consécutive la coupe Fémina, en parcourant 235 kilomètres en 2h45. Ses exploits l'amènent à participer à des réunions organisées en Belgique mais aussi à l'étranger (Pays-Bas, Italie). Elle est même invitée à se produire aux Etats-Unis et en Angleterre, hauts lieux de cette conquète de l'espace.

La semaine de l'aviation organisée en septembre 1909 à Tournai a laissé de bons souvenirs dans la mémoire des passionnés qui la vécurent, aussi, la ville est-elle désignée comme lieu d'arrivée de la seconde étape du premier "Tour de Belgique en aéroplane" mis sur pied par l'Aéro-Club de Belgique. Le mardi 8 août, dès quatre heures de l'après-midi, en provenance de Mons, le premier participant se pose, il s'agit du pilote Tyck sur Blériot, bien vite suivi par le Comte d'Hespel sur Deperdussin, les avions sont arrivés dans la cité des cinq clochers en survolant le village de Warchin. A 8h30 du soir, les pilotes sont invités à la réception donnée à l'Hôtel de Ville, ils ne sont pas tous arrivés car certains se sont fourvoyés, l'un a atterri à Audenaerde, un autre est arrivé par la route suite à un panne... A la fin de la réception, un grand concert est donné et la foule peut assister à une séance de cinématographie composée de plusieurs films sur l'aviation. Le mercredi 9 août, la fête se prolonge par un nouveau concert sur la Grand'Place, un embrasement du beffroi, une audition de cors de chasse depuis le haut du beffroi et une réponse de trompettes thébaines depuis le dessus du théâtre par le Cercle Rallie Dampierre de Bruxelles. Un grand feu d'artifice clôture ces festivités. La 3e étape mène les pilotes de Tournai à Blankenberghe. 

Les amateurs de cirque sont ravis d'apprendre que durant la kermesse de septembre, c'est le chapiteau du Grand Cirque Foottit qui se dressera sur la Grand'Place. Foottit est le nom d'un clown célèbre du Nouveau Cirque de Paris. Le spectacle est particulièrement consacré à l'art clownesque, plusieurs duos de clowns et le clown Chocolat font rire les spectateurs. Ceux-ci peuvent également applaudir les numéros présentés par les Cinq frères Géache, acrobates, les célèbres Navarro des Folies Bergères de Paris, Mademoiselle Pépin et sa petite ménagerie, le Trio Vésuve aux acrobaties à la bascule, Miss Farvacque au trapèze...

Le cirque a quitté Tournai en octobre, mois des élections communales. La campagne électorale est dure, méchante. Les socialistes et Libéraux rejetés dans l'opposition lors des élections précédentes multiplient les violentes attaques contre le parti Catholique au pouvoir. On peut lire des affiches destinées aux cafetiers et restaurateurs de la ville déclarant que si les Catholiques étaient à nouveau élus, ce serait fini des fêtes à Tournai et avec elles les bénéfices réalisés par les commerçants à cette occasion. D'autres tracts électoraux mettaient en garde les familles en signalant que les travailleurs qui n'iraient pas à la messe le dimanche se verraient mettre dehors de leur usine, les enfants devraient fréquenter obligatoirement l'enseignement catholique, faire leur communion et aller au patronage, l'argent des taxes communales serviraient en priorité à enrichir "les petits frères " et "petites soeurs" dans leur couvent ! Propos outranciers d'une époque où le programme défendu avait peu d'importance, il suffisait de détruire la réputation de l'adversaire politique. Finalement la campagne se résumait en ces termes : "avec eux au pouvoir ce sera...", jamais on ne lisait la défense d'un programme du genre "avec nous au pouvoir, on fera...". Les responsables du journal l'Economie (anticlérical) et du Courrier de l'Escaut (journal catholique) sont même cités à comparaître devant le tribunal pour diffamations (réciproques).

C'était la Belle Epoque comme elle fut nommée ! 

Les efforts du "Cartel" seront vains, le parti Catholique se verra conforté dans sa gestion de la ville. Le 15 octobre Mrs Bertouille, L. Carton, Desclée, O.Leduc, E. Wibaut et A. Stiénon Du Pré seront élus sur la liste catholique tandis que V. Carbonnelle, A. Asou, Demaes, Bureau, Roger et Faigneart le seront pour les Cartélistes. Une semaine plus tard, se tiennent les élections désignant les  représentants des Patrons et des Ouvriers au Conseil Communal. Le résultat amplifie la victoire des "Catholiques". Mr. Stienon Du Pré se succède à lui-même en qualité de Bourgmestre de la ville.

