30 sept.
2011

10:08

Tournai : les festivités d'octobre

Voici les fêtes, soirées théatrâles, conférences, expositions organisées en ce mois d'octobre 2011.

Le samedi 1er et le dimanche 2, sous le chapiteau de l'esplanade du Conseil de l'Europe, deux soirées au profit du "Télévie" avec le samedi : Kentucky Country Band et le dimanche, spectacle de variétés avec Philippe Vanclès, François Gaudemont et Momo.

Au cours de ce même week-end, Danses et Compagnie vous invite, dans le cadre de ses vingt ans, à parcourir l'album anniversaire avec la projection, les deux jours, à 15h, de la vidéo "2x8+4 temps".

Samedi 1er et dimanche 2 octobre, Simone Leconte expose ses oeuvres au relais des Artistes, au Mont Saint-Aubert.

Le dimanche 2 octobre, vers 16h45, au boulevard des Nerviens, arrivée de la dernière étape du Tour de Wallonie Picarde (Franco-Belge) après sept circuits locaux. 

Le dimanche 2, à 18h, salle Franck Lucas de la Maison de la Culture : "Madame Bovary" d'après Gustave Flaubert par la compagnie Karyatides, à 20h, en la salle Jean Noté : "Molière" par Neville Tranter et le Stuffed Puppet Theatre. Ces deux spectacles clôturent le Festival "Découvertes, images Marionnettes" qui a débuté le 27 septembre.

Le mercredi 5 octobre, à 16h, en la salle Franck Lucas de la Maison de la Culture : "Zazie et Max", spectacle de marionnettes d'après Thierry Lenain, mis en scène par Baptiste Isaia.

Le jeudi 6 octobre, à 14h, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, conférence sur "Les droits humains : chimères ou garanties" par Philippe Hensmans, Directeur de la section belge francophone d'Amnesty International dans le cadre de l'Université du temps disponible.

Le vendredi 7 octobre, à 20h, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture : "Sarah" pièce de John Murrell, mise en scène par Daniel Hanssens avec Jacqueline Bir et Alexandre Von Sivers.

Le samedi 8 octobre, à 20h, église Saint-Paul, avenue du Saule, concert philantropique par la MusiKaine au profit de l'asbl Michaël.

Les samedi 8 et dimanche 9 octobre, en la Halle-aux-Draps, les Amis de Tournai vous invitent à la "Halle gourmande", une découverte des saveurs et de la gastronomie.

Le mercredi 12 octobre, à 20h, en la salle Jean Noté de la maison de la Culture : "Chatroom", d'Enda Walsh, une pièce révélée par le Festival d'Avignon en 2009, création en langue française mise en scène par Sylvie de Braeckeleer.

Le jeudi 13 octobre, à 14h00, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, conférence sur "Les défis institutionnels en Belgique" par Pierre Vercauteren, Professeur au FUCaM (Université du temps disponible).

Le samedi 15 octobre, à 20h, en la salle Franck Lucas de la Maison de la Culture : "Listz", la présentation de "lieder" de ce compositeur de génie interprétés par Martine Reyners, soprano belge résidant à Tournai, et Dmytro Sukhovienko, pianiste ukrainien. 

Le jeudi 20 octobre, à 14h00, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, conférence "Cézanne, le précurseur de la peinture moderne" par Marie Castelain, historienne de l'Art (Université du temps disponible);

Le jeudi 20 octobre, à 17 et 20h, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture : "Les Chemins de Compostelle" par Alain de la Porte dans le cadre du cycle "Exploration du Monde"

Les mardi 18, mercredi 19, vendredi 21 et samedi 22 octobre, sous chapiteau sur la plaine des Manoeuvres : "Volchock" par le cirque Trotolla. Du cirque sous chapiteau, du vrai, sensible et inventif !

Le dimanche 23 octobre, à 16h, au Conservatoire de Musique, le "Quatuor Amôn", pensionnaire de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth dans des oeuvres de Haydn, Ravel et Beethoven.  

Le mardi 25 octobre, à 20h00, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture : "Cocoon" en concert ! Le duo français qui monte présente une pop/folk feutrée, candide aux inspirations américaines.

Les mercredi 26 et jeudi 27 octobre, à 20h00, en la salle Franck Lucas de la Maison de la Culture, "Baal" de Bertolt Brecht pièce mise en scène par Raven Ruëll et Jos Verbist. 

Le jeudi 27 octobre, à 14h, en la salle Jean Noté de la Maison de la Culture : "deux spécialistes  des religions dialoguent autour de leur roman respectif" avec Baudouin Decharneux, Professeur à l'ULB et Eric de Beukelaere, Directeur du Séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve. (Université du temps disponible).

Du samedi 29 octobre au 1er novembre : Jacques Coppin expose  ses oeuvres au relais des Artistes au Mont Saint-Aubert.

Du 8 au 23 octobre, la Maison de la Culture organise une exposition intitulée : "L'architecture, un art public : projets d'architecture d'aujourd'hui à Tournai".

Du 8 au 23 octobre, dans le hall du compexe Imagix, Bd Delwart, "L'Architecture moderne et contemporaine à Tournai : une approche".

Du 8 au 23 octobre se déroule dans la ville, l'exposition : "L'Art dans la ville",  des oeuvres à découvrir aux hasards de balades urbaines dans les galeries, vitrines de magasins ou musées.

Cette liste est susceptible d'ajouts en fonction de l'information qui me parvient. 

29 sept.
2011

09:05

Tournai : Les registres des Consaux

Grâce à des extraits des registres des Consaux publiés par Mr. Gaston Preud'Homme, assistant aux Archives de l'Etat à Tournai, il nous est permis de constater que les problèmes traités par ces dirigeants de la cité entre le XVe et le XVIIIe siècle sont pratiquement semblables à ceux rencontrés par nos édiles actuels.

- Il y a déjà les interventions dans l'organisation des fêtes par les sociétés :

"8 juillet 1455 : Fête des arbalétriers du grand serment. Les Consaux commettent cinq d'entre-eux pour conduire la dite fête, sont ainsi nommés Jehan Crocquevillain, juré, Jehan Savary, échevin, Andrieu d'Aigremont, éwardeur, Miquiel Béghin, grand doyen et Simon Wille, sous-doyen".

On remarquera qu'on a choisi au moins un représentant dans chaque consistoire, un peu comme on désignerait un représentant de chaque parti siégeant au collège communal actuel. 

"19 juillet 1457 : Fête des arbalétriers. (les Consaux ont) Résolu de faire présent de deux muids de vin aux arbalétriers des villes qui viendront à la fête".

Précisons que le "muid" est une mesure de capacité dont la valeur variait selon les pays et les marchandises. Le dictionnaire Larousse indique que celle-ci correspondait à 274 litres de vin à Paris, ce qui nous permet d'avoir un ordre de grandeur.

A notre époque, également, les responsables communaux sont sollicités lors de l'organisation de fêtes par des sociétés et apportent un soutien matériel par la mise à disposition d'hommes et/ou de matériel. Certains regretteront, peut-être, la disparition de l'offre d'importantes quantités de vin !

- Les Consaux doivent aussi faire face aux problèmes économiques :

"Le 10 novembre 1455 : Défense est faite par les Consaux, attendu la cherté des vivres, de mener hors la ville plus d'une rasière sans l'autorisation des prévôts. Il est résolu de mettre à chaque marché de samedi, quatre ou cinq muids de blé de la provision de la ville et que le produit de cette vente sera employé à l'achat de nouveau blé".

L'expression "mener hors la ville" prendrait à notre époque le sens d'exporter. Il faut se rappeler qu'au cours du XVe siècle, la ville fut frappée à plusieurs reprises par des épisodes de famines résultant de mauvaises récoltes. 

- Les Consaux sont confrontés à la pauvreté :

"30 avril 1471 : la misère étant extrême, il est résolu de distribuer chaque semaine un hotteau de blé à deux cents pauvres ménages".

"3 décembre 1471 : mis en délibération si l'on continue de donner des blés de la ville aux pauvres ménages, ainsi qu'on l'a fait pendant huit semaines - Réponse négative".

 "26 février 1471 : résolu d'employer jusqu'à Pâques 400 pauvres manants de la ville tant pour réparer et approfondir les fossés que pour faire des boulevards à plusieurs portes".

Voici une aide aux démunis et aussi, une sorte d'engagement de personnel "communal" afin de donner du travail à des individus peu qualifiés et leur assurer un revenu pour combattre la pauvreté. 

 - Les Consaux gèrent la commune au quotidien :

"11 mars 1455, ils décident de la frappe de petite monnaie",

"30 octobre 1459 : accord entre la ville et le baillage au sujet de l'assis du vin (on définit ce mot comme étant le droit d'accise frappant le vin),

"23 juillet 1460 : réparation de l'artillerie de la ville",

"9 novembre 1462 : modification des privilèges accordés aux lombards" (les lombards étaient des "marchands d'argent" (ou banquier) qui étaient venus s'installer à Tournai.

"10 janvier 1465 : demande de salpêtre pour l'artillerie royale",

"8 janvier 1471 : détermination du nombre de canonniers",

- Les consaux interviennent dans la fixation des poids du pain :

"10 mars 1472 : à cause de la diminution du blé, le poids du pain est fixé comme suit : les miches et craquelins de maille : 4 onces au lieu de 5, le pain brun de maille : 5 onces au lieu de 4, le pain de froment de 2 deniers : 25 onces au lieu de 23, le pain brun de 2 deniers : 36 onces au lieu de 32".

Dans le prochain article, nous aborderons les rapports entretenus par les Consaux avec la couronne de France.

(sources : étude de Mr. Gaston Preud'homme parue dans le tome 1 des "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" en 1980).


09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournia, consaux, pauvreté, misère |

27 sept.
2011

16:59

Tournai : les Consaux

Dans les articles consacrés à l'origine des noms des rues tournaisiennes, il est souvent fait référence aux Consaux. On vient ainsi de voir que l'ordre des augustines de Sion ou celui des Dominicains durent obtenir autorisation de ceux-ci pour ériger leur couvent. Les Consaux dirigeaient la Ville, comment étaient-ils organisés, quelles décisions prenaient-ils ? C'est ce que nous vous invitons à découvrir. 

Du début du XVè siècle (1424) à l'intégration aux Pays-Bas, la ville fut administrée par une assemblée de quatre consistoires appelée les Consaux. En voici sa composition :

le premier consistoire était celui composé de deux prévôts (agent d'administration domaniale) et de dix-huit jurés (magistrats municipaux souvent administrateurs d'une corporation). Ces vingt membres constituaient le pouvoir éxecutif local.

Le deuxième consistoire était formé de quatorze membres : les maïeurs et échevins. Leur fonction correspondait à celle qu'exercent actuellement les notaires et juges de paix. 

Le troisième consistoire était lui constitué de trente éwardeurs (sorte de grands électeurs) qui élisaient, le 20 février de chaque année, les jurés et les échevins. 

Le quatrième consistoire réunissait les doyens et sous-doyens des métiers qui étaient au nombre de 72. Ils étaient chargés de délibérer de la gestion générale de la ville

Au sein de ces différents groupes ont trouvé à la tête un chef.

Les Consaux se réunissaient pour les affaires politiques tous les mardis et quand ils étaient convoqués par les Prévôts et Jurés. 

Dans les trois premiers consistoires ou collèges, la majorité absolue suffisait pour entériner une décision alors qu'une majorité des deux-tiers des voix était obligatoire dans celles des doyens et sous-doyens (48 voix sur 72).

Il arrivait parfois que les quatre consistoires ne puissent parvenir à dégager une position commune sur une question grave après trois votes consécutifs. L'affaire était alors portée devant le peuple assemblé par bannières (les étendards des corporations). La décision prise alors était sans appel et applicable si elle avait obtenu l'accord de 2/3 des représentants du peuple.

Les actes et décisions prises, les autorisations accordées par les Consaux figuraient aux procès-verbaux inscrits dans les registres. Ces registres, s'étendant sur une période de 1424 à 1795, ont été conservés dans les archives communales jusqu'en mai 1940, date à laquelle, ces dernières furent détruites lors des bombardements allemands. En deux journées, les 16 et 17 mai, l'oeuvre de barbares a fait perdre à notre cité, la plus grande partie de sa mémoire ! En moins de vingt-quatre heures, 70.000 volumes dont 150 incunables et une grande partie des 247 manuscrits furent la proie des flammes, la perte d'un héritage incommensurable !

Heureusement, il nous reste les écrits de ceux qui avaient pu les consulter avant cette date. On retiendra les noms d'Henri Vandenbroeck (1827-1879, archiviste, paléographe qui publia en deux volumes : "extraits analytiques des anciens registres des consaux de la Ville de Tournai"), d'Amaury de la Grange (1842-1900, baron et historien à qui on doit notamment : "les troubles de 1422 à 1430 à Tournai"), de Louis Prosper Gachard, de Frédéric Hennebert (1837-1873, philologue et historien, il fut professeur d'histoire et, à ce titre, consulta régulièrement les registres) et d'Adolphe Hocquet (1868-1943), conservateur du musée d'Antiquité et des Arts décoratifs à partir de 1895, archiviste-bibliothécaire de la Ville de Tournai à partir de 1899 jusqu'à sa mort, on lui doit de nombreuses oeuvres de haute valeur sur l'histoire de la cité des cinq clochers. Dans on ouvrage intitulé "Tournai, Ancien et Moderne", écrit en 1864, Amé, François, Joseph Bozière (1814-1873, brasseur, peintre et historien tournaisien) fait également de nombreuses références aux régistres des consaux. 

Grâce à ses témoignages, nous pouvons reconstituer de larges pans de l'histoire de la ville, ce que nous ferons dans un prochain article. 

(sources : "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - tome 1" paru en 1980 étude de Gaston Preud'homme - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990

26 sept.
2011

09:10

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (25)

En remontant la rue Saint-Martin, au départ du beffroi, la première rue située sur la droite porte le nom de rue Massenet. Jules Massenet (1942-1912) était un compositeur français. Cette rue est surplombée par le musée de Folklore, la Maison Tournaisienne, fondé par Walter Ravez et ouvert au public en 1930. Il en sera le premier conservateur. Détruit par les bombes incendiaires allemandes de mai 1940, il fut reconstruit, les collections furent reconstituées grâce aux Tournaisiens et il fut, de nouveau, accessible au printemps de l'année 1950. C'est à la fin du XIXe siècle que les édiles communaux décidèrent de percer cette voirie entre la rue Saint-Martin et le réduit des Sions.

La rue Massenet mène à la place de Nédonchel du nom d'un comte, numismate et mécène, Georges, Alexandre, François de Nédonchel, né à Tournai en avril 1813 et y décédé en décembre 1902. Il avait épousé en 1839, Antoinette de Choiseul-Praslin. En 1889, il participa à la fondation du musée communal de Tournai, en la Halle-aux-Draps, et fit don de son importante collection de monnaies, médailles, jetons comprenant pas moins de 1.719 pièces d'or, d'argent et de laiton. C'est le 18 février 1898, que l'administration communale, reconnaissante, donna son nom à la placette située derrière la Halle-aux-Draps qu'on appelait alors le Vieux marché à la toile. Cette placette était dénommée le "Val" au XIIIe siècle, comme on peut le lire dans un extrait du Chirographe de 1280 : "Henri Pourrès vend une maison située en le Val, derrière la halle aux dras". Cette dénomination de Val provenait très probablement des excavations qui y existaient alors car ce lieu était truffé de carrières. Au XVIIIe siècle, cet endroit était désigné comme étant le Vieux Marché aux Poulets comme le stipule un acte de 1779 : "Maison achetée par Max Favart, maître cabaretier, faisant le coin de la petite rue Saint-Georges, sise sur le Vieux Marché aux Poulets". A cette même époque, cette petite place était aussi désignée sous le nom de "placette des Dominicains" en raison de la présence de cet autre important couvent ("maison achetée par J.B. Soudan, marchand cabaretier, sise placette des Domnicains" - acte de 1776). 

Le couvent des Dominicains était situé entre les actuelles rues Roc Saint-Nicaise, Saint Georges et le Réduit. Sa construction date de la même époque que celui de Notre-Dame de Sion dont nous venons de parler dans l'article consacré à l'Hôtel Peeters, c'est-à-dire durant la première partie du XVIIIe siècle. C'est en 1623 que l'ordre obtint des Consaux l'autorisation de s'installer en ce lieu, à condition de ne pas être à charge du peuple et de la Ville. Ces moines, suivant les règles de l'ordre créé par Saint Dominique, devaient néanmoins quêter, ce qu'ils ne manquaient pas de faire, ils priaient, prêchaient, disaient des messes, aidaient quelque peu les malades et les indigents. Ils étaient reconnaissables à leur robe blanche, à un scapulaire et à un manteau noir à capuchon. Les Dominicains s'opposaient aux Franciscains sur le dogme de l'Immaculée Conception. Les religieux quittèrent le vaste couvent construit en quadrilatère autour d'un jardin intérieur lors de la venue des révolutionnaires français dans la cité des cinq clochers. Les différents édifices (cloître, lieux de vie, chapelle) furent détruits en 1797. A la place de ceux-ci, on trouva jusque durant les années quatre-vingt, les locaux du syndicat chrétien, la CSC, qui avait ouvert, au début du XXe siècle, la "Maison des Ouvriers" dont l'entrée était située dans la rue Roc Saint-Nicaise. L'Optimiste se rappelle y avoir souvent conduit sa grand'mère qui participait alors aux réunions de "l'Amicale du Bon Vieux Temps" réservée aux personnes du troisième âge. Après le transfert des activités du syndicat chrétien dans de nouveaux locaux construits à l'avenue des Etats-Unis, les bâtiments restèrent quelques temps à l'abandon avant de faire l'objet d'une promotion immobilière qui réalisa des appartements de standing, érigés autour d'un jardin central, hâvre de paix à cinquante mètres à peine de la Grand'Place.

Partant de la place de Nédonchel pour rejoindre la Grand'Place, on emprunte le réduit des Dominicains. L'origine du mot "réduit" a fait l'objet de nombreuses versions, selon Bozière, les Tournaisiens avaient ainsi appelé les ruelles sombres qui se trouvaient près de la Grand'Place, derrière la Halle-aux-Draps parce que c'est là que furent réduits, en clair : exterminés, les Iconoclastes qui sévissaient à Tournai. Cette affirmation tient probablement de la légende car, les mots de réduits sont déjà présents sur des cartes du XIVe siècle, il s'agissait alors d'endroits adossés aux remparts de la ville, origine plus probable de ce nom.

La ruelle de la Grand'Garde longe la Halle-aux-Draps, elle porte ce nom pour rappeler la présence de cette garde communale qui se trouvait, jadis, au sein de la Halle-aux-Draps. Accesible par un passage sous une arche joignant les deux bâtiments qu'elle sépare, on n'y trouve aucune habitation. 

La rue Massenet est reliée à la Grand'Place par le réduit des Sions. Cette voirie s'appelait jadis, le Grand Réduit comme on peut le lire dans un acte de 1492 : "Johan Camby, marchand, a vendu une maison séant au Grand Réduit, haboutant par derrière aux terres de la vièze fermeté de la ville". En 1704, dans un acte, il était reprit sous le nom de Rodhuy des Sions. L'origine de son nom remonte à l'installation des augustines des Sions dans le couvent de la rue Massenet comme nous l'avons vu dans l'article précédent.

La rue Saint-Georges ne possède plus qu'un seul témoignage du passé de la cité tournaisienne, la tour Saint-Georges. Jadis, c'était également une ruelle étroite qui fut élargie vers 1840, après la disparition de la propriété des Dominicains sur laquelle elle empiéta alors. A cette époque, on construisit de nouvelles maisons, Bozière nous dit que l'architecte Bruno Renard habita une de celles-ci avant departir se fixer à Bruxelles. La presque totalité de ses maisons a été détruite lors des bombardements de 1940 et les bâtiments qu'on peut voir désormais ont tous été reconstruits à la fin des années quarante et au début des années cinquante.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre).

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, dominicains, bruno renard |

24 sept.
2011

09:26

Tournai : expressions tournaisiennes (141)

Eviter les treos, cha d'vient difficile !

Vous vous souven'ez tertous, mes gins, d'Serge Gainsbourg, l'heomme à l'tiête de chou, qui canteot dins les années chinquante : "J'fais des trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous, des trous de première classe...". Ch'est ein air bin connu. 

J'ai rêvé, pos pus tard que l'nuit dernière, que du coeur de no ville monteot ceulle cancheonne, cantée pa les ouverriers qui ouèf'tent dins nos quartiers : "on fait des treos, des p'tits treos et... aussi des grands treos...". A Tournai, i-a pus eine seule plache pou les ceusses qui roule'tent ou qui marche'tent.

Ch'est ainsin que d'puis avant-hier, jeudi, i-a des tranchées du Pont à Pont à l'rue de l'Wallonie et on a aussi ortiré les pavés de l'rue de Paris. Quand i-a ein bus qui meonte l'rue de l'Tiête d'Or, pou l'croiser ave t'carrette, i-féaut ête fort. L'rue des Puits l'Eau, elle est d'puis des meos, dins ein état vraimint désolant, de l'tierre battue ave ein égouttache in plein mitan et dins les rulettes du Bas-Quartier ronfièle'tent les ingin d'chantier, i-n'a pus ein seul pavé, on pidoule dins l'bédoule à plein sorlets.

Quoique vous dites ? vous comminchez à avoir eine indigestieon, mais i-va seul'mint falloir faire attintieon. Lindi prochain, pou aller des Quate coins Saint-Jacques à l'plache Saint-Pierre, bé, là aussi cha va ête eine saprée misère. I-va falloir printe l'rue Dame Odile et l'quai Noter-Dame pasqu'on va faire des treos dins l'rue du Curé Noter-Dame. Tenez-vous bin, huit jours pus tard, cha s'ra pire acore, et l'informatieon que j'vous deonne, elle vaut d' l'or, pasqu'i-a des câbles qui menace'tent d'caire, pou l'réparer, on va laicher l'pont Noter-Dame, eine meos in l'air !

Dins l'quartier Saint-Brice, les trottoirs i-seont ouverts comme in héaut du boulevard du Roi Albert. Je n'parle pos aux gins d'Kain des travéaux qui ont su leu qu'min. 

"Des treos, ch'est treop", aux heures de pointe, on n'l'a vraimint pos belle, on est arrêté dins l'bas de l'rue Saint-Martin pou passer l'carrefour Morel et i-féaut dix minutes pou aller de l'plaine au gardin d'la Reine. J'n'arrête pos de l'répéter, i-féaut neommer ein échevin de l'immobilité, pindant c'temps là, l'ceu de l'mobilité i-pourra cacher après des plaches pou stationner.

A propeos, j'vas ichi vous donner ein consel, ch'est tous les jours parel, n'cachez pos après eine plache au pied d'l'Hôtel de Ville, ch'est là qu'on trouèfe tous les voitures-ventouse de l'ville. "Braves gens de Tournai, faites comme je dis mais pas comme je fais", on conneot cha d'puis d'z'ainnées ou si vous voulez ein eaute beon meot "dites-vous, mes amisses, que l'eximpe vient d'in héaut". Mi, je n'sareos rin dire là'd'zeur, ces fonctionnaires i-seont harassés d'ouvrache et on n'va pos acore les faire queurir pou trouver eine plache. Même dins l'étroit Enclos Saint-Martin, les camionnettes des ouverriers su les trottoirs i-seont bin souvint stationnées mais Voltaire a dit : "suivant que vous serez puissant ou Misérable...". Veyez, j'ai comminché pa Gainsbourg et j'finis m'meot pa Voltaire, ch'est à cha aussi que l'lanque françaisse alfeos elle sert.

(lexique : tertous : tous / eine cancheonne : une chanson / ouèf'tent : du verbe ouvrer qui signifie travailler / ortiré : retiré / eine carrette : une charrette, terme populaire pour aussi désigner une voiture / pidouler dins l'bédoule : patauger dans la boue / les sorlets : les souliers / saprée : sacrée / caire : tomber / laicher : laisser / eine plache : une place / ein consel : un conseil / làd'zeur : là-dessus / ouvrache : ouvrage, travail / queurir : courir / alfeos : parfois).

S.T. septembre 2011


09:26 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

22 sept.
2011

13:30

Tournai : L'hôtel Peeters

Dans le dernier article consacré à l'origine des noms de rues, nous avons parlé du "Créa-Théatre" établi dans l'Hôtel Peeters.

L'histoire de ce bâtiment débute au XVIIe siècle. A cette époque, la Belgique était gouvernée par les archiducs Albert et Isabelle, cette période fut marquée par une renouveau catholique et de nombreux couvents s'ouvrirent à Tournai comme ailleurs. Parmi les sept nouveaux créés en ville, l'ordre qui nous préoccupe est celui des augustine de Sion. 

L'histoire débute donc à la rue del Ghaine (actuelle rue des Filles-Dieu) où un refuge est fondé pour six filles dont trois vont prendre le voile un an plus tard. La nouvelle communauté religieuse prend de l'importance et obtient l'autorisation des Consaux d'établir un monastère dans une propriété appartenant aux enfants de Nicolas de Flines, située au Grand Réduit, derrière la Grand'Place, à proximité de l'actuel Réduit des Sion ainsi nommé pour rappeler l'existence de ce monastère. Celui-ci compta quarante religieuses à la fin du XVIIe siècle. 

Le monastère se présente sous la forme d'un vaste quadrilatère en style tournaisien dont la façade principale est située dans l'actuelle rue Massenet, en face du musée de Folklore. A l'angle Est du jardin intérieur se dresse la chapelle tandis qu'à l'angle Sud, là où s'élèvera plus tard l'Hôtel Peeters, un bâtiment abrite une cuisine, une buanderie et une infirmerie. Les religieuses de cet ordre portaient une robe et une cote de draps ou d'estamet (étoffe de laine blanche), serrée à la taille par une ceinture de cuir. Elle revêtaient au-dessus, un sarreau de toile blanche et sur la poitrine et le col, un linge qu'on appelait "barbette", la tête étant coiffée d'un bandeau et d'un voile d'estamine de sayette. Il leur arrivait parfois de porter un chapeau de paille lors de sorties en ville. 

La congrégation des religieuses de Notre-Dame de Sion fut dissoute, une première fois en 1783 par un édit de Joseph II qui visait un certain nombre de couvents considérés comme inutiles. Certaines religieuses y restèrent néanmoins mais en furent définitivement chassées, le 19 novembre 1796, par les révolutionnaires français. Le couvent existait depuis 173 ans. L'édifice resta abandonné et tomba rapidement en ruine. 

En 1803, un dénommé Jacques Duvivier acheta ce qui restait des bâtiments. Il serait, selon certaines sources, à l'origine de l'édification de l'hôtel dont la construction serait intervenue entre 1807 et 1823.  Qui en fut son architecte ? A ce sujet, les avis divergent, la famille Peeters l'attribue au même architecte qui a érigé l'hôtel Boucher à la rue Saint-Brice et Bossut (aujourd'hui disparu) mais Eugène Soil de Moriamé attribue l'Hôtel Boucher tantôt à Bruno Renard, tantôt à Alexandre Decraene. En ce qui concerne cette seconde option, Louis Donat Casterman,  dans son étude sur l'Hôtel Peeters reste sceptique quant à l'attribution à Decraene qui fut surtout actif qu'à partir de 1830, une période largement en dehors de la fourchette admise pour la construction du bâtiment. 

En 1823, l'hôtel fut la propriété du banquier Leman, en 1827, il fut acquis par le banquier Delecourt qui agrandit le jardin et en 1835, il fut cédé au baron de Loen. C'est en 1852 qu'il faut acheté par Charles Peeters dont il porte le nom de famille depuis lors. 

Charles Peeters, fabricant de sucre, archéologue et passionné d'histoire de la ville est né à Cambrai en avril 1804 et est décédé à Tournai en août 1868. Epoux de Marie Wilbaux, il s'occupa tout d'abord des intérêts de la maison de denrées coloniales de ses parents, à la rue des Carliers. Il fondera ensuite la Sucrerie de Warcoing. Passionné d'Histoire, il est un des membres fondateurs de la Société Historique et littéraire de Tournai. Attaché à sa ville, il publie deux ouvrages intitulés : "Promenade iconographique dans les rues de Tournai" et "Notes sur un carrelage historié". Son fils, Jules, né en 1841 et mort en 1913, fut docteur en droit et attaché au barreau de Tournai. Il fut un des membres fondateurs de l'Ecole Saint-Luc en 1879.

A la fin de la seconde guerre mondiale, le palais épiscopal ayant été détruit par les bombardements de mai 1940, Melle Peeters permit à Mgr Carton de Wiart d'emménager dans l'édifice, le seul pratiquement qui avait échappé aux bombardments de la rue Saint-Martin. Après la mort de l'évêque, son successeur, Charles-Marie Himmer, y résidera jusqu'à son retour au palais épiscopal dont la reconstructions a été terminée en 1956.

Actuellement, l'Hôtel Peeters, devenu propriété de la Ville au début des années 80, abrite, le Créa-Théâtre et le Centre de la Marionnette de la Communauté française, il peut être rejoint en franchissant un porche muni d'une grille sur le trottoir de droite dela rue Saint-Martin. Le bâtiment à un étage s'élève au bout d'une cour pavée, au milieu d'un espace arboré. Légèrement en surplomb par rapports aux maisons qui l'entourent, il permet une vue bien dégagée sur la cathédrale et le beffroi. Lors des dernières journées des Euro-Médiévales, un camp de cette époque a été reconstitué dans les jardins, aux abords de la Tour Saint-Georges, on y accède par un escalier de bois au fond d'un garage de la rue Massenet. Le jardin étant étagé, à poximité de la Tour Saint-Georges on peut y découvrir une sorte de labyrinthe végétal.

Chaque année, à l'approche des fêtes de Noël, l'Hôtel prend un aspect féérique lors de l'organisation des "Scènes à Noël" par le Créa-Théâtre.

(sources : étude de Louis Donat Casterman parue dans le N°77 et 79 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier, "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Biographies des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre et recherches personnelles).

19 sept.
2011

09:00

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (24)

Plongeant de la ceinture des boulevards vers le carrefour du beffroi, la rue Saint-Martin tire sa dénomination d'une abbaye de moines bénédictins et ce nom est déjà présent dans le chirographe de 1253 où on peut lire : "Vente d'une maison en la rue Saint-Martin tenant en la capièle Saint Loi". Cette rue se caractérise par la présence d'immeubles modernes, construits après la seconde guerre mondiale, sur la partie droite en partant du beffroi, et d'immeuble plus anciens sur la partie de gauche. Le côté gauche de cette rue a été sauvegardé lors des bombardements de mai 1940 et avec lui les maisons bourgeoises et les hôtels de maître.

Parmi les hôtels de maître disparus citons, l'Hôtel de Rasse portant le nom du baron, bourgmestre et sénateur de Tournai qui l'avait acheté en 1839, après la mort de Madame Charlotte de Saint-Genois. Bozière nous dit qu'il se distinguait par l'élégance de sa porte d'entrée, ornée de colonnes accouplées, de style composite, un immeuble si parfaitement distribué pour les fêtes qui s'y déroulaient, érigé sur les plans du père de l'architecte Bruno Renard. Autre édifice disparu, la chapelle Saint-Eloi. De quand datait son origine ? Les avis divergent. Pour l'historien Cousin, elle est une des plus anciennes de la cité, spécifiée en 1108 dans une bulle du pape Pascal II mais dans un opuscule du vicaire-général Descamps sur Walter de Marvis, il est stipulé que Jean de Lens donna vingt-deux bonniers de terre, en 1231, aux chapelles de Saint-Pierre et Saint-Eloi, rue Saint-Martin, qu'il avait fondées. C'est en ce lieu que se réunissaient les corporations des orfèvres et des maréchaux-ferrant le jour de la fête patronale. En 1726, un écclesiastique du nom de Dupriez, la reconstruisit à peu près complètement et à ses frais. En 1855, l'édifice fut vendu par la Ville au bourgmestre Alphonse de Rasse qui l'incorpora à son habitation. On sait qu'elle était située à proximité de l'actuelle rue des Primetiers et de la chapelle Saint-Pierre (elle aussi disparue). Elle fut rasée dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Egalement disparue l'hôtellerie Saint-Christophe où logeait une compagnie de soldats irlandais au moment du siège de Tournai par Louis XIV.

Un peu plus haut dans la rue, en retrait, au milieu d'un petit parc, l'Hôtel des Artilleurs était accessible par un porche muni d'une grille situé face à la Roquette Saint-Nicaise. Il était occupé par les Artilleurs-Volontaires-Tournaisiens, société constituée le 29 février 1836. Dans le jardin, on trouvait des berceaux pour le tir à l'arc, à l'arbalète et d'autres jeux. Par la suite et jusqu'aux début des années soixante, l'hôtel devint le local de la section des supporters de la Royale Union Sportive Tournaisienne qui y organisait les réunion et les festivités. Il est depuis près de cinquante ans la propriété de la Ville de Tournai qui l'a intégré au Musée d'Histoire Naturelle.

Au n°50, une maison bourgeoise a été aménagée, il y a une vingtaine d'années, pour accueillir le Musée de la Porcelaine et des Arts de la Table. Le numéro 52 est un porche qui mène à l'Hôtel de Ville, le n° 54 est le local de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Au n° 64, jusqu'à son déménagement pour la Salle des Concerts, se trouvait le Conservatoire de Musique, les vastes bâtiments sont désormais occupés par l'Auberge de Jeunesse.

Sur le trottoir d'en face, au n° 47, le Centre de la Marionnette et le Créa-Théâtre occupent les bâtiments de l'ancien hôtel acquis en 1852 par Charles Peeters qui lui donna son nom. Ce prestigieux bâtiment, dont nous aurons l'occasion de vous reparler, a été acheté par la Ville dans le milieu des années quatre-vingt. Le n° 87 était occupé jusqu'au début des années 2000 par le couvent des Soeurs Servantes des Pauvres. Ces religieuses qui étaient surnommées les "Petites Soeurs des Pauvres" par les Tournaisiens avaient pour vocation de soigner les malades, ensevelir les morts et secourir les plus démunis. Je me souviens avoir visité régulièrement ce bâtiment car ma grand'mère maternelle y assurait l'entretien journalier. Le couloir distribuait à gauche, une salle d'attente et à droite le dispensaire où on venait pour une piqûre, nettoyer une plaie ou faire soigner mille petits maux. A gauche de l'entrée principale, une grande porte ouvrait sur le vestiaire où étaient conservés les vêtements et les couvertures ramenés par la population en faveur de leurs petits protégés. Derrière, dans une cour ouvrant sur un jardin toujours fleuri, un petit bâtiment à deux étages qu'on appelait l'hôtellerie. C'est là que les religieux de passage recevaient gîte et couvert. A 16h, une religieuse sonnait la cloche pour annoncer que le goûter était servi. Sur la table, d'épaisses tranches d'un grand pain, du beurre, de la confiture et une cafetière fumante étaient disposés pour combler les meilleurs appétits. Face à l'hôtellerie, la chapelle toute simple mais avec de magnifiques petits vitraux accueillait les voisins lors des offices journaliers. Sur deux étages, en façade, les chambres de religieuses. Le souvenir que j'ai gardé de mes visites, c'est l'odeur qui y régnait, un mélange de savon noir, d'encaustique, de fleurs et parfois d'encens qui constrastait avec l'odeur d'éther qui émanait du dispensaire et qui vous prenait dès l'entrée. Au départ des religieuses, le bâtiment a été aménagé pour accueillir des personnes handicapées fréquentant le centre de Jour "La Marelle". On le connaît désormais sous le nom de l'Entracte.

Juste à côté, le café à l'enseigne "Les Amis Réunis" est un des plus typiques estaminets de la ville. Avec son comptoir ancien aux pompes décorées de porcelaine et ses banquettes en bois, on y vient pour jouer aux cartes ou faire une partie de jeu de fer, en dégustant une "bonne crasse pinte", un endroit que le chanteur Renaud a découvert et apprécié lors du tournage du film Germinal dans la région de Valenciennes. Enfin à l'angle de la rue de France se trouvait, naguère, un autre établissement du secteur Horéca, à l'enseigne du "Café de Foy", tenu par Emile Jacquerie et son épouse, Madeleine. Il était également le rendez-vous des joueurs de cartes et de jeu de fer. L'interdiction de fumer dans les cafés n'étant pas d'application à cette époque, on pouvait encore y humer le parfum des "touquettes" (pipes) sur lesquelles tiraient les vieux joueurs en pleine concentration ! Emile Jacquerie était bien connu à Tournai car il tenait la "grosse caisse " dans l'harmonie communale des Volontaires Pompiers. Depuis la disparition de ce couple sympathique et la fermeture du café, le bâtiment a accueilli une vidéothèque et a été transformé récemment en un commerce de vente de pain et dégustation de viennoiseries.

Située à proximité du carrefour de la Porte Saint-Martin, une voirie ouvre sur la gauche, elle a pour nom "rue de l'Enclos Saint-Martin" et rappelle la présence de la puissante abbaye dont il a été souvent fait référence dans ce blog. Rue étroite et pavée, accessible par un porche, elle longe l'Auberge de Jeunesse et le Musée des Beaux Arts et se termine à la rue Fauquez.

La rue Fauquez présente la particularité d'être bordée de longs murs dans lesquels s'ouvrent les portes donnant accès à des propriétés situées au fond de jardins. Son nom lui a été donné en souvenir de Jean Baptiste Fauquez, mécène et collectionneur, né à Valenciennes en 1778 et décédé à Tournai en 1843. En 1789, lorsqu'éclate la révolution française, la famille se réfugie à Tournai mais doit rapidement quitter la Ville pour Pragues lors de l'arrivée des révolutionnaires. En 1803, ils reviennent habiter dans la rue des Carliers. Mécène, Fauquez consacra une partie de son immense fortune à soulager les démunis. Il fut également un collectionneur de tableaux, d'estampes, de livres et de médailles. A sa mort, il légua à la Ville de Tournai : 410 tableaux, plus de 2.000 gravures ou litho-gravures, 40.000 médailles, des livres, des bijoux et des objets rares. Reconnaissante pour ce leg "colossal", l'administration communale lui fit ériger un monument au cimetière du Sud et donna son nom à cette rue, le 22 octobre 1870.

Au bout de la rue Fauquez qui se termine en impasse aux grilles d'entrée du parc communal, une allée, à droite, donne accès à quelques petites maisons dans la ruelle des Moines, en souvenir de ceux de l'abbaye située à cet endroit.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre et souvenirs personnels).

 

17 sept.
2011

09:10

Tournai : expressions tournaisiennes (140)

Ch'est au soir de l'braderie, au fin feond de l'rue Sainte-Catherine

Qu' j'ai rincontré Edouard, l'visin d'Edmeond et Fifinne.

Vous comperdez que su treos meos, i-n'a pos fort cangé

Dins les meots, i-est toudis in train s'imberlificoter.

A chaque feos, l'intinte deonner des queops d'pied à l'lanque françaisse,

Mi, cha m'a toudis fait bin rire et rindu fin bénaisse.

"Acoute me bin, j'ai vu, aujord'hui, dins les rues de l'ville

Danser, bin serrée dins les bras d'ein garcheon, eine jeone file.

A l'vir, te compreneos vite qu'elle ne t'neot pus sus ses cholles,

L'paufe deveot faire attintieon qu'elle ne cait pos dins l'rigole.

Te l'areos vue, elle n'aveot vraimint pos l'air dynamique,

A croire qu'elle éteot jusse au bord d'ein coma idyllique.

Elle deveot vraimint s'sintir drôle, mi cha m'est arrivé,

Si j'me souvins bin, ch'éteot i-a eine beonne dizaine d'ainnées

J'aveos des toupiries, à l'feos, cha s'metteot à tourner.

L'ambulance, elle m'a conduit aux urginces de l'hôpital,

On a vu m'tiête, mes orelles et m'colone cérébrale,

On m'a fait tourner su eine cayère et mette eine gampe in l'air,

On m'a rétindu su eine tape, tout nu comme ein vier.

J'aveos tell'mint l'pépète que j'd'ai attrapé des coliques,

Infin, on m'a dit, ch'est pos grave, ch'est psycho-comatique".

(T'es bin seûr que l'docteur i -t'as dit eine affaire parelle ?

Bé cha, je n'l'oblierai jamais, j'l'ai acore dins m'n'orelle).

Ch'ést pétète pos grave, mais mi je n'veux pos caire dins l'coma

J'ai dit cha et l'docteur i-m'a pris pour ein riche colas !

Asteur acore, j'pinse que j'vas caire d'inanimatieon

Que j'vas m'réveiller au service de réanimatieon

M'feimme Olga elle dit que j'deviens total'mint maboule

Et que bin souvint, j'li fous l'barpe ave tous mes cacoules.

Te l'sais bin, m'santé, j'y tiens comme à l'truelle de mes is.

T'es né dins eine famile de macheons que j'li ai dit

J'areos pu acore parler ave li pindant des heures

J'l'ai toudis bin aimé pasque ch'est ein gars qu'i-a beon coeur,

Mais i-éteot grand temps d'mette fin à ceulle conversatieon

I-aveot presque douze heures que j'aveos quitté l'maseon.

(lexique : s'imberlificoter : s'empêtrer / queops : coups / bénaisse : content / cholles : dans cette expression tenir sur ses pieds / toupiries : vertiges / cayère : chaise / gampe : jambe / ein colas : un naïf / l'barpe : la barbe / cacoules : mensonges / macheon : maçons / ceulle : cette).

S.T. septembre 2011

 

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

14 sept.
2011

09:19

Tournai : on cherche un bison futé !

La rentrée des classes nous apporte, à nouveau, les éternels bouchons aux heures de pointe. La majorité des établissements d'enseignement de la cité des cinq clochers sont situés dans le centre-ville, le plus souvent dans des rues étroites comme les rues des Augustins, des Carmes, des Bouchers Saint-Jacques, de l'Hôpital Notre-Dame, des Campeaux, de l'Epinette, du Rempart ou Beyaert. Matin et soir, les rues de la cité doivent absorber un flot de voitures et de bus. Même la chaussée de Lille n'échappe pas à ces longues files de véhicules car, avec l'école communale, l'école solaire, l'Itma, l'IESPP, la Sainte-Union, l'école Saint-Joseph, l'école d'enseignement spécial et l'école Saint-Lazare, c'est une importante "transhumance" qui a lieu deux fois par jour. Cette chaussée donne également accès à la zone d'activités économique de Tournai-Ouest. A ces heures, à moins d'être un inconscient, il est totalement impossible de... ne pas respecter la limitation de vitesse à 30km/h imposée sur près d'un kilomètre.

En ce début septembre, la situation, déjà habituellement, très difficile se complique en raison des nombreux chantiers qui parsèment la ville et ses environs. Pour pénétrer dans l'intra-muros, il va falloir faire face aux travaux de rénovation de la chaussée d'Audenarde, sur plusieurs centaines de mètres, on y transforme la largeur des trottoirs, on augmente les places de stationnement et on aménage une piste cyclable. Le ballet incessant de bulls et des camions va obliger la police communale à procéder à des déviations reportant la circulation sur d'autres voiries déjà fortement sollicitées. Dans les semaines à venir, passer le rond-point du Viaduc va tenir de l'exploit.

Arrivé sur les boulevards, l'automobiliste ne sera pas pour autant sauvé car les travaux de réalisation d'une piste cyclable sur le boulevard Delwart vont réduire, progressivement, la capacité de celui-ci à une seule bande de circulation entre le rond-point de l'Europe et celui du Viaduc. Cela risque de sévèrement bouchonner, aux heures de pointe, sur la chaussée de Courtrai, au boulevard Léopold et dans la rue de la Madeleine. En temps normal, les files s'étendent déjà du rond-point jusqu'au carrefour de la porte de Lille soit sur près d'un kilomètre et du rond-point jusqu'à bien au-delà de la rue de Lannoy.

Dans le centre-ville, la rue Duquesnoy dans laquelle se trouve l'Athénée Bara est interdite provisoirement à la circulation en raison de la pose d'impétrants, ces travaux vont se déplacer progressivement dans les rues adjacentes reportant le problème au niveau de celles-ci.

A la rue Campin, en face du lycée, la construction d'un ensemble d'immeubles à appartements réduit sensiblement la largeur de la voirie et prive les automobilistes de quelques places de stationnement si utiles lors de la dépose des enfants fréquentant l'école. 

La rénovation du "quartier cathédral" entre dans une nouvelle phase. La jonction entre le piétonnier, en cours d'achèvement, et la rue des Puits l'Eau et la construction d'une terrasse panoramique à hauteur de la Naïade de Georges Grard empiètent largement sur la voirie et réduisent la capacité d'absorption du carrefour du Dôme où, prochainement, doit aussi être aménagée la dépose-minute pour les bus et les cars de touristes. Les travaux d'aménagement du Bas-quartier ne gènent pas la circulation automobile puisque c'est un endroit piétonnier mais les camions et les engins de chantier sont obligés d'emprunter régulièrement la rue de l'Hôpital Notre-Dame.

La rue Perdue est fermée à la circulation, depuis près de deux ans, pour la réalisation du parking souterrain, la circulation est donc déviée naturellement vers la rue des Bouchers Saint-Jacques, rue fort étroite où les interdictions de stationner ne sont jamais respectées ! A la sortie des écoles, il y est impossible de se croiser !

Il ne reste plus qu'au commissaire chargé de la circulation de prendre en considération toutes ces données, de les mixer et de se transformer en... bison futé ! Les automobilistes, quant à eux, prendront leur mal en patience et seront obligés de quitter leur domicile plus tôt que d'habitude pour compenser les pertes de temps, à moins qu'ils ne souhaitent rédécouvrir les joies de la bicyclette et les bienfaits de la marche à pied !

09:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chantiers, travaux, bouchons |

12 sept.
2011

17:30

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (24)

Pour notre balade hebdomadaire parmi les rues de Tournai à la recherche de leur origine, nous repartons du carrefour du Dôme que nous avions délaissé pour pénétrer dans le quartier Saint-Piat.

La rue de la Tête d'Or est une des rues les plus pentues de la cité des cinq clochers. Son nom vient d'une hôtellerie qui y était située, sur la gauche, à hauteur de l'entrée de l'actuel parking du Grand Bazar. Cette enseigne de la "Teste d'Or" apparaît dans des écrits du XIVe siècle. L'hôtel de la Tête d'Or vit défiler des personnages illustres : le duc de Bourgogne qui accompagnait Charles VI lors de sa visite en 1382, Messire Jean de Namur en 1396, la princesse Michèle, fille de Charles VI en 1409. A la fin du XVIe siècle, l'Hôtel du Singe d'Or a remplacé l'Hôtellerie de la Tête d'Or et un café, situé juste avant le parking de la grande surface, porte toujours ce nom. La rue porta une autre appellation, elle était connue sous le nom de rue Capon comme on peut le lire dans un acte de 1602 : "Maison gisant en la rue Capon, dite de la Teste d'Or, tenant d'un lez et du coing à la maison et hostellerie de la Tête d'Or, d'autre lez par bas à la maison de Guillaume Pesset, ayant issue par une grand'porte en la rue Cauwe (rue des Procureurs)". Il est d'ailleurs bizarre qu'on fasse référence dans cet écrit à l'Hostellerie de la Tête d'Or, alors qu'en 1598, quatre ans plus tôt, dans une réclamation adressée aux Consaux, par des personnes qui logeaient des officiers et des soldats espagnols, figurent les noms des hôteliers et des hôtelleries principales de la ville, dont ceux du Singe d'Or, en la rue Capon ! Plusieurs autres personnalités descendirent par la suite à l'Hôtel du Singe d'Or, citons Wellington en avril 1815, quelques semaines avant la bataille de Waterloo, le Prince d'Orange en 1828 et le Lord Maire de Londres en compagnie de son épouse en 1846. Le numéro 22 de la rue de la Tête d'Or portait l'enseigne : "la Tête américaine", c'est là que naquit Charles Wicard, marchand de tabac, il était le père d'Edouard, dont nous présenté la biographie, il y a quelques temps, sur le présent blog. On ne peut quitter cette rue sans parler d'une institution qui s'y trouvait jadis. En octobre 1272, Jakemes Ywain et Gauthier li Sauvage fondèrent, en la rue Capon, un asile pour douze bourgeois, natifs de Tournai. Cette maison fut aidée financièrement pas Jacques et Jean d'Ennetières et par Jeanne de Lobel. un écrit datant de cette époque nous renseigne que : "Jakeme Ywain ou Ivaines donna pour loger des anciens bourgeois, une maison de pierre située rue Capon, entre la grange de Gauthier li Sauvage et la maison de la Capelerie de Sainte-Marguerite. Gauthier li Sauvage y ajouta sa grange". Les anciens bourgeois y étaient logés et nourris, ne pouvaient posséder d'autre résidence en ville pour la journée et pour la nuit, devaient respecter un strict réglement, assister aux funérailles et porter les morts. La maison déménagea plus tard dans la rue Saint-Piat.

La rue de la Wallonie dont les maisons ont été entièrement reconstruites après la seconde guerre mondiale relie la rue de la Tête d'Or au carrefour du beffroi. Son nom rappelle l'appartenance de la ville de Tournai à cette région de Belgique.

Au sommet de la rue de la Tête d'Or, menant vers la place Reine Astrid, la rue Garnier est également composée de nouvelles maisons construites au début des années cinquante. Nous sommes dans un quartier qui a subi les bombardements allemands de mai 1940, l'ennemi s'étant acharné sur la gare pour détruire le noeud de communications ferroviaires mais aussi sur le coeur de la cité pour saper le moral des habitants. La rue Garnier qui porte le nom d'un ancien préfet du département de Jemmappes était jadis un étroit passage qui menait vers l'Hôtel de Ville aussi appelé Halle des Magistrats. La partie inférieure de la rue Garnier passait sous une voûte qui soutenait la prison de la Tannerie dont nous avons déjà parlé. dans la rue Garnier se trouve la tour de la Loucherie.

A droite de la rue de la Tête d'Or menant vers la rue des Chapeliers, le nom de la rue de Paris est, indirectement, lié à celui de la ville lumière. Elle doit, en effet, son titre à une Halle dite "de Paris" qui se trouvait à l'emplacement de la partie inférieure de la rue Garnier. Dans les comptes de 1407, on découvre : "pour avoir racomodé le cauchie (chaussée) en la rue devant la halle de Paris, en allant de long en long vers la Thure, payé xxij sous la verghe". Au cours du XVIIIe siècle, la rue perdit son nom au profit de celui de rue des Prisons, en raison de la présence de la prison de la Tannerie, mais le nom initial revint rapidement.

C'est en souvenir de la troisième souveraine des Belges, née en 1905 à Stockholm et décédée accidentellement à Kussnacht, en suisse, en 1935, que la place du Parc a pris le nom de place Reine Astrid. La place du Parc avait été créée en 1822, sa surface a été plus que doublée en 1837 lors du percement de la rue d'Espinoy. Au début du XXe siècle, les immeubles qui l'entouraient avaient été construits sur des dessins de Bruno Renard, Decraene et Allard Pecquereau. Lors de la reconstruction qui a suivi la seconde guerre mondiale, son aspect d'origine et ses gabarits d'immeubles ont été respectés par Paul Bonduelle. La Salle des Concerts qui s'y trouve et abrite le Conservatoire de Musique de Tournai a été érigée à partir de 1822 et inaugurée le 12 mai 1824. C'est en ce lieu que se tint la première assemblée électorale, un mois après les journées de 1830. En 1845, les membres de la Société pour la conservation  des Monuments de France s'y réunirent et un banquet y fut organisé par la Ville. De même, en 1863, il y eut un banquet de pas moins de 400 convives parmi lesquels les ministres présents à l'inauguration de la statue de la princesse d'Espinoy sur la Grand'Place. Il y a un peu moins de cinquante ans, la ville de Tournai possédait deux commissariats de police, l'un sur la rive droite, à la rue de l'Athénée, l'autre, sur la rive gauche, à la place Reine Astrid. Ceux-ci ont été réunis à la rue de l'Athénée avant d'être transférés en 2004 à la rue du Becquerelle. L'ancien commissariat, profondément rénové, abrite désormais, à proximité de la Salle des Concerts, le Musée de la Tapisserie et des Arts du Tissus. 

De part et d'autre de la Salle des Concerts on trouve la rue du Parc qui mène au carrefour du beffroi et la rue des Primetiers qui vient de la rue Saint-Martin. Le nom de "primetiers" était donné aux enfants de choeur de la cathédrale du fait qu'ils assistaient à l'office de "prime", celui qui se récitait au lever du jour. Jusqu'au moment de la rénovation de l'ilot des Primetiers comprenant la Salle des Concerts et les immeubles du bas de la rue Saint-Martin, intervenue dans les années septante, la rue des Primetiers était empruntée par de nombreux automobilistes et cyclistes pour éviter les feux de signalisation du carrefour du beffroi et rejoindre, plus facilement, par la rue Garnier, le haut de la rue de la Tête d'Or. Raccourci désormais impossible puisque des arcades donnent accès à cette rue aux seuls piétons. Coincidence de l'Histoire, la rue des Primetiers était, jadis, une impasse qui donnait accès à la chapelle et le maison des Primetiers.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne, de Bozière et recherches personnelles)

17:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, rues, nom, origines, primetiers, reine astrid |