15 févr.
2012

Tournai : l'année 1906 sous la loupe (2)

L'année 1906 voit la fin des travaux de démolition des petites maisons de la rue des Chapeliers. Avec la disparition de celles-ci, le vieux projet de dégagement de la cathédrale Notre-Dame est enfin réalisé. Des voix s'élèvent cependant, elles réclament aussi la démolition des immeubles situés en haut de la rue et sur le Vieux Marché aux Poteries. 

Au printemps, un accident va être à l'origine de la relance d'un autre projet. Deux péniches entrent en collision sur l'Escaut dans la traversée de la ville et l'une d'elles coule. L'étroitesse du fleuve à cet endroit est une nouvelle fois mise en cause. Ce goulot réclame une grande dextérité de la part des mariniers et les bateaux sont de plus en plus nombreux à remonter ou descendre le fleuve. L'émotion retombée, le projet d'élargissement est remis au placard nous informe la presse locale. Comme on peut le voir, on ne parlait pas encore de mise au frigo... et pour cause !

Un personnage qui ne risque pas d'être mis au placard et oublié, c'est tout simplement "Monsieur Qui de Droit". Voilà une expression utilisée à longueur de correspondances adressées au bureau du journal. Homme indéfini, symbole de celui qui détient le pouvoir, il est sollicité par les lecteurs pour réparer les trous dans les trottoirs, arranger les routes dégradées, faire ralentir les véhicules (surtout les vélos et motos) qui roulent à des vitesses exagérées en ville ou améliorer l'hygiène publique. Cette façon de se plaindre par presse interposée avait-elle une chance d'amener une solution au problème posé ? On se permet d'en douter tant le terme a été galvaudé, son utilisation continuelle diluant finalement les responsabilités. On se pose encore la question : mais qui était donc ce "Monsieur Qui de Droit" ? 

La presse met à nouveau en exergue l'excellent travail accompli par le brasseur, Mr. Bourgois. On se rappelle que celui-ci, sans obtenir aucune aide particulière des autorités communales, avait mené à bien la restauration de la Maison des Brasseurs à la rue des Maux, en récompense la Ville lui avait remis l'année suivante une médaille. En cette année 1906, il se transforme, une nouvelle fois, en protecteur du patrimoine architectural tournaisien en faisant procéder à la rénovation d'un autre immeuble lui appartenant situé à la rue des Campeaux, à l'angle de la ruelle Dalluin. Ce sont les bâtiments de sa brasserie. Eugène Soil de Moriamé (1853-1934), magistrat, archéologue et historien nous décrit cet immeuble dans son ouvrage "L'habitation Tournaisienne - architecture des façades" paru deux ans plus tôt aux éditions Casterman. 

"Située au n°8 de la rue des Campeaux, à l'angle de la ruelle Dalluin, c'est une très riche façade, composée d'un rez-de-chaussée et de deux étages, surmontée, à l'origine, d'une toiture à quatre pans mais présentant désormais deux toitures distinctes qui ont remplacé, dans les années 1890, la grande toiture unique. C'est une construction en pierres bien appareillées, six ouvertures à arcs plein-cintre surmonté d'un larmier (note : membre horizontal en saillie sur le nu d'un mur, ou formant la partie médiane d'une corniche, généralement creusé par en dessous d'un canal qui écarte les eaux pluviales). Ces six ouvertures sont ouvertes jusqu'au niveau du sol, occupant toute la largeur de la façade. A chaque étage, six fenêtres rectangulaires, presque carrées, divisées en deux lumières par un montant droit, chanfreiné, comme les piedsdroits qui supportent le linteau. Arcs de décharge en anse de panier. La largeur de la façade de cette maison du XIVè siècle est de 12 m 10. Cette maison était auparavant munie d'une cheminée en pierre du XIVe siècle et le sol du rez-de-chaussée était couvert d'un pavement en petits carreaux vernissés". 

Cette maison existe toujours mais est, hélas, défigurée, son toit a fait place à une plate-forme, elle a été réduite à un étage, des fenêtres ont été murées, son aspect ne rappelle plus la splendeur qui fut la sienne !

Nous avons signalé que le livre de Soil de Moriamé était paru en 1904 aux éditions Casterman et, justement, le 13 décembre 1906, s'éteint à l'âge de 49 ans, Louis Casterman. Il était le fils d'Henri, Louis, Charles Casterman (1819-1969), le petit fils de Charles dit Josué (1783-1872) et l'arrière petit fils de Donat Casterman (1755-1823), fondateur de la maison d'édition. Après la mort de leur père survenue en 1969, Louis et son frère Henri furent, un moment, associés à leur mère sous la raison sociale " Vve Henri Casterman et fils" avant de fondé l'association "Henri et Louis Casterman". Son frère décèdera quelques mois plus tard. (à suivre)


Commentaires

Pas de photo de la visite princière aujourd'hui à Tournai? Bonne soirée Serge et à bientôt.

Écrit par : Un petit Belge | 15/02/2012

Répondre à ce commentaire

Hélas Petit Belge bloqué à la maison !

Écrit par : Serge | 15/02/2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.