La dernière page consacrée aux "réclames" attire notre attention, tout au moins un petit encadré dans lequel on peut lire : "Un prêtre guéri offre, par reconnaissance, gratuitement, un moyen infaillible de guérir les malades de l'estomac et de l'intestin. Ecrire à Mr. Berquet, curé de Sassoignies (Nord-France)". Précisons que cette annonce est parue durant toute l'année 1911 !

(à suivre) 

26 mars
2012

09:02

Tournai : l'année 1911 sous la loupe (1)

Il est facile pour nous de ressentir les soubresauts qui vont mener le monde à la catastrophe trois ans plus tard. En cette année 1911, des bruits résonnent un peu partout dans le monde mais ne semblent nullement alarmer la population. 

L'actualité internationale est marquée par des informations qui devraient pourtant attirer l'attention des gouvernements, mais à la lecture de la presse, on ne découvre pas une once d'inquiétude qui se ferait jour. Au début de l'année, des tribus se rebellent contre le sultan du Maroc, le 23 avril, la France envoie des troupes pour protéger la ville de Fez menacée par la rebéllion. Le 1er juillet, c'est l'Allemagne qui envoie une canonnière dans le port d'Agadir pour protéger ses ressortissants. Le 19 août, L'Allemagne et la Russie signent un accord de partage d'influence en Perse (Iran) tandis que le 29 septembre, l'Italie déclare la guerre à l'Empire ottoman et décide d'occuper la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Une semaine plus tard, les troupes italiennes s'emparent de Tripoli et de Benghazi. Entretemps, en Russie, le premier ministre est tué dans un attentat. 

L'aviation continue à progresser et le 3 septembre, l'aviateur français Roland Garros bat le record d'altitude à bord d'un Blériot en s'élevant à près de 5.000 mètres. En mars, à Paris, un jeune boxeur âgé de 17 ans remporte le combat qui l'oppose au britannique Meeskins, il s'appelle Georges Carpentier et il est à l'aube d'une belle carrière. Dans le domaine artistique, signalons la mort à Vienne, le 18 mai, du compositeur et chef d'orchestre autrichien Gustav Mahler.

L'actualité nationale est marquée par le vote d'une loi importante, celle qui, dans le cadre de la pension des mineurs, rend l'assurance vieillesse obligatoire, elle sera capitalisée sur un compte individuel, alimenté par moitié par l'ouvrier et par le patron. Le 14 mars, le député de droite Frans Schollaert dépose un projet de loi visant à rendre l'enseignement obligatoire, il veut, de cette façon, combattre le travail des enfants, main d'oeuvre à bon marché engagée parfois au détriment des adultes. Le 8 juin, l'aile conservatrice du parti Catholique s'allie aux partis de gauche et fait tomber le gouvernement en refusant d'adopter cette proposition dite du "bon scolaire". Charles de Broqueville forme un nouveau gouvernement à majorité catholique. Le 16 octobre, un pilote belge se distingue également aux commandes d'un Blériot, Jan Olieslagers bat le record de distance en parcourant 625 kilomètres. Notre pays compte à cette époque seize pilotes brevetés et le succès de la semaine de l'Aviation qui a eu lieu du 5 au 14 septembre 1909 donne des idées à l'Aéroclub de Belgique qui met sur pied un "Tour de Belgique pour aéroplanes". 

Le contexte international et national ayant été définis, il est temps de s'intéresser à l'actualité locale. Au 31 décembre 1910, la ville de Tournai comptait 37.976 habitants, à la tête d'un arrondissement de 163.380 personnes. 

En ce début d'année 1911 s'est constitué à Tournai, le "Syndicat d'Initiative de l'Embellissement de la Ville" afin d'implanter dans la cité des cinq clochers une nouvelle industrie, celle du tourisme dont l'exploitation méthodique et raisonnée pourrait créer, comme c'est déjà le cas ailleurs, une source importante de richesse et apporter de l'emploi à nos concitoyens. Son but avoué est de : "veiller à la conservation du patrimoine architectural et artistique, faire connaître celui-ci à l'étranger par une publicité intelligente et permanente, promouvoir les manifestations artistiques, littéraires, scientifiques ou économiques pourvant attirer des personnes étrangères, signaler à l'Administration communale les travaux d'embellissement qui s'imposent et intervenir régulièrement auprès d'elle pour en obtenir la réalisation". Un vaste programme que celui-là !

