30 juin
2011

08:48

Tournai : l'année 1933 sous la loupe.

Certains se demanderont quel est l'intérêt de revenir ainsi près de septante années en arrière pour évoquer l'actualité tournaisienne de cette époque déjà si lointaine. Il ne s'agit pas de nostalgie puisque je n'ai moi-même pas connu ce temps-là mais d'un besoin de comprendre l'évolution de la vie quotidienne. Qu'on l'accepte ou non, notre présent est la résultante du passé, on pourrait presque dire que ce qui a été semé ou non dans les années écoulées déterminent plus qu'on ne le pense notre vie actuelle. On peut ainsi donc étudier l'évolution des mentalités face à des problèmes déjà existants. Ce n'est donc pas une perte de temps que de feuilleter l'actualité d'alors.

Au niveau international, l'actualité en cette année 1933, nous apprend qu'Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le président Hindenburg le 30 Janvier et qu'il forme un gouvernement de coalition. Deux jours plus tard, à la demande du nouveau chancelier, le Président dissout le Reichstag, le 27 février, le Reichstag est incendié, prétexte pour le gouvernement pour procéder à des arrestations dans les milieux de gauche qui ne lui sont pas très favorables. Le lendemain, l'Allemagne abolit les droits fondamentaux et instaure un état d'exception. le 26 avril, on y crée la Gestapo (police secrète) et le 10 mai, des étudiants membres du parti national-socialiste brûlent les livres jugés décadents, corrupteurs et étrangers à l'esprit allemand. Le 14 juillet, la loi sur le parti unique est proclamée. le 19 octobre, l'Allemagne se retire de la Société des Nations.

L'actualité nationale, quant à elle, est marquée par la crise économique que le gouvernement ne peut résoudre. Face à cette situation, le Parti Ouvrier Belge (POB), ancêtre du Parti Socialiste, adopte, lors de son congrés du 25 décembre, le "Plan du Travail" proposé par Henri de Man. Pour résoudre la crise, il préconise l'instauration d'un régime d'économie mixte développant un large secteur public en nationalisant le crédit et les industries de base et pour être plus pro-actif exige que le pouvoir législatif soit dévolu à une seule Chambre assistée de différents conseils consultatifs. Désormais, la participation des socialistes à un gouvernement sera conditionnée à la prise en compte de ce plan. Loin de ses préoccupations politiques, le petit village de Beauraing situé dans la province de Namur, à quelques hectomètres de la frontière française se fait connaître par les apparitions de la Vierge à cinq jeunes enfants. Il deviendra rapidement un lieu de pélérinage. L'hiver est rigoureux, en janvier, la Meuse est gelée et une fine pélicule de glace recouvre les plages de la Mer du Nord.

En ce début de mois de janvier, Tournai, comme à son habitude, publie dans la presse les mouvements de la population intervenus durant l'année qui vient de s'achever. Au 31.12.1932, la ville compte 36.169 habitants (17.030 hommes et 19.139 femmes). Elle a enregistré l'arrrivée de 1.700 nouveaux résidents en provenance d'une autre commune belge et de 213 de l'étranger. Par contre, 1.691 personnes ont quitté l'ombre des cinq clochers pour une autre commune belge et 88 pour un pays étranger. On a enregistré 513 naissances, célébré 225 mariages (soit 36 de moins qu'en 1931), prononcé 15 divorces (4 de moins que l'année précédente) et compté 625 décès (101 de moins).

Suite aux éléctions communales d'octobre 1932, c'est le libéral Albert Asou qui est nommé à la tête du Collège. Il remplace Mr. Edmond Wibaut qui officiait depuis le mois d'octobre 1923. Jules Hossey, un avocat membre du parti socialiste, est désigné comme premier échevin dans ce cartel libéral-socialiste qui dirige à nouveau la ville.

Durant cette année, quelques chantiers vont s'ouvrir dans la cité des cinq clochers. En janvier, on creuse le passage souterrain sous les voies de la gare. Son utililité est inconstestables vu le danger permanent que représente la traversée des voies par les voyageurs. Des barrières du type "Nadar" seront installées sur les quais et ne permettront, à certains endroits, qu'un passage réservé uniquement aux chariots transportant les colis. Ces travaux sont terminés pour le printemps. En mars débute la construction de la passerelle du Pont de l'Arche à proximité du pont éponyme. En briques, elle sera du même type que celle déjà érigée à côté du pont levant Notre-Dame. Restaurée dans le courant des années septante, elle existe toujours tandis que le pont de l'Arche est disparu.

Comme nous l'avons vu, le froid est vif en ce mois de janvier 1933 et on peut donc, une nouvelle fois, patiner sur l'étang gelé du Jardin de la Reine. Moyennant le versement de 5 francs, les patineurs peuvent pratiquer leur passion tandis que les spectateurs sont invités à s'acquitter d'une somme de 2 euros pour assister à leurs évolutions et... aussi aux chutes spectaculaires. Le bénéfice est versé à l'Oeuvre Nationale des Invalides de la Guerre.


 

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27 juin
2011

12:02

Tournai : les noms des rues, témoins de l'histoire (13)

Dans le quartier de la Madeleine, faisant la liaison entre le rue de la Madeleine et celle de l'Ecorcherie, la rue Muche-Vache a connu de nombreuses variantes dans son appellation. Ainsi, un écrit du XIIIe siècle renseigne la vente d'une maison sise à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue "Muce en Vake". Au siècle suivant, les Comptes de l'Hôpital de Saint-Jacques lui donnent le nom de rue "Muche Vacques". Ce nom désigne un lieu où on abritait le bétail. En patois local, le terme "mucher" signifie cacher, abriter. Jusqu'au 13e siècle, cet endroit était situé en dehors de l'enceinte communale et probablement occupés par des éleveurs de bétails. 

Juste en face de la rue Muche-Vache, allant de la rue de l'Ecorcherie vers le quai des Salines, la ruelle de la Nève portait jadis le nom de "ruelle Hellequin". Dans un écrit de 1473; on découvre que "Arnould du Moulin a vendu sa maison séant sur les Salines faisant touquet de la rue Hellequin".  (faisant touquet : faisant le coin, touchant à...). Hellequin signifie, en roman, lutin, fantôme. Cette ruelle est étroite, sombre, non habitée, pas éclairée la nuit et on peut s'imaginer les mugissements du vent s'y engouffrant et laissant entendre des plaintes de trépassés. La ruelle porte désormais le nom d'une brasserie qui y était située à l'angle du quai des Salines.

Le quai des Salines vient d'être rénové. Il pourrait exister chez certains une confusion quant à l'origine de ce nom. Ce quai qui s'étend du Pont des Trous au Pont de Fer possédait des établissement où on raffinait le sel, les salines. Or, lors de la rénovation de ce quartier, au moyen-âge, celle-ci fut l'oeuvre d'un appelé Walter des... Salines. C'est sur ce quai qu'était construite la Manufacture de Porcelaine de Tournai de François Joseph Péterinck. On y trouve, aujourd'hui, l'école d'infirmière Jeanne d'Arc, connue jusque dans le Sud de la France, pays d'où proviennent de très nombreuses étudiantes.

Une petite rue relie la rue de l'Ecorcherie au quai des Salines, elle porte le nom de rue Sainte-Croix, elle a hérité celui-ci d'une famile qui y habitait et dont on trouve trace dans un écrit de 1329 : "...entre la maison de Gérard de Sainte-Croix et la masure de feu Collart-Desplanke". Le nom actuel de la rue existait déjà au XVIIe sècle comme nous le confirme le "Compte de l'Hôpital Notre-Dame".

Nous quittons le quartier de la Madeleine pour nous rapprocher du centre de la cité. Le nom de la rue du Cygne n'évoque nullement ce gracieux volatile qu'on peut apercevoir parfois sur l'Escaut tout proche, mais il s'agit de la corruption successive d'un mot roman "Chaingle" qui signifie ceinture, sangle. En 1278, on le trouve sous la forme de Caingle, en 1473 de Chaingle, en 1711 sous la dénomination rue del Cingle et en 1721 sous le nom de rue de le Cygne. On se rappelle qu'à cet endroit (voir articles sur les enceintes communales), s'élevait l'enceinte dont la tour du Cygne est encore un témoignage. Les Tournaisiens se rappeleront que dans cette rue se trouvait jusqu'il y a une trentaine d'années le cinéma des Variétés.

Venant de l'Escaut par la rue du Cygne, après avoir franchi le carrefour des "Quatres coins Saint-Jacques", on arrive dans la rue de la Tête d'Argent. Cette rue tire son nom, depuis le XVIIe siècle, d'une enseigne qui s'y trouvait. Un acte de 1625 stipule que "Regnauld achète une maison gissant en la rue de le Chingle où pend une enseigne, la teste d'Argent". Jusqu'alors elle portait donc le nom de Chingle, elle apparaît déjà sous son nom actuel dans des actes de 1710.

Entre la rue de la Tête d'Argent et la rue Dorez se trouve la rue Perdue. J'ai moi-même souvent entendu de vieux tournaisiens parlaient de la "rue de Perdu" assimilant ce nom à celui d'une famille qui y aurait vécu. Son nom véritable est bien "rue perdue". Dans un acte du XIIIe siècle, elle reprise d'ailleurs comme étant la rue Pierdue. Située elle aussi hors les murs de l'enceinte communale, elle était un lieu peu fréquenté, désert, un lieu perdu à proximité du Fort Rouge qui s'y dresse toujours et qui vient de faire l'objet d'une rénovation. Cette rue est actuellement en chantier puisqu'on y creuse un parking souterrain sur deux niveaux. Au pied du Fort Rouge, les visiteurs peuvent admirer la statue d'une petite fille devenue célèbre dans le monde enteir "Martine et son chien Patapouf", sortie de l'imagination de Marcel Marlier récemment décédé.

La rue Perdue est séparée de la rue de la Tête d'Argent par la placette aux Oignons qui rappelle, qu'au XIVe siècle, un marché de ce bulbe comestible y était organisé.

Curieuse origine que le nom de la rue de l'Yser. Celle-ci relie la rue de la Tête d'Argent à la Grand'Place. Elle est nommé de Coulonge dans le Cartulaire 60 des archives en 1411, de Coullongue dans les Comptes communaux de 1582 et de Couloigne dans un acte de 1625 relatif à la vente d'une maison portant l'enseigne du Rouge Chevalier ! Est-ce par altération qu'on la nommera par la suite rue de Cologne ? Après la première guerre mondiale, ce nom rappelant trop l'envahisseur allemand fut remplacé par celui de rue de l'Yser, en hommage à la résistance héroïque des soldats belges sur le front au bord du fleuve.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière)

12:02 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues |

24 juin
2011

16:20

Tournai : expressions tournaisiennes (