06 févr.
2012

Tournai : les pestiférés !

La peste, une maladie qui, depuis toujours, fait peur au même titre que la lèpre. Si la lèpre a longtemps provoqué le rejet de la personne qui en était atteinte, avant tout, en raison des déformations physiques dont elle est à l'origine, la peste, pire encore, est mortelle pour l'homme. Elle est causée par un bacille, le yersina pestis, découvert en 1894 seulement par Alexandre Yersin, membre de l'institut Pasteur. Celui-ci est véhiculé par les rats qui le transmettent directement à l'homme via des puces infectées. Indirectement, un individu peut également être infecté par des animaux domestiques (lapins, chats...) ayant été en contact avec les rats. La terrible "peste noire" qui a sévi en Europe, au XIVe siècle, y aurait décimé, selon certains historiens, plus de 30 % de la population. En France, on cite le chiffre de 7 millions de morts sur une populations estimée à environ 17 millions d'individus. Cette maladie est également appelée "peste bubonique" en raison de l'apparition d'un "bubon", abcès provoqué par l'inflammation de ganglions, celle-ci peut a lors évoluer vers la "peste septicémique" par la multiplication des bacilles dans le sang, on parle de "peste pulmonaire" lorsque le bacille s'attaque aux poumons. 

La ville de Tournai n'a pas été épargnée par ce fléau. On évoque une première épidémie au milieu du Xe siècle qui fera plusieurs milliers de victimes. Soyons plus prudents pour celle qui frappa l'Europe du Nord vers l'an 1090 et qui restera dans l'Histoire comme étant à l'origine de la grande Procession de Tournai en souvenir de la toute première ordonnée par l'évêque Radbod en 1092 pour demander à Notre-Dame d'en délivrer la cité. La découverte, en 1892, huit siècles plus tard, de l'origine de cet empoisonnement du sang par un champignon qui affecte principalement le seigle et d'autres céréales lui donnera un nom : "l'ergotisme" ou maladie de l'ergot du seigle, aussi appelée "Mal des Ardents" ou "Feu de Saint Antoine". Le tableau monumental du peintre tournaisien Louis Gallait, exposé au Musée des Beaux-Arts, décrit de façon réaliste l'épouvantable tragédie connue par la population tournaisienne à cette époque. On y voit des religieux portant en procession la statue de la Vierge au milieu d'hommes et de femmes agonisant dans les rues au milieu de chiens errants.

Une épidémie, qualifiée de peste par certains historiens, sévit à nouveau en Belgique et à Tournai à la fin du XIIIe siècle, la véritable peste revient en 1344, entre 1349 et 1359, épisodiquement entre 1390 et 1429, en 1514 où elle durera près de trois ans, entre 1571 et 1580 où elle fera plusieurs milliers de morts et enfin en 1668 et 1669.

En 1904, le tournaisien Fernand Desmons publie une étude chez Casterman. Il s'est penché sur l'épisode de peste connu par la cité des cinq clochers en 1668 et s'est plus particulièrement intéressé à la réaction des Magistrats confrontés à ce fléau. Dès l'apparition du mal, les Consaux édictèrent des mesures sévères et notamment l'institution d'une "Chambre de santé", sorte de pouvoir consultatif et exécutif chargé de proposer les mesures d'hygiène et de faire appliquer des ordonnances en la matière : organisation des secours à domicile, interdiction formelle aux personnes atteintes par la maladie (les pestiférés) de sortir de leur maison sinon munis d'une baguette blanche ou verte avertissant les personnes rencontrées du danger de contamination, désinfection des habitations, création, hors de la porte des Sept Fontaines, sur les près de Maire, d'un lieu d'hébergement et d'isolement des pestiférés. Deux jésuite, dont le père Léon, vécurent au milieu d'eux afin de leur donner les soins et de leur apporter le réconfort spirituel. Cette abnégation sera à l'origine d'une reconnaissance de l'oeuvre des Jésuites qui reçurent une pièce de vin de Beaulne (Beaune) et une somme de 400 florins.

La désinfection des habitations se faisait par fumigation, une combustion de végétaux provoquant des vapeurs chargées des principes actifs de la plante. Les plus utilisés étaient l'eucalyptus et l'encens, moyens bien dérisoires qui masquaient les odeurs fétides !

En 1669, la peste a commencé à décroître et le foyer qui touchait Tournai a fini par s'éteindre, une messe solennelle d'actions de grâces a été célébrée à la cathédrale Notre-Dame à la demande des Consaux.

En conclusion de son étude, Fernand Desmons constate que, finalement, les moyens utilisés pour combattre la maladie et empêcher sa propagation étaient bien pauvres, ils se résumaient à un peu d'hygiène et à l'isolement de la personne malade. 

(sources : article consacré à F. Demons paru dans le Courrier de l'Escaut durant l'année 1904)

Commentaires

Article très intéressant sur un épisode de l'histoire de Tournai que je ne connaissais pas. Passe une bonne semaine Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 06/02/2012

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