Son premier rapport ne passe pas inaperçu, il constate que : "nulle part ailleurs on ne construit aussi mal qu'à Tournai, la Ville dépense d'importants budgets pour la rénovation d'anciennes façades et laisse aussi s'ériger des douzaines de constructions qui la défigurent. Il est nécessaire que la Ville s'entoure d'une commission locale des monuments composée d'hommes de la profession, qu'elle introduise au cahier des charges de la vente de biens communaux un droit d'imposer le type de façade à ériger comme cela se pratique déjà ailleurs, qu'elle verse des primes à ceux qui bâtissent les plus belles maisons, la désignation de celles-ci étant faite par un jury communal composé d'experts".

En mai, le syndicat d'Initiative fait imprimer 50.000 affiches-réclames destinées à faire connaître l'exposition des anciennes industries d'Art qui se tiendra à partir du mois de juillet, une exposition dont les deux initiateurs sont le baron Sténon Du Pré, bourgmestre et Mr. Soil de Moriamé, appelée à un grand succès. (à suivre)

24 mars
2012

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (166)

On n'peut pos plaire à tout l'meonte !

Vous avez d'jà ormarqué que quand on fait eine séquoi pou offere du lari aux gins, i-in a toudis au moins ein qui n'est pos contint !

Ahais, j'vas ichi vous moutrer ein eximpe : l'destinatieon de l'Maseon des inciens prêtres su la plache de l'Evêché et de l'vielle bibliothèque su la plache Paul Emile Janson, au pied de no chinq clotiers, des bâtimints d'pus beteôt deux ans inoccupés.

Certains d'nos édiles, comme Martin Luther King, i-aveotent fait ein rêve, eu eine illuminatieon, i-vouleot'ent y faire ein hôtel de standing, ein quate étoiles in réunissant les deux maseons. Quater-vingt campes, des salles de séminaires, ein resto d'classe et ein bieau belvédère. Toute ceulle belle affaire areot eu aussi eine tour de verre. 

L'idée excentrique d' Mossieu Michelin elle-a vite été orjetée pa les Tournisiens, pou définte l'grand machin i-n'a pos eu bramint d'gins. Mais, on s'a pas laiché abatte et on a vite queusi : y aire ein treos étoiles, ein hôtel ein peu pus p'tit. Pou cha, i-falleot quand même faire eine constructieon jusqu'au mitan de l'plache Janson. Là, i-a eu eine levée d'boucliers des membres d'Pasquier Grenier. Pou nous les vrais Tournisiens, au pied d'no cathédrale, l'quadrilatère bé ch'est eine sorte d'sanctuaire. In mille nuef chint siept, pou bin vir no bieau monumint, on l'a dégagé, et ov'la qu'asteur, pou construitre l'hôtel, on voudreot à nouvieau l'insérrer !

L'promoteu qu'i-a acaté l'Courrier d'l'Escaut, i-a pos à dire, cha li a foutu ein sale queop. S'n'argumint d'vinte principal, eine belle vue su l'cathédrale, i-n'valeot pus des masses à causse de l'écran qui alleot avoir in face . 

Et ainsin, ein p'tit peu à l'feos, l'projet d'hôtel s'dégonfleot. In puque ave l'crisse, i-areot pos été facile d'faire du bénéfice !

Tout à n'ein queop l'Université d'Louvain déclare qu'elle veut bin acater les bâtimints. Elle offère deux millieons chinq chint mille euros, ein montant qu'aucun paufe jamais n'orfus'reot. On s'a dit tout l'meonte alleot ête bénaisse, que cha alleot orlancer l'commerce, qu'on alleot va vir des garcheons et des files au plein mitan d'no beonne vielle ville, qu'on s'ra tertous ravi pasqu'infin là i-ara de l'vie. L'projet i-aveot même la côte auprès d'eine feimme qui vouleot louer des kots. 

L'échevin des Finances s'frotteot d'jà les mains, pou l'budget des liards li i-d'aveot bin b'soin, i-aveot aussi l'Présidente du CPAS qui diseot qu'avec cha elle s'reot ein pus à l'aisse. Les élus du MR, du CDH et des Ecoleos, in choeur, diseot'ent d'jà bravo. Les gins d'Pasquier Greniers proclameot'ent que l'coeur de no cité infin i-éteot sauvé. Mais i-falleot timpérer les ardeurs et attinte jusqu'à l'dernière heure. A l'fin, l'sagesse elle-a triomphé, on a queusi l'université !

A vo mote tertous ainsin i-éteot hureux, ch'éteot ein moment merveilleux, neon...i-a toudis ein malhureux, i-a toudis ein berdéleu.

A l'plache du cinéma Palace, ein architecte vouleot bâtir des appartemints de standing et l'arrivée des étudiants n'intreot pus dins s'planning. Pou li, ch'n'éteot pus l'peine d'construire du luxe dins l'coin, on pouveot s'continter d'cahutes à lapins. 

