29 févr.
2012

10:03

Tournai : l'année 1908 sous la loupe (2)

Après une première page évoquant la situation politique tournaisienne en cette année 1908, nous avons feuilleté les journaux à la recherche des "faits divers" et, bien que résumés, les articles sont retranscrits avec le style et les mots de l'époque.

Le dimanche 13 septembre, au petit matin, une nouvelle se répand dans le quartier du faubourg Saint-Martin : un meurtre aurait été commis entre minuit et une heure du matin sur le seuil de l'estaminet situé au 172 de la chaussée de Douai, tenu par H. Claus, âgé de 38 ans, marié, père de quatre enfants et exerçant la profession de plafonneur. Claus jouit d'une excellente réputation parmi les voisins. Vers 9h du soir, des briquetiers flamands sont entrés dans le café, ils sont occupés à la construction d'une maison dans le voisinage. Après avoir consommé de nombreuses bières, une dispute éclate entre un des briquetiers et d'autres consommateurs. Le dénommé Cardoen se montre violent et afin d'empêcher que le dispute ne se transforme en bagarre générale, le patron du café demande aux briquetiers de sortir et les accompagne jusque sur le trottoir. A peine la porte franchie, il s'effondre, les clients le découvriront baignant dans une mare de sang, il a reçu un coup de couteau et (précise le journaliste) les entrailles apparaissent (il faut s'y faire car on n'épargne aucun détail à cette époque), la victime expire exsangue avant l'arrivée du médecin. La police se rend sur le chantier et découvre les briquetiers endormis dans leur cambuse (sic). Cardoen nie les faits, cet habitant de Becelaere près d'Ypres est néanmoins arrêté étant toujours en possession du couteau.  

En août, la police arrête une dame âgée de 36 ans, demeurant au Cul de Sac des Récollets. Elle est impliquée dans une grave affaire de moeurs qui avait pour cadre un estaminet dont elle était la tenancière, derrière la prison. Des faits de moeurs délictueux s'y sont produits comme a pu le déterminer l'enquête. La relation du procès eut lieu deux mois plus tard :

"La mégère est condamnée à deux ans d'emprisonnement, elle livrait, dans son café, un grand nombre de filles à la prostitution, à certaines heures, elle allait avec elles devant une caserne, on devine dans quel but ! La répugnante marâtre trafiquait même de sa propre fille, presqu'une enfant. Au tribunal, des fillettes de dix-sept ans et moins venaient contées les hontes de leur déchéance physique et morale. On lisait sur ces figures d'adolescentes, les ravages du vice et de l'inconsciente impudeur. C'est peut-être le moment, pour l'Administration communale, de donner un coup de balai et de nettoyer les bouges qui pullulent en certains quartiers de la ville et gâtent moralement et physiquement la population, tous les honnêtes gens applaudiront".

En ce début de 20e siècle, Tournai, ville de garnison, n'échappe pas à la prostitution, une activité qui sévit partout et à toutes les époques. Vu l'âge des victimes de cette femme, alors que la majorité était fixée à 21 ans, certains de ces faits pourraient être taxés de pédophilie.

Je vous rappelle que nos aînés désignaient ce temps béni comme étant "la belle époque", elle ne semble rien à avoir envier à la nôtre !

Plus réjouissante est l'annonce de l'organisation les dimanches 19 juillet et 30 août, de trains de plaisir (aucune relation avec le sujet précédent), on nommait ainsi les trains qui emmenaient les habitants de la région à la Côte belge. Le train partait de Blaton par Péruwelz, Tournai, Mouscron, Courtrai pour rejoindre Ostende et Blankenberghe. Le prix du voyage "Aller et Retour" était de 5, 90 francs en seconde classe et de 3,50 francs en troisième. Le départ de Tournai était fixé à 5h41 et l'arrivée à Ostende à 8h08. 

Si l'année précédente l'arrivée d'une étape du premier Tour de Belgique cycliste avait eu pour cadre l'avenue de Maire, cette fois, c'est une épreuve Tounai-Mons-Tournai qui est organisée, le dimanche 26 juillet. Deux catégories y participent, "les touristes" au nombre de 38 partants et les "coureurs amateurs" au nombre de 33. Le premier coureur amateur réalisera le parcours, d'une bonne centaine de kilomètres, en 3h17 tandis que le premier "touriste" le fera en 3h43. Dans la catégorie des coureurs amateurs, le premier tournaisien est Jules Lucq qu'on connaîtra ensuite comme garagiste à la place de Lille. 

La bicyclette devient un mode de déplacement de plus en plus prisé. Un constructeur tournaisien de vélos publie une encadré dans la presse en se réjouissant de la première place en catégorie des "Vétérans" du coureur Dubreucq lors de l'épreuve Paris-Roubaix de 1907, il précise même que l'athlète pesait 88 kilos et utilisait une machine construite en ses ateliers d'un poids de 11,5 kilos. La bicyclette a parcouru les 272 kilomètres entre Paris et Roubaix sans la moindre usure. "Parcourir une telle distance avec 88 kilos sur 11,5 kilos, aucune autre marque n'aurait pu résister". On n'appelait pas encore cela de la publicité mais ça y ressemblait terriblement. 

Par contre, une réclame proclame que :

"Pour un centime, vous pouvez avoir une grande tasse de vértable "Malt Knapp" (vendu en paquets de 500, 250 et 125 grammes mais jamais en vrac). Le véritable "Malt Knapp" à le goût du café sans contenir aucun principe nuisible à la santé". (à suivre)


28 févr.
2012

10:53

Tournai : l'année 1908 sous la loupe (1)

L'actualité internationale est bien calme en cette année 1908, un évènement devrait pourtant attirer l'attention des observateurs, le 5 octobre, avec l'accord de la Russie, l'empereur François Joseph proclame l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine par l'Autriche, le soutien à celle-ci sera assuré par l'Allemagne, le 8 décembre. En ce même mois d'octobre, Henri Ford présente aux Etats-Unis, la voiture qui deviendra célèbre, la Ford Modèle T. Le 27 avril s'ouvre à Salzbourg le premier Congrés international de psychanalyse auquel participent Sigmund Freud et Carl Gustav Jung. 

L'actualité nationale est dominée par l'annexion du Congo par la Belgique, proclamée le 20 août. Jusqu'alors ce territoire, vaste comme quatre-vingt fois la Belgique, était la propriété personnelle du roi Léopold II. Depuis quelques temps, de nombreux rapports nationaux et internationaux avaient fortement critiqué la façon dont été dirigée cette région d'Afrique. La Chambre a voté successivement le Traité de cession, l'Acte additionnel et la Charte coloniale. Dans la foulée, le 29 octobre, est créé le ministère des Colonies.

L'actualité locale est toujours dominée par les suites des élections communales du 20 octobre 1907. Le bourgmestre Carbonnelle avait admis la défaite et envoyé sa démission au roi, deux jours après le scrutin mais les vaincus ne l'entendaient pas de la même oreille, ils déposèrent un recours en annulation auprès de la Députation provinciale où siégeaient une majorité des leurs. Le 1er févreir, la Députation permanente du Hainaut invalide les élections, les Tournaisiens devront retourner aux urnes en mai mais, le 3 mars, coup de théâtre, le gouvernement annule l'arrêté de la dite députation et valide le résultat des urnes. Le même jour, le sénateur Alphonse Stiénon du Pré (parti Catholique) est nommé bourgmestre de Tournai. 

