08 févr.
2012

Tournai : l'année 1905 sous la loupe (2)

Nous poursuivons la rétrospective de l'année 1905 en évoquant d'autres chantiers en cours de réalisation ou programmés. Le samedi 18 mars se déroule l'adjudication des travaux de restauration du Pont des Trous. De son côté, la presse s'interroge sur le devenir du Pont de Fer, alors pont tournant. Elle évoque les possibilités de le transformer en un pont fixe, elle dit, en effet, savoir que la Compagnie des Chemins de fer vicinaux envisagerait le passage du tram reliant la gare de Tournai à Pecq via Pont-à-Chin dans les rues du Cygne, Saint-Jacques et de la Madeleine afin de desservir cette partie de la ville. Les obstacles semblent cependant insurmontables, déclare le signataire de l'article, car le dénivelé à récupérer est de quatre mètres ce qui nécessiterait une rampe débutant à hauteur de l'impasse de la rue du Cygne sur la rive gauche tandis que se poserait également le problème de la construction de celle de la rive droite partant du quai Dumon. 

Le dimanche 21 mai, dans le cadre des festivités du 75e anniversaire de la Belgique, la ville de Tournai reçoit la visite du Prince Albert (futur roi Albert 1er) et de la Princesse Elisabeth. Par un temps splendide, le couple princier est accueilli à la gare par les autorités communales et se rend successivement à l'Hôtel de Ville pour une séance académique, à l'Hôpital Civil et à la cathédrale Notre-Dame. A leur arrivée sur la Grand'Place, la foule réunie pour les acclamer est immense, des gens sont venus de presque toutes les communes de l'arrondissement. Ils y assistent à un défilé notamment composé d'un peloton reconstitué des Artilleurs-Volontaires de la garde bourgeoise de 1831, d'un peloton du premier régiment des Chasseurs à cheval créé à Tournai en 1830, d'un char allégorique de la Glorification de la Belgique indépendante tiré par huit chevaux carapaçonnés aux couleurs de la ville... Ce défilé ne clôture pas la visite effectuée par le couple princier, celui-ci se rend encore dans le parc communal où il inaugure les nouveaux bassins à peine terminés, l'eau jaillit tandis que retentit l'hymne national. En fin de journée, Albert et Elisabeth reprendront le train à destination de la capitale. 

Fondé lors de l'indépendance de notre pays, le journal Le Courrier de l'Escaut fête lui aussi son jubilé de 75 années, séance académie, discours, banquet marque celui-ci.

Après de nombreuses hésitations, suite aux réactions qui avaient marqué la restauration du Café des Brasseurs par son propriétaire, Mr. Bourgois, quatre ans auparavant, l'Administration Communale vote, en juin 1905, un subside de 15.000 francs destiné à aider les propriétaires dans la rénovation d'immeubles remarquables. Il est bien spécifié que ceux-ci doivent avoir un intérêt archéologique ou un caractère artistique. Une commission d'étude des demandes est mise en place. Présidée par Eugène Soil de Moriamé, elle comprend également Louis Pion, peintre renommé, directeur de l'Académie des Beaux Arts, Sonneville et Parre, architectes, Adophe Hocquet, archiviste de la Ville, Houtart et Roger, conseillers communaux. Nous avons déjà, dans des articles précédents, évoqué Soil de Moriamé, Sonneville et Hocquet. 

Maurice Houtart, baron, banquier, homme politique et historien tournaisien, est né à Tournai, le 5 juillet 1866. Il est l'arrière petit-fils de Barthélémy du Mortier. D'une intelligence supérieure, il se distingue déjà à la fin des études primaires, il sera, en effet, proclamé premier au concours général entre toutes les écoles primaires de Belgique. Durant les humanités effectuées au Collège Notre-Dame, il sera premier en excellence durant les six années d'étude et sortira, en 1899, docteur en droit avec la plus grande distinction de l'Université catholique de Louvain. Inscrit au barreau, il pratiquera très peu la profession d'avocat, il dirigera la banque Houtart à la rue Saint-Jacques et, en 1921, avec Mrs Lefebvre, Pierre Duquesne, Gabriel Duquesne, Charles Demeyer et Edmond Goblet fondera la Banque du Tournaisis. Celle-ci sera reprise, dix ans plus tard, par la Banque de Bruxelles dont il deviendra administrateur. Entamant une carrière politique, en 1896, il sera élu conseiller communal et ensuite conseiller provincial, député, sénateur, Ministre des Colonies et Ministre des Finances. A Tournai, sa passion pour l'Histoire le mène à être membre de la Société d'Histoire en 1890 avant d'en devenir le Vice-Président et ensuite le Président en 1935. Auteur de nombreuses publications dont "L'origine tournaisienne d'Hélène Fourment, épouse de Rubens" ou encore "la confrérie des Damoiseaux de Tournai". Son ouvrage "Les Tournaisiens et le roi de Bourges" sera couronné par l'Académie française et recevra une mention spéciale de l'Académie des Inscriptions et des Belles Lettres de France. Comme on le constate, cet homme méritait particulièrement sa place au sein de cette commission. Il est décédé le 1er février 1939. (à suivre).  

(sources : Le Courrier de l'Escaut - année 1904 et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle " de Gaston Lefebvre)

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