18 janv.
2012

Tournai : l'année 1902 sous la loupe (2)

En cette année 1902, la rubrique des "faits divers" est, quotidiennement, bien remplie. Le Courrier de l'Escaut relate régulièrement les bagarres qui émaillent la vie nocturne. Notre but n'est pas de faire écho à ces violentes disputes, conséquences bien souvent de soirées trop arrosées, de scènes de jalousie au sein de couples, de sorties de militaires qui s'en prennent parfois aux civils qu'ils rencontrent. Nous avons cependant retenu, pour sa relation emprunte d'un certain "lyrisme", cet évènement qui eut pour cadre la Grand'Place, le samedi 11 janvier. 

"Samedi, dans la nuit, les habitants de la Grand'Place et des rues avoisinantes étaient réveillés en sursaut par des clameurs sauvages et des hurlements propres aux pensionnaires d'une ménagerie en délire (sic). Effarés, les bons bourgeois mirent le nez à la fenêtre et un spectacle fantastique s'offrit à leur vue : une bande d'individus avait étalé, au beau milieu de la voie publique, un énorme mannequin bourré de paille et de bois et y avait mis le feu. Les flammes dépassaient le premier étage des habitations, les noctambules, tel un sabbat de sorcières, tournaient en une ronde infernale, en se tenant par la main et en poussant des cris qui n'avaient rien d'humain (re sic). Le spectacle a duré au moins une demi-heure, après quoi, les braillards allèrent "s'achever" dans un établissement voisin et le "boucan" dura jusqu'à trois heures du matin. Il paraît qu'il s'agissait d'une fête intime et qu'aucun procès-verbal n'a été dressé à l'égard des gens qui troublent l'ordre publique". Qu'écrirait ce journaliste de nos jours ? Il est certain qu'il manquerait de superlatifs et d'éléments de comparaison pour enfoncer les auteurs et défendre les "bons bourgeois" !

Bien plus dramatique sera cet enlèvement qui va mettre en émoi le village de Templeuve et la ville de Tournai. Le 5 octobre de cette année 1902, un domestique de la ferme Legrand, le dénommé Yvon Derycke, disparaît en emmenant avec lui l'enfant de la famille. Des recherches sont immédiatement entamées par la gendarmerie mais resteront vaines, l'auteur des faits et l'enfant seront introuvables. Le 30 octobre, au faubourg Saint-Martin à Tournai, Derycke est aperçu par une dame qui le croise pas bien loin du café dont elle est la tenancière. Elle le reconnaît non seulement grâce à la description précise parue dans les journaux mais aussi parce que ce "journalier" a travaillé dans une ferme voisine durant quelques temps. Elle prévient ses deux fils, Alphonse et Edouard Delbecque qui, en compagnie d'E. Dubrunfaut et de Jean Delcourt, se lancent à sa poursuite, ils le repèrent et lui mettent la main au collet sur la chaussée de Douai, à la porte d'une boucherie. Emmené au commissariat de police, le valet de ferme reconnaît avoir tué l'enfant et l'avoir "rué dins l'ieau" (jeté dans l'eau), dans un étang du bois situé près du passage du tram reliant Tournai à Templeuve. Sur ses indications, les policiers se rendent au lieu-dit "le Bois du Marais" à Templeuve et découvrent, dans le petit plan d'eau, le cadavre du garçonnet. La presse raconte que plusieurs dizaines de personnes averties par des passants avaient rejoint l'endroit de la découverte du corps pour invectiver l'assassin. On apprend également que ce dernier avait été victime, quelques temps auparavant, d'un accident et, suite à la blessure encourue à la tête, il n'était plus le même, pouvant parfois être bizarre. La nuit qui suivit la découverte, la mère du jeune garçon, terrassée par la douleur, décédait à son tour. 

Quelques jours après ces évènements, le 19 novembre, le froid faisait une brutale apparition, la température chutait au-delà des moins 6° et la neige se mettait à tomber couvrant de son manteau immaculé les lieux de cette horrible découverte. (à suivre)


09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, faits divers, enlèvement, tapage nocturne |

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