31 juil.
2011

11:00

Tournai : les noms des rues, témoins de l'histoire (18)

Nous terminons la visite du quartier Saint-Pierre. A partir de la place du même nom, il nous reste à nous intéresser à deux rues.

La rue Poissonnière tire son nom du fait qu'elle menait directement au quai du Marché au Poisson. Avant la création de la place, au XIXe siècle, elle faisait partie de ce dédale de petites ruelles situées entre la place Paul Emile Janson et l'Escaut. Elle mesurait à l'époque de 2m30 à 2m85 de largeur, actuellement sa largeur est de 7m50.

La rue du Chevet Saint-Pierre relie la place à la rue de la Triperie. Nous avons vu précédemment que le portail de l'église de Saint-Pierre ouvrait vers la rue du Puits-Wagnon, le chevet est le mur du choeur situé à l'opposé, il a donné son nom à cette petit rue assez pittoresque qui fut tout d'abord appelée Al Chevée ou Quevech ou encore Quevay. Il faut savoir qu'avant la création de la place de Saint-Pierre, cette rue débutait à la rue du Puits-Wagnon pour rejoindre la rue de la Triperie. Dans un acte de 1601, on peut lire : "Maison gisant (sise) en la rue con dist (ainsi appelée) Quevay Saint-Pierre, à l'apposite (l'opposée) de la maison où pend pour enseigne "la pelle d'Or". Tout comme celles de la rue de la Triperie, en cours de rénovation, les façades des maisons de commerce de la rue du Chevet Saint-Pierre méritent qu'on leur rende une petite visite.

Le quai du Marché au Poisson n'existait pas avant la prise de la ville par les troupes de Louis XIV. C'est le roi de France, comme nous l'avons déjà signalé, qui fit canaliser l'Escaut dans sa traversée de la ville. Lors de la création de ce quai, celui-ci obtint, contrairement aux autres, une bonne largeur afin d'y installer le Minck (marché couvert où on vend du poisson). A l'origine, ce dernier était un édifice semi-circulaire en pierre de taille, adossé à une maison. En 1812, jugeant que les conditions d'hygiène étaient déplorables, le maire De Rasse formula le projet de le reconstruire. La décision ne tomba cependant qu'en 1849, le plan fut confié à l'architecte Justin Bruyenne, le nouveau marché fut ouvert le 25 mars 1850. Il s'agissait, cette fois, d'une construction en pierre, surmontée d'une sorte de coupole métallique et d'un campanile contenant la cloche des poissonniers. Le Minck fut démoli après la seconde guerre mondiale. Jusqu'à il y a environ une bonne décennie, on trouvait encore trois ou quatre poissonniers qui y étaient installés. Il n'en subsiste qu'un seul, à l'enseigne de "François du bateau". François Sinke, décédé en octobre 2007, était d'origine hollandaise et durant des années sa poissonnerie fut approvisionnée par un petit bateau qui remontait l'Escaut le mercredi, il était aussi, avec son épouse, un amoureux de Tournai et guidait les touristes pour les visites en néerlandais. Lors de la récente rénovation des quais, une vaste zone piétonne a été créée sur laquelle s'étendent les terrasses des cafés, les escaliers bordant le RAVEL, formant gradins, lui donnent, aux jours d'été, un semblant de petite croisette où il fait bon flâner. Chaque vendredi, d'avril à octobre, un marché artisanal y est organisé de 16 à 20h et ce quai est également un des hauts lieux de rassemblements lors de l'annuelle journée consacrée à l'accordéon en mai.

Remontant du quai vers le carrefour du Dôme, la rue des Puits-l'Eau (de son vrai nom rue des Puits à l'Eau) portait, au XIIIe siècle, le nom de rue de Pont ou rue Pontoise en raison de la présence du pont aux Pommes. Un acte de 1599 nous renseigne qu'un dénommé "Paul Grain achète une maison rue Pontoise dite Puich (puits) Bauduin Lauwe". Voici sans aucun doute l'origine du nom de la rue. Un des membres de la famille Lauwe (aussi écrit Laye), Prévôt de Tournai en 1364, avait doté le quartier d'un puits. Il semble, comme c'est souvent le cas, qu'une altération survenue au cours du temps soit à l'origine du nom actuel. C'est dans cette rue, au numéro 23, que demeurait Edouard Tréhoux (1878-1952), le père des géants tournaisiens. Ebéniste, il y exerçait le commerce de meubles de style dans un immeuble à l'enseigne (toujours visible) du "Siècle de Louis XIV". A l'angle formé par la rue des Puits l'Eau et de la Triperie s'élève une imposante maison de style Louis XIV, datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle qui a fait l'objet d'importants travaux de restauration entre les années 2002 et 2005. Cordons à moulure traversant la façade et séparant les trois niveaux, ouvertures à linteau courbe et montants de pierre, châssis à petit bois, double toiture à coyau en tuiles plates, lucarne à croupe, briques recouvertes d'un enduit rouge, l'ouvrage a été confié par les propriétaires à l'architecte tournaisienne Pascale Béthume. Cette rénovation conservant l'authenticité de l'immeuble a obtenu le prix "Pasquier Grenier" 2005.

Nous quittons la rue des Puits l'eau et traversons l'important carrefour du Dôme qui va faire prochainement l'objet de transformations. C'est à cet endroit que sera réalisée une desserte-minute, quai de débarquement et d'embarquement pour les cars de touristes. Une marquise en verre protègera les visiteurs dès la descente des véhicules de transport. Celle-ci sera accrochée à la façade de l'immeuble, surmonté d'un dôme, qui fut successivement occupé par les magasins "A la Vierge Noire", "Unic", le service des contributions du Ministère des Finances et actuellement par un magasin spécialisée en télé-communciation.

Nous pénétrons dans l'un des plus vieux et des plus populaires quartiers de Tournai, le "quartier Saint-Piat". Nous l'abordons en empruntant la rue des Clairisses. En 1628, l'ordre des Clairisses reçut l'autorisation d'établir une maison dans la cité des cinq clochers. Les Clairisses acquirent le refuge de l'abbaye de Marchienne, située dans la rue Saint-Piat et s'y installèrent en 1630. C'est à partir de ce moment que le tronçon de la rue Saint-Piat situé entre la rue des Jésuites et le carrefour du Dôme prit le nom qu'on lui connaît aujourd'hui. Si dans les écrit de l'année 1470, on la nomme "Grant rue Saint-Piat", en 1780, on trouve déjà dans les archives le nom actuel. C'est dans cette rue que se trouvait naguère la Manufacture Royale de Tapis. C'est, en effet, la maison Piat Lefebvre et fils qui s'y installa en 1812 en transférant son siège dans le bâtiment abandonné par les religieuses lorsqu'elles reçurent la signification de la suppression de l'ordre par le décret de Joseph II. L'édifice fut totalement transformé par l'architecte Bruno Renard. Une partie du bâtiment ancien est actuellement occupée par le Cercle Artistique. Au début du XXe siècle on y organisa de nombreuses et somptueuses expositions de peinture, sculpture... 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière  et revue de l'asbl Pasquier Grenier de mars 2005)

29 juil.
2011

11:07

Tournai : expressions tournaisiennes (133)

Ein anniversaire d' mariache !

I-a eu saim'di chinquante ans qu'Edgard et Irma i-se seont dit "oui" pa d'vant l'échevin de l'Etat Civil.  Ch'éteot ein bieau jour d'été in mille nuef chint soixante et un. Leu rinconte aveot été "accidentelle". Edgard rouleot à véleo dins l'rue d'la Justice et Irma vouleot, au même momint, traverser ceulle même rue. On areot dit qu'i-aveot eine espèce d'attirince, car l'piéteon Irma et l'cyclisse Edgard se seont ortrouèvés, in plein mitan du qu'min, tous les deux assis à tierre.

"Mon Dieu, Mademoiselle, ne vous êtes vous point fait mal ?" i-a dit Edgard.

"non, non, j'étais probablement distraite et je ne vous ai pas vu arriver, je suis confuse" fut l'répeonse d'Irma.

Elle ravisa, sans in avoir l'air, c'bieau jeone heomme et pinsa en elle-même : "j'aurais pu être heurtée par un rustre ou un manant, mais là, je dois dire que... je suis bien tombée"

Elle remercia l'beon Dieu de n'pos ête tombée su ein heomme amaroulé, ein braque, ein des ceusses qui parle'tent l'patois, "ce langage emprunt de vulgarité" comme li répéteot toudis s'mamère. 

Ch'éteot l'ainnée de l'Expo d'Bruxelles, in mille nuef chint chinquante huit et treos ans pus tard,  tard, on organisa l'mariache à l'Hôtel de Ville et à l'églisse Saint-Jacques.

Pou s'ramintuver ceulle date, on aveot tertous été invités. I-aveot là : L'curé de l'paroisse, les orprésentants de l'Administratieon Communale, Dédé, l'incien imployé d'Edgard et s' feimme Alice, Léon et Odette, des visins, m'feimme et mi et Edmeond et Fifinne. Irma aveot lommint hésité pou inviter les deux batt'lieus de l'rue Montifaut. Mais Fifinne aveot été l'feimme de ménache d'Irma, elle veneot tous les verdis au soir après s'journée à l'école communale de la Justice, elle ne pouveot pos faire autermint

Au début, tout alleot fin bin, Fiffine éteot sache comme eine imache, ch'est simpe, on l'intindeot pos, ch'éteot même pos normal. Mais après deux ou treos verres d'mousseux, elle a qu'minché. Parlant ave André, elle li d'minda si s'chef i-n'éteot pos trop difficile à l'ouvrache, "cha n'deveot pos ete ein riou, cha toudis été ein fier cul, ave toudi ein air maladieu , s'feimme ch'est resté eine preonette. Quand j'ouvreos ichi, elle saveot bin mette les preones dins les quertins. Elle m'appeleot "ma chère Fifinne", au prix qu'elle me payeot les heures, on ne peut pos dire que j'éteos trop tcher.

Edmeond i-aveot intindu s'feimme et est v'nu la querre pou l'am'ner à l'tape. Pos d'sanche, on l'aveot mis jusse à côté d'Mossieu l'curé, on aveot seûrmint cru au miraque. Vous advenez ce qui s'a passé, elle a comminché : "Mo Dieu, bé, dins vo n'ouvrache, on peut dire qui a du chômache, l'séminaire i-est vite, i-paraît que vous avez six paroisses, ch'est pos treop, ba, si l'trait'mint i-suit à l'av'nint, vous arez l'tort de vous plainte". Edmeond i-éteot in train d'prier tous les saints du paradis pou que cha s'arrête là. Ahais, les saints i-deveot'tent ete bin occupés pasqu'i-a intindu s'feimme dire acore : "Vous avez eine méquenne à vo maseon pour faire vo n'ouvrache et préparer à minger, ch'est ein peu comme si ch'éteot vo feimme, allez". L'curé i-a vidé s'verre de vin et i-a prétexté eine messe pou li s'in aller bin vite.

Irma éteot rouche de confusieon, elle fit servir l'vieau Orloff in espérant qu'on intindreot pus Fifinne quand elle s'reot occupé à minger ! Bé, i-n'a rin qui la stoppe, orwettiant s'n'assiette, elle a dit tout héaut : "cha m'areot étonnée qu'on areot eu ein beon morcieau d'bouli ou du mutiau".

J'éteos pus honteux qu'eusses et je n'sus pus resté trop lommint, m'feimme et mi, comme l'brafe curé, on a vite caché eine excusse pou pouvoir filer là-déhors.

L'diminche au matin, j'ai vu Edgard, i-m'a dit : "tu es parti juste à temps car après l'ambulance est venue chercher Fifinne, tombée de sa chaise" et i-m'a rajouté ainsin : "elle éteot quervée comme ch'est pos permis"; Ch'éteot bin l'prumière feos que j'l'intindeos parler patois !

(lexique : le qu'min : le chemin / amaroulé : malpropre / ein braque : un écervelé, un individu à l'air bizarre / s'ramintuver : se rappeler / lommint : longtemps / des batt'lieus : des querelleurs / verdi : vendredi / autermint : autrement / qu'minché : commencé / ein riou : un rieur / ein fier cul : un pédant, un prétentieux / maladieu : maladif / eine preonette : jeune fille qui s'écoute parler / mette les preones dins les quertins : parler en faisant des airs, avec emphase / tcher : cher / querre : chercher / pos d'sanche : pas de chance / ein miraque : un miracle / advener : deviner / s'plainte : se plaindre / eine méquenne : une servante / rouche : rouge / orwettiant : regardant / du bouli : du bouilli, pot au feu / caché : cherché / quervée : ivre).

(S.T. juillet 2011)

11:07 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

27 juil.
2011

09:00

Tournai : l'été de toutes les festivités !

Le soleil depuis trop longtemps absent du ciel tournaisien est heureusement remplacé par la lumière et la chaleur des spots qui illuminent les scènes et podiums des mois de juillet et août, une luminothérapie festive bonne pur le moral. 

Après les festivités du 21 juillet, sur la Grand'Place, organisées par la "Gestion Centre Ville" et son animateur Jean Michel Van de Cauter qui ont permis, durant l'après-midi, à près de 5.000 Tournaisiens de participer tout d'abord à un karaoké géant intitulé "Tournai chante", d'applaudir, en soirée, les tours de chant de Jackie Delmone, le Barde, Christian Crowain (chanteur des Polaris) et Patrick Juvet avant le feu d'artifice final, voici que se profile, sur l'esplanade du Conseil de l'Europe, pour la fin de cette semaine, les 29, 30 et 31, le "Tournai Tempo Festival", avec Louis Chedid, Suarez, ZazieYannick Noah et bien d'autres artistes comme Marie Warnand, Marka, Coco Royal, Flow, le Tournaisien Simon Delannoy...  

Combien seront-ils à répondre à l'invitation lancée par les organisateurs ? Jusqu'à présent, le festival, organisé sur deux journées, avait attiré près de 10.000 participants pour écouter Julien Clerc et Patrick Bruel en 2009 tandis que l'année dernière, près de 12.000 fans de Florent Pagny, Marc Lavoine, Pascal Obispo et Alain Souchon avaient rejoint le site!

Au même moment, pour un public différent, "Les gens d'Ere" organisent, dans ce petit village situé aux portes de Tournai, leur fête annuelle avec la participation du groupe liégeois déjanté "les Gauffs" et du Grand Jojo. Le week-end se clôturera par un concert du groupe très apprécié "Mister Cover".

Ce week-end également, Esplechin, petit village du grand Tournai situé à la frontière, vivra la fête de sa fanfare avec marché aux puces, buffet campagnard et concert.

un autre village de l'entité de Tournai sera en fête, Gaurain qui va vivre l'annuelle fête de Crottière du 29 juillet au 1er août avec en vedette Baldo et Franck Michaël.

Sur le quai, à proximité du Pont des trous, "Tournai la plage" vous accueille à partir de ce 29 juillet jusqu'au 14 août avec, ses animations, ses soirées à thèmes, ses karaokés, ses concerts...

Le week-end du 15 août, la Fête des Jeunes d'Obigies, village situé à une dizaine de kilomètres de Tournai, battra son plein avec ses nuits animées par les DJ's les plus connus et avec en vedette de cette nouvelle édition, Annie Cordy.

Il y aura de l'ambiance durant les mois d'été à Tournai et dans les environs et qui sait si soleil et chaleur ne finiront pas  par être les invités surprises de ce programme alléchant.

 

25 juil.
2011

09:07

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (17)

Commençons la balade de ce jour sur la place Saint-Pierre comme l'appelle les Tournaisiens alors que son nom officiel reste place de Saint-Pierre. Celle-ci est de création récente, elle a moins de deux siècles, à cet endroit se trouvait jadis un dédale de ruelles étroites, insalubres qui menaient à une petite église, probablement une des plus anciennes de Tournai, l'église de Saint-Pierre. Il est dit dans une charte de l'évêque Baudry, datée de 1101, que l'église de Saint-Pierre avait appartenu au chevalier Goisbert qui l'avait cédée aux chanoines moyennant une rente annuelle que son fils Godefroi leur remit. Au début du XIXe siècle, à l'époque du Concordat, le chapitre décide de supprimer cette paroisse. Le portail de l'église faisait face à la rue du Puits-Wagnon. Les paroissiens furent rattachés à la paroisse Notre-Dame. Jusqu'en 1812, l'édifice religieux servit d'oratoire mais en janvier 1821, un entrepreneur fut chargé de sa démolition. Le terrain ainsi dégagé et la disparition de quelques immeubles vétustes qui le jouxtaient permit de créer une placette. En 1827, le Collège communal projeta d'agrandir celle-ci et d'y établir un marché couvert. Cette idée fut abandonnée suite au refus d'un propriétaire, Mr. Bonnet, d'aliéner ses immeubles. Quelques temps plus tard, on démolit les immeubles de la rue du Corbeau, une voirie qui reliait alors les rues de la Lanterne et du Chevet Saint-Pierre. Cette action permit d'assainir le quartier et une place beaucoup plus vaste fit son apparition, elle prit une forme rectangulaire. Jusqu'il y a quelques années s'y tenait encore, chaque samedi matin, un marché aux légumes, fruits et volailles avant son déménagement vers son emplacement actuel qu'est la place Crombez. Ce transfert était nécessité par la rénovation du revêtement de la place, l'asphalte qui recouvrait les anciens pavés fut enlevé et à la place on posa des pavés sciés, technique déjà utilisée à la place de Lille. C'est lors de ce chantier qu'on découvrit les fondations de l'église de Saint-Pierre, les responsables de la rénovation décidèrent de marquer les contours de celle-ci par des pavés intégrés aux dalles. Toutes les façades ont été rénovées et la place est devenue semi-piétonne.

Au départ de la place Saint-Pierre, on découvre de nombreuses petites rues parmi lesquelles la ruelle d'Ennetières qui la relie à la rue des Puits l'Eau. Au XIIIe siècle, cette ruelle qui se termine par une sorte de porche était appelée Via de Nobili, probablement une altération du latin Via Nobilis. A l'angle de la ruelle et de la place de Saint-Pierre existait jadis une maison désignée sous le terme de Grand Noble, en raison de la présence sur sa façade d'une enseigne représentant un "noble d'or" (monnaie frappée en Angleterre sous Edouard III). Dans cet immeuble étaient organisés des banquets de noces. Dans un acte de 1588, on peut lire : "Jehan de la Croix, tripier de boeuf, a acquis une maison dénommée le Noble d'Or, adhuisinée à faire banquets, occupée par le cuisiner A. Pottier, au lieu appelé, vulgairement, rulette (ruelle en patois) Saint-Pierre ou du Grand Noble". Lorsque Bozière écrivit son étude sur "Tournai, Ancien et Moderne", cette petite rue porte toujours cette appellation. L'appellation ruelle d'Ennetières est donc récente et fait référence à une famille noble tournaisienne. Marie d'Ennetières est née, à Tournai, vers l'an 1500, fille de Jérome d'Ennetières, seigneur de Wastine et de Fliers, elle était théologienne et poète, après un mariage, elle entra en religion. La famille compte également parmi ses membres, Jaspar (né en 1551), nommé Juré de Tournai en 1589, Jean (né en 1585), littérateur flamand, Arnould,(fils d'Arnould, grand Prévôt de Tournai, et de Catherine de Cordes). Dans cette ruelle, un sympathique restaurant, au décor typiquement tournaisien, a pris le nom de "L'écurie d'Ennetières".

De l'autre côté de la place, remontant vers la place Paul Emile Janson et la cathédrale, on découvre la rue de la Lanterne. Autrefois, elle portait le nom de rue du Nouveau Wez (un wez est un abreuvoir). Elle tient son nom actuel, selon Bozière, d'une lampe qui brûlait jadis face à une statue de la Vierge placée à l'angle du mur de l'Hôpital Notre-Dame. Après avoir dépassé la place, elle se prolonge jusqu'à l'Escaut. On y trouve un hôtel bien connu des touristes anglais qui viennent en pélérinage sur les champs de bataille de la première guerre mondiale, construit à l'emplacement de l'ancienne caserne des pompiers abandonnée en 1970, et l'arrière des bâtiments de l'école des Beaux-Arts.

La rue du Pot d'Etain relie la rue de la lanterne à la rue de la Triperie est parallèle à la place. Jadis, cette rue était habitée par des fripiers et des poissonniers dans des immeubles où s'exhalaient des odeurs souvent nauséabondes. Dans un acte de 1684, on découvre que "un nommé Cauchefier, maître brouetteur de bierre des brasseries bourgeoises de la dite ville (de Tournai) a vendu une maison séant à la rue du Pot d'Estain, paroisse de Saint-Pierre, où pend pour enseigne le "Pot d'Estain", tenant d'un costé à une ruielle conduisant aux latrines (!), par derrière à la rivière l'Escaut". En 1738, on découvre un autre acte qui nous apprend que la ruelle du pot d'Estain portait aussi le nom de Vièze (vieille) Triperie. Dans cette rue, lors de la rénovation d'une maison particulière, les propriétaires, souhaitant sauvegarder un témoignage du passé, ont maintenu l'enseigne d'un marchand de sabot qui s'y trouvait avant guerre et sur une fenêtre aveugle, deux magnifiques peintures représentent les Beatles et Serge Gainsbourg.

Dans le prolongement de la rue précédente, voici la rue de la Triperie, pittoresque, elle a conservé des façades anciennes qui méritent le détour. Elle s'appelait, jadis, la Macelerie ou Machekelerie  (écrit de 1281) ou encore Vièze Machekelerie (1300). Ces mots signifiant "boucherie". C'est dans cette rue que se trouvait la Triperie. Jusqu'à sa mort, dans les années vingt, on y trouvait également le magasin du luthier Verdière dont tous les fils furent d'excellents musiciens, prix de Rome ou autres, professeurs au Conservatoire et chefs de musique réputés.

A l'angle de la rue du Pot d'Etain et de la Triperie, conduisant au quai du Marché aux Poissons, la rue de la Tête de Veau est une ruelle d'une trentaine de mètres de longueur et d'à peine deux mètres de largeur, tracée entre les murs des maisons adjacentes. Ne portant pas de nom officiel, les Tournaisiens, l'ont appelée autrefois du nom de deux cabarets qui s'y trouvaient à proximité : La Tête de Veau et L'Andouille. Il y a quelques années, de joyeux drilles fréquentant le café qui  est situé à l'angle de cette ruelle et du quai décidèrent de la baptiser "officiellement", rue de la Tête de Veau et apposèrent une plaque symbolique.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et recherches personnelles).

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23 juil.
2011

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (132)

Cha ch'est caleur !

Be, mes amisses, on n'saveot pu où s'mette de l'rache qu'i-a fait quéaud. Pindant l'sémaine, tertous à Tournai et dins les invirons, on a vécu ave les battantes serrées pou avoir un p'tit peu d'ombre. L'thermomète i-a meonté bin héaut, inter trinte-chinq et quarante degrés. L'marchand d'glaches qui passe dins m'rue i-éteot in rupture de stock, i-n'a pos eu eine goutte de pluèfe pou les gardins, mes porieons éteot'tent tout orséqués et les cinsiers grateot'tent à leu tiête : "Quoisqu'on va deonner à minger à nos biêtes pindant l'hiver". L'caleur ch'est pos l'pus belle des affaires !

Neon, neon, Je n'deviens pos seot, ch'éteot vraimint ainsin à Tournai pindant... l'été de mille nuef chint septante-six. Du prumier mai à l'mitan du meos d'août, i-n'a pos cai eine seule goutte d'ieau, les citernes éteot'tent à sèque et penn'tierres et salates éteot'tent malates.

Cha fait du bin de s'ramintuver des cosses parelles pasque d'puis l'début du meos d'juillet, ch'est pos l'même temps. Bin seûr, i-a fait bieau pindant mai et juin mais quand l'date des congés est arrivée, l'ciel i-a cangé et ch'est l'solel qu'i-est parti in vacances.

A l'fin du meos d'juin, les cinsiers aveot'tent d'jà l'esquite d'avoir l'séqu'rèche pindant tout l'été. A les intinte, i-alleot'tent perte leu mareonne. A l'télévisieon, tous les soirs, i-aveot ein savant in météo (comme si que cha peut exister !) qui veneot dire que "tous les schémas météorologiques laissaient entrevoir une sécheresse sévère et même plus catastrophique qu'en 1976". Ch'éteot l'faute au récauff'mint climatique, au gaz à effet de serre. A les acouter, on areot du n'pus rouler in auteo, arrêter l'climatisatieon et mette ein boucheon aux vaques et aux qu'vieaux pou éviter les émissieons d'gaz méthane.

On l'a vu, d'puis qu'les gins sont in congés, i-a de l'pluèfe, de l'pluèfe et acore de l'pluèfe. In puque, i-a du vint et i-fait freod, on s'croireot in automne. Mi qu'i-a l'habitude d'porméner eine beonne heure tous les jours pou n'pos d'dev'nir ein panch'leot, asteur, j'sus obligé d'faire treos fois vingt minutes inter les gouttes. Cha veut dire que j'n'vais pos bin leon et que j'tourne toudis autour de m'maseon. M'visin i-m'dit qu'i m'aveot vu passer à 10h18, 13h25, et 15h40. Te vas pou printe l'TEC, neon, neon, ch'est les heures où i-a fait sèque !

(lexique : l'caleur : la chaleur / de l'rache : tellement / quéaud : chaud / tertous : tous / les battantes serrées : les volets fermés / l'pluèfe : la pluie / les porieons : les poireaux / orséqués : desséchés / les cinsiers : les fermiers / seot : sot / l'prumier : le premier / l'mitan : la moitié / les penn'tierres : les pommes de terre / s'ramintuver : se rappeler / des cosses : des choses / avoir l'esquite : avoir peur / l'séqu'rèche : la sécheresse / perte s'mareonne : être ruiné, ne rien gagner en terme d'argent / les vaques : les vaches / les qu'vieaux : les chevaux / In puque : de plus / porméner : promener, on dit aussi pourméner / dev'nir ein pancheleot : devenir un ventripotent, une personne qui a du ventre / asteur : maintenant / leon : loin / printe : prendre / l'TEC : service d'autobus wallon, le signe signifie Transport en Commun).

S.T. juillet 2011

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21 juil.
2011

09:16

Tournai : le point sur les chantiers.

En raison de la période des congés dans le secteur de la construction, les chantiers sont entrés en léthargie jusqu'au début du mois d'août. C'est le moment que nous avons choisi pour faire le point sur l'évolution de ceux-ci et sur les projets qui vont démarrer en automne.

Les travaux de la place de Lille sont terminés, la liaison entre la rue des Bouchers Saint-Jacques et la rue Blandinoise a été achevée à la veille des vacances. Le nouveau revêtement qui y a été posé devrait être plus résistant que les pavés sciés placés à l'origine et devrait mieux supporter la circulation automobile et le passage des camions des maraîchers et fleuristes lors du marché du samedi. On a également profité pour enduire les pavés depuis le carrefour de la porte de Lille jusqu'à la Grand'Place.

Le parking souterrain à deux niveaux de la rue Perdue est entré dans sa phase terminale, on vient de couler une couche de béton de recouvrement, on doit ensuite placer les pavés, créer de nouveaux trottoirs et réouvrir l'accès aux parkings des résidences fermé durant le chantier. Pendant ce temps, la partie qui se trouve à hauteur du Fort Rouge fera elle aussi l'objet de travaux. On peut espérer que le chantier sera totalement terminé pour les congés 2012. 

Au mois de juin, les rue des Orfèvres et des Choraux ont été régulièrement fermées à la circulation pour la pose d'impétrants. Elles sont momentanément réouvertes mais le chantier se poursuivra à partir du mois d'août.

Les abords de la cathédrale Notre-Dame ont retrouvé, l'espace de quelques semaines, la quiétude qui y régnait naguère. Dès le mois d'août, les ouvriers poursuivront la restauration de la façade Sud de la nef romane.

Le nouveau Centre du Tourisme qui sera installé dans l'ancien Grand Hôtel de la Cathédrale à la place Paul Emile Janson prend, très doucement, forme. On peut affirmer que les ouvriers y travaillent mais ce qui est visible de la rue ne subit pas beaucoup de modifications, ce qui laisserait croire aux passants qui traversent régulièrement la place que rien ne bouge. On peut dire que le chantier est probablement le moins "spectaculaire" parmi ceux entrepris à Tournai depuis plus d'un an.

Le piétonnier de la Croix du Centre voit son chantier lui aussi au repos. Dans chaque rue, on a commencé un côté du revêtement, laissant l'autre en terre et... boue (en raison des pluies qui s'abattent tous les jours). On ne peut donc encore avoir une idée définitive du résultat puisqu'on a l'impression, pour le moment, d'un travail effectué "plic ploc". En attendant, les clients qui veulent profiter des soldes dans cet endroit commercial doivent effectuer un slalom entre parties déjà réalisées et parties à l'abandon, on avait bien senti que cela allait être un triste été en terme d'image de marque pour une ville de Tournai éventrée. Le "fil d'or" qui court au centre de ces rues pose un problème similaire à celui connu, en son temps, par le revêtement de cuivre dont on avait bardé la Maison de la Culture. La pollution a vite fait de ternir la couche protectrice anti-dérapante qu'on y a apposée et de lui donner un aspect terne et peu... doré ! Quand le revêtement de sol sera totalement terminé, on poursuivra la rénovation des façades du quartier.

Autre rue totalement éventrée, la rue des Puits l'Eau inférieure. De plus, les protections en pierre du Pont à Pont ont été enlevées, il y a quelque semaines, pour la construction future d'une terrasse panoramique. Comme il y a toujours des petits malins qui renversent les barrières, mieux vaut, quand on est piéton, emprunter le trottoir d'en face, pour d'évidentes raisons de sécurité. En raison de ces travaux, le quai du marché aux Poissons est toujours interdit à la circulation et la place Saint-Pierre reste un cul de sac, puisque le sens de circulation provisoire dirige toutes les rues qui y mènent ou en viennent vers l'unique rue de la Lanterne.

Le quartier Saint-Brice n'est pas épargné par les travaux, à la fin du mois de juin, la rue Duquesnoy a été fermée pour un renouvellement de canalisations. Il en avait été de même pour la rue de Monnel, suivront les rues Morel, Childéric, de l'Athénée et la place Clovis.

Dans le quartier du Château, la réalisation d'immeubles à appartements se poursuit dans la rue Campin entre la rue du Désert et la rue de l'Arsenal, l'ensemble du gros oeuvre est terminé et certains bâtiments sont déjà occupés. Les travaux se poursuivent également dans une propriété qui fait l'angle de la rue du Château avec cette même rue Campin. Tandis que la construction  de l'immeuble destiné à recevoir une partie du Ministère de la Justice (tribunaux et greffes) progresse rapidement à côté de l'église du Château.

On vient d'afficher la demande de permis de bâtir sur les bâtiments abandonnés de l'ancienne clinique Saint-Georges à la place du Becquerelle, la démolition de cet ensemble hospitalier désaffecté devrait débuter à l'automne pour permettre la construction du nouveau siège de l'Intercommunale Ideta et d'immeubles à appartements de standing.

Les travaux de restauration du choeur et des vitraux de l'église Saint-Jacques progressent, on annonce la fin de chantier pour l'automne.

Sur la plaine des Manoeuvres, à la hauteur de la chaussée de Douai, les travaux de construction de la nouvelle résidence "la Corne Saint-Martin" dont nous vous avons déjà parlé débuteront prochainement, il y a quelques semaines on y a érigé le bureau de vente.

On attend également, durant l'automne, la construction de nouveaux locaux à l'avenue de Maire, à l'école primaire communale du "Petit Colysée" dont les élèves vivent dans des préfabriqués depuis près de trois années scolaires. De l'autre côté de l'avenue, sur le terrain jouxtant la caserne des pompiers, le concessionnaire d'une grande marque d'automobiles allemandes va construire son nouveau garage et ses salles d'exposition des véhicules. 

Tout est calme sur le front des chantiers tournaisiens et le restera jusqu'à la fin de la première semaine du mois d'août !

 

09:16 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chantiers, travaux, cathédrale notre-dame |

19 juil.
2011

09:29

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (16)

Notre promenade à la découverte des rues tournaisiennes et de leur histoire nous a progressivement amenés au pied de la façade Nord de la cathédrale Notre-Dame, sur la place Paul Emile Janson.

Reliant celle-ci à la rue des Chapeliers, la rue Soil de Moriamé est longue d'à peine une centaine de mètres et ne compte que deux immeubles faisant face au choeur gothique de l'édifice religieux. Le plus imposant des deux abrita la première grande surface tournaisienne : le magasin Sarma. Sans concurrence jusque dans les années cinquante, il fit face, à cette époque, à l'ouverture d'un nouveau venu "Unic" qui s'installa à l'angle de la rue Gallait et de la rue de la Tête d'Or, dans l'immeuble occupé par la Vierge Noire. Quelques années plus tard, en 1962, s'ouvrit le Grand Bazar dans cette même rue de la Tête d'Or. A l'heure où les déplacements pour les commissions ne se faisaient plus à pied mais en voiture, celui-ci présentait l'avantage de disposer d'un parking en surface et d'une vaste zone en sous-sol. Le magasin Sarma fut transféré dans le complexe commercial des Bastions à l'ouverture de celui-ci dans les années quatre-vingt mais ferma ensuite ses portes n'y conservant qu'une cafétéria. Actuellement, le rez-de-chaussée de l'immeuble de la rue Soil de Moriamé est occupé par la magasin Kruidvat. Eugène Soil de Moriamé qui donna son nom à cette rue, est né à Tournai le 13 avril 1853 et y est décédé le 15 décembre 1934. De son vrai nom Eugène Soil, fils d'un architecte tournaisien réputé, il ajouta la patronyme de son épouse à son nom. Docteur en droit, archéologue et historien, il fut l'auteur d'un ouvrage paru en 1904 intitulé "L'habitation tournaisienne, Architecture de façades", une véritable bible pour ceux qui se passionnent sur l'évolution de l'habitat dans la cité des cinq clochers. Défenseur du patrimoine architectural tournaisien, il dénonça les démolitions sacrilèges entreprises au cours du XIXe siècle, il milita en faveur de la restauration du Pont des Trous, dernier exemple d'une porte d'eau du moyen-âge dans le Nord de l'Europe, de la Tour Henri VIII et des Tours Marvis. Il fut convaincu de la nécessité de réaliser le dégagement de la cathédrale par la démolition des petites maisons qui y étaient adossées dans la rue des Chapeliers permettant ainsi de mettre en évidence le choeur gothique. Ce projet se réalisa quelques mois avant sa mort. C'est le 20 juin 1926, de son vivant, que la plaque portant le nom de la rue sera dévoilée par le Bourgmestre Albert Asou. 

C'est également à partir de la place Paul Emile Janson qu'on pénètre dans le piétionnier dit de "la Croix du Centre". Celui-ci connaît actuellement une importante rénovation. Modernisation  des impétrants, pose de nouvelles dalles de sol et restauration des façades ont débuté voici plus d'un an et le chantier devrait se terminer au printemps 2012.

La croix est composé de quatre rues. La rue de la Cordonnerie apparaît au XIIIe siècle, sous le nom de Cordvewanerie. Le mot "cordouan" désignait le cuir en provenance de Cordoue, les artisans qui confectionnaient des souliers étaient alors appelés des cordouaniers, mot qui évolue vers cordonniers. C'est sous ce nom de Cordonnerie qu'on la retrouve déjà dans le Cartulaire des rentes de l'Hôpital Notre-Dame en 1630.

La rue de la Cordonnerie est séparée de la rue Gallait par le carrefour formé avec la rue des Chapeliers (qui monte vers le beffroi) et du Puits-Wagnon (qui descend vers la place Saint-Pierre). La rue du Puits-Wagnon tient son nom d'une famille tournaisienne. Un membre de celle-ci fit creuser un puits. Bozière nous dit que ce dernier se trouvait au milieu de la voie publique et que, près de sa pompe qui existait encore au XIXe siècle, se trouvait la borne militaire, marquée d'un zéro, point de départ pour la mesure des grandes voies de communication reliant Tournai aux villes voisines. A sa création, ce point indiquait pratiquement le centre de la ville d'alors.

La rue Gallait s'appelait jadis la rue aux Rats. Ce nom apparaît toujours dans l'ouvrage qui nous sert de référence "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière. Au XIVe siècle, on la retrouvait sous l'appelation de rue as Rattes, probablement, comme le dit l'historien Hoverlant en raison de la présence en ces lieux de la Grande Boucherie et de la triperie qui devaient attirer ces rongeurs nuisibles pullulant à proximité de l'Escaut et des nombreux déversoirs d'eaux usées, des égouts à ciel ouvert. C'est en cette rue, au n° 22, qu'allait naître le peintre, aquarelliste et graveur Louis Gallait, le 10 mai 1810. Elève d'Hennequin, il étudiera par la suite les grands maîtres au Louvre. Ses tableaux, "La peste à Tournai en 1092", "L'abdication de Charles-Quint", "Les derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Hornes" (aussi connu sous le nom des "Têtes coupées") sont des oeuvres monumentales atteignant des dimensions de 7m sur 5m, visibles au musée des beaux-Arts de la ville. Il fut l'un plus grand peintre belge du mouvement des Romantiques. La plaque apposée sur sa maison natale a été malheureusement enlevée lors des récents travaux de ravalement de la façade, il serait judicieux qu'elle soit rapidement remise en place.  

La rue des Chapeliers relie la rue Soil de Moriamé et le piétonnier au beffroi en contournant le choeur gothique de la cathédrale. C'est depuis longtemps une rue commerçante qui a connu de grosses affluences en raison de la présence du magasin Sarma et de la Grand'Poste qui y étaient établis. Ces deux centres d'attrait commercial ont aujourd'hui disparu ! Son nom provient de la présence de ce type d'artisans qui y avaient élu domicile. Auparavant, on l'appelait la Lormerie, un nom rencontré dans les Cartulaires de l'Hôpital Notre-Dame en 1314 et 1631. Lormerie désignait les ouvrages réalisés par les cloutiers, les éperonniers et les selliers qui y exercaient alors leurs activités. Le dégagement de la cathédrale réalisé en 1934 et soutenu par Soil de Moriamé a permis à la rue d'être prolongée au delà de la rue de Paris et a permis d'établir une liaison directe entre la gare et la Grand'Place et même de créer un axe de traversée Nord-Sud de la cité des cinq clochers en le prolongeant par la rue Saint-Martin (des noms de rues dont nous découvrirons l'origine dans les prochains articles).

(sources :"Tournai, Ancien et Moderne" de A.F. J Bozière, "Biographies tournaisiennes" de G. Lefebvre et recherches personnelles)

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, noms, soil de moriamé, louis gallait |

17 juil.
2011

10:45

Tournai : expressions tournaisiennes (131)

Eine riche caramelle !

Soixante-chinq bougies su ein bieau gatéeau, soixante-chinq candelles et pos eine de treop,

car ch'est pos pus tard qu'avant hier, qu'Fifinne a fiêté s'n'anniversaire.

On in parle encore dins toutes les maseons, de l'rue Montifaut et des invireons.

Pou ceulle fiête, Edmeond i-aveot tout prévu et les visins aveot'ent été prév'nus :

"Dins l'gardin, j'ai meonté eine pergola et j'espère bin qu'vous s'rez tertous là !".

Fifinne aveot mis ses pus bieaux atours, eine rope qu'elle n'aveot porté qu'eine seul jour,

a m'mote, que ch'éteot, si j'min souvins acore, in mille nuef chint nonante pou des noces d'or.

On dit toudis que Fifinne est au chameau, ce que s'n'heomme, Edmeond, li i-est au tonnieau,

elle est puteôt du ginre eau minérale, alors que li, ch'est..."tournée générale" !

 

Elle m'aveot fait l'plaisi d'm'inviter, et bin seûr, j'ai pos minqué d'y aller.

Tins, bé j'n'in sus pas acore orvenu, vous n'advein'rez jamais c' que j'ai, là, vu.

Pindant, à peu près tout l'après-deîner, elle teneot à s'main ein verre d'Chimay !

Ch'est là qu'elle a fait ceulle déclaratieon, "Mo Dieu, Edmeond, et bé que l'bière ch'est beon !"

Edmeond i-s'a assis, i-a cru au miraque, on s'a dit qu'i-alleot faire eine crisse cardiaque.

"Cha fait vingt ans que j'ai des riches caramelles, et ch'est asteur que te m'dis eine cosse parelle

Allez, l'z'amisses, là-d'zeur, on in beot eine, on est ichi pour s'rimplir l'boudaine ".

Et quand Fifinne a fini pa s'asseoir, on a profité pou leu dire bonsoir.

Su s'cayère, elle s'éteot mise à ronfler, i-a bin fallu tinter d'l'éveiller.

 

Edgard, i-a dit, j'vas rester avec li, i-va avoir des russes pou l'mette au lit !

Li qui carbure toudis au Spa chitreon, i-éteot acore tout fraîque comme eine gardeon.

I-a pris Fifinne tout douch'mint dins ses bras et Edmeond, i-suiveot comm eine colas.

"Mais orwette ichi comme elle est arringée", qu'i-a dit Edmeond in montant l'escalier.

"Taisez-vous ein queop, allez les infants, on a po tous les jours soixante-chinq ans,

j'ai ramassé eine preone, j'sus d'accord, eine seule in autant d'temps, ch'est ein record,

après tout, ch'est bin eine feos d'm'tour, ti, Edmeond ch'est presque tous les jours".

"Mo bé sortir eine histoire parelle, bé, ch'est qu'elle orvient d'jà à elle !"

Et lind'main matin, d'eine si belle fiête, Fifinne elle aveot bin du mau à s'tiête.

 

(lexique : candelle : chandelle / eine rope : une robe / à m'mote : selon moi, à mon idée / adveiner : deviner  / ein miraque : un miracle / l'boudaine : la panse, le ventre / s'cayère : sa chaise / des russes : des difficultés / fraîque : frais / ein colas : un innocent, un niais / eine preone : une cuite, on dit aussi eine caramelle de là le titre).

S.T. juillet 2011

 

10:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

15 juil.
2011

09:37

Tournai : le Major Médecin Léon De Bongnie.

En cette année 1934, dont nous venons de retracer la rétrospective, fut inaugurée, le mercredi 24 octobre, en l'Hôpital militaire, rue de la Citadelle, un mémorial en l'honneur du Major Médecin Léon De Bongnie. Cet hôpital, construit au début du XXe siècle et occupé quelques temps avant que n'éclate le premier conflit mondial, porte son nom depuis 1929 (certaines sources évoquent l'année 1927).

Léon de Bongnie est né à Tournai, le 13 novembre 1863, au sein d'une très ancienne famille tournaisienne habitant au quai des Poissonsceaux où le père gère un commerce de charbons. Après des études entamées dans sa ville natale et pousuivies à l'Université de Louvain, il songe un moment émigrer au Canada mais entreprend une carrière de médecin à l'armée, probablement pour suivre l'exemple de son oncle Dupureux. Il résida d'abord à Ypres et ensuite à Anvers, où il était en fonction lorsqu'il se maria. Il déménagea pour Bruxelles où il sera nommé médecin de régiment de 1ère classe en 1913, il est rattaché au 2e Régiment des Guides. C'est avec celui-ci qu'il part en campagne lorsque débute la guerre en 1914. Celle-ci éclate alors qu'il se trouve avec son unité au camp de Beverloo. Ces manœuvres devaient normalement se terminer le jeudi 6 août et il avait projeté de partir en vacances en Roumanie avec son épouse, le lendemain. Là, il devait rejoindre les cousins Dan-de Bongnie. Hélas, à la date du 1er août, dans son agenda, il écrit : "C'est la guerre, que Dieu me protège". L'unité se met en marche par les coteaux de Hesbaye, fait une halte à Ophem et se dirige ensuite vers Wavre, Gembloux. Il participe à toutes les actions que le début de campagne a dévolues à la cavalerie dont la bataille d'Haelen près d'Anvers.

Le 17 octobre 1914, au cours d'une action périlleuse, le major Médecin De Bongnie se tient, avec le Major Meuleman, le long de la route reliant Staden à Zarren, dans le petit village d'Ondanck. Des projectiles allemands s'abattent tout autour des hommes du régiment. Aux côtés du Major Médecin De Bongnie se tiennent également le médecin de l'artillerie Baudoux, l'aumonier Botte et le médecin-adjoint Lemmens appartenant au quartier général I.D.C.

A un officier qui lui avait fait remarquer que l'endroit n'était pas des plus rassurants, Léon De Bongnie avait répondu "Qu'importe, je suis tranquille, ma conscience est en règle, je ne crains pas la mort !". Prémonition ou jugement précis des circonstances de la bataille ? Nul ne le sait mais toujours est-il qu'à l'instant suivant, un obus arrivant en sifflant vint exploser au milieu du petit groupe, juste sous le cheval monté par le Major Médecin de Bongnie. Lorsque la fumée de l'explosion se dissipa, le Docteur Baudoux gisait sur le sol mortellement blessé, à ses côtés, Le Docteur De Bongnie avait les membres lacérés et la carotide tranchée. Un mois plus tard, il aurait fêté son 51e anniversaire. Il laissait une veuve, Marie Gilson, née le 24.12.1871 à Saint-Josse-ten-Noode et décédée à Schaerbeek, le 21 février 1960 et quatre orphelins, âgés de huit à seize ans : Henri né en 1897, Louise (1898), Lucien (1901) et Charles (1906).

Le Major Médecin Léon de Bongnie fut fait Officier de l'Ordre de Léopold, officier de l'Ordre de la Couronne, reçut la croix civique de 1ere classe et obtint également la Croix de Guerre à titre posthume.

En octobre 2002, le 29e bataillon de logistique a quitté les bâtiments de la rue de la Citadelle. Un an plus tôt, le Ministre de la défense, André Flahaut, était venu annoncer la fermeture du quartier Major Médecin de Bongnie dans le cadre d'un plan de restructuration de l'armée. Il ne restait qu'une soixantaine d'hommes dans des locaux devenus, peu à peu, insalubres.

Laissé à l'abandon et envahi par le lierre et la végétation, le site de l'Hôpital militaire a fait depuis lors l'objet d'importantes transformations dont vous pouvez suivre l'évolution dans les articles que nous faisons paraître sur ce blog. Le dimanche 20 juin 2010, des descendants du major Médecin Léon De Bongnie sont venus visiter Tournai et ont été reçus par Mr Eddy Moulin, représentant le Bourgmestre Christian Massy, et par Mr Leroisse, promoteur-responsable de la rénovation du site et l'architecte en charge du projet. Ils purent ainsi découvrir le bâtiment principal qui porte toujours sur le frontispice le nom de leur aïeul et qui sera destiné à accueillir des bureaux d'entreprises, le nouveau bâtiment faisant front au logis militaire qui regroupera les services du C.P.A.S. (Centre Public d'Aide Sociale) et l'emplacement où ont été érigés depuis lors des immeubles à appartements. Avant de quitter cet endroit chargé de souvenirs, les membres de la famille ont posé, pour la presse, sous le mémorial inauguré en octobre 1934.

09:37 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, hôpital militaire, léon de bongnie, mémorial |

13 juil.
2011

17:31

Tournai : l'année 1934 sous la loupe (2)

Nous poursuivons la relation de quelques faits divers de l'année 1934 à Tournai.

Durant l'été, la police va effectuer de nombreuses interventions. Accompagnant les employés des douanes et accises, elle va mettre fin à un trafic d'alcool. Deux personnes seront arrêtées, l'une d'elles habite la ville, l'autre La Glanerie, un village frontalier, propice à ce genre d'activité illicite. Un tonneau d'alcool sera saisi. C'est au cours d'une garde à vue à Bruxelles, quelques jours auparavant, qu'un malfrat avait dénoncé le trafic. En ce même mois de juillet, des personnes âgées sont victimes de vol avec violence. Les policiers arrêtent un individu qui venait de sortir de prison à Courtrai, il avouera quelques cambriolages et retournera derrière les barreaux !

Le 7 décembre, la police apprend qu'une maison a été louée un mois auparavant pour un loyer de 800 francs par un individu émargeant à l'Assistance Publique où il ne recevait mensuellement que 100 francs. La maison est surveillée car les voisins ont été témoins de nombreuses visites nocturnes. Lorsqu'une perquisition est décidée, on découvre dans cet immeuble une distillerie clandestine ultra-moderne. Cinq grandes cuves remplies de matières prêtes à être distillées avec lesquelle on pouvait aisément fabriquer 200 litres d'alcool et trois cruches de lait contenant chacune cinq litres d'alcool à 60°. Durant la présence de la police sur les lieux, une personne sonne à la porte, il s'agit d'un laitier habitant un village proche de Tournai. Il a beau déclarer qu'il vient pour la commande de lait et de beurre, il est vite avéré que ce dernier est le pourvoyeur de fonds qui a permis de louer l'immeuble, le propriétaire le reconnaît formellement comme étant la seconde personne présente au moment de la prise en location. On venait de découvrir le cerveau de l'affaire.

Le mardi 18 décembre, c'est une bande de voleurs sévissant dans les environs de la chaussée de Douai qui est arrêtée. Il s'agit principalement de vols dits "domestiques" : du charbon, du linge, des poules, des lapins dont les victimes sont de petites gens aux revenus plus que modestes. Dans la chambre des suspects, on retrouve de nombreux produits de récents larçins. L'homme était sorti le 7 novembre de prison après avoir purgé 31 mois pour 23 vols commis avec effraction, dans le même quartier. Une dame du centre de la ville sera suspectée car on retrouvera chez elle du linge dérobé mais comme elle faisait des lessives pour des particuliers, elle expliqua qu'on était venu lui apporter ce linge à laver.

Depuis la nuit des temps, les gens du voyage font peur. Au début de l'année 1934, les habitants du faubourg de Maire voient arriver, en provenance de la France, une trentaine de roulottes tirées par des chevaux. Certaines ont une allure misérable, d'autres semblent plus confortables. A peine installés, quelques romanichels s'empressent de vendre leurs chevaux espérant pouvoir rester à Tournai n'ayant plus de moyen de locomotion. Le campement est surveillé par la gendarmerie jusqu'à ce qu'elle reçoit l'ordre d'expulser les bohémiens. Dans le voisinage, on se passe la consigne de bien fermer portes et fenêtres, les gitans ayant toujours été considérés comme des voleurs de poules.

Les distractions sont encore nombreuses en cette année 1934, ainsi le 10 juin, le cortège folklorique sort pour la seconde fois. Deux nouveaux géants font leur apparition, les croisés Lethalde et Engelbert. On les dit légendaires mais le sont-ils vraiment ? Dans son Histoire de Tournai, Chotin évoque ces deux premiers croisés qui, le 10 juillet 1099, précédèrent Godefroid de Bouillon et Baudoin de Constantinople en pénétrant les premiers dans Jérusalem. Leurs noms sont également apparus dans une chronique de Grégoire de Tours et dans l'Histoire des Croisades écrite par Michaud.

Le 1er juillet le cirque Amar dresse son chapiteau sur... le terrain de l'Union Sportive Tournaisienne.

La "réclame" nous renseigne que pour faire de bonnes affaires, les Tournaisiens se rendent à "la Bonne Fermière", 28 rue des Puits l'Eau, une maison fondée en 1807, chemiserie, ganterie, lingerie, bonneterie, flanelle, cretonne, nappes, essuies, cols et cravates, mouchoirs, pyjamas, bas... On ne parle pas encore de soldes mais de "grande vente annuelle du 15 au 31 janvier 1934". D'autres préfèrent acheter à "la Vierge Noire" ! Certains magasins affichent une remise de 10% pour tout achat au comptant effectué en ces premiers jours de l'année.

Avec cette rétrospective se termine le large panorama commencé en 1913 et terminé en 2005. Nous espérons au travers de celle-ci vous avoir apporté une meilleure compréhension de cette histoire journalière tournaisienne et de vous avoir permis de vous rappeler quelques souvenirs souvent enfouis dans la mémoire collective.

17:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |