20 févr.
2012

Tournai : Justin Bruyenne, architecte

Durant l'année 2011, le deux centième anniversaire de la naissance de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne serait passé pratiquement inaperçu s'il n'avait eu l'article de Jacky Legge paru dans le numéro 105 de la revue publiée par l'asbl Pasquier Grenier.

Justin, Antoine, Bruyenne est né à Tournai, le 25 janvier 1811. Après des études primaires à l'école publique de Froidmont, il entreprend des études secondaires à Tournai, à l'institut des Frères Bardets. Son père dirige une entreprise de menuiserie comptant une centaine d'ouvriers, Justin va y poursuivre une formation tout en fréquentant les cours de l'Académie de Dessin où il aura pour professeurs deux des plus éminents artistes de l'époque, le peintre Florentin Decraene et l'architecte Bruno Renard.

Florentin Decraene (1793-1852) a été élève de Piat-Sauvage, a étudié à Paris chez le baron Gros et fut le peintre officiel de la Cour d'Espagne vers 1825. Bruno Renard (1781-1863), élève de Charles Perrier et Pierre Fontaine, concepteurs de l'Arc de Triomphe de Paris, fut ensuite chargé par la Ville de Tournai de participer au projet de transformation de la cité.

En 1843, Justin Bruyenne présente les plans de la future salle des Concerts qui sera érigée sur la place Reine Astrid, connue des vieux Tournaisiens sous le nom de "tambour à pattes" et réalise ceux de la redoute de l'Hôtel des Artilleurs à la rue Saint-Martin, bâtiment désormais partie intégrante du Musée d'Histoire Naturelle. Succédant en 1849 à son maître, Bruno Renard, il va poursuivre les travaux de rénovation de la cathédrale Notre-Dame. En 1854, il participe à la décoration de la ville lors des Fêtes royales. En 1861, il est membre correspondant de la commission royale des Monuments de Belgique en compagnie de Barthélémy Du Mortier, d'Idesbald le Maistre d'Anstaing, Charles Voisin (ses collaborateurs dans la rénovation de la cathédrale)...

Le patrimoine tournaisien actuel doit beaucoup à cet architecte de génie. 

Dans le domaine de l'architecture religieuse, il est le bâtisseur du couvent des Pères Passionnistes d'Ere en 1850, bâtiments aujourd'hui occupés par l'Institut d'Enseignement spécial le Saulchoir qui y a adjoint un manège d'hippothérapie et une ferme pédagogique, du couvent et de la chapelle des Frères des Ecoles chrétiennes à Tournai en 1857, de l'église Saint-Amand au hameau d'Allain (1857-1860), église de style néo-roman bâtie sur un terrain offert par les carrières Dumon, de l'église Saint-Géry à Willemeau (1863), aussi de style néo-roman elle lui est attribuée, de la chapelle de la maison de campagne de l'evêque de Tournai à Kain en 1857, de l'église des Pères Rédemptoristes (connus à tournai sous le nom de Pères au Quai) située sur le quai Notre-Dame, édifice néo-roman aujourd'hui désaffecté, de la chapelle du couvent des Réparatrices à la chaussée de Lille, en 1862, actuellement intégrée à un institut d'enseignement secondaire, de l'église Saint-Etienne de Templeuve, édifice néo-gothique rasé à la fin du siècle dernier et remplacé par un édifice moderne de béton et de verre, oeuvre de l'architecte tournaisien Luc Moulin, de l'église Notre-Dame Auxiliatrice au faubourg Saint-Martin en 1889, l'école Saint-Charles au boulevard Léopold (1869) et de l'Orphelinat en 1874, de la chapelle des Ursulines à la rue des Carmes à Tournai... On lui doit également les restaurations de la chapelle de l'évêché et des églises Sainte-Marguerite, Saint-Jean, Saint-Jacques, des Jésuites, du Séminaire et de Saint-Nicolas, cette dernière en association avec le baron Jacques Béthune et Louis Cloquet (1870). Lors des travaux de restauration de la cathédrale, il modifie la rosace d'un diamètre de sept mètres conçue par l'architecte lillois Charles César Benvignat avec un vitrail de Jean Baptiste Capronnier

Nos recherches nous ont également permis de relever qu'il était l'auteur du projet de l'église de Jumet-Gohyssart, de style néo-roman (1866), de l'église Saint-Michel à Saint-Sauveur (1880), de la "Godhuis", hospice pour personnes âgées, à Sint Laureins en Flandre (1849) et de la chapelle du couvent "Kleine Spinhuis" à la Kalkstraat à Sint-Niklaas (Saint-Nicolas). Le baron Jules Houtart fit appel à lui pour la restauration du château de Monceau sur Sambre. En association avec l'architecte flamand T. Mommens, il dressera également les plans du couvent et du pensionnat pour jeunes filles de la "Onze-Lieve Vrouw ter Engelen", Plein à Kortrijk (Courtrai), érigé entre 1843 et 1845. Il restaurera également la chapelle du couvent "Onze-lieve Vrouw ten Doorn" d'Eeklo en 1875.

Dans le domaine de l'architecture civile, il construisit le château de la Marlière à Orcq, propriété de V Crombez en 1844, le château d'Ere, propriété de Mrs de Savoie et Leschevin en 1855, le château Six à Froyennes en style mauresque en 1857, la demeure familiale de Mr. Cailleau-Pollet, toujours visible au 31 de la rue Saint-Brice érigée en 1859, le château d'Henri Duquesne à Vaulx en 1859, la maison de campagne d'Alexandre Dapsens à Vaulx en 1874, l'Hôtel particulier de Mr du Bus, rue Royale (1877),  la maison de J de Bourgogne, à la terrasse de la Madeleine (1880), le pavillon de Mr Leman au faubourg de Marvis (1869), l'édifice en pierre et fer forgé du marché au poisson situé sur le quai éponyme (1850), le café de la Gare à la place Crombez (1877), la première restauration du café des Brasseurs à la rue des Maux en 1858...

En dehors de Tournai, il élabora également les plans du château de Bourgogne à Estaimbourg en 1855 et de la Quennelée à Antoing en 1875, des hospices civils de Celles et de Pottes, il dirigea la rénovation de la petite église d'Esquelme et la restauration du château de Mme Delannoy au Saulchoir, à Kain (1871).

Aux archives de la Ville existe un fonds "Justin Bruyenne" comportant des documents sur un projet non abouti pour le Palais de Justice (1854) et sur un projet de restauration du beffroi (1863).

La consultation de la liste des membres belges de la Société française d'archéologie pour la conservation et la description des monuments nous permet de relever qu'il en faisait partie au 1er juillet 1892 (livret paru en 1893 à la suite du congrès archéologique).

Justin Bruyenne, décoré de la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold en 1878, décède dans sa ville natale, le 27 juillet 1896. Au 1er janvier 2006, pour rappeler son souvenir, à la demande des autorités communales, la rue de la Chapelle à Templeuve perd son nom et devient la rue Justin Bruyenne. Paradoxe, la première église Saint-Etienne dont il a élaboré les plans n'existe plus depuis quelques années !

(sources : article de Jacky Legge paru dans le n° 105 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier de juin 2011 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre).

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