Vous l'veyez bin mes gins qui d'a toudis ein qui est mécontint !

(lexique : offere : offrir / du lari : du plaisir / moutrer :montrer / ein eximpe : un exemple / l'plache : la place / béteôt : bientôt /  eine campe : une chambre / ceulle : cette / bramint : beaucoup / queusi : choisi / au mitan : au milieu / ein queop : un coup / tout à n'ein queop : tout à coup / acater : acheter / paufe : pauvre / bénaisse : content / vir : voir / les garcheons : les garçons / les files : les filles / tertous : tous / les liards : l'argent / bin : bien / seûr : sûr/ à vo mote : selon vous, à votre idée : ein berdéleu : un râleur, un rouspéteur) ).

S.T. mars 2012 


09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard. |

22 mars
2012

09:10

Tournai : les chantiers progressent...lentement !

Avec le printemps revenu, on peut espérer que les chantiers qui parsèment le centre de la ville de Tournai depuis près de deux ans vont prendre une vitesse de croisière autre que celle du train de sénateur adoptée jusqu'à présent et on peut se mettre à rêver que pour les prochaines grandes vacances, dans trois mois et demi, la plupart ne seront plus qu'un (très) mauvais souvenir pour les riverains des rues concernées et surtout pour les commerçants y installés.

Une petite promenade, en ce jeudi ensoleillé, nous a permis de dresser un état des lieux pas trop optimiste et c'est un comble pour le blog "Visite Virtuelle de Tournai", signé justement par... l'Optimiste

Cela va faire près d'un an que les trottoirs du quartier Saint-Brice sont régulièrement ouverts pour la pose de tuyauteries. Pour la deuxième fois en sept mois, ceux de la rue de Monnel ont de nouveau été éventrés, un observateur devait le pressentir puisqu'à la fin du chantier précédent, on les avait rebouchés de façon extrêmement sommaire. L'entreprise a ouvert, cette semaine, les trottoirs des rues De Rasse, Barre Saint-Brice et Childéric. Entretemps, les rues Du Quesnoy, de l'Athénée et la place Clovis ont eu, elles aussi, droit à leur lot de cicatrices.

Nous en venons à la rénovation du quartier cathédral. Si celle-ci est perçue comme étant le grand chantier de la mandature par les autorités communales qui s'en enorgueillissent, elle plonge aussi dans le désespoir des commerçants lassés de voir partir les clients vers d'autres cieux plus cléments peut-être mais surtout vers des endroits plus accessibles et nettement plus agréables pour la promenade et le shopping !

La rue des Puits l'Eau, dans sa partie haute, c'est-à-dire celle qui forme la montée du Pont-à-Pont, a été dépavée au début de l'automne, les pierres qui ceinturaient la Naïade de Georges Grard ont été enlevées afin de créer un belvédère sous lequel a été réalisé un "cagibi" comme m'a dit une personne habitant le quartier. Ce lieu fermé permettra de stocker le matériel des ouvriers communaux appelés à intervenir quotidiennement pour le nettoyage des voiries (quand elles seront réalisées !). Il paraît qu'on attend l'arrivée des pierres pour le revêtement dont le choix a été semble-t-il laborieux, on ne sait si c'est en matière d'esthétisme ou de prix !

La rue des Puits l'Eau, dans sa partie basse qui descend vers l'Escaut, est, depuis de nombreuses semaines, en partie dallée. Ce jeudi, lors de notre passage, deux ouvriers poursuivaient ce travail de pavage en progressant vers le carrefour avec la rue de la Triperie. Pour les habitants du coin, ces deux hommes sont un peu comme les hirondelles qui annoncent le retour des beaux jours. Mais deux pauvres hirondelles font-elles réellement le printemps ?

Le piétonnier de la Croix du Centre est totalement dallé, les derniers secteurs l'ont été, il y a une quinzaine de jours, à peine. Désormais, les ouvriers s'activent au ravalement de toutes les façades des immeubles et les premières qui viennent d'être dévoilées dans la rue de la Cordonnerie sont du plus bel aspect. Actuellement, ce sont les immeubles du bas de la rue des Chapeliers et de la rue des Puits Wagnon qui subissent le même lifting. 

Les trottoirs de la rue des Chapeliers ont été refermés et (bien) rejointoyés tandis que le dallage de la rue de Paris se poursuit. Si la jonction avec la rue des Chapeliers semblent, pour le moment, en léthargie, celle avec la rue de la Tête d'Or et de la Wallonie a débuté depuis une semaine et devrait bientôt être terminée.

