29 déc.
2011

09:27

Tournai : expressions tournaisiennes (154)

eine ainnée bin arrosée.

L'lindi avant l'Noë, j'sus allé chez Edmeond et Fifinne. L'brafe feimme aveot d'jà cuit ses molles waufes pou offère aux ceusses qui veont v'nir l'mette in beon an. J'in ai mingé eine ave eine jatte d'chéribeon

Comme je n'veyos pos Edmeond, j'ai d'mindé à Fifinne si i-éteot acore déhors in train d'faire toutes les capelles.

"Néon, i-est in héaut, i-féaut l'laicher, Mossieu compose"

" Ah bé cha alors, j'in suis tout ébeubi, j'n'saveos pos qu'i-éteot musicien"

"I-fait s'n'almanach 2012... i-est beon... tant qu'i-est là, on est fin tranquille. Te n'sais pos qu'i-aveot eu l'idée de l'faire imprimer chez mossieu De Caevel, j'li ai dit que ceulle maseon de l'rue de l'Wallonie, bin connue des Tournisiens, imprimeot eaute cosse que des bernettes de tchien".

Comme i-nous intindeot parler dins l'salle à minger, Edmeond i-est arrivé ave des fouèles à s'main, ch'éteot les fameux dicteons qu'i-aveot invintés pou l'année qui vient. Ov'là ce qu'j'ai ortenu des phrases de c'farfelu.

Cha comminche bin : "A l'Saint Hilaire, si i-n'a pos d'neuaches, i-f'ra clair". Te veos, on t'l'aveot dit, on n'peut pos dire que ch'est des mintiries. A l'météo, i-manque des heommes d'espérieinces surtout qu'i-aveot'ent dit qu'on alleot avoir ein hiver des plus freods. "A l'Saint Ignasse fais coper t'tignasse", cha ch'est pou n'pos oblier d'aller chez l'coiffeur, ch'est in même temps ein pinse-biête, "A l'Saint Télesphore, si te n'beos pos...t'es mort", i-a pos à dire cha démarre fort !

Saint Patrice, ch'est pos l'patreon de l'bicurisse et l'Sainte Arlette n'est pos pou des mauviettes.

Et après, des saints, ch'est eine véritape litanie :

"A l'Saint Marcel, à l'Saint Gabriel, à l'Sainte Adèle, à l'Saint Fidèle, à l'Sainte Angèle, à l'Saint Michel, n'pos oblier d'ouvrir eine beonne boutelle".

A l'Saint Kévin, te sais ce qui t'attinds, j'n'deos pos faire d'dessin et à l'Sainte Odette, dins l'verre n'obliez surtout pos d'ormette eine rawette.

Et ch'est pos tout qu'elle à dit Fifinne, elle a rajouté : "si i-n'aveot qu'cha comme occasieons, mais i-a d'eautes  dicteons" : A l'Saint Raymond, à l'Saint Léon, à l'Saint Simon, à l'Saint Sansom, à l'saint Badilon, on fait sauter les boucheons et, pour seûr, double ratieon pou l'Saint Edmeond. In puque, Mossieu a des saints bin à li et i-n'oblie pos d'les honorer " Saint Véran, Saint Amour, Saint Emilion, Saint Joseph et Saint Estèphe". 

Quand ch'est l'momint des fiêtes de quartier, i-va boire à l'santé d'Sainte Margrite et d'Saint Piat. Quand ch'est les fiêtes patronnales, te le veos à Sainte-Cécile ave s'comarate qui jeue du tuba dans eine musique de l'ville, i-fait Saint-Eloi ave les cinsiers, Sainte Barbe ave les pompiers (treos jours), Saint Nicolas pasqu'i pinse qu'i-est ein infant sache et acore l'Noë et L'Saint Sylvestre et i-est à peine déssaoulé pou l'lindi perdu.

A l'saint Evariste et à l'Sainte-Alice, i-ingloutit ein casier d'Trappistes, à l'Saint Irénée et à l'Saint-André, ein dizaine de boutelles de Chimay, à l'Saint-Renaud et à l'Saint-Bruno, ein tonnieau d'Brunehaut et à l'Saint Gilbert et à l'Saint-Mamère, tout c'qui reste de l'bière du Mont Saint-Aubert. 

L'meos passé, i-a voulu rajouter l'Sainte Fifinne à s'calinderrier d'quervassin, j'li ai dit "néon et néon", t'as fini l'dernière boutelle de Fine, j'n'in racate pus, bé, ave s'n'énergumène, ch'éteot Saint Fifinne, l'soir pa d'vant l'télé, siept feos par sémaine.

I-a même mis des ormèdes : à l'Saint-Dominique ou à l'Saint-Monique, in cas d'coulante ou d' coliques, boire ein grand verre d' Pastis (ormède efficace et null'mint désagréape), in cas d'chute d'tinsieon, avant d'ête out, beos ein beon verre de Stout.  

Et i-li arrive de faire carême ? que j'ai d'mindé à Fifinne.

"Treos feos par an, pindant eine sémaine, avant d'aller faire s'prise de sang !"

(lexique : ainnée : année / l'lindi avant l'Noë : le lundi qui précède la Noël /molles waufes : des gaufres / offère : offrir / aux ceusses : à ceux / mette in beon an : présenter les voeux / eine jatte d'chéribeon: une tasse d'excellent café, celui qu'on donne dans les grandes circonstances / faire les capelles : faire les chapelles, sur sa route s'arrêter dans les cafés / laicher : laisser / ébeubi : stupéfait, profondément étonné / eaute cosse : autre chose / bernettes de tchien : une petite crotte de chien, au figuré des niaiseries, balivernes, petits riens / les fouèles : les feuilles / les neuaches : les nuages / eine mintirie : un mensonge / espérieinces : expériences / coper : couper / l'tignasse : la chevelure / l'biscurisse : décoction d'un baton de réglisse dans une bouteille d'eau qu'on agite pour faire mousser, par extension, mauvaise bière / véritape : véritable / eine rawette : un supplément / Sainte-Magrite : Sainte-Marguerite / les cinsiers : les fermiers / sache : sage / l'meos : le mois / l'calinderrier : le calendrier / ein quervassin : un ivrogne / racater : racheter / pa-d'vant : devant / les ormèdes : les remèdes / La coulante : la diarrhée)

(S.T. décembre 2011)


09:27 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

27 déc.
2011

09:00

Tournai : on n'a pas le droit d'avoir faim ou d'avoir froid !

Abandonnons momentanément l'histoire de la cité des cinq clochers pour nous replonger dans une réalité quotidienne qui n'est pas toujours des plus heureuses. L'hiver est présent et, même si il est relativement doux en cette fin d'année, les mois qui arrivent vont compliquer, plus encore, l'existence de certains de nos concitoyens.