Le nouveau mayeur est né à Thieusies, entre Soignies et Mons, en 1853. Installé à Tournai, il entre au conseil communale en septembre 1896. En devenant bourgmestre, il met fin à quarante années de règne des libéraux. Il a déjà été député de l'arrondissement entre 1898 et 1900 et sera sénateur de 1900 à 1918. On le connaît comme le Président de la Société de Musique qui organise, chaque année, de prestigieux concerts dans la cité des cinq clochers. Il est à l'origine de la venue de César Franck le 27 avril 1890. Le 22 mai 1908, le roi lui accorde le titre de baron. 

La séance d'installation du nouveau Conseil communale a lieu le 13 mars, la police entoure l'Hôtel de Ville et canalise la foule de curieux venus pour assister aux débats. Une centaine d'entre-eux seront admis dans la salle à 8h00. Loin de calmer les esprits, les échanges d'articles souvent à la limite de la correction vont encore fleurir, durant des mois, dans les colonnes du Courrier de l'Escaut et de l'Avenir. Un journaliste de cet organe de presse proche du parti libéral (et c'est un euphémisme) va jusqu'à s'en prendre au dénommé Nutte, trésorier indélicat du Bureau de Bienfaisance, pourtant issu du parti Libéral en sous-entendant que cet homme peu scrupuleux avait fait le jeu des Catholiques par sa fuite, trois jours à peine avant le scrutin. 

En juin, le Bureau de Bienfaisance est autorisé à construire au quai Taille-Pierre, un établissement de bains pour indigents. Le coût des travaux s'élève à 65.000 francs, subsidié à concurrence de 20% par la province du Hainaut, le gouvernement belge prenant à sa charge une autre tranche de 20%, le solde, soit 39.000 francs, sera payé par le Bureau de Bienfaisance. Le projet prévoit des salles de bain séparées pour les hommes et les femmes par le local réservé à la préparation et au chauffage de l'eau. La salle des hommes compte 26 cabines de douches et 2 avec baignoire, la salle des femmes compte 15 cabines avec douches et 4 avec baignoire. Les locaux seront chauffés par la vapeur à basse pression. (à suivre)


27 févr.
2012

13:53

Tournai : Les festivités de mars.

Voici le programme des festivités de mars, le mois du printemps mais surtout le mois du Carnaval de Tournai :

Jeudi 1er, Maison de la Culture, conférence "L'humanisme, un antidote au choc des Cultures" par Fouad Laroui, Professeur à l'université d'Amsterdam, dans le cadre du cycle de l'Université du Temps Disponible. 

Vendredi 2, 20h, Maison de la Culture, salle Franck Lucas "Karim Gharbi et Gaëtano", deux promesses de la scène musicale belge. 

Vendredi 2, 20h, Musée des Beaux-Arts, conférence "Victor Horta, un regard nouveau" par François Schuiten, dans le cadre de l'exposition "de Manet à Dürher".

Vendredi 2, 20h, Maison de  la Culture, salle Jean Noté, concert de "gala de l'Orchestre à vent du Conservatoire de Tournai".

Samedi 3, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, concert-spectacle "L'esprit de Jacques" hommage à Jacques Brel par Micheline et Bruno Brel, organisé par le Conseil consultatif de la personne handicapée. 

Samedi 3, 20h, chapiteau de l'Esplanade du Conseil de l'Europe, concert du groupe "Machiavel", organisé par l'association de parents de l'Athénée Royal Robert Campin. 

Samedi 3 et dimanche 4, salle La Fenêtre, "5e scène ouverte de Mômes Circus", deux journées de spectacles proposés par les écoles de cirque de la région et organisé par Chloé Vancompernolle, artiste de cirque tournaisienne. 

Dimanche 4, 11h, salle des Concerts, concert du "Trio Childéric" avec Clément Holvoet (violon), Marie-France Gillet (alto) et Chantal Diricq (cello).

Mardi 6 mars, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Ieto" par le duo acrobatique Jonathan Guichard et Fnico Feldman, lauréats jeunes talents Cirque Europe 2008.

Mercredi 7, 20h, Maison de la Culture salle Franck Lucas, "In Vitrine" création du Collectif "Rien de Spécial" (Alice Hubball, Marie Lecomte et Henri Piron).

Jeudi 8, Maison de la Culture, conférence "L'avenir pour la maladie de Parkinson, protéger ou remplacer les neurones malades" par Massimo Pandolfo, chef du service de Neurologie à l'Hôpital Erasme ULB dans le carde du cycle de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 9,18h, Espace Wallonie Bruxelles, rue de la Wallonie, conférence "Nouvelles données sur les enceintes tournaisiennes" par les Archéologue du SPW.

Samedi 10, 16h, Maison de la Culture, salle Franck Lucas, "le Roi sans royaume" par Marcel Cremer et l'Agora Théâtre, spectacle pour les jeunes et... leurs parents. 

Samedi 10, 20 h, Halle-aux-Draps, spectacle patoisant des "Filles, Celles Picardes ne mettent pus d'gants".

Dimanche 11, de 10 à18h, chapiteau de l'Esplanade du Conseil de l'Europe "exposition de Miniatures agricoles".

Dimanche 11, 15h, Halle-aux-Draps, spectacle patoisant des "Filles, Celles Picardes ne mettent pus d'gants".

Mardi 13, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "La cinquième position, une chronique dansée" de et par la chorégraphe allemande Andréa Sitter. 

Jeudi 15, maison de la Culture, conférence "Le beffroi et son histoire" par Claire Billen, professeur à l'ULB, dans le cadre du cycle de l'Université du Temps Disponible. 

Vendredi 16 au lundi 19, Tournai-Expo, "Déco et Jardins", le salon de la décoration intérieure et des jardins. 

Vendredi 16, 19h30, salle Saint Lazare "Bistrot patoisant Tournaisien"

Vendredi 16, Carnaval de Tournai, "La nuit des intrigues".

Samedi 17, Carnaval de Tournai, "Mascarade, Bal Populaire" sur le thème de Bonbons et Friandises.

Samedi 17, 15h30, salle saint-lazare, "Bistrot patoisant Tournaisien".

Dimanche 18, 15h30, salle Saint-Lazare, "Bistrot patoisant Tournaisien".

Mercredi 21, rue Saint-Martin, le Centre de la Marionnette participe à la "Journée mondiale de la Marionnette".

Mercredi 21, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Vy" spectacle de marionnettes de et par Michèle Nguyen dans le cadre de la semaine : Langue Française en fête" (du 19 au 24 mars).

Jeudi 22, Maison de la Culture, conférence "Richesses, saveurs et bonheur de notre parler belge" par Michel Carly et Jacqueline Lempereur, écrivains dans le cadre du cycle de l'Université du Temps Disponible".

Vendredi 23, 20h, église de Templeuve, concert du "Nato Jazz Alliance", organisation de la Royale Union Musicale de Templeuve. 

Vendredi 23, 20h, Halle-aux-Draps, spectacle patoisant,  "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (exclusivement réservé aux Messieurs)

Samedi 24, 17h30, Maison de la Culture, "Le bureau des histoires" par le Théâtre du Tilleul, un véritable hommage à la littérature enfantine, pour public à partir de 5 ans.