Le double sens de circulation vient d'être rétabli dans les rues de la Wallonie et de la Tête d'Or, l'entreprise mandatée par le TEC y a réalisé, ces deux derniers mois, des quais d'embarquement pour les bus. Il reste cependant à daller le trottoir de la rue de la Tête d'Or sur toute sa longueur.

De nouveaux quais d'embarquement sont également terminés à la rue des Filles Dieu et à la rue Vauban (même si des petits raccords doivent encore être réalisés le long du trottoir).

A la place Paul Emile Janson, le chantier du nouveau Centre de Tourisme, a repris il y a quelques semaines, il avait été interrompu suite à la faillite de la firme chargée de le réaliser. L'échafaudage qui le ceinturait a été démonté, les vitres sont posées, on peut remarquer qu'on a réalisé des essais de peinture pour la façade et les entreprises exécutent l'aménagement intérieur. 

Les travaux extérieurs de la nef romane de la cathédrale Notre-Dame sont terminés, l'échafaudage ayant été retiré, toitures, façades, vitraux donnent un aspect différent à l'édifice plus de huit fois centenaire, un véritable coup de jeune. Ce chantier, par sa rapidité et sa qualité, est LA satisfaction des Tournaisiens. La prochaine phase dont on ne connaît malheureusement pas encore la date de début devrait être spectaculaire car elle concernera les cinq clochers !

La place du Bas Quartier et la rue de l'Ecole sont totalement dallées, de jeunes arbres y ont été plantés et dans la rue Dame Odile, le secteur compris entre la rue de l'Ecole et le quai Notre-Dame est en cours de réfection.

On avait annoncé, il y a plus d'un mois, le début imminent des chantiers des rues des Orfèvres, des Choraux, du Four Chapitre ainsi que de la place de l'Evêché. Celles-ci ont déjà fait l'objet, il y a quelques mois, d'ouvertures pour la pose d'impétrants et ont été rebouchées sommairement par les firmes chargées de ces travaux. Il en est de même dans la rue de Courtrai où un asphaltage "provisoire" a été coulé pour refermer les tranchées.

La rue Perdue avait été, en partie, ouverte à la circulation le... Lundi Perdu (en janvier) dans sa section comprise entre la place Rogier de le Pasture et la placette aux Oignons. Cet axe important de circulation qui relie la gare à la place de Lille est fermé à toute circulation depuis deux ans pour la réalisation d'un parking souterrain de deux étages. Depuis le début du mois de mars, les travaux ont repris à hauteur du Fort Rouge pour placer les derniers élements de béton préfabriqués et permettre, par la suite, le pavage de la rue avant sa réouverture. Celle-ci ne sera probablement pas effective avant l'automne !

Les travaux de restauration du choeur de l'église Saint-Jacques sont pratiquement terminés, le 27 janvier dernier l'échafaudage a été enlevé, les vitraux complètement rénovés ont été replacés. Quelques travaux concernent encore la rénovation des murs de la sacristie. 

Une grande partie de l'avenue des Etats-Unis est totalement interdite à la circulation, la pose d'un égouttage a demandé l'ouverture de celle-ci sur une grande largeur et une importante profondeur. Une déviation via le boulevard du Roi Albert et la rue Fontenoy est mise en place. Des trous ont été creusés sur les pelouse du carrefour des Résistants, laissant augurer une possible extension du chantier vers la rue de la Citadelle.

Signalons enfin que l'avenue dite des Groseillers qui relie le boulevard des Combattants à l'avenue Bozière est fermée à toute circulation depuis des années, les barrières nadar y rouillent !

Les boulevards Léopold et Bara sont des routes provinciales. A 100 jours de l'arrivée du Tour de France, si la Province veut donner une belle image d'elle-même, il serait judicieux d'y poser une couche d'asphalte pour faire disparaître les ornières apparues entre les plaques de béton et pouvant être à l'origine de chutes lors de l'arrivée du peloton.

Les travaux de pose d'un nouveau raccordement pour chaque maison de la rue Saint-Eleuthère, entrepris la SWDE, sont terminés depuis quelques semaines, un chantier similaire a été entrepris à la chaussée de Lille tandis que depuis deux trois semaines, on ouvre une tranchée sur toute sa longueur du Vieux Chemin de Willems pour la pose de canalisations en PVC.

Comme pourrait déclarer la boulangère de la rue Gallait qui vit au milieu du chantier depuis près de deux ans et fait preuve d'un stoïcisme qui force l'admiration : "il y a encore du pain sur la planche avant que tout cela soit fini". 

