29 févr.
2012

Tournai : l'année 1908 sous la loupe (2)

Après une première page évoquant la situation politique tournaisienne en cette année 1908, nous avons feuilleté les journaux à la recherche des "faits divers" et, bien que résumés, les articles sont retranscrits avec le style et les mots de l'époque.

Le dimanche 13 septembre, au petit matin, une nouvelle se répand dans le quartier du faubourg Saint-Martin : un meurtre aurait été commis entre minuit et une heure du matin sur le seuil de l'estaminet situé au 172 de la chaussée de Douai, tenu par H. Claus, âgé de 38 ans, marié, père de quatre enfants et exerçant la profession de plafonneur. Claus jouit d'une excellente réputation parmi les voisins. Vers 9h du soir, des briquetiers flamands sont entrés dans le café, ils sont occupés à la construction d'une maison dans le voisinage. Après avoir consommé de nombreuses bières, une dispute éclate entre un des briquetiers et d'autres consommateurs. Le dénommé Cardoen se montre violent et afin d'empêcher que le dispute ne se transforme en bagarre générale, le patron du café demande aux briquetiers de sortir et les accompagne jusque sur le trottoir. A peine la porte franchie, il s'effondre, les clients le découvriront baignant dans une mare de sang, il a reçu un coup de couteau et (précise le journaliste) les entrailles apparaissent (il faut s'y faire car on n'épargne aucun détail à cette époque), la victime expire exsangue avant l'arrivée du médecin. La police se rend sur le chantier et découvre les briquetiers endormis dans leur cambuse (sic). Cardoen nie les faits, cet habitant de Becelaere près d'Ypres est néanmoins arrêté étant toujours en possession du couteau.  

En août, la police arrête une dame âgée de 36 ans, demeurant au Cul de Sac des Récollets. Elle est impliquée dans une grave affaire de moeurs qui avait pour cadre un estaminet dont elle était la tenancière, derrière la prison. Des faits de moeurs délictueux s'y sont produits comme a pu le déterminer l'enquête. La relation du procès eut lieu deux mois plus tard :

"La mégère est condamnée à deux ans d'emprisonnement, elle livrait, dans son café, un grand nombre de filles à la prostitution, à certaines heures, elle allait avec elles devant une caserne, on devine dans quel but ! La répugnante marâtre trafiquait même de sa propre fille, presqu'une enfant. Au tribunal, des fillettes de dix-sept ans et moins venaient contées les hontes de leur déchéance physique et morale. On lisait sur ces figures d'adolescentes, les ravages du vice et de l'inconsciente impudeur. C'est peut-être le moment, pour l'Administration communale, de donner un coup de balai et de nettoyer les bouges qui pullulent en certains quartiers de la ville et gâtent moralement et physiquement la population, tous les honnêtes gens applaudiront".

En ce début de 20e siècle, Tournai, ville de garnison, n'échappe pas à la prostitution, une activité qui sévit partout et à toutes les époques. Vu l'âge des victimes de cette femme, alors que la majorité était fixée à 21 ans, certains de ces faits pourraient être taxés de pédophilie.

Je vous rappelle que nos aînés désignaient ce temps béni comme étant "la belle époque", elle ne semble rien à avoir envier à la nôtre !

Plus réjouissante est l'annonce de l'organisation les dimanches 19 juillet et 30 août, de trains de plaisir (aucune relation avec le sujet précédent), on nommait ainsi les trains qui emmenaient les habitants de la région à la Côte belge. Le train partait de Blaton par Péruwelz, Tournai, Mouscron, Courtrai pour rejoindre Ostende et Blankenberghe. Le prix du voyage "Aller et Retour" était de 5, 90 francs en seconde classe et de 3,50 francs en troisième. Le départ de Tournai était fixé à 5h41 et l'arrivée à Ostende à 8h08. 

Si l'année précédente l'arrivée d'une étape du premier Tour de Belgique cycliste avait eu pour cadre l'avenue de Maire, cette fois, c'est une épreuve Tounai-Mons-Tournai qui est organisée, le dimanche 26 juillet. Deux catégories y participent, "les touristes" au nombre de 38 partants et les "coureurs amateurs" au nombre de 33. Le premier coureur amateur réalisera le parcours, d'une bonne centaine de kilomètres, en 3h17 tandis que le premier "touriste" le fera en 3h43. Dans la catégorie des coureurs amateurs, le premier tournaisien est Jules Lucq qu'on connaîtra ensuite comme garagiste à la place de Lille. 

La bicyclette devient un mode de déplacement de plus en plus prisé. Un constructeur tournaisien de vélos publie une encadré dans la presse en se réjouissant de la première place en catégorie des "Vétérans" du coureur Dubreucq lors de l'épreuve Paris-Roubaix de 1907, il précise même que l'athlète pesait 88 kilos et utilisait une machine construite en ses ateliers d'un poids de 11,5 kilos. La bicyclette a parcouru les 272 kilomètres entre Paris et Roubaix sans la moindre usure. "Parcourir une telle distance avec 88 kilos sur 11,5 kilos, aucune autre marque n'aurait pu résister". On n'appelait pas encore cela de la publicité mais ça y ressemblait terriblement. 

Par contre, une réclame proclame que :

"Pour un centime, vous pouvez avoir une grande tasse de vértable "Malt Knapp" (vendu en paquets de 500, 250 et 125 grammes mais jamais en vrac). Le véritable "Malt Knapp" à le goût du café sans contenir aucun principe nuisible à la santé". (à suivre)


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