Le Relais social urbain de Tournai a activé son plan "Grands Froids" 2011-2012, il est destiné à toutes les personnes en situation de précarité. Par rapport aux années précédentes, on notera l'organisation d'un hébergement d'urgence particulier au niveau de la caserne Saint-Jean, située à la rue de la Galterie Saint-Jean. Celui-ci est accessible du 1er décembre au 31 mars. Vingt lits sont mis à la disposition de personnes dans le besoin, des hommes et des femmes qui, par la perte d'un emploi, à la suite d'un divorce ou d'autres circonstances douloureuses de la vie, se retrouvent sans logis. Celles-ci y bénéficient d'un encadrement par un éducateur, de douches et de sanitaires et d'une collation le soir et le matin. L'accueil est bien entendu gratuit, inconditionnel mais également nominatif, sous le couvert du secret professionnel, afin d'assurer un suivi social optimal. Il suffit de prendre contact, en journée, avec le service social du CPAS (069.88.45.60), la nuit et les week-ends avec le service de garde du CPAS (le dispositif d'urgence social au 0477/37.37.97).

Ne pas dormir à la belle étoile par ces nuits d'hiver est déjà appréciable, se nourrir d'un repas chaud durant la journée permet au corps de mieux résister aux morsures du froid. Différentes associations proposent des repas : "L'Assiette pour Tous", au 12 de la rue de Monnel, est ouverte du lundi au vendredi de 11h à 14h30 et offre des repas à un prix minimal. "La Soupe Saint-Piat", organisée par Mme Maenhout et ses amis du Comité Saint-Piat, est servie, tous les jours, entre 17 et 19h, sur le parvis de l'église Saint-Piat. 

Pouvoir s'habiller chaudement pour quelques euros est possible à la Maison des Familles, rue Barre Saint-Brice 17, dans les Entraides paroissiales, le lundi de 13h30 à15h30, au Centre Saint-Paul, avenue du Saule 10 ou à la Ruche, bourse aux vêtements, rue Sainte-Catherine, 26.

Trouver, en journée, un endroit pour se chauffer est également possible au CPAS, rue de la Citadelle, 118, du lundi au vendredi de 8h30 à 11h30 et de 13h30 à 16h30 (sauf le mardi après-midi), aux Cabossés, rue de la Citadelle, 12, les lundi, mardi et jeudi de 9 à 15h, au S.A.I.S, rue Saint-Piat 3/7, du lundi au vendredi de 8 à 12h et de 13 à 17h ou encore au Relais Picardie Laïque, rue de Barges, 33, le mardi de 9h30 à 12h et le mercredi de 13h30 à 16h30.

En outre la Maison des Familles, les Cabossés et les Entraides Paroissiales organisent quotidiennement, hebdomadairement ou par quinzaine une distribution de vivres.

On peut également se renseigner auprès du CPAS pour le Lavoir Social et pour les Bains Douches (069.88.45.60). Les Educateurs de rue du SAIS sont également joignables au 0499/38.00.84 du lundi au jeudi de 10h à 12h et de 13 à 18h, le vendredi de 10 à 12h et de 13 à 19h.

Notons encore ces initiatives telles celle de David Bodar et de l'équipe de "l'Arche de Noë" qui ont offert, gratuitement, un repas de Noël à 67 personnes pour qui, sans cela, le 25 décembre aurait été un jour ordinaire avec une collation plus qu'ordinaire ou encore le Noël des Cabossés, un repas de réveillon qui a connu un tel succès (près de 200 participants) que, malheureusement, la responsable de l'association, Genia Vandekerkhove, a été dans l'obligation de refuser quelques dizaines de personnes. 

En conclusion, constatons que si Rita Leclercq et le personnel du CPAS et du SAIS, Michel Denis et les bénévoles de la Maison des Familles, Genia Vandekerkhove et ses Cabossés, Soeur Thérèse Marie et les bénévoles des entraides paroissiales, David Bodar, Sylvie, les cuisiniers et le personnel de salle de l'Arche de Noë, Madame Maenhout et ses amis, les membres du Relais Picardie laïque, si tous forment un bataillon contre la misère qui ne se produit pas sur scène du Zénith ou de Paris Bercy, ils peuvent néanmoins fredonner avec Coluche : " A Tournaion n'a plus le droit d'avoir faim ou d'avoir froid" !

(S.T. décembre 2011)

24 déc.
2011

11:52

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers

Retrouvailles.

Une nouvelle fois, Pierre jeta un oeil sur le calendrier. Il lui indiquait la date du 23 décembre. Après s'être réchauffé d'une tasse de café, Auguste, le facteur, venait de le quitter afin de poursuivre une longue tournée rendue plus pénible encore par la neige et le verglas. Pierre tenait toujours dans la main, la carte qui lui avait été remise quelques instants auparavant, elle n'avait pas été expédiée depuis l'autre bout du monde, elle venait simplement de Tournai où était partie habiter, sa fille Virginie, au lendemain des funérailles de son épouse en janvier 2002. Il y avait près de dix ans qu'il n'avait plus vu son unique fille. Celle-ci avait reproché à son père d'avoir tardé à appeler le médecin lorsque sa mère fut prise du malaise qui allait l'emporter en quelques heures. 

"Papa, si on profitait de cette fête de Noël pour nous rencontrer, que dirais-tu de venir passer le réveillon chez moi, à la rue du Château l'Abbaye, viens dans le courant de l'après-midi, on a tant de choses à se dire, Virginie"

Après l'avoir lue, Pierre rangea la carte postale représentant un sapin illuminé, sur le dressoir de séjour, là où il mettait les factures que bien souvent il oubliait de payer. 

La journée du 24 décembre se déroula comme toutes celles qui forment une année. Dans la maisonnette, il n'y avait ni sapin, ni crèche, ni décorations, toutes ces petites choses appelées à magnifier la fête de Noël dormaient au grenier sous une couche de poussière, à l'endroit où Marie, sa femme, les avaient entreposées quelques jours avant de les quitter définitivement. La pendule venait d'égrainer sept coups, depuis près de deux heures, la nuit était tombée. Machinalement, le regard de Pierre se posa sur ce fatras de papiers qu'il se promettait chaque jour de trier, son attention fut attirée par la carte au magnifique sapin qui semblait clignoter à la lueur vacillante des flammes de l'âtre. Il la saisit et se mit à relire le petit texte, une larme coula lentement sur son visage ridé. Il décida de répondre à l'invitation.

