21 mars
2012

Tournai : l'année 1910 sous la loupe (3)

En cette année 1910, le samedi 22 octobre, on assiste probablement à Tournai, aux premiers gestes de mauvaise humeur conduits par des épouses et mères de famille. On sait qu'à cette époque, les femmes avaient très peu à dire au sein d'un couple, l'homme était le chef de famille dans le sens le plus large du terme. Les femmes n'avaient pas le droit de vote, elles ne s'affichaient pas au café au bras de leur époux, elles n'avaient aucune personnalité juridique pour représenter le ménage et prendre des décisions au nom de celui-ci, elles étaient uniquement chargées de la tenue de la maison, de la préparation des repas et de l'éducation des enfants. ce qui n'était déjà pas mal en soi !

En ce samedi d'octobre, sur la place Saint-Pierre, dès 6h30, les marchands ont, comme ils le font chaque semaine, installé leur étal ou les bancs sur lesquels ils présentent leurs marchandises. A cet endroit, on trouve surtout les fermiers venus des villages limitrophes pour vendre les oeufs et le beurre. Le beurre, une denrée qui a sérieusement augmenté en cette année 1910. Le kilo se paie désormais 3,80 francs. 

Vers 8h30, la foule grossit, arrive un groupe compact de ménagères issues des quartiers ouvriers, elles protestent et exigent que le prix de beurre ne dépasse pas les trois francs par kilo. Enervées, criant, elles entourent les échopes, la police prévenue est également présente mais reste discrète. Les marchands venus des campagnes environnantes campent sur leurs positions et ne veulent rien entendre, le dialogue est impossible, une bousculade s'ensuit et des bancs sur lesquels s'entassent des paniers sont renversés. Des dizaines d'oeufs sont cassés, devant cette vive expression de colère et la perte de leurs produits, les marchands cèdent et vendent le kilo de beurre au prix réclamé par les acheteuses. Ensuite, ils se réfugient dans les estaminets de la place. Vers 10h30, tout est redevenu calme. Avaient-elles raison ces ménagères ? On peut les comprendre à la lecture d'une enquête effectuée par le journal. Celle-ci révèle, en effet, que de l'autre côté de la frontière, dans le département du Nord de la France, à la même période, on vend le beurre 3 francs à Douai, 3,10 à Cambrai, 3,30 à Lille et 3,40 à Saint-Amand les Eaux et Valenciennes. La comparaison avec les marchés belges est pire encore : 2,70 francs à Saint-Nicolas et Renaix, 2,90 à Bruxelles, 2,95 à Ath et 3 francs à Enghien et Alost. Il s'avère donc que les vendeurs régionaux qui viennent au marché de Tournai sont les plus chers de Belgique et fixent même des prix supérieurs à ceux de France. On comprend mieux la réaction des femmes tournaisiennes en colère. 

Au mois d'août 1910 nombreux sont les habitants de la cité qui envahissent, au bon temps, la plaine des Manoeuvres, on la qualifie dans la presse de plage des Tournaisiens et certains souhaitent même y voir la mise à disposition de chaises pliantes pour les mamans qui viennent du centre-ville et l'installation d'une sorte de buvette qui servirait lait et tartines afin que les enfants puissent rester à l'heure du goûter. Le gôuter, cette collation prise vers quatre heures, moment du retour de l'école, une habitude encore bien ancrée à cette époque et qui a disparu, peu à peu, dans les familles où les deux conjoints travaillent. 

En cette année disparaît Jules Pollet. Ce nom n'évoque sans doute pas de souvenirs à la génération actuelle. Il était né en 1841, avait épousé en 1870 Mathilde Liagre et avait exercé la profession de peintre décorateur. Il avait fréquenté les académies de Tournai, Bruxelles et Paris. Il a décoré de nombreux bâtiments publics, des églises, couvents ou chapelles et des hôtels particuliers. Il était membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts et cofondateur du Cercle artistique en 1885.

Comme à chaque fois que l'actualité nous en donne le loisir, nous avons consulté les pages des "réclames". A la fin de l'année, dans un encadré, un titre accroche l'attention du lecteur, il proclame : "Le Rhumatisme guéri à Tournai". Nous avons rapporté la guérison merveilleuse de Monsieur Willocq de Tournai qui souffrait de rhumatismes depuis quatre mois (!). Grâce aux cachets WILLIAM, il a été guéri en huit jours (!). Comme preuve de leur efficacité, nous pouvons vous dire que Mrs Canivet et Brame, les deux dépositaires à Tournai, ont vendu en 1909 et 1910, plus de 1.000 boîtes. Laboratoire Général du Dr. William à Montréal - Les cachets William sont aussi conseillés pour la goutte, la sciatique, le torticoli, les maux de reins, les névralgies, certaines migraines et maux de tête de nature rhumatismale - 2 francs pour 15 sachets, 3 francs pour 25".

Par contre, le Baume Monacal du couvent de Sancta Paulo a, lui, souri à Monsieur Jacques Van Vevre demeurant à la Van Ostadstraat à Amsterdam (un peu loin pour aller vérifier) qui boîtait à force d'avoir mal, ne pouvait plus travailler suite à une entorse de la jambe. Le Baume Monacal guérit le rhumatisme, les blessures et même les maladies de la peau.

(sources : le courrier de l'Escaut de 1910).

Avis au lecteur : tout comme vous je constate régulièrement des fluctuations de la taille du caractère lors de la parution de l'article, je le déplore, ceci ne m'est pas imputable et dès que je le constate j'essaie d'y remédier !

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