21 févr.
2012

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (1)

Commençons, comme nous en avons l'habitude, par notre tour d'horizon des évènements qui marquèrent cette année 1907 dans le monde et en Belgique.

Pourrait-on déclarer 1907 comme étant la première année de la Femme ? En tout cas, le 15 mars, en Finlande, des femmes sont élues députés et c'est une première en Europe. Le rôle de la femme va-t-il enfin être reconnu dans les autres pays, rien n'est moins sûr car, en feuilletant la presse de l'époque, on se rend compte que c'est encore le "temps des machos", les femmes sont réduites au simple rôle d'épouse et de mère (ce qui est leur essence même), toutes les décisions au sein d'un couple sont encore prises par l'homme uniquement. La machine semble pourtant bien lancée, le 19 août, en Allemagne, est organisée la première conférence internationale des femmes socialistes. A la tête de ce mouvement, on retrouve la révolutionnaire Rosa Luxembourg. Autre femme à se distinguer et à faire avancer la cause féminime, Sarah Bernhardt devient, en février, le premier professeur d'art dramatique féminin. Prix Nobel de la littérature en 1901, le poète français Sully- Prudhomme s'éteint à Châtenay-Maladry, le 6 septembre. 

En Belgique s'ouvre le 12 janvier, au palais du Cinquantenaire, le VIe salon de l'Automobile. Tous les fabricants belges sont présents : la F.N (la Fabrique Nationale d'Armes d'Herstal a commencé à produire des autos), Minerva, Pieper, les Ateliers Germain... ainsi que les maisons spécialisées en carrosseries comme les maisons D'ieteren et Van den Plas de Bruxelles ou Lilien de Liège. Le 1er mai, le catholique Jules De Trooz forme son gouvenement et, pour la première fois, on voit apparaître un ministère des Arts et des Sciences.

A Tournai, l'actualité est étrangement calme durant le premier semestre, il y a, bien entendu, le lot quotidien des faits divers et certains, comme nous le verrons, sont horribles, il y a aussi des incendies qui mobilisent les pompiers, quelques disputes mais... l'actualité semble ronronner jusqu'à la rentrée de septembre où, d'un seul coup, tout s'emballe. Le 20 octobre est le jour des élections communales et il n'en faut pas plus pour animer les journalistes du Courrier de l'Escaut qui cassent du bois (le sucre est symbole de douceur) sur le dos des anticléricaux qui dirigent la Ville. Quelques semaines avant le scrutin, paraît dans le journal la liste Catholique, jamais il ne sera fait référence aux autres listes (la libérale et la socialiste), car, on l'a très bien compris, on ne pactise pas avec le diable !

L'étude de cette liste nous permet de nous rendre compte que la fortune et la position sociale étaient encore à la base de la sa composition. On y trouve trois avocats (Ambroise de Rick, Renée Desclée et Octave Leduc), deux docteurs en médecine (Charles Moreau et Godefroid Plancquart), un négociant (Emile Delrue), un important fermier (Auguste Desmet), un grand propriétaire (Armand d'Espierre), un industriel (Raphaël Pollet), un banquier (Houtart) et un notaire (Léon Théry). Au soir des élections, Delrue, De Rick, Desclée, Desmet, Houtart et Moreau sont élus tandis qu'au parti libéral, on doit constater la défaite, n'obtenant que cinq élus dont les sortants Allard et Victor Carbonnelle. Ce dernier envoie sa démission de bourgmestre, deux jours plus tard, au Roi. Cela n'empêchera pas les battus de réclamer une enquête pour fraude auprès de la députation provinciale où ils recoivent une oreille attentive puisque la majorité était libérale.

Le résultat des élections communales a-t-il été influencé par un évènement qui s'est produit trois jours avant le scrutin. On peut le penser ! Le 17 octobre, un scandale éclate dans la cité des cinq clochers. Le receveur du Bureau de Bienfaisance a disparu en laissant un déficit qu'on dit considérable. Le parquet s'est rendu à 11h au local du Bureau de Bienfaisance (l'ancêtre de l'Assistance Publique et ensuite du Centre Public d'Aide Sociale) à la rue de la Tête d'Or, avant de se rendre au domicile de F. Nutte, le comptable indélicat, qui demeure à la rue De Rasse. Là, les enquêteurs trouvent une épouse éplorée qui leur tend une lettre laissée par son mari l'informant qu'il devait absolument quitter Tournai sans espoir d'y revenir un jour. Le suspect est né à Tournai en 1865, il a donc 42 ans ! Lors de l'acceptation de sa fonction, il avait déposé, comme la loi le prescrivait, une garantie personnelle de 25.000 francs sensée couvrir d'éventuelles erreurs mais le  "trou financier" est estimé à plus de 125.000 francs, somme cependant obtenue par des recherches se limitant aux trois dernières années ! Le bureau de Bienfaisance dépend alors du parti Libéral et le Courrier de l'Escaut ne ménage pas ceux qui ont nommé cet individu peu scrupuleux issu de leurs rangs. On dit même qu'il a été aperçu du côté de Froyennes, le soir de sa disparition, mais qu'on a tardé à le rechercher, lui a-t-on laissé le temps de fuir, probablement en France. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, l'affaire se termine par un non-lieu car si la fraude est avérée, le responsable est en fuite et le préjudice réel n'a pu être déterminé ! (à suivre)

  

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