Un peu plus de sept kilomètres séparaient sa maison de l'appartement de sa fille et, à cette heure, le dernier bus venait de passer, il se dit que la distance ne l'effrayait pas car, il y a bien longtemps, il l'avait tant de fois parcourue à pied pour se rendre à l'école ou au bal avec Marie. Pierre ne souçia pas de la bise qui s'était mise à souffler durant l'après-midi, ni des flocons de neige qui avaient commencé à virevolter peu avant son départ. 

"Je vais passer par les chemins campagnards, cela me fera gagner du temps" pensa-t-il. Il avala les premier kilomètres à un bon rythme, glissant parfois sur une plaque de glace dissimulée sous un mince tapis blanc ou évitant une souche d'un vieil arbre abattu par les tempêtes du dernier automne. Arrivé à mi-chemin, le sentier montait légèrement et il vit, au loin, les lumières de la ville, reconnut le pinceau du laser d'une discothèque et devina les cinq clochers au travers des bourrasques de neige. Dès ce moment, il se heurta de front au vent du Nord qui venait lui mordre le visage l'obligeant à fermer les yeux à cause de ces centaines de petites étoiles de glace qui lui fouettaient la peau. Le souffle devint court, le froid lui bloqua les poumons rendant la respiration de plus en plus difficile, ses jambes refusèrent de le porter et il s'affala avec un bruit mat dans l'épais manteau neigeux, c'est à cet instant qu'il regretta de n'avoir jamais acheté un portable qui lui aurait permis d'appeler de l'aide. 

Dans la cité des cinq clochers, Virginie allait régulièrement à la fenêtre et scrutait le haut de la rue par où devait inévitablement déboucher son père. Sur la table, elle avait placé deux assiettes, deux verres et des bougies, le paquet contenant un Gsm acheté le jour même à la télé-boutique était déposé bien en évidence. Le civet de marcassin mijotait sur la cuisinière et la bouteille de vin du Médoc qu'appréciait Pierre avait été remontée de la cave pour être à température idéale. Cette chaude ambiance de Noël qui réjouit les corps et les âmes était traduite par ces multiples décorations confectionnées avec amour par le jeune femme.  

Peu avant minuit, les cloches de la cathédrale Notre-Dame se mirent à sonner joyeusement appelant les fidèles tournaisiens à la Messe de la Nativité. Virginie laissa retomber le rideau et comprit que son père ne viendrait pas, que le pardon et la réconciliation ne seraient pas encore pour cette année, sans avoir mangé, elle éteignit les lumières et alla se coucher. 

Elle fut réveillée par de longs coups de sonnette, à la porte de l'appartement se tenaient deux policiers à la mine contrariée. Avec les précautions d'usage, ils lui annoncèrent qu'en début de matinée, un fermier se rendant avec son tracteur dans le village voisin avait découvert, à moins de trois kilomètres des premières habitations de la ville, le corps de son père, à demi-enseveli par la neige, le visage serein, un léger sourire aux lèvres. Il tenait encore dans la main un petit paquet, emballé dans un papier brillant de couleur rouge et fermé par une cordelette dorée. Avant de partir, ils le lui remirent. Elle le retourna plusieurs fois et se décida finalement à l'ouvrir. Les yeux remplis de larmes, elle découvrit la montre en or portée par sa maman aux grandes occasions, celle qui lui avait été promise pour ses vingt ans. Pierre avait griffoné quelques mots sur un bout de papier placé dans l'écrin : "A Virginie, ma douce fille, pour fêter nos retrouvailles, un vrai miracle de Noël" !

(S.T. le 24 décembre 2011)


11:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, conte, noël |

21 déc.
2011

10:00

Tournai : Michel Renard, un Tournaisien soucieux du "bien-être"

Au hasard d'une rencontre, on découvre parfois des personnes qui ont voué leur existence à apporter le "bien-être" aux autres, c'est le cas du Tournaisien Michel Renard qui s'est tourné vers une profession soucieuse de soigner les maux de notre société consécutifs aux tensions, au stress ou aux dysfonctionnements qui nous envahissent en raison d'une vie (trop) trépidante.  

Michel Renard est né, dans la cité des cinq clochers, en 1960. A 18 ans, après les études secondaires, il débute ses études supérieures, en pleine vague de l'éducation physique de base enseignée par Pierre Swalus et inspirée par Carl Roggers et Jean le Boulch. La psychocinétique de ce dernier deviendra le point de départ de sa recherche sur l'épanouissement de l'individu et le langage du corps. 

A 20 ans, alors Président de la Régionale des étudiants tournaisiens à Louvain-la-Neuve, il lance le renouveau du "Carnaval de Tournai" dont il deviendra le Président-fondateur de l'ASBL. A propos d'une de ces fêtes majeures du patrimoine immobilier de sa ville natale, il en explique le succès et la perpétuation par la liberté laissée à l'individu dans la manifestation et à l'autonomie des confréries dans un cadre stimulant proposé par une association indépendante du pouvoir politique. 

Licencié en éducation physique et en kinésithérapie depuis sa sortie universitaire, il n'a cessé de se former en réadaptation cardiaque dont il est moniteur ADEPS et en rééducation urino-gynécologique et périnéale, ce qui lui a valu d'être l'invité de l'émission "Top-Santé" sur RTL consacrée à ce vaste sujet.

Devenu ostéopathe indépendant à part entière, Michel Renard s'intéresse au nourrisson, à la naissance de l'être et intègre l'équipe en formation du centre " 1.2.3.. c'est la Vie". En moins de dix ans, c'est plus de deux mille bébés qui lui seront adressés. Outre son cabinet privé, il ouvrira aussi une consultation au "Médical Center" de Tournai. Il sera également amené à intervenir comme conférencier lors de différents congrés d'ostéopathie, de kinésithérapie et d'ergothérapie. Malgré ses très nombreuses activités, il trouvera encore le temps d'être l'auteur de "La Marche en Soi", randonnée dans le Haut Atlas marocain par l'ASBL "Aït Aïssa". Ses amis le connaissent comme un passionné de ski et de randonnées pédestres. 

Ostéopathe D.O., à la fin du cursus au "Sutherland College of Ostéopathic Médecine", il partage sa vie professionnelle entre l'enseignement et la pratique de l'ostéopathie. Il enseigne l'anatomie palpatoire et l'ostéopathie viscérale à l'Université de Lille 2 ainsi que l'éducation perceptivo-motrice à la HEPH-Condorcet de Tournai aux sections kinésithérapie et ergothérapie.

Diplômé de l'école Viniyoga (ETY) en 1995, il s'intéresse particulièrement aux techniques des chaînes musculaires à travers la tradition du Yoga et par-dessus tout, il en perçoit la dimension philosophique.