Samedi 24, à partir de 15h, Halle-aux-Draps, "2e Festival Brassicole", dégustation de bières, expositions de collectionneurs, bourse d'échange, dédicaces de l'auteur de BD francophone Louis Michel Carpentier. 

Samedi 24, 19h30, salle Saint-Lazare  , "Le Bistrot patoisant Tournaisien".

Samedi 24, 20h, Kain, église N.D de la Tombe, concert par "l'Orchestre à Cordes du Conservatoire de Tournai" sous la direction de Christiane Diricq, au profit de l'asbl Guides et Scouts de Kain.

Samedi 24, à partir de 20h30, Grand'Place, "Le Tour en Transe", spectacle par le Grand Atelier dans le cadre des 100 jours avant l'arrivée du Tour de France à Tournai. 

Dimanche 25, 15h30, salle Saint-Lazare, "Bistrot patoisant Tournaisien".

Dimanche 25, toute le journée, Halle-aux-Draps, "2e Festival Brassicole", seconde journée. 

Mardi 27, 20h, Maison de la Culture, concert du groupe "Moriarty" (The missing Room).

A partir du 28 mars, Esplanade du Conseil de l'Europe, le cirque Alexandre Bouglione présente son nouveau spectacle 2012 "Viva latino".

Jeudi 29, Maison de la Culture, conférence, "Ecrire et publier aujourd'hui, quelle aventure" par Colette Nys-Mazure, écrivaine dans le cadre du cycle de l'Unversité du Temps Disponible".

Vendredi 30, 18h, Espace Wallonie Bruxelles, rue de la Wallonie, conférence "Les ingénieurs du roi : de Fribourg à Tournai (1744-1745)" par Alain Tripnaux, Président de l'ASBL "Le Tricorne".

Vendredi 30, 20h, Maison de la Culture, "Fanfarerie Nationale" par Circa Tsuïca/ Cheptel Abraham, onze artistes déjà venus dans le cadre de la Piste aux Espoirs, un spectacle mêlant musique, acrobaties, figures de style...

Vendredi 30, 20h, Halle-aux-Draps, spectacle patoisant, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (exclusivement réservé aux Messieurs).

Samedi 31, maison de la Culture, spectacle musical "Le Rock 'N' Roll Show de Fred et Samson"

Samedi 31, 20h, Halle-aux-Draps, spectacle patoisant, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (exclusivement réservé aux Messieurs).

Les passionnés d'expositions pourront voir ou revoir :

"Gestes du patrimoine", Maison de la Culture jusqu'au 19 mars.

"De Manet à Dürer" au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 11 juin.

"Tournai, cité militaire, 2000 ans d'histoire" Espace Wallonie Bruxelles à partir du 5 mars.

"Anne-Marie Vin et Olivier Sonck", Maison de la Culture à partir du 23 mars

"Benjamin Monti" Maison de la Culture Espace bis à partir du 24 mars.

Samedi 31 mars, de 15 à 18h, Froyennes, Foyer Saint-Eloi, "33e Exposition Toutes Collections" (magnets touristiques et divers, menus de sociétés tournaisiennes, éteignoirs, Pinocchio...)

(Comme toujours, agenda susceptible de modifications ou d'ajouts). 

 

25 févr.
2012

09:10

Tournai : expressions tournaisiennes (162)

Pourméner, ch'est beon pou la santé !

L'solel et le bieau temps seont infin orvenus, ch' n'est vraimint pos dammache après c'qu'on a connu et comme des arondielles au printemps, m'feimme et mi, on attind impatiemmint no prumière sortie. Ah, aspirer l'naque de no ville à plein poumeons, risquer s'vie in traversant dins l'circulatieon, orwettier ce qui, in treos meos, i-a cangé et vir aussi tous les magasins qu'i-ont serré, ch'est pou nous, sintir batte l'coeur de no cité, ch'est ortrouvé, après lommint, nos cheonq clotiers

L'auteo garée, sans payer, près de l'Hôtel de Ville, à ein indreot privilégié comme nos édiles,        on a déquindu, à pied, l'rue Saint-Martin, sans queurir, bin seûr, mais in marchant d'ein beon train. On n'éteot pos 'cor arrivés à no bieffreo, qu'on d'veot d'jà faire attintieon pasqu'i-aveot des treos. Ch'éteot pos la peine d'printe l'rue de l'Wallonie et acore moinse d'essayer d'passer pa l'rue d'Paris, I-n'aveot pus d'trottoirs dins no rue des Cap'liers et des grands treos au plein mitan du Piétonnier ! 

L' Naïade, du heaut du peont, à l'rue des Puits l'Eau, s'dminde si, à ses pieds, on va contineuer les traveaux. L'vingt et un juillet, ch'est "Tournai enchanté", tous l'restant de l'ainnée, ch'est Tournai in chantier. Pou boucher les treos qu'on a asteur dins nos rues, des ouverriers, t'as jusse ein pelé et ein teondu. Bin seûr qu'on saveot qu'on alleot souffère, mais on n'pinseot vraimint pos vife parelle galère ! On a pris c'qu'on neomme l'bas Quartier in ville, bé on est orcait dins l'dallache à l'rue Dame Odile.  

Et dire qu'on va béteôt commincher les traveaux, dins l'rue des Orfèves, d'Courtrai et des Choraux. I-nous resteot à aller vir l'Rue Perdue, à peine à mitan terminée d'puis Lundi Perdu, l'treos i-est toudis là, mais, ceulle feos, sans pelé ni teondu. Quand j'veos cha, mi j'fous in rache, tout i-est qu'minché et i-a perseonne pou finir l'ouvrache. L'prochaine feos que j'vas acore chez l'cordonnier, ch'est des bottes que j'vas li acater, pos des sorlets.

J'pinse bin qu'ave m'feimme, l'sémaine prochaine, on va aller s'pouméner, fin tranquilles, su l'plaine  Hein, quoisque vous raqueontez, là aussi i-a des traveaux pasque pou aliminter in gaz l'CHWapi, on intierre des tuyeaux. Bé alors, on ira dins l'quartier d'l'Athénée, neon, n'venez pos ichi dire que là-vas aussi on creuse des tranchées. On fait des treos su les chaussées d'Lille et d'Douai, près de l'priseon et au qu'min Mulliez. L'avenue des Etats-Unis est complèt'mint barrée, cha fait d'taleur deux meos qu'on n'peut y pus passer ! M'vieux moneonque qui, in quarante, i-a fait l'guerre, m'a dit "garcheon, ch'éteot comme cha, tout i-éteot par tierre" !  

Et pindant c'temps-là, les ceusses qui ont décidé les travéaux, i-feont l'politique d'l'autruche, quand cha va mal, pou n'rin vir, i-n'a qu'eine cosse à faire, on s'muche

(lexique : orvenus : revenus / les arondielles : les hirondelles / l'naque : le parfum, l'odeur / orwettier : regarder / vir : voir / serré : fermé / lommint : longtemps / les cheonq clotiers : les cinq clochers / déquindu : descendu / queurir : courir / cap'liers : chapeliers / les ouverriers : les ouvriers / souffère : souffrir / vife : vivre / commincher : commencer / s'foute in rache : se mettre en colère, en rage / l'ouvrache : l'ouvrage, le travail / les sorlets : les souliers /  là-vas : là-bas / l' quémin : le chemin /  l'moneonque : l'oncle / garcheon : garçon / les ceusses : ceux / s'mucher : se cacher)

S.T. février 2012 

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 févr.
2012

09:10

Tournai : Jean Luc Dubart, écrivain, poète...

