12 janv.
2012

Tournai : l'année 1901 sous la loupe (3)

Au travers des articles consacrés à ce début de vingtième siècle à Tournai, nous allons tenté de comprendre le mode de vie de nos aïeux. Si celui-ci semble déjà d'un autre âge à la génération née après la seconde guerre mondiale, comment sera-t-il jugé par l'actuelle vivant au siècle de l'informatique, d'internet, de la télévision et de la civilisation des loisirs ?

En 1901, on travaillait encore six jours sur sept, bien souvent dix heures par jour et parfois même davantage. La notion de congés payés était presque totalement inconnue, tout au plus bénéficiait-on de quelques jours "chômés" par année. Le seul vrai jour de loisirs était le dimanche, une journée passée en famille. La pratique religieuse était, à cette époque, encore fort développée dans les villes (surtout si elles sont diocésaines comme la cité des cinq clochers) et les villages. L'église est alors le centre du village, du quartier et un lieu de rencontre lors des offices du dimanche. On participait en masse aux processions. Après le repas familial, l'été, on allait promener, à pied, en ville ou dans la proche campagne, à Froyennes à la Sainte-Anne ou au Mont Saint-Aubert, le lundi de Pâques, tandis que l'hiver, l'après-midi été consacrée à des jeux de société (petits chevaux, jeu de dames, jeu d'échecs...) ou à des visites à de la parentée durant lesquelles on évoquait des souvenirs de famille, des visages disparus, des informations glanées durant la semaine. Rendre visite à des membres de la famille habitant dans une autre ville nécessitait de longs déplacements en train ou à pied, il n'y avait pas de voitures, pas de services de bus, le tram en était à ses premiers balbutiements. Les plus riches se déplaçaient en calèche, les gens du village en tombereau tiré par les chevaux de la ferme.

En ce qui concerne les distractions, on se rendait, en couple, aux concerts. Le dimanche 27 janvier, la Société de Musique proposait "Orphée" de Gluck avec Mme Arnaud, créatrice du rôle d'Orphée au Théâtre de la Monnaie. L'été ,les concerts se donnaient sur le kiosque de musique du parc communal. Monsieur et Madame aimaient également parcourir les expositions au Cercle Artistique ou à l'Académie des Beaux-Arts. Les expositions d'aviculture attiraient les couples avec enfants, une occasion pour les petits citadins de voir un tas d'oiseaux qui leur étaient inconnus. Le couple, mais le plus souvent l'homme seul, assistaient aux banquets des sociétés. Le lundi soir, les hommes se rendaient à l'estaminet pour y jouer au cartes ou aux fers. En été, les luttes de jeu de balle étaient prisées par la gente masculine ainsi que les courses hippiques annuelles qui avaient lieu sur la plaine des Manoeuvres. La famille ne manquait jamais la montée du ballon de la kermesse. Les dames participaient aux réunions de la ligue des femmes et des chorales ou recevaient des amies, à leur domicile, autour d'une tasse de thé ou de café. En cette année 1901, Tournai connaît un évènement rare, l'arrivée d'une course cycliste. Une fois par an, au début du mois de décembre, les enfants étaient invités à une après-midi récréative avec la venue de Saint-Nicolas et la distribution de douceurs. 

C'est donc avec étonnement que les habitants de Tournai apprirent par la presse, au début du mois de novembre, la venue sur la plaine des Maneuvres du célèbre cirque américain, un des plus grand chapiteau itinérant du monde, Barnum and Bailey. Il serait présent dans la cité des cinq clochers, le 15 novembre pour deux représentations, l'une en matinée, l'autre en soirée. Une semaine avant son arrivée, un wagon publicitaire permettait la réservation de places. Ce spectacle exceptionnel se déplaçait au moyen de quatre trains spéciaux pour un total de 67 wagons. La caravane arriva en gare de Tournai peu après minuit, dès cinq heures du matin, le matériel ayant été amené par tracteurs sur la plaine, le personnel commençait à monter l'immense tente abritant trois pistes, deux scènes et un vaste stade hippique pour une reconstitution de course de chars. On pénétrait dans cette immense arène en passant par la tente destinée à la ménagerie ou on pouvait admirer des lions, tigres, panthères, guépards, léopards, éléphants, chevaux, singes, ours mais aussi des animaux d'espèces peu familières chez nous comme les lamas, zébus, girafes, zèbres, autruches ou encore hippopotames... Quelques jours avant son arrivée, des lecteurs avaient écrit au journal en demandant si cétait une dépendance du célèbre cirque qui venait à Tournai, personne ne croyant à la présence en ville de ce géant américain. Le 16 novembre quand les premiers Tournaisiens se rendirent à leur travail, il n'y avait pratiquement plus de trace de cette gigantesque installation, comme un rêve qui aurait disparu au réveil. 

Finalement était-on plus malheureux au début du vingtième siècle qu'aujourd'hui ? C'est peu probable car c'était le quotidien de l'époque, les liens familiaux étaient plus forts qu'à présent, on se réunissait, on communiquait autrement que par des e-mails ou des sms, les jeux faisaient plus part à la réflexion qu'au réflexe, on tentait de gagner en étudiant diverses possibilités, pas en détruisant des envahisseurs ou autres extra-terrestres en pressant hystériquement sur un bouton ou en activant une manette, on n'avait pas encore goûté à d'autres plaisirs. Pas de télévision, ni de home-cinéma, pas de PC, ni de jeux vidéo, pas de discothèques, ni de méga-dancings, pas de cinéma, ni de festivals mais aussi pas d'accidents de voitures, ni de morts ou de blessés graves sur les routes, pas d'overdoses de drogue, moins de suicides parmi les jeunes, toutes ces conséquences dramatiques, rançon d'une civilisation des loisirs qui a fait disparaître le goût de l'effort, en procurant ce qu'on appelle le... confort. 


Commentaires

Une belle évocation de ces dimanches qui ressemblent à ceux de mon enfance: messe, déjeuner festif avec ou chez des amis puis après midi jeu de société dedans ou grandedpromenade tous ensemble si le temps le permettait...

Écrit par : marie-madeleine | 12/01/2012

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Merci pour vos commentaires Marie-Madeleine, il est vrai qu'on ne peut comparer Paris à Tournai, une capitale phare d'un côté et une petite ville de province belge de l'autre, mais je crois que la mentalité qui régnait à cette époque ne s'arrêtait pas aux frontières. Au plaisir de vous lire ! Serge

Écrit par : Serge | 12/01/2012

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Bonjour,

Attention sur votre site dans la rubrique "Mes liens favoris" plusieurs site n'existe plus.

Bonne journée

Écrit par : dethier | 14/01/2012

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Merci pour cette information, un blog est momentanément indisponible, le "photoscope" a disparu, la mise à jour a été effectuée.

Écrit par : Serge | 14/01/2012

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