21 mars
2012

09:15

Tournai : l'année 1910 sous la loupe (3)

En cette année 1910, le samedi 22 octobre, on assiste probablement à Tournai, aux premiers gestes de mauvaise humeur conduits par des épouses et mères de famille. On sait qu'à cette époque, les femmes avaient très peu à dire au sein d'un couple, l'homme était le chef de famille dans le sens le plus large du terme. Les femmes n'avaient pas le droit de vote, elles ne s'affichaient pas au café au bras de leur époux, elles n'avaient aucune personnalité juridique pour représenter le ménage et prendre des décisions au nom de celui-ci, elles étaient uniquement chargées de la tenue de la maison, de la préparation des repas et de l'éducation des enfants. ce qui n'était déjà pas mal en soi !

En ce samedi d'octobre, sur la place Saint-Pierre, dès 6h30, les marchands ont, comme ils le font chaque semaine, installé leur étal ou les bancs sur lesquels ils présentent leurs marchandises. A cet endroit, on trouve surtout les fermiers venus des villages limitrophes pour vendre les oeufs et le beurre. Le beurre, une denrée qui a sérieusement augmenté en cette année 1910. Le kilo se paie désormais 3,80 francs. 

Vers 8h30, la foule grossit, arrive un groupe compact de ménagères issues des quartiers ouvriers, elles protestent et exigent que le prix de beurre ne dépasse pas les trois francs par kilo. Enervées, criant, elles entourent les échopes, la police prévenue est également présente mais reste discrète. Les marchands venus des campagnes environnantes campent sur leurs positions et ne veulent rien entendre, le dialogue est impossible, une bousculade s'ensuit et des bancs sur lesquels s'entassent des paniers sont renversés. Des dizaines d'oeufs sont cassés, devant cette vive expression de colère et la perte de leurs produits, les marchands cèdent et vendent le kilo de beurre au prix réclamé par les acheteuses. Ensuite, ils se réfugient dans les estaminets de la place. Vers 10h30, tout est redevenu calme. Avaient-elles raison ces ménagères ? On peut les comprendre à la lecture d'une enquête effectuée par le journal. Celle-ci révèle, en effet, que de l'autre côté de la frontière, dans le département du Nord de la France, à la même période, on vend le beurre 3 francs à Douai, 3,10 à Cambrai, 3,30 à Lille et 3,40 à Saint-Amand les Eaux et Valenciennes. La comparaison avec les marchés belges est pire encore : 2,70 francs à Saint-Nicolas et Renaix, 2,90 à Bruxelles, 2,95 à Ath et 3 francs à Enghien et Alost. Il s'avère donc que les vendeurs régionaux qui viennent au marché de Tournai sont les plus chers de Belgique et fixent même des prix supérieurs à ceux de France. On comprend mieux la réaction des femmes tournaisiennes en colère. 

Au mois d'août 1910 nombreux sont les habitants de la cité qui envahissent, au bon temps, la plaine des Manoeuvres, on la qualifie dans la presse de plage des Tournaisiens et certains souhaitent même y voir la mise à disposition de chaises pliantes pour les mamans qui viennent du centre-ville et l'installation d'une sorte de buvette qui servirait lait et tartines afin que les enfants puissent rester à l'heure du goûter. Le gôuter, cette collation prise vers quatre heures, moment du retour de l'école, une habitude encore bien ancrée à cette époque et qui a disparu, peu à peu, dans les familles où les deux conjoints travaillent. 

En cette année disparaît Jules Pollet. Ce nom n'évoque sans doute pas de souvenirs à la génération actuelle. Il était né en 1841, avait épousé en 1870 Mathilde Liagre et avait exercé la profession de peintre décorateur. Il avait fréquenté les académies de Tournai, Bruxelles et Paris. Il a décoré de nombreux bâtiments publics, des églises, couvents ou chapelles et des hôtels particuliers. Il était membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts et cofondateur du Cercle artistique en 1885.

Comme à chaque fois que l'actualité nous en donne le loisir, nous avons consulté les pages des "réclames". A la fin de l'année, dans un encadré, un titre accroche l'attention du lecteur, il proclame : "Le Rhumatisme guéri à Tournai". Nous avons rapporté la guérison merveilleuse de Monsieur Willocq de Tournai qui souffrait de rhumatismes depuis quatre mois (!). Grâce aux cachets WILLIAM, il a été guéri en huit jours (!). Comme preuve de leur efficacité, nous pouvons vous dire que Mrs Canivet et Brame, les deux dépositaires à Tournai, ont vendu en 1909 et 1910, plus de 1.000 boîtes. Laboratoire Général du Dr. William à Montréal - Les cachets William sont aussi conseillés pour la goutte, la sciatique, le torticoli, les maux de reins, les névralgies, certaines migraines et maux de tête de nature rhumatismale - 2 francs pour 15 sachets, 3 francs pour 25".

Par contre, le Baume Monacal du couvent de Sancta Paulo a, lui, souri à Monsieur Jacques Van Vevre demeurant à la Van Ostadstraat à Amsterdam (un peu loin pour aller vérifier) qui boîtait à force d'avoir mal, ne pouvait plus travailler suite à une entorse de la jambe. Le Baume Monacal guérit le rhumatisme, les blessures et même les maladies de la peau.

(sources : le courrier de l'Escaut de 1910).

Avis au lecteur : tout comme vous je constate régulièrement des fluctuations de la taille du caractère lors de la parution de l'article, je le déplore, ceci ne m'est pas imputable et dès que je le constate j'essaie d'y remédier !

20 mars
2012

09:05

Tournai : l'année 1910 sous la loupe (2)

En ce début de siècle, il arrive parfois que le Courrier de l'Escaut sorte une édition spéciale, elle concerne alors la mort d'un chef d'état ou d'un souverain pontife pourtant, en février de cette année 1910, une édition du journal est entièrement consacrée à la séance du Conseil communal qui a eu lieu le 19 février et relative au renouvellement du contrat de livraison de gaz.

La ville de Tournai était liée par contrat depuis le 2 novembre 1875 avec la Compagnie Générale pour l'éclairage et le chauffage au gaz. Ce contrat devait prendre fin le 1er septembre 1911.

L'accord entre les parties stipulait que le prix du gaz était fixé de la façon suivante : 0,04 francs pour l'éclairage public, 0,14 francs pour l'éclairage des bâtiments communaux, 0,17 francs pour l'éclairage des particuliers et 0,15 francs pour le chauffage et la force motrice. La compagnie encaissait ainsi, annuellement, 18.000 francs pour l'éclairage public, 21.000 francs pour les bâtiments communaux, 323.000 francs pour l'éclairage des particuliers et 75.000 francs pour le chauffage et la force motrice.

L'entretien des manchons était fixé à 5 francs par an et par lanterne soit un montant annuel de 6.000 francs. 

Les autorités communales renégocient le contrat et obtiennent une modification du prix pour les particuliers (désormais, ils paieront 0,14 francs comme pour les bâtiments communaux) et 0,1085 pour le chauffage et la force motrice). Ces prix doivent prendre cours avec effet rétro-actif au 1er septembre 1909. La plupart des consommateurs seront donc remboursés par la Compagnie. pour une fois, l'appellation "Belle Epoque" se justifie. Les prix étaient stables, il n'y avait pas d'indexation, et la renégociation d'un contrat se faisait à la baisse, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Autre fait important dans l'actualité locale de l'année 1910, la construction des ponts sur l'Escaut. A la mi-mai, le nouveau Pont de Fer est mis en service, il est le premier pont levant hydraulique établi dans le pays. Il en existe en France, un à Tourcoing et un à la Villette à Paris. La description de son fonctionnement nous renseigne que la levée se fait en environ trente secondes avec régularité et précision. La commande se fait à partir d'une cabine de manoeuvres placée à une dizaine de mètres du pont (celle-ci est visible à Obigies mais a été malheureusement en partie détruite par un automobiliste peu expert en matière de conduite). Le pont fonctionne par l'ouverture successive d'une vanne d'élévation et d'une vanne de décharge. L'ouvrage d'art à une largeur de voie de 8 mètres et des trottoirs d'une largeur d'un mètre cinquante chacun. On termine l'installation du Pont aux Pommes (actuel Pont à Pont) à hauteur de la rue des Puits l'Eau, la société Cockerill procède à l'installation et au raccordement de la cabine de manoeuvres. Dans le courant du mois de juin arrivent les premières pièces relatives à la construction du Pont Notre-Dame

Les faits divers se succèdent. Le dimanche 10 avril, les habitants de la rue des Corriers entendent une série de détonations. Dans une petite maison demeure, en compagnie de sa mère, une jeune fille, Julie C. Elle doit prochainement épouser Léon D., 29 ans, journalier, originaire de Renaix. Le dimanche après-midi, vers 5h30, accompagné d'un ami soldat au 3e Chasseur, sous l'influence de la boisson, Léon D se rend au domicile de sa fiancée en vue de l'emmener de force. Au cours de l'échange verbal, la jeune fille refuse de l'accompagner et déclare qu'elle désire attendre la date du mariage. Econduit et furieux, Léon D. sort un révolver de sa poche et tire en direction des deux femmes, manquant même de toucher son camarade. Celui-ci constatant la tournure que prennent les évènements, désarme son compagnon de sortie et part déposer plainte à la police tandis que le tireur s'enfuit. L'amoureux éconduit a cependant de la suite dans les idées, il court non pour échapper à une arrestation certaine mais bien pour se procurer une nouvelle arme chez un armurier tournaisien. Vu son état de surexcitation, le commerçant charge l'arme avec... des balles à blanc. Dans la soirée, vers 9h30, Léon revient face au domicile de sa "promise" et décharge son arme, il n'a pas le temps d'être surpris du peu de résultat de ses tirs que la police, en surveillance discrète, lui tombe dessus et l'emmène au commissariat. L'histoire ne nous dit pas si par la suite les bans ont été publiés ! (à suivre)


19 mars
2012

09:10

Tournai : l'année 1910 sous la loupe (1)

La rétrospective de l'année 1910 nous apporte son lot habituel d'informations. Le 20e siècle a déjà dix ans et la vie quotidienne n'a plus rien de comparable à celle vécue au siècle précédent. Comme nous le verrons les progrès sont énormes.

L'actualité internationale est marquée par les décès de personnalités connues, celui du roi d'Angleterre, Edouard VII, le 6 mai, à Londres, celui du fondateur de la Croix-Rouge, le Suisse Henri Dunant, le 30 octobre, à Heiden, celui du peintre Henri Rousseau, surnommé le "Douanier", le 2 septembre à Paris et celui de l'écrivain russe Léon Tolstoï, le 20 novembre à Astapovo. Durant quelques jours, à partir du 19 mai, on assiste au passage de la comète de Halley.

L'actualité nationale débute par des protestations, en effet, en janvier, la France interdit aux Belges de travailler sur son territoire, les frontaliers sont nombreux dans notre région et les autorités communales des villes situées aux frontières adressent des protestations aux ministres français, des dirigeants une fois encore retombés dans leur protectionnisme cocardier. Un des bastions du conservatisme est bien le monde politique belge, le 27 avril, le Parlement repousse la proposition socialiste demandant l'introduction du suffrage universel aux prochaines élections. Le 22 mai se tiennent les élections législatives partielles, celles-ci n'apportent aucun changement et le gouvernement Schollaert se succède à lui-même. Alors que le 12 mai, la Chambre des représentants a voté la loi sur la flamandisation de l'enseignement moyen, en réaction, le 23 octobre est fondée à Gand, une Union pour la défense de la langue française à l'université locale. Le 18 décembre a lieu à Anvers une grande manifestation pour la flamandisation de l'université de Gand à laquelle participent Frans Van Cauwelaert, Louis Franck et Camille Huysmans. 

Nous débuterons l'actualité locale en étant, nous aussi, cocardiers. Une tournaisienne, Hélène Dutrieu (certains journaux orthographient Dutrieux), née en 1977, a été conquise par l'aviation. Auparavant, elle avait participé à des compétitions cyclistes et, entre 18 et 20 ans, avait battu de nombreux records ! En 1908, elle a souhaité être une femme-pilote. En avril 1910, elle prend les commandes d'une énorme biplan construit par René Sommer et en septembre, elle vole aux commandes de celui-ci à Blankenberghe. Elle est devenue la première femme belge pilote d'avion et également la première femme au monde ayant effectué un vol aller et retour de ville à ville accompagné d'un passager. Lors de cette performance, elle s'approprie le record de durée de vol en mettant moins de quarante minutes pour parcourir 45 kilomètres. Du 10 au 19 septembre, elle participe à la semaine de l'aviation à Braine-le-Comte. Elle y remporte le coupe du bourgmestre offerte à celui qui irait virer au-dessus du clocheton de l'Hôtel de Ville, situé à environ 1 kilomètres du terrain d'aviation (les pilotes préféraient à l'époque survoler les campagnes que de raser les toits d'une ville). En novembre 1910, elle obtient son brevet de pilote aviatrice de la Fédération internationale de France. Elle partage le titre de première femme pilote avec la française Raymonde Laroche. Le 21 novembre, elle accomplit un vol de 2h30 et va parcourir 162,7 km à Etampes. Elle est la première femme au monde à avoir volé plus d'une heure.

Le jeudi 26 mai, les Tournaisiens assistent au passage de la comète de Halley, vers 10h du soir, elle est visible à l'oeil nu entre 20 et 25° au-dessus del'horizon dans la direction de la plaine des Manoeuvres (Sud). Les journaux signalent qu'elle reviendra dans 75 ans, soit en 1985.

Au 31 décembre 1909, la population tournaisienne s'élève à 37.824 habitants, l'arrondissement de Tournai (non compris celui d'Ath) compte 163.365 habitants. (à suivre).

(sources : Le Courrier de l'Escaut, éditions de l'année 1910)


09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, hélène dutrieu, comète de halley, population |