Il m'arrive régulièrement d'accrocher aux cimaises de ma galerie virtuelle, les portraits de Tournaisiens dont la réputation a largement dépassé les frontières de notre région. Ecrivains ou artistes, poètes ou essayistes, comédiens ou humoristes, musiciens ou étymologistes, personnages du folklore ou patrons d'entreprises, on parle d'eux un peu partout en ignorant souvent qu'ils sont de véritables "Infants d'Tournai".

Celui qui, aujourd'hui, va y prendre place, il y a longtemps déjà que je rêvais de l'y mettre. Sa particularité est d'être un touche-à-tout de génie : écrivain, poète, chroniqueur de radio, journaliste, essayiste et étymologiste picard, Jean Luc Dubart est tout cela à la fois.

Il est né, à l'ombre des cinq clochers, le 29 décembre 1958 et on peut le suspecter d'avoir, probablement, un peu traîné en route pour ne pas voir le jour à la date où on fête les Saints Innocents, car tous ces saints du calendrier, il nous en parlera bien plus tard avec énormément de talent mais aussi beaucoup d'humour. Ce cadet d'une famille de trois enfants va effectuer ses études primaires et secondaires à l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes avant de les poursuivre à l'Université catholique de Louvain. Licencié et agrégé en philosophie, en sciences religieuses, bachelier en sciences familiales et sexologiques, il embrassera tout naturellement la carrière de professeur de philosophie et de religion dans l'enseignement supérieur. De 2009 à 2011, il sera même directeur de la communication au sein de l'Helha (Haute Ecole de Louvain en Hainaut). Le département "communication" dont il est désormais responsable prépare les étudiants au journalisme, à la carrière d'animateurs socio-culturels ou de responsables de communication. 

Ses nombreuses passions, Jean Luc Dubart aime les partager. Ecrivain et poète, il publiera en 1989, "Métaphysique de la Moisson" suivi de "La terre va, le ciel demeure" et de "l'Aube crépusculaire". Un an plus tard, "La Haute Note Jaune" sera ensuite amendée et prendra le titre "Vincent Van Gogh et son double", ouvrage récompensé par le Prix Charles Plisnier. Suivront "Minuit approche, il demeure toujours une mesure", "Fors de Bout", oeuvre récompensée par le Prix du Conseil du Nord et du Pas de Calais, ou encore "Chemins de Croix". En collaboration avec Nicolas Verplancken, dans le recueil photographique "Sur la terre comme au ciel", par le texte, il commente les magnifiques vitraux de l'église Saint-Aybert de Bléharies photographiés au moyen d'un mini-dirigeable télécommandé, évoluant sous la voûte. Il publiera encore "Jean et Julie" et "Le solitaire d'Heilingstadt", un texte poétique qu'il interprètera en présence de la princesse Astrid en 1997. 

Ecrivain et poète, Jean Luc Dubart n'oublie pas ses racines picardes, dans ce domaine, il va aussi donner sa pleine mesure en publiant : "T'as ti ein neom picard" en collaboration avec le regretté auteur patoisant Paul Mahieu (SCRIbande 1990); "Gins d'ichi", une étymologie de 7.000 patronymes picards rassemblés à partir d'un ensemble d'articles qu'il a publié dans le journal le Nord-Eclair de 1991 à 1993, "Osieaux d'ichi", deux guides ornithologiques picards, recueils d'expressions françaises et picardes liées aux oiseaux (1994). Suivront encore : "Raveluques et Brimbérieons", homonymies et faux-amis français, picards, belgicismes et picardismes. Quatre publications consacrées aux "Sobriquets" de Bléharies, Lesdain, Péronnes et Rongy, "M'n'ichi à mi", portraits d'auteurs picards contemporains à partir d'articles publiés dans le Nord-Eclair, "Les rues d'ichi", une plaisante présentation des rues tournaisiennes, "Les charges du Cabaret Wallon Tournaisien", un recueil de caricatures de chaque chansonnier dans un décor le personnifiant au mieux, "Balochard, ou le Hadock picard", injures et insultes en patois picard, "Ein baudet qui fait à s'mote...", expressions picardes liées à l'âne et "A votre bonne...chantez", un livre et un CD sur les chants populaires régionaux.

Etymologiste picard, il n'oublie pas ses racines chrétiennes, avec cette Foi qui l'anime, il publie : "Sur les pas de Dieu, de la Vierge et des Saints, chapelles en Brunehaut", "Le culte marial en Hainaut et dans le Nord de la France", "Saints montois", "les Saints Guérisseurs de Picardie", cinq tomes qui seront également traduits en néerlandais par le Père Raimond en 2004 sous le titre "De Heilige Genezers", "les Saints qu'on boit", recueil d'articles parues dans le Nord-Eclair de 1998 à 1999... 

"Saints, Traditions et Bons Baisers" regroupe les soixante-deux séquences diffusées dans l'émission de Guy Lemaire "Bons Baisers de chez nous", car, beaucoup d'entre-vous se rappelleront certainement les interventions de Jean Luc Dubart sur les antennes de Vivacité que ce soit en compagnie de Jean Pierre de Boeck (dans l'émission "L'Almanach de la Semaine") ou en compagnie de Carine Bresse et Guy Lemaire. Ces billets remplis d'humour, très écoutés, ont malheureusement disparu de nos antennes régionales. dans toutes ses interventions l'humour est omni-présent, qu'on en juge par ces quelques réflecions prises au hasard : "un faux saint, c'est celui qui dit à Dieu, et du tac au tac, et en toute prétentieux : "L'auréole, Seigneur, parce que je le vaux bien " ou "Dimanche des Rameaux, Jesus entre en triomphe à Jérusalem et pas en Porsche, na !", mais celle que je préfère pourtant est la suivante : "Les ivrognes sont mes plus fidèles auditeurs, ils admirent mes vers" !

On pourrait encore citer de nombreux ouvrages, tant la production littéraire de notre écrivain est importante, il y en a suffisamment pour remplir une bibliothèque mais je voudrais encore m'arrêter sur deux d'entre-eux : "Perles de sagesse", soixante contes philosophiques invitant à la réflexion, à l'intériorité, au recueillement et "Contes et légendes en Pays Hennuyer", un ouvrage publié en 2005 et qui fut mon livre de chevet durant quelques agréables soirées.

Personnellement, je me rappelle une soirée de décembre, il y a un peu plus d'une dizaine d'années, en l'église de Bléharies, durant laquelle nous avions assisté à un spectacle dont il était l'auteur et le metteur en scène, monté avec la collaboration de bénévoles du village et de chorales, il nous avait présenté, en chansons, ces saints qu'on fête à la fin de l'année de Saint-Hubert à Saint-Sylvestre. 

