01 févr.
2012

Tournai : l'année 1904 sous la loupe (1)

En cette année 1904, l'actualité internationale est principalement dominée par la guerre qui éclate entre le Japon et la Russie. Le conflit prend naissance, le 8 avril, lorsque la flotte japonaise coule son homologue russe de Port Arthur. Le 28 août, les Japonais détruiront la flotte du Tsar à Vladivostock. Au début du printemps, la France supprime l'enseignement dispensé par les congrégations religieuses et, lorsqu'un mois plus tard, le Président de la République Française, Emile Loubet, se rend à Rome, le Vatican proteste en raison de la politique anticléricale du gouvernement de l'Hexagone. A Paris, le 6 février, on inaugure l'Alhambra tandis qu'en avril, un jeune peintre, graveur et sculpteur espagnol, né à Malaga, en 1881, Pablo Picasso emménage à Montmartre dans un pavillon de bois, presqu'un baraquement, qui sera vite appelé le Bâteau-Lavoir. Deux grands noms de la musique et de la littérature nous quittent en cette année 1904 : le compositeur tchèque de "la Symphonie du Nouveau Monde", Antonin Dvorak décède à Pragues, le 1er mai et l'écrivain russe, Anton Pavlovich Tchékov, auteur de contes et nouvelles (La Mouette, Les Trois Soeurs, Oncle Vania...) meurt dans la ville allemande de Badenweiler, le 15 juillet. 

L'actualité nationale est en veilleuse, on notera néanmoins, les créations, le 7 juillet, à Charleroi, des Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi (A.C.E.C) par le Baron Edouard Empain, à la fin décembre à Bruxelles de "Vie et Lumière", un cercle artistique regroupant différents artistes tels Georges Buysse, Emile Claus , James Ensor... et le 7 juin, de la Bourse aux Diamants d'Anvers.

La consultation de l'actualité locale ne met pas en exergue des évènements mémorables mais on assiste à une soudaine montée de violence, à plusieurs reprises les disputes entre individus ou les querelles d'amoureux prennent un caractère tragique comme le prouvent quelques faits recueillis parmi la vingtaine qui trouvent place dans la presse de cette année-là.

Le 8 avril, la police est confrontée à un premier individu violent. Constant C., habitant la rue des Croisiers dans le quartier Saint-Jean,  décide de se rendre chez son frère Joseph qui demeure au hameau d'Allain pour avoir une... explication. Il est de notoriété publique que l'entente entre les deux hommes est loin d'être bonne. Au cours de la discussion, Constant C. sort un petit révolver et tire à trois reprises en direction de son frère, une balle s'aplatit sur l'étoffe du tissu. En effet, l'arme achetée, le jour même, auprès d'un armurier tournaisien n'est pas de nature à causer de graves blessures, il s'agit plutôt d'une arme défensive. La police procèdera à son arrestation. 

Le lundi 5 juin, un effroyable fait divers va mettre en émoi le paisible village de Froyennes situé aux portes de Tournai. Vers 4h de l'après-midi, à la demande de son patron, le dénommé Louis Allard se rend à la chaussée de Courtrai pour effecteur une commission. A hauteur d'un chantier de construction, il est accosté par deux ouvriers de celui-ci, les frères Pierre et Léopold L., deux Tournaisiens qui habitent à la rue Clercamps. Les deux individus sont bien connus de la police pour leur caractère violent et leur côté irrascible qui les amènent souvent à faire le coup de poing. Une discussion s'engage et soudain, un des deux frères, porte un violent coup de tête dans la poitrine d'Allard, ce dernier tombe inanimé sur le bas-côté de la route et sera secouru quelques instants plus tard par des voisins qui n'ont pas été les témoins directs de l'incident. La victime sera réanimée et réconfortée, elle regagnera même son domicile à pied mais succombera durant la nuit, probablement à la suite d'une hémorragie interne. Dès que la nouvelle est connue, durant la matinée suivante, les deux frères quittent rapidement le chantier de Froyennes, juste avant l'arrivée des policiers venus les interroger. Par leur fuite, de témoins ils deviennent rapidement suspects et une traque commence. Ils seront aperçus, vers midi, le long de l'Escaut, à hauteur du Pont des Roulages, ils y seront arrêtés. La malheureuse victime, âgée de trente ans, laisse une veuve et un enfant, né deux semaines plus tôt. 

Quelques jours plus tard, c'est à Gaurain, qu'un jeune homme tente de tuer une jeune fille.

Depuis que nous feuilletons les pages du journal, c'est-à-dire, depuis le 1er janvier 1900, sauf en ce qui concerne le dramatique épisode de Templeuve qui s'est déroulé à la fin de l'année 1902, nous avions vu un tel déferlement de violence. 

(sources : le Courrier de l'Escaut - année 1904)

09:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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