Passionné de l'Etre et chercheur du "bien-être", son parcours atypique l'amène à proposer son concept : "L'ostéyoga". Ce néologisme traduit un concept qui trouve ses sources philosophiques et ses techniques corporelles conjointement dans l'ostéopathie et le yoga, son but étant d'améliorer les différentes perceptions kinesthésiques et somesthésiques (perceptions sensorielles conscientes qui prennent leur origine dans la peau, les viscères, les muscles et les articulations). Cette recherche personnelle laisse la possibilité à l'individu d'intervenir adéquatement dans le maintien de son homéostasie (maintien à un niveau constant par les organismes vivants des caractéritiques internes telle la température du corps, la concentration des substances...) mais aussi dans sa relation avec l'extérieur, la sécurité, l'environnement naturel. Les fondements de l'ostéopathie reposent sur la possibilité d'auto-guérison de la personne et de "la règle de l'artère", celle-ci considérant, en effet, que toutes les régions corporelles mal irriguées seraient victimes de dysfonctionnements dont l'issue ne serait autre que la maladie, mais le corps, s'il les active, en possède le remède. 

De janvier à mai 2012, les lundis de 20h15 à 21h30, Michel Renard dispense des cours d'ostéyoga pour débutants, ceux-ci, abordés sous un aspect nouveau, ne manquent pas non plus d'intéresser également les plus initiés, le lieu est communiqué lors de l'inscription au 0474/57.57.58.

En continuelle recherche et formation, marquant un intérêt pour les neurosciences, Michel Renard devrait recevoir, dans quelques mois, le titre universitaire en ostéopathie que peu d'européens détiennent à l'heure actuelle. 

(S.T décembre 2011)

19 déc.
2011

09:01

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (30)

Au cours de cette balade, nous avons parcouru toutes les rues situées dans l'intra-muros, il nous reste à visiter un quartier situé entre la gare et le centre commercial des Bastions. Celui-ci est le plus récent car il est né du comblement de la "petite rivière", dans les premières années du XXe siècle.

L'avenue Van Cutsem, parallèle au boulevard des Déportés, relie la place Crombez à l'axe de pénétration en ville pour les visiteurs venant de Renaix, Frasnes ou Lessines. Henri Van Cutsem était un mécène et collectionneur bruxellois, né en 1839 et mort en 1904. Gestionnaire de l'Hôtel de Suède, hérité de ses parents et situé au boulevard Anspach, il héberge de jeunes artistes et leur consacre une partie de son immense fortune, il devient ainsi l'ami du sculpteur Guillaume Charlier et choisit l'architecte Victor Horta pour l'aménagement de ses propriétés. Un différent avec un fonctionnaire lui fera renoncer à léguer sa collection d'oeuvre d'art à la ville de Bruxelles et préfèrera, par l'intermédiaire de Charlier et d'Horta, faire don, à la ville de Tournai, d'environ deux cents tableaux de maîtres, d'une centaine de sculptures et d'un millier de dessins réalisés par des noms aussi célèbres que Van Gogh, Manet, Ensor, Monet, Fantin-Latour, Boulanger, Braecke... oeuvres qu'on retrouve au musée des Beaux-Arts de la cité des cinq clochers dont il a participé au financement.

Face à l'avenue Van Cutsem, l'avenue des Frères Haghe rappelle le souvenir de Charles (1810-1880) et de Louis (1806-1886) Haghe, lithographes tournaisiens dont la biographie est déjà parue sur ce blog. Ce nom avait été donné au quai qui longeait la petite rivière avant son comblement. 

Entre l'avenue Van Cutsem et l'avenue des Frères Haghe s'élève le Monument aux Morts des deux guerres.

Dans le prolongement de l'avenue des Frères Haghe, l'avenue Bozière tient son nom de celui d'Ame François Joseph Bozière, brasseur, peintre et historien, né à Tournai, le 28 octobre 1814 et y décédé le 2 mars 1873. C'est en 1864 qu'il publie son oeuvre maîtresse "Tournai, Ancien et Moderne", une des références du présent blog.

Parallèle à l'avenue Bozière, la rue des Soeurs de la Charité, s'appelait au moyen-âge l'Orde ruelle qui, par la suite, devint l'Orde Rue dans laquelle fut érigé, au XVIIIe siècle, le séminaire de Tournai de l'évêque de Choiseul du Plessis-Praslin qui subsista de 1687 à la Révolution. Celui-ci fut alors transformé tout d'abord en orphelinat, ce qui fit changer le nom d'Orde Rue en rue des Orphelins et ensuite en hôpital pour soigner les incurables tenu par les filles de Saint-Vincent de Paul qui donnèrent leur nom à la rue des Soeurs de la Charité.

Une petite rue relie cette dernière à la rue Saint-Brice, jusqu'en 2005, elle portait le nom de rue Neuve. Au XIXe siècle, Bozière la présente comme une petite rue possédant "le pavé le plus ingrat et le plus disjoint qui se fut voir", il indique que c'est en ce lieu que prit naissance l'épidémie de choléra en 1849, dans ces "courettes" bouges ignobles ou grouillait une population de misérables ouvriers. Elle tenait le nom de rue Neuve du fait qu'elle fut la plus récente voirie créée dans le Bourg fortifié de Saint-Brice. Dans le cadre de la modification intervenue au 1er janvier 2006, à la demande de l'administration des Postes qui voulait supprimer les noms de rues semblables dans les villages composant depuis 1976 la ville de Tournai, elle a pris le nom de rue Pierre Caille. Celui-ci, né à Tournai, le 11 janvier 1911, a été un plasticien de talent connu pour ses gouaches, céramiques, bijoux, sculptures en céramique, bronze ou bois laqué, ses cartons de tapisserie ou ses gravures. Professeur à la Cambre de 1949 à 1976, il se lia d'amitié pour Georges Grard et Paul Delvaux. Il décédé à Bruxelles le 24 octobre 1996. En 2011, pour commémorer le centenaire de sa naissance, la Maison de la Culture de Tournai lui consacra une exposition. Signalons qu'au cours du XIXe siècle de nombreux taudis y furent rasés pour faire place à de petites entreprises industrielles. 

Coupant l'avenue Bozière, à hauteur de la rue d'Amour, une petite voie entre arbres et pelouses a reçu le nom d'avenue des Groseillers. Jadis, dans ce quartier, un passage étroit situé à la droite de la porte de Marvis, longeant le rempart et les murs de quelques jardins, portait cette appellation. 

Une autre allée en pavé, de moins d'une centaine de mètres, reliant aussi l'avenue Bozière au boulevard des Combattants porte sur le plan de Tournai le nom d'avenue des Mûriers, interdite depuis longtemps à toute circulation, celle-ci n'a aucune référence historique..