Depuis plus de dix ans, Jean Luc Dubart rédige et corrige des billets pour l'éphéméride "Le Petit Sablier", une édition gérée par Luc Strobbe dont l'imprimerie se trouve à Izegem.

Durant dix années, il a également corrigé les livres destinés à la jeunesse portugaise soucieuse d'apprendre la langue française. Chaque édition comprenait le livre du maître, celui de l'élève, un lexique, une grammaire et une cassette (remplacée ensuite par un CD). Par souci de rigueur, Jean Luc Dubart a travaillé en collaboration avec des professeurs du Conservatoire Royal de Bruxelles. Ces ouvrages sont édités par les Porto Editora.

Malgré ses nombreux livres, poèmes, essais, recueils, ses études sur la langue picarde, ses huit cents billets dans le journal Nord-Eclair, ses interventions régulières sur les antennes de la RTBf, ses CD (sur l'un d'eux, il est accompagné au synthétiseur par sa fille Sarah), ses spectacles, ses conférences, ses participations fidèles au salon "Tournai la Page", Jean Luc Dubart est resté un homme d'un grande simplicité et d'une extrême gentillesse. Pourvu que sa modestie ne soit pas mise à mal par le portrait que j'ai tenté de dresser de lui ! 

S.T. février 2011


23 févr.
2012

09:05

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (3)

Terminons cette revue des évènements de l'année 1907 par diverses informations glanées au hasard et représentatives d'une époque aujourd'hui révolue.

Durant les trois années qui viennent de s'écouler, un correspondant de presse qui n'a pas chômé est celui qui couvre, pour le Courrier de l'Escaut, le petit village frontalier de Templeuve entre Tournai et Roubaix. Cette fois, il va falloir dénouer un mystère, comme dans un roman, celui de la découverte d'un trésor. A la fin du mois de mars, on remarque qu'un homme nommé Braeye qui exploite une petite culture sur des terres qu'il loue au Trieu du Pâpe fait des dépenses peu en rapport avec sa situation financière bien fragile. Plus étrange encore, il paie toujours au moyen de pièces de cinq francs presque neuves. La rumeur se répand rapidement dans le village et une enquête est ouverte par la police. Braeye déclare à ceux qui viennent l'interroger qu'en bêchant la terre, il a trouvé des pièces pour une valeur de 2.000 francs contenus dans un pot. En fait, il travestit la vérité car il en a découvert plus du double. Ce sont des pièces de cinq francs à l'effigie de Louis XVIII et de Louis-Philippe, relativement récentes car émises entre 1830 et 1848. Quelques jours après avoir été interrogé, il met au jour un second pot contenant cette fois 4.925 francs en pièces de cinq millésimées 1831. Comme les enquêteurs lui ont demandé, il a déposé ces pièces chez Mr. Dubois, le propriétaire du terrain. Quelques jours passent et voici qu'il trouve un troisième pot contenant 1.520 francs en pièces datant de 1831 à 1836. Quelle est l'origine de ce véritable trésor ? Que sont devenues les pièces déposées chez le propriétaire ? Nul ne le sait et plus aucun article ne paraîtra à ce sujet ! Une preuve qu'à cette époque, le journalisme d'investigation n'était pas de mise. Tout juste a-t-on appris que le terrain était l'emplacement d'un vieux fournil. On aurait donc pu intituler cet épisode : le magot du boulanger !

Plus horrible est la relation d'un accident survenu dans le village de Mourcourt sur les pentes du Mont Saint-Aubert. Nous n'avons rien voulu changer à ce qu'a écrit le correspondant de presse de l'époque : "Vers midi, un fermier est allé atteler deux chevaux à un chariot. L'homme ignorait que son fils de trois ans y était monté. Au moment où le chariot quittait le "charril" (mot qui n'est pas ou plus repris au dictionnaire), l'enfant se leva et il eut la tête littéralement écrasée entre une poutre fixée au travers du seuil du charril et le montant arrière du chariot. Horrible détail : la cervelle a jailli dans le véhicule. Inutile de dire que la mort fut immédiate. Nous renonçons à dépeindre la douleur des infortunés parents". On croit rêver en lisant de pareilles descriptions à une époque où la pudeur était de mise et la dernière phrase n'en est que paradoxale !

La cité des cinq clochers va connaître un évènement, le dimanche 11 août, on assiste à une grande animation dans le quartier des Sept-Fontaines (actuel faubourg de Maire), on attend avec impatience sur la Drève de Maire l'arrivée des participants de la première étape du Tour de Belgique cycliste pour amateurs, une organisation du tout nouveau journal "La Dernière Heure", dont le fondateur est le Tournaisien Maurice Brébart. Cinquante-neuf concurrents se sont élancés de la place de Brouckère à Bruxelles pour rejoindre Tournai au terme d'une étape de 160 kilomètres passant par Malines, Termonde, Gand, Deinze et Courtrai. Ils sont trente-sept belges, seize français et six luxembourgeois, quatre d'entre-eux se présentent au sprint, vers 4h15 de l'après-midi, face à l'établissement du Petit Colysée. Le belge Devoghelaere coiffe de peu son compatriote Van Landeghem. La victoire est saluée par une foule qui crie "Vive la Belgique, Vive la Flandre". Les derniers concurrents sont arrivés vers 8 h du soir. Le lendemain, ils n'étaient plus que quarante-cinq à prendre le départ de la Grand'Place de Tournai pour une seconde étape qui devait les emmener à Namur au terme d'un périple de 150 kilomètres. 

En ce début d'année 1907, la maison d'édition Casterman connaît un nouveau deuil, cinq semaines après son frère Louis, décédé le 13 décembre 1906, Henri s'éteint le 24 janvier, à l'âge de 53 ans.  Pour maintenir l'activité de la maison jusqu'à la majorité des enfants de Louis, une société anonyme est créée, elle sera dirigée par Léon-Séverin Mallie tandis que l'avocat Goblet sera nommé au poste de président du conseil d'aministration. 

(sources : le Courrier de l'Escaut éditions de 1907 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre)


22 févr.
2012

09:15

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (2)

Avant d'aborder d'autres faits qui marquèrent l'actualité de l'année 1907 dans notre bonne vieille ville de Tournai, dressons le portrait de deux élus issus des élections communales du 20 octobre.

Ambroise De Rick, élu sur la liste catholique, est né à Tournai le 13 novembre 1849, il exerce la profession d'avocat et a entamé une carrière politique en 1895. Conseiller communal, il deviendra, à la suite de ces élections, échevin de l'Instruction publique, mandat qu'il conservera jusqu'en 1920. Au décès de Mr Stiénon Dupré, il assurera la fonction de bourgmestre du 27 juillet 1918 au 26 juin 1919. A ce titre, il accueillera les troupes anglaises libérant Tournai le 9 novembre 1918 et le lendemain, le roi Albert 1er, la reine Elisabeth et le prince Léopold. Il est décédé à Esplechin le 1er novembre 1936. Jules François Boucher, élu sur la liste libérale, était né à Gand, le 8 mai 1845. Il est membre de la dynastie des Boucher également connue à Warchin évoquée par Jacques de Ceunninck dans son excellent blog à découvrir "Warchin-Varcinium". Ce filateur, familièrement appelé "Monsieur Jules", avait la sympathie de la classe ouvrière des quartiers industriels de Saint-Brice et de Saint-Jean. Il a été élu sur la liste libérale en 1878. Nommé premier échevin en 1883, il eut sous sa compétence l'Etat-Civil, les Beaux-Arts et les Finances. On lui doit la réorganisation de la Caisse d'épargne de la Ville et l'instauration d'un service de comptabilité communale. Il exercera la fonction de bourgmestre du 31 octobre 1907 au 12 mars 1908, sera Président de la Chambre de commerce de 1914 à 1916 et sera cofondateur du Foyer ouvrier tournaisien. Il est décédé le 28 mars 1919.

