23 févr.
2012

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (3)

Terminons cette revue des évènements de l'année 1907 par diverses informations glanées au hasard et représentatives d'une époque aujourd'hui révolue.

Durant les trois années qui viennent de s'écouler, un correspondant de presse qui n'a pas chômé est celui qui couvre, pour le Courrier de l'Escaut, le petit village frontalier de Templeuve entre Tournai et Roubaix. Cette fois, il va falloir dénouer un mystère, comme dans un roman, celui de la découverte d'un trésor. A la fin du mois de mars, on remarque qu'un homme nommé Braeye qui exploite une petite culture sur des terres qu'il loue au Trieu du Pâpe fait des dépenses peu en rapport avec sa situation financière bien fragile. Plus étrange encore, il paie toujours au moyen de pièces de cinq francs presque neuves. La rumeur se répand rapidement dans le village et une enquête est ouverte par la police. Braeye déclare à ceux qui viennent l'interroger qu'en bêchant la terre, il a trouvé des pièces pour une valeur de 2.000 francs contenus dans un pot. En fait, il travestit la vérité car il en a découvert plus du double. Ce sont des pièces de cinq francs à l'effigie de Louis XVIII et de Louis-Philippe, relativement récentes car émises entre 1830 et 1848. Quelques jours après avoir été interrogé, il met au jour un second pot contenant cette fois 4.925 francs en pièces de cinq millésimées 1831. Comme les enquêteurs lui ont demandé, il a déposé ces pièces chez Mr. Dubois, le propriétaire du terrain. Quelques jours passent et voici qu'il trouve un troisième pot contenant 1.520 francs en pièces datant de 1831 à 1836. Quelle est l'origine de ce véritable trésor ? Que sont devenues les pièces déposées chez le propriétaire ? Nul ne le sait et plus aucun article ne paraîtra à ce sujet ! Une preuve qu'à cette époque, le journalisme d'investigation n'était pas de mise. Tout juste a-t-on appris que le terrain était l'emplacement d'un vieux fournil. On aurait donc pu intituler cet épisode : le magot du boulanger !

Plus horrible est la relation d'un accident survenu dans le village de Mourcourt sur les pentes du Mont Saint-Aubert. Nous n'avons rien voulu changer à ce qu'a écrit le correspondant de presse de l'époque : "Vers midi, un fermier est allé atteler deux chevaux à un chariot. L'homme ignorait que son fils de trois ans y était monté. Au moment où le chariot quittait le "charril" (mot qui n'est pas ou plus repris au dictionnaire), l'enfant se leva et il eut la tête littéralement écrasée entre une poutre fixée au travers du seuil du charril et le montant arrière du chariot. Horrible détail : la cervelle a jailli dans le véhicule. Inutile de dire que la mort fut immédiate. Nous renonçons à dépeindre la douleur des infortunés parents". On croit rêver en lisant de pareilles descriptions à une époque où la pudeur était de mise et la dernière phrase n'en est que paradoxale !

La cité des cinq clochers va connaître un évènement, le dimanche 11 août, on assiste à une grande animation dans le quartier des Sept-Fontaines (actuel faubourg de Maire), on attend avec impatience sur la Drève de Maire l'arrivée des participants de la première étape du Tour de Belgique cycliste pour amateurs, une organisation du tout nouveau journal "La Dernière Heure", dont le fondateur est le Tournaisien Maurice Brébart. Cinquante-neuf concurrents se sont élancés de la place de Brouckère à Bruxelles pour rejoindre Tournai au terme d'une étape de 160 kilomètres passant par Malines, Termonde, Gand, Deinze et Courtrai. Ils sont trente-sept belges, seize français et six luxembourgeois, quatre d'entre-eux se présentent au sprint, vers 4h15 de l'après-midi, face à l'établissement du Petit Colysée. Le belge Devoghelaere coiffe de peu son compatriote Van Landeghem. La victoire est saluée par une foule qui crie "Vive la Belgique, Vive la Flandre". Les derniers concurrents sont arrivés vers 8 h du soir. Le lendemain, ils n'étaient plus que quarante-cinq à prendre le départ de la Grand'Place de Tournai pour une seconde étape qui devait les emmener à Namur au terme d'un périple de 150 kilomètres. 

En ce début d'année 1907, la maison d'édition Casterman connaît un nouveau deuil, cinq semaines après son frère Louis, décédé le 13 décembre 1906, Henri s'éteint le 24 janvier, à l'âge de 53 ans.  Pour maintenir l'activité de la maison jusqu'à la majorité des enfants de Louis, une société anonyme est créée, elle sera dirigée par Léon-Séverin Mallie tandis que l'avocat Goblet sera nommé au poste de président du conseil d'aministration. 

(sources : le Courrier de l'Escaut éditions de 1907 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre)


Commentaires

Pour info : sur le blog Vues du Nord de Jacques (voir dans mes liens), il y a une nouvelle série sur le carnaval de Tournai. Bonne soirée Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 23/02/2012

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