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre)


17 déc.
2011

09:15

Tournai : expressions tournaisiennes (153)

Dommaches de guerre.

J'vous ai parlé, l'sémaine dernière, d'Titisse et tout comme li, s'mopère i-s'appeleot Batisse. Ch'éteot l'pus vieux des infants d'Joseph et Zandrine, des Tournisiens qui d'meureot'ent à l'rue Sainte-Catherine où i-aveot'ent loué eine belle pétite maseon, jusse au mitan inter l'Esquéaut et l'priseon.

In mille neuf chint trinte neuf, l'dix de févérrier, l'agint d'police aveot apporté ein papier, l'ordre d'orjoindre l'régimint des carabiniers et ein an pus tard, Joseph i-éteot fait prisonnier.

Zandrine éteot restée tout seu ave s'n'infant, l'Batisse, ein vrai p'tit rambile, ein riche albran. A onze ans, dins ceulle famile, ch'éteot l'traditieon, après douze meos d'catéchisse, on fait s'communieon.

Malgré la guerre, les misères et les restrictieons, i-falleot rhabiller l'infant pou l'occasieon. L'visin aveot conseillé l'vieux Emile, avant-guerre, ch'éteot l'meilleu tailleu de l'ville, l'vieil heomme i-aveot écappé aux raffles des Allemands, cha n'intéresseot pos les pus d'soixante-chinq ans !

Après avoir pris toutes les m'sures du p'tit Batisse, l'mamère dit : "i-féaut eine leongue culotte, j'insiste".

"Mo dieu, Madame, vous obliez que ch'est la guerre, cha va faire beauqueop d'tissu, cha va coûter tcher". 

"Bé, cha coûtera ce qu' cha coutera -dit l'mamère- ch'est ein bieau jour de s'vie, j'veux qui soiche bin fier".

L'sémaine d'après, i-seont ortournés pou l'essai, Batisse i-éteot si hureux qu'i-a voulu l'laicher, "allez, mamère, n'comminchez pos acore à berdéler, ainsin j'pourrais m'habituer à l'porter"

"Ch'est de l'gabardine, savez, de l'beonne qualité" i-a dit Emile après qu'elle aveot payé. "Ch'est l'seul tissu que j'ai acore su mes étagères, orwettiez vous-même et n'dites pos qu'j'exagère".

I-aveot'ent à peine fait l'mitan de l'route que, du ciel, i-a qu'minché à caire des gouttes. Zandrine pinsa : "des gruéaux d'mars presqu'à l'fin du printemps, à m'mote qu'ave les beombes i-démettent l'temps". Quand elle s'ortourna pou raviser s'n'artisse, elle li trouva tout à n'ein queop ein air tout trisse. Brafes gins, vous n'êtes pos obligés de m'croire et je n'voudreos pos vous raqueonter d'z'histoires, ch'éteot eine courte culotte à l'plache du pantaleon et eine sorte d'pétit boléro qu'i-aveot su li s'garcheon.

In foufielle, Zandrine ne fait ni eine, ni deux, elle impoigne l'gosse et ortourne chez l'tailleu.

"Orwettiez ichi l'tablature, ravisez vo n'ouvrache, vous comperdez, j'sus seûr, pourquoi j'sus in rache". L'tailleu i-est tout imbêté mais... i-ortrouve vite ses esprits :

"Mo Dieu, i-a pos à dire, i-a vite grandi, l'pétit !".

(lexique : dommaches : dommages / s'mopère : son père / jusse au mitan : juste au milieu / l'Esquéaut : l'Escaut / févérrier : février / orjoindre : rejoindre / tout seu : toute seule / ein rambile : un gamin espiègle / ein albran : un garnement / ceulle famile : cette famille / meos : mois / l'catéchisse : le catéchisme / l'visin : le voisin / l'tailleu : le tailleur / écappé : échappé / tcher (ou tchier) : cher / ortourner : retourner / hureux : heureux / laicher : laisser / berdéler : rouspéter / orwettier : regarder / des gruéaux d'mars : des giboulées / à m'mote : à mon avis, selon moi / raviser : regarder / tout à n'ein queop : tout à coup / trisse : triste / brafes : braves / raqueonter : raconter / à l'plache : à la place / in foufielle (ou in foufelle) : dans tous ses états / l'tablature : la situation ridicule / vo n'ouvrache : votre ouvrage, votre travail / in rache : en rage)

S.T. décembre 2011

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

15 déc.
2011

09:30

Tournai : critiques sur le jubé (momentanément) caché

Evoquons une dernière fois l'oeuvre de Corneille Floris De Vriendt, le jubé de style Renaissance de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, celui-ci possède ses admirateurs et quelques détracteurs.

A l'écoute des visiteurs du lieu, j'ai entendu de multiples commentaires élogieux parmi lesquels : "C'est extraordinaire, non seulement on trouve ici les deux styles architecturaux juxtaposés (le roman et le gothique) mais au sein même de l'édifice, le jubé est un magnifique exemple de la Renaissance" dit un jour cet amateur d'art français. 

L'ambon est en effet un des symboles de cette rénovation culturelle que connurent nos régions au cours des XVIe et XVIe siècle.

Beaucoup de touristes écoutent (religieusement) les guides qui décrivent les scènes bibliques y représentées et s'extasient le plus souvent devant ce chef-d'oeuvre.

Toutefois, si la plupart des visiteurs apprécient la vision de l'ambon, celui-ci possède également ses opposants. Des voix discordantes s'élèvent dès le XVIIIe siècle, certaines personnes le considèrent alors comme une masse lourde qui masque l'entrée du choeur. En 1842, Idesbald Le Maistre d'Anstaing (1804-1867), archéologue et historien tournaisien, membre correspondant de la commission royale des monuments, chargé de la rénovation de la cathédrale, trouva un seul défaut au jubé : "celui d'être mal placé entre le transept lombard et un choeur ogival dont il cachait les belles et sveltes colonnes". Magré cette remarque parue dans sa monographie sur la cathédrale, il s'érigea en défenseur de l'oeuvre s'opposant à une certaine forme de purisme romantique. 

Barthélémy Du Mortier (1787-1878), comte, homme politique et naturaliste, ardent patriote tournaisien qui s'illustra lors de l'indépendance de la Belgique en 1830 déplorait "la triste manie qu'a eue la Renaissance de décorer nos églises romanes et ogivales d'ornements en style grec et païen". Il dira du jubé, "Non erat hic locus" (ce n'était pas sa place).

Ces deux réflexions nous amènent à découvrir le reproche le plus souvent émis à l'égard du jubé. Il est magnifique, il est un témoin de la Renaissance, il est une oeuvre majeure de Corneille Floris de Vriendt mais son emplacement fait débat, ce qui est finalement paradoxal si on se rappelle la fonction première du jubé décrite dans l'article précédent qui lui était consacré.

Un touriste m'a dit un jour : "il rompt l'harmonie de la cathédrale en marquant une nette séparation entre le roman et le gothique et empêche, lorsqu'on pénètre par la place de l'Evêché, d'avoir une vue d'ensemble sur toute la longueur de l'édifice (pour rappel, 133 mètres)". Cette remarque était déjà partagée par la commission royale des monuments qui, en 1884, formula des hypothèses de déplacement ou de percement du jubé. Dans des écrits du chanoine Dubois, datant de cette époque, on peut notamment lire : "il y a une vingtaine d'années la question du jubé fut sérieusement posée, mûrement examinée sur toutes ses faces (...) et enfin résolue par la conservation en place (...) il s'agissait d'acheter un orgue d'accompagnement pour le choeur, si le jubé pouvait être enlevé et placé ailleurs, on eut mis l'orgue à terre (...)". Il écrit également que Monseigneur Labis, évêque d'alors, avait usé un "mêtre" à mesurer le jubé et tous les endroits auxquels on pouvait l'y placer. A la même époque, le vicaire général Descamps avait recherché désespérément un emplacement convenable dans la cathédrale.

Plus près de nous, tout d'abord en 1952, l'évêque Charles-Marie Himmer interrogea le chanoine Dumoulin, qu'on connaît comme étant l'archiviste de la cathédrale, sur la possibilité de "rouvrir" les arcades de l'ambon (!). Aucune preuve ne put être apportée qu'elles furent un jour ouvertes. Une quinzaine d'années plus tard, à la suite du concile Vatican II qui se tint de 1962 à 1965, le même évêque envisagea de retourner le jubé et de le déplacer à hauteur de la troisième travée du choeur. Des maquettes d'avant-projets de 1968 prévoyaient même sa démolition complète ou partielle. 

Ces quelques réactions négatives méritaient d'être soulignées, néanmoins, tous s'accordent à reconnaître la valeur artistique et patrimoniale inestimable du jubé et c'est probablement la raison pour laquelle, en ce XXIe siècle, il est toujours présent même si le chantier en cours a nécessité une protection sous la forme d'un coffre de bois. Peut-être que ces articles auront procuré chez le lecteur l'envie de le découvrir ou de le redécouvrir.

(sources : "L'oeuvre exquis du jubé" d'Anne Dupont et Florian Mariage paru dans la collection Tournai- Art et Histoire - tome 5, en 2006)

 

13 déc.
2011

16:38

Tournai : les chantiers, c'est galère !

Depuis le début de cette rubrique, il y a plus de deux ans, j'ai toujours prêché la modération en ce qui concerne les voix qui s'élevaient concernant les chantiers qui parsèment la ville de Tournai. "Il faut souffrir pour être beau", ai-je souvent écrit. Cette fois, il faut cependant bien admettre que les Tournaisiens qui pestent contre ceux-ci n'ont plus tout à fait tort. Pour gérer l'ensemble des travaux, y-a-t'il encore (ou y-a t'il jamais eu) un pilote dans l'avion ? Circuler en voiture à Tournai, cela devient une galère !

Voulant me rendre de la gare à la rue de Courtrai, j'avais prévu, ce mardi, d'emprunter la rue Royale, de franchir le pont Notre-Dame, de monter le rue de l'Hôpital Notre-Dame et de tourner à droite vers la rue du Curé Notre-Dame qui se prolonge par la rue de Courtrai, c'était l'itinéraire le plus direct que m'aurait probablement conseillé un GPS que je ne possède pas. 

Mais la notion du plus court chemin à Tournai n'existe plus.

Arrivé au bout de la rue Royale, de nombreux feux clignotants m'indiquent que la rue de l'Hôpital Notre-Dame est encore et toujours fermée à la circulation en journée, pour la pose des impétrants. Je décide donc de tourner vers la droite pour emprunter le quai Saint-Brice (à ce sujet, ne vous fiez pas aux nouveaux plans de Tournai qui depuis trois ans le renseignent comme étant le quai Dumon). En passant par le quai Dumon, le Pont de Fer et la rue du Cygne, j'allongeais, quelque peu, mon trajet mais le prix du carburant étant "réellement bas" (!) actuellement, cela restait envisageable. Deux braves ouvriers tenant un panneau "sens interdit" (peut-être en raison du vent fort qui soufflait), m'indiquent que cela n'est pas possible, en effet, depuis ce lundi matin, on procède à la démolition des anciens bâtiments de la clinique Saint-Georges pour la construction du nouveau siège social d'Ideta, de crèches et d'appartements de standing. Une fois franchi le pont levant, compte-tenu qu'à droite, le quai Notre-Dame est en sens unique, il ne me restait qu'à prendre à gauche, passer par le quai des Poissonsceaux, virer dans la rue de la Lanterne, longer le chantier du nouveau Centre de Tourisme dont les travaux sont à l'arrêt depuis plus d'un moins pour une commande non livrée, et, par la place Paul Emile Janson et la rue des Chapeliers rejoindre la Grand'Place, descendre la rue des Choraux et enfin arriver rue de Courtrai. Mais voilà, les petites rues du Bas-Quartier (rue Dame Odile, placette...) sont également en chantier et totalement interdites à la circulation et au stationnement avec effet de reporter ce dernier dans la rue de Courtrai. Il ne me restait plus qu'à tenter de trouver une place et, heureusement, une se présenta à moi grâce au départ d'un automobiliste à proximité de l'église Saint-Jacques (en chantier également). Pour me remercier de mon extrême patience, les responsables communaux m'obligent encore d'apposer sur mon pare-brise, le disque de stationnement limité à deux heures.

Il y a quand même une note optimiste car j'ai constaté, avec plaisir, que les travaux de pavage de la rue Perdue sont pratiquement terminés, sans que la rue ne soit totalement réouverte, les riverains pourront peut-être y circuler pour les fêtes de fin d'année, cela fait plus de deux ans que cette rue principale de Tournai est interdite à toute circulation et munie de barrières mobiles pour que quelques personnes puissent encore accéder à leur habitation.

J'ai constaté, avec beaucoup moins de plaisir, que le piétonnier de la Croix du Centre est toujours en chantier. Grâce à la presse locale, nous venons d'apprendre la raison pour laquelle face à l'ancienne poste et au milieu du carrefour formé par les quatre rues piétonnes, le pavage n'avait pas encore été placé, si les impétrants eau, gaz et électricité ont été réalisés avant la pose des pavés, il faut encore réaliser des travaux d'égouttage. Le problème se pose également à la rue de Paris, éventrée depuis deux mois, totalement interdite à la circulation automobile et peu praticable pour les piétons, là aussi il reste des travaux d'impétrants à réaliser. 

A la rue de la Tête d'Or, le revêtement formé d'un béton dans lequel on imprime des (faux) pavés, est terminé, il permettra l'arrêt des bus, mais plus rien ne bouge à la rue des Puits l'Eau, on attend que sèche le fondement de la terrasse située au pied de la naïade pour poser les dernières dalles. Le chantier pour l'arrêt d'autobus situé de l'autre côté de la rue sera bientôt terminé.

Dans le quartier Saint-Brice, la pose des impétrants se poursuit, cela fait plusieurs mois que ce chantier a débuté et à voir le nombre de tuyaux en attente sur la place Clovis, on se rend compte qu'il y a encore du boulot à réaliser avant de pouvoir circuler normalement. 

Si vous sortez de la ville par la porte de Valenciennes, depuis une semaine, le dernier tronçon de l'avenue des Etats-Unis est interdit à la circulation et une déviation par la rue Fontenoy est obligatoire.

Lorsqu'on tente de se renseigner auprès des responsables communaux, suivant l'interlocuteur, les avis divergent quant aux dates de fin des chantiers, espérons que cela se produira entre le mois de mars et le mois de juin, sinon avec les congés de la construction, on arrivera tout doucement à la kermesse de septembre. Et si on élisait un "Monsieur Travaux" à Tournai, une personne capable, routinée à suivre les chantiers et à résoudre les habituels aléas qui s'y produisent ?

16:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chantiers, travaux, galère |

10 déc.
2011

09:10

Tournai : expressions tournaisiennes (152)

L'histoire que j'vas, aujord'hui, vous raqueonter est arrivée dans les années chinquante. Batisse, i-éteot chef de gare dins ein villache, pos leon d'Tournai. Ch'éteot au temps où les trains i-s'arreteot'ent acore dins les p'tites gares, in plein mitan des camps.

Batisse i-aveot fait toute s'carrière aux Qu'mins d'Fier et, pou seûr, i-éteot pos peu fier. Tous les matins, à l'même heure, i-infileot s'costume, toudis bin orpassé pa s'feimme, metteot s'casquette su s'tiête, perdeot s'pétit drapéeau et quitter s'maseon pou aller ovrir l'gare... pou deux pelés et ein teondu qui perdeotent l'train pou aller ouvrer à Tournai.

I-falleot l'vir queurir su l'quai quand i-intindeot l'train arriver, i-surveilleot les gins qui déquindeot'ent, ch'éteot pos ein ouvrache très malin vu que l'pus souvint, i-n'aveot pos ein bleu tchien, i-attindeot que les deux ou treos habitués soich'tent imbarqués pour deonner ein queop d'chiffleot. I-a toudis fait acroire à s'famile que ch'éteot grâce à li que les trains rouleot'ent car si i-oblieot d'chiffler, l'train i-resteot à quai. 

Bin souvint, ses amisses, l'grand Bébert et l'pétit Titisse (chéteot l'surneom de deux ouverriers qui ouvreot'ent su les voies), veneot'ent s'récauffer et boire eine jatte de noirte jus que Marie, l'feimme à Batisse, prépareot dins des galus. Je n'voudreos pos ichi révéler ein secret, mais on ne l'buveot qu'après avoir ajouté eine beonne rasade de Wambrechies, l'genièvre pou les bistoules bin connu par ichi.

A l'fin du meos d'décimpe de l'ainnée mille neuf chint chinquante-siept, Batisse i-a eu soixante-chinq ans, ch'éteot, l'âche de l'ortraite. L'dernier jour d'ouvrache, cha n'a pos été ein jour comme ein eaute. Au matin, i-a quitté Marie ave eine larme à l'ouel in disant, comme ein condamné à mort, "bonjour, ô mon dernier matin, ch'est aujord'hui que j'vas raviser passer m' dernier train". Batisse, sans in avoir l'air, ch'éteot ein poète ferroviaire ! Bébert et Titisse éteot'ent v'nus ave eine beonne boutelle, ch'éteot leon d'ête d'l'ieau d'Vittel et Marie aveot fait, pou l'occasieon, eine tarte aux preones et à l'crème maseon. 

Pou bin li rappeler ceulle journée, pou qu'elle soiche bin gravée, les deux albrans aveot'ent imaginé ein plan. D'pus qu'Batisse i-éteot chef de gare, i-aveot toudis l'même rituel, tous les jours après-deîners, qu'i-pleuvène ou que l'vint chuffièle, i-perdeot s'gazette et alleot à l'toilette (J'sins bin, in France, on dit "aller aux toilettes", mais ch'est pasqu'i-feaut in faire plusieurs pou in trouver eine prope, ov'là c'qui pind au nez quand on raqueonte des histoires su l'deos des Belges). Là, i-pouveot lire les nouvelles in intier, i-pouveot même ête constipé, i-n'aveot pos d'train avant l'fin de l'journée (après i-d'a eu puque mais on est in train d'les supprimer).

L'toilette de la gare éteot ein peu à l'écart, i-aveot eine sorte d'loquet à l'intérieur de l'porte d'beos, qu'on d'veot ovrir in passant s'déogt, tout jusse pa ein p'tit tréo. Ov'la t-i pos qu' nos deux arsoules aveot'ent imaginé, pou faire eine blaque, d'tapisser l'tréau d'brin d'vaque. L'visin qu'i-éteot cinsier, i-les aveot aidés. 

Quand Batisse i-a pris s'gazette pou aller à l'toilette, i-a bin ormarqué Bébert tout seu l'leon de l'voie du qu'min d'fier. 

"Et alors, i-t'a laiché caire pou l'après-deîner"

"Neon, i-est parti querre les bouleons qu'on a obliés"

Titisse éteot muché dins l'toilette, à l'ratinte ave eine réglette et quand i-a vu s'déogt passer dins l'tréo, i-li a deonné pa d'zeur ein fameux queop. Batisse i-a poussé ein cri et sous l'effet de l'douleur, i-a porté s'déogt à s'bouque, vous adveinez l'résultat, bin seûr !

(lexique : raqueonter : raconter / pos leon : pas loin / les Qu'mins d'Fier : les Chemins de Fer devenus depuis la SNCB / orpassé : repassé / perdeotent : prenaient / ouvrer : travailler / queurir : courir / déquindeot'ent : descendaient / l'ouvrache : le travail, l'ouvrage / i-n'aveot pos ein bleu tchien : il n'y avait personne / ein queop d'chiffleot : un coup de sifflet / faire acroire : faire croire / ses amisses : ses amis / des ouverriers : des ouvriers / récauffer : réchauffer / eine jatte de noirte jus : une tasse de café noir / ein galu : une gourde, récipient utilisé jadis par les roctiers (ouvriers des carrières) qu'on réchauffait à l'heure du repas à même la flamme) / eine bistoule : un café additionné d'alcool, spécialité de la Picardie) / décimpe : décembre / l'âche de l'ortraite : l'âge de la retraite / l'ouel : l'oeil / d'l'ieau : de l'eau / tarte aux preones : tarte aux prunes, spécialité tournaisienne, qui avait fait la renommée de la Maison Mamour à Froyennes / ein albran : un garnement / pleuvène : tombe une petite bruine / beos : bois / l'déogt : le doigt / jusse : juste / l'tréo : le trou / eine blaque : une blague / l'tréau : autre mot pour désigner un trou / ein brin d'vaque : de la bouse / l'visin : le voisin /  tout seu : tout seul / laiché caire : laissé tombé / querre : chercher, à rapprocher du français quérir / muché : caché / rattinte : attendre quelqu'un avec de mauvaises intentions / pa d'zeur : dessus / ein queop : un coup / l'bouque : la bouche / vous adveinez : vous devinez / bin seûr : bien sûr).

S.T. décembre 2011

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

08 déc.
2011

11:32

Tournai : la cathédrale Notre-Dame vue par les touristes

Au cours de cette visite virtuelle de la cathédrale que nous venons d'entreprendre, nous avons décrit des éléments momentanément cachés aux yeux de ceux qui viennent la visiter. Les Tournaisiens sont habitués à leurs cinq clochers, ils font partie de leur quotidien et il a fallu, pour bon nombre d'entre eux, la tornade du 13 août 1999, ses vents violents qui l'ont ébranlée et les travaux de rénovation débutés en 2000 pour qu'ils la rédécouvrent dans ses détails.

Probablement un peu moins nombreux, ces dernières années, en raison du chantier qui les prive d'une vue d'ensemble et de nombreux détails architecturaux, les touristes viennent du monde entier et rien qu'au cours de cette dernière décennie, il n'était pas rare de croiser des personnes venues des Etats-Unis, du Japon et même d'Australie. 

A leur attention, les Guides ont programmé des visites du chantier en les emmenant se promener à hauteur des corniches pour leur faire découvrir les travaux entrepris.

Parmi mes (trop) nombreuses activités, j'ai eu le privilège, grâce à l'association des "Anges gardiens de la cathédrale", chère à Francis Vandeputte, d'accueillir ces amateurs d'art et d'écouter leurs remarques.

Je ne me montrerai pas chauvin en déclarant que la presque totalité des commentaires traduisaient l'enchantement des visiteurs, mais que, parfois, il y avait des jugements plus pointus soulevés par des esprits critiques. Lorsqu'on évoque sa ville et ses richesses, il y a d'être impartial et de prendre en compte ces propos parfois outranciers mais contenant toujours un fond de vérité.

Je me souviens de la visite effectuée par un professeur français d'architecture accompagné de quelques élèves qui était enthousiasmé par la rencontre du roman et du gothique. Pour lui, la cathédrale était un condensé de cette évolution du roman vers le gothique et permettait aux étudiants de visionner la différence entre les deux grands styles architecturaux du moyen-âge.

Je revois encore ce jeune parisien arrivé en moto, casqué, habillé de cuir, dont les pas résonnaient dans la nef romane en cette fin de cette sombre journée d'octobre. Il me déclara qu'il passait ses loisirs à visiter les cathédrales du nord de l'Europe, après Saint-Denis, Gand, Amiens et Lille, il venait pour la première fois dans la cité de Clovis. Il trouvait remarquable cette vision des cinq clochers et du beffroi qu'on avait à l'approche de la ville, pour lui, celle-ci était remarquable parce qu'elle n'était pas polluée, comme dans d'autres villes, par de hautes tours de verre et de béton, des barres d'immeubles monotones aux fenêtres alignées qui réduisaient les témoignages du passé à une vision de près, en les découvrant parfois fortuitement, au détour d'une rue, en arrivant presqu'au pied de ceux-ci. 

Son raisonnement se rapprocher de celui deux touristes flamandes arrivées de la région courtraisienne, en vélo, par le Ravel qui longe l'Escaut. Elles avaient particulièrement apprécié cette vue du Pont des Trous surmontée à l'arrière-plan de six clochers (la cathédrale et le beffroi), gardiens des valeurs religieuses et laïques de la cité. 

Avec ses 133 mètres de long, des spécialistes d'édifices religieux la comparaient à Notre-Dame de Paris tandis que des habitants de ces villes nouvelles poussées, un peu partout en Europe, dans les années soixante étaient heureux de découvrir un lieu de vie qui avait une histoire, une âme. 

Venons-en maintenant aux critiques, même si celles-ci sont minoritaires. 

Certains déploraient la présence de ces "potelets" censés empêcher les automobilistes de stationner face à l'entrée principale de la place de l'Evêché. Il est vrai que ceux-ci gâchent l'aspect intemporel de cette place en y introduisant un élément incontournable des villes du 21e siècle. D'autres mettaient en évidence le manque de civisme de quelques uns qui abandonnent canettes et papiers sous la "fausse porte" formée par la chapelle Saint-Vincent qui relie le lieu de culte au palais  de l'Evéque.

Quelques personnes, plus âgées, ont mis en évidence le manque de luminosité de la nef, principalement lors de la période hivernale, les candélabres, placés fort bas, ne mettent pas assez en valeur l'architecture romane et laissent cet endroit dans une sorte de pénombre qui fut accentuée lors de la dépose des vitraux et la pose de parois translucides. 

Une critique que je partage totalement est l'introduction du nouveau mobilier pour les offices, les chaises en bois ont fait place à des modèles plastifiés plus confortables et probablement moins onéreux mais totalement anachroniques dans l'ensemble romano-gothique moyenâgeux. De même, lors de la période d'hiver, la cathédrale étant un endroit très froid, pour apporter une certaine chaleur, on a opté pour un chauffage par bonbonnes réparties au milieu des fidèles. Ceux-ci se plaignent d'une trop grosse chaleur au niveau de la tête alors que les pieds sont glacés.

Espérons que lors de la rénovation, ces élements seront également pris en considération pour redonner tout son lustre à Notre-Dame. Prochainement, nous reparlerons du jubé de Corneille Floris De Vriendt et nous verrons qu'il a lui aussi ses détracteurs parfois même au sein du clergé. 

(sources : recherches personnelles)

11:32 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cathédrale notre-dame |