Ce long chapitre consacré à la politique ne doit pas nous faire oublier les autres évènements, au travers de ceux-ci nous pourrons, une fois encore, percevoir la mentalité de l'époque.

Le jeudi 27 janvier, vers 9h, un incendie se déclare dans la brasserie Charles Carbonnelle située à la rue des Fossés. Le feu a pris dans une ancienne "touraille", c'est ainsi qu'on nomme la pièce où on sèche et aromatise, par un apport d'air chaud, le malt vert provenant de la germination. A partir de celle-ci , il se communique à un magasin donnant dans la ruelle des Noirets. Ce dernier local contient un stock de paniers plein plein de paille et surplombe les écuries. Il faut donc évacuer au plus vite les chevaux, animaux destinés à tracter les longues plate-formes sur lesquelles on plaçait les tonneaux à livrer dans les cafés desservis par le brasseur. La lutte contre le sinistre n'est pas facile, les pompiers, rapidement arrivés sur les lieux, sont confrontés à des problèmes en raison du gel intense qui sévit en cette fin du mois de janvier. L'incendie se développe et menace l'église des Pères Rédemptoristes. Les hommes du feu se rendront maîtres du sinistre après une lutte d'une bonne heure, on ne déplore pas de victime mais les charpentes de la brasserie sont totalement calcinées, le grain et le mobilier d'estaminet sont partis en fumée. 

Le gel est particulièrement sévère et la neige est présente dès le 2 février. Si ce n'est pour son style un peu suranné, l'article recopié dans sa totalité concerne un problème toujours d'actualité, "la neige a fait son apparition couvrant nos rues d'une nappe glissante où les chutes ont, hélas, été nombreuses, là surtout où les roues des voitures tracent des sillons dangereux même pour les plus ingambes (on désigne ainsi une personne alerte qui a les jambes lestes, mot très peu utilisé à notre époque). Un certain nombre d'habitants, dont il faut louer le beau geste, ont épandu devant leur demeure, une couche de cendres ou de sciure pour empêcher les accidents. Il est à souhaiter que cet exemple sera suivie généralement". Si l'utilisation de chlorure de sodium n'était pas encore d'application, on constate néanmoins que beaucoup de personnes, comme c'est encore le cas un siècle plus tard, ignoraient ou feignaient ignorer l'obligation légale de sécuriser le trottoir pour éviter les accidents. 

A propos de météorologie, nous avons parlé lors de la rétrospective d'année précédente, de cet homme qui se faisait appelé le "Vieux Major" et donnait des prévisions du temps, en un seul bulletin pour toute l'année. Lors de la période du 1er au 5 juin, les Tournaisiens sont soumis à un régime de fortes averses et de bourrasques de vent agrémenté d'une température bien trop fraîche pour cette fin de printemps. Les inconditionnels de ce Monsieur Météo constatent avec une profonde déception que pour cette période, il avait prédit un temps lumineux et très chaud. Le Courrier de l'Escaut ose parler de la faillite du Vieux Major, s'en remettra-t-il ? (à suivre)  

21 févr.
2012

09:10

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (1)

Commençons, comme nous en avons l'habitude, par notre tour d'horizon des évènements qui marquèrent cette année 1907 dans le monde et en Belgique.

Pourrait-on déclarer 1907 comme étant la première année de la Femme ? En tout cas, le 15 mars, en Finlande, des femmes sont élues députés et c'est une première en Europe. Le rôle de la femme va-t-il enfin être reconnu dans les autres pays, rien n'est moins sûr car, en feuilletant la presse de l'époque, on se rend compte que c'est encore le "temps des machos", les femmes sont réduites au simple rôle d'épouse et de mère (ce qui est leur essence même), toutes les décisions au sein d'un couple sont encore prises par l'homme uniquement. La machine semble pourtant bien lancée, le 19 août, en Allemagne, est organisée la première conférence internationale des femmes socialistes. A la tête de ce mouvement, on retrouve la révolutionnaire Rosa Luxembourg. Autre femme à se distinguer et à faire avancer la cause féminime, Sarah Bernhardt devient, en février, le premier professeur d'art dramatique féminin. Prix Nobel de la littérature en 1901, le poète français Sully- Prudhomme s'éteint à Châtenay-Maladry, le 6 septembre. 

En Belgique s'ouvre le 12 janvier, au palais du Cinquantenaire, le VIe salon de l'Automobile. Tous les fabricants belges sont présents : la F.N (la Fabrique Nationale d'Armes d'Herstal a commencé à produire des autos), Minerva, Pieper, les Ateliers Germain... ainsi que les maisons spécialisées en carrosseries comme les maisons D'ieteren et Van den Plas de Bruxelles ou Lilien de Liège. Le 1er mai, le catholique Jules De Trooz forme son gouvenement et, pour la première fois, on voit apparaître un ministère des Arts et des Sciences.

A Tournai, l'actualité est étrangement calme durant le premier semestre, il y a, bien entendu, le lot quotidien des faits divers et certains, comme nous le verrons, sont horribles, il y a aussi des incendies qui mobilisent les pompiers, quelques disputes mais... l'actualité semble ronronner jusqu'à la rentrée de septembre où, d'un seul coup, tout s'emballe. Le 20 octobre est le jour des élections communales et il n'en faut pas plus pour animer les journalistes du Courrier de l'Escaut qui cassent du bois (le sucre est symbole de douceur) sur le dos des anticléricaux qui dirigent la Ville. Quelques semaines avant le scrutin, paraît dans le journal la liste Catholique, jamais il ne sera fait référence aux autres listes (la libérale et la socialiste), car, on l'a très bien compris, on ne pactise pas avec le diable !

L'étude de cette liste nous permet de nous rendre compte que la fortune et la position sociale étaient encore à la base de la sa composition. On y trouve trois avocats (Ambroise de Rick, Renée Desclée et Octave Leduc), deux docteurs en médecine (Charles Moreau et Godefroid Plancquart), un négociant (Emile Delrue), un important fermier (Auguste Desmet), un grand propriétaire (Armand d'Espierre), un industriel (Raphaël Pollet), un banquier (Houtart) et un notaire (Léon Théry). Au soir des élections, Delrue, De Rick, Desclée, Desmet, Houtart et Moreau sont élus tandis qu'au parti libéral, on doit constater la défaite, n'obtenant que cinq élus dont les sortants Allard et Victor Carbonnelle. Ce dernier envoie sa démission de bourgmestre, deux jours plus tard, au Roi. Cela n'empêchera pas les battus de réclamer une enquête pour fraude auprès de la députation provinciale où ils recoivent une oreille attentive puisque la majorité était libérale.

Le résultat des élections communales a-t-il été influencé par un évènement qui s'est produit trois jours avant le scrutin. On peut le penser ! Le 17 octobre, un scandale éclate dans la cité des cinq clochers. Le receveur du Bureau de Bienfaisance a disparu en laissant un déficit qu'on dit considérable. Le parquet s'est rendu à 11h au local du Bureau de Bienfaisance (l'ancêtre de l'Assistance Publique et ensuite du Centre Public d'Aide Sociale) à la rue de la Tête d'Or, avant de se rendre au domicile de F. Nutte, le comptable indélicat, qui demeure à la rue De Rasse. Là, les enquêteurs trouvent une épouse éplorée qui leur tend une lettre laissée par son mari l'informant qu'il devait absolument quitter Tournai sans espoir d'y revenir un jour. Le suspect est né à Tournai en 1865, il a donc 42 ans ! Lors de l'acceptation de sa fonction, il avait déposé, comme la loi le prescrivait, une garantie personnelle de 25.000 francs sensée couvrir d'éventuelles erreurs mais le  "trou financier" est estimé à plus de 125.000 francs, somme cependant obtenue par des recherches se limitant aux trois dernières années ! Le bureau de Bienfaisance dépend alors du parti Libéral et le Courrier de l'Escaut ne ménage pas ceux qui ont nommé cet individu peu scrupuleux issu de leurs rangs. On dit même qu'il a été aperçu du côté de Froyennes, le soir de sa disparition, mais qu'on a tardé à le rechercher, lui a-t-on laissé le temps de fuir, probablement en France. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, l'affaire se termine par un non-lieu car si la fraude est avérée, le responsable est en fuite et le préjudice réel n'a pu être déterminé ! (à suivre)

  

20 févr.
2012

09:00

Tournai : Justin Bruyenne, architecte

Durant l'année 2011, le deux centième anniversaire de la naissance de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne serait passé pratiquement inaperçu s'il n'avait eu l'article de Jacky Legge paru dans le numéro 105 de la revue publiée par l'asbl Pasquier Grenier.

Justin, Antoine, Bruyenne est né à Tournai, le 25 janvier 1811. Après des études primaires à l'école publique de Froidmont, il entreprend des études secondaires à Tournai, à l'institut des Frères Bardets. Son père dirige une entreprise de menuiserie comptant une centaine d'ouvriers, Justin va y poursuivre une formation tout en fréquentant les cours de l'Académie de Dessin où il aura pour professeurs deux des plus éminents artistes de l'époque, le peintre Florentin Decraene et l'architecte Bruno Renard.

Florentin Decraene (1793-1852) a été élève de Piat-Sauvage, a étudié à Paris chez le baron Gros et fut le peintre officiel de la Cour d'Espagne vers 1825. Bruno Renard (1781-1863), élève de Charles Perrier et Pierre Fontaine, concepteurs de l'Arc de Triomphe de Paris, fut ensuite chargé par la Ville de Tournai de participer au projet de transformation de la cité.

En 1843, Justin Bruyenne présente les plans de la future salle des Concerts qui sera érigée sur la place Reine Astrid, connue des vieux Tournaisiens sous le nom de "tambour à pattes" et réalise ceux de la redoute de l'Hôtel des Artilleurs à la rue Saint-Martin, bâtiment désormais partie intégrante du Musée d'Histoire Naturelle. Succédant en 1849 à son maître, Bruno Renard, il va poursuivre les travaux de rénovation de la cathédrale Notre-Dame. En 1854, il participe à la décoration de la ville lors des Fêtes royales. En 1861, il est membre correspondant de la commission royale des Monuments de Belgique en compagnie de Barthélémy Du Mortier, d'Idesbald le Maistre d'Anstaing, Charles Voisin (ses collaborateurs dans la rénovation de la cathédrale)...

Le patrimoine tournaisien actuel doit beaucoup à cet architecte de génie. 

Dans le domaine de l'architecture religieuse, il est le bâtisseur du couvent des Pères Passionnistes d'Ere en 1850, bâtiments aujourd'hui occupés par l'Institut d'Enseignement spécial le Saulchoir qui y a adjoint un manège d'hippothérapie et une ferme pédagogique, du couvent et de la chapelle des Frères des Ecoles chrétiennes à Tournai en 1857, de l'église Saint-Amand au hameau d'Allain (1857-1860), église de style néo-roman bâtie sur un terrain offert par les carrières Dumon, de l'église Saint-Géry à Willemeau (1863), aussi de style néo-roman elle lui est attribuée, de la chapelle de la maison de campagne de l'evêque de Tournai à Kain en 1857, de l'église des Pères Rédemptoristes (connus à tournai sous le nom de Pères au Quai) située sur le quai Notre-Dame, édifice néo-roman aujourd'hui désaffecté, de la chapelle du couvent des Réparatrices à la chaussée de Lille, en 1862, actuellement intégrée à un institut d'enseignement secondaire, de l'église Saint-Etienne de Templeuve, édifice néo-gothique rasé à la fin du siècle dernier et remplacé par un édifice moderne de béton et de verre, oeuvre de l'architecte tournaisien Luc Moulin, de l'église Notre-Dame Auxiliatrice au faubourg Saint-Martin en 1889, l'école Saint-Charles au boulevard Léopold (1869) et de l'Orphelinat en 1874, de la chapelle des Ursulines à la rue des Carmes à Tournai... On lui doit également les restaurations de la chapelle de l'évêché et des églises Sainte-Marguerite, Saint-Jean, Saint-Jacques, des Jésuites, du Séminaire et de Saint-Nicolas, cette dernière en association avec le baron Jacques Béthune et Louis Cloquet (1870). Lors des travaux de restauration de la cathédrale, il modifie la rosace d'un diamètre de sept mètres conçue par l'architecte lillois Charles César Benvignat avec un vitrail de Jean Baptiste Capronnier

Nos recherches nous ont également permis de relever qu'il était l'auteur du projet de l'église de Jumet-Gohyssart, de style néo-roman (1866), de l'église Saint-Michel à Saint-Sauveur (1880), de la "Godhuis", hospice pour personnes âgées, à Sint Laureins en Flandre (1849) et de la chapelle du couvent "Kleine Spinhuis" à la Kalkstraat à Sint-Niklaas (Saint-Nicolas). Le baron Jules Houtart fit appel à lui pour la restauration du château de Monceau sur Sambre. En association avec l'architecte flamand T. Mommens, il dressera également les plans du couvent et du pensionnat pour jeunes filles de la "Onze-Lieve Vrouw ter Engelen", Plein à Kortrijk (Courtrai), érigé entre 1843 et 1845. Il restaurera également la chapelle du couvent "Onze-lieve Vrouw ten Doorn" d'Eeklo en 1875.

Dans le domaine de l'architecture civile, il construisit le château de la Marlière à Orcq, propriété de V Crombez en 1844, le château d'Ere, propriété de Mrs de Savoie et Leschevin en 1855, le château Six à Froyennes en style mauresque en 1857, la demeure familiale de Mr. Cailleau-Pollet, toujours visible au 31 de la rue Saint-Brice érigée en 1859, le château d'Henri Duquesne à Vaulx en 1859, la maison de campagne d'Alexandre Dapsens à Vaulx en 1874, l'Hôtel particulier de Mr du Bus, rue Royale (1877),  la maison de J de Bourgogne, à la terrasse de la Madeleine (1880), le pavillon de Mr Leman au faubourg de Marvis (1869), l'édifice en pierre et fer forgé du marché au poisson situé sur le quai éponyme (1850), le café de la Gare à la place Crombez (1877), la première restauration du café des Brasseurs à la rue des Maux en 1858...

En dehors de Tournai, il élabora également les plans du château de Bourgogne à Estaimbourg en 1855 et de la Quennelée à Antoing en 1875, des hospices civils de Celles et de Pottes, il dirigea la rénovation de la petite église d'Esquelme et la restauration du château de Mme Delannoy au Saulchoir, à Kain (1871).

Aux archives de la Ville existe un fonds "Justin Bruyenne" comportant des documents sur un projet non abouti pour le Palais de Justice (1854) et sur un projet de restauration du beffroi (1863).

La consultation de la liste des membres belges de la Société française d'archéologie pour la conservation et la description des monuments nous permet de relever qu'il en faisait partie au 1er juillet 1892 (livret paru en 1893 à la suite du congrès archéologique).

Justin Bruyenne, décoré de la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold en 1878, décède dans sa ville natale, le 27 juillet 1896. Au 1er janvier 2006, pour rappeler son souvenir, à la demande des autorités communales, la rue de la Chapelle à Templeuve perd son nom et devient la rue Justin Bruyenne. Paradoxe, la première église Saint-Etienne dont il a élaboré les plans n'existe plus depuis quelques années !

(sources : article de Jacky Legge paru dans le n° 105 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier de juin 2011 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre).

18 févr.
2012

08:50

Tournai : expressions tournaisiennes (161)

Papotaches du saim'di.

Cha f'seot près d'ein meos que j'n'aveos pus vu mes amisses Edmeond et Fifinne. Ch'est bizarre mais quand ch'est ainsin, j'sus fin réhusse, j'n'orchois pus ein seul petit potin et j'deos m'creuser l'cervelle pou avoir eine histoire tournisienne à vous raqueonter. Hureus'mint, j'les ai rincontrés, ceulle sémaine, au grand magasin à Froyennes (je n'vais pos là pasque ch'est moins tcher mais pasque ch'est pos leon de m'maseon). Fifinne éteot v'nu acater ses "gourgettes" (ahais i-d'a brammint qu'i-ont bin du mal à dire courgettes). Je n'vouleos pos l'orprinte car vous savez que j'sus ein garcheon délicat alors j'li ai dit tout douchett'mint : "Te pinses que ces machins-là ch'est meilleux au "Garrefour", mi, d'toutes façeons, j'n'aime pos cha, cha m'orvient tout l'après-deîner, à chaque feos que j'vins ave m'feimme, j'prinds toudis des "guiches" lorraines, j'adore tout c'qui est au fromache". Bé, elle n'a pos compris, elle m'a répeondu : "les guiches... cha fait grossir mais les gourgettes, neon". 

"Bé cha fait lommint qu'on s'a vu... vous n'avez pos été malates ?" que j'ai d'mindé. 

"Neon, neon, i-f'seot trop freod. Te sais bin, Edmeond i-est fragile de s'gosier (pourtant i-n'est jamais sec), tous les hivers i-m'fait deux angiles et à l'feos eine breongile. On est resté bin au quéaud à no maseon et on a profité pou raviser "les feux de l'amour" à l'télévisieon.

"Ahais, cha récauffe eine milette".

"In parlant d'tout cha, j'ai intindu à l'radio, pos pus tard qu'aujord'hui, qu'eine riche américaine aveot intierré s'tchien ave ein collier in diamants d'nuef mille euros. On peut aimer les biêtes mais feaut quand même pos exagérer. I-féaut ête nuef mille feos seot pou faire des affaires parelles. Comme elle n'a pos su garder s'lanque, bé i-a des gins qui seont allés inl'ver l'tierre pou voler l'bijou". Elle areot pus faire eaute cosse ave s'collier, l'vinte et deonner l'argint à les malhureux, à les ceusses qu'i-doive'tent dormir déhors ou bin à les infants affamés. Infin, i-féaut d'tout pou faire ein meonte, j'vas pas 'cor ichi m'démeonter, ch'est pos beon pou m'tinsieon".

Quoiqu'i-m'a pris d'li dire : "Ch'est pos vous qui f'reot'ent des cosses parelles". Mais quoisque j'ai dit là !

Fifinne a orwettié Edmeond et li i-a baissé s'tiête.

"Allez, dis à l'Optmisse, ce que te m'as dit quand t'as appris l'nouvelle, mi j'vas li dire... Mossieu a décidé de s'faire intierrer ave des casiers d'bière : de l'Tournay, de l'Brunehaut, de l'Moinette et de l'Quintine pasque Mossieu i-a ein jour li que les pharaons i-s'feseot'ent intierrer ave des provisieons pou l'grand voyache. Je n'saveos pos que j'aveos marié Edmeond 1er, l'pharaon. J'espère que su s'pierre tombale i-n'féaudra pos construire aussi eine pyramide. J'vas toudis ichi deonner l'idée à ein pharaon que j'conneos, li i-va pétête s'faire intierrer ave de l'Pater Damien " !

Edmeond i-a orlevé s'tiête, m'a ravisé sans rire et i-m'a dit : 

"Vous n'comperdez rin, vous êtes tertous des innochints, mi j'pinse aux génératieons futures, dins treos ou quate chints ans, quand on va fouiller l'tierre pou vir commint qu'on viveot, on pourra ainsin savoir qu'on buveot ein bin beon breuvache qu'on app'leot l'bière. Ch'est eaute cosse que l'biscurisse que les jeunes boive'tent asteur, des boissons américaines, chimiques, plein d'chuque, qui les rindent obèses. J'sus l'définseu d'nos brasseus !".

Edmeond l'définseu d'nos traditieons, du bien minger et... surtout du bien boire, l'chevalier de l'gastronomie, qui l'areot cru ?  

Fifinne lui a répeondu : "comme j'te conneos, t'fantôme i-est acore capable de s'foute eine belle doufe post-mortem"

Edmeond i-a eu l'malheur d'rajouter : "bé ahais, l'alcool, cha conserve !"

Tout aveot bin comminché, là-vas dins les allées du grand magasin, au "garrefour" de l'alimintatieon et du minger.. pou les tchiens et, tout à n'ein queop, l'cat i-éteot dins l'horloche, i-aveot acore l'broule au ménache.

(lexique : ête fin réhusse : être embarrassé, sans idée / tournisienne : tournaisienne / tcher : cher / leon : loin / orveint : revient / tout douchett'mint : tout douccement / lommint : longtemps / malate : malade / eine angile : une angine / à l'feos : parfois / eine breongile : une bronchite / raviser : regarder / eine milette : une miette, un tout petit peu / ein tchien : un chien / parelles : pareilles /s'lanque : sa langue / eaute cosse : autre chose / à les ceusses : à ceux / ein meonte : un monde / orwettier : regarder / pétête : peut-être /  innochints : innocents / vir : voir / ainsin : ainsi / l'biscurisse : mauvaises bière, par extension boisson de mauvaise qualité / asteur : maintenant /eine doufe : une cuite / L'broule : la brouille).

S.T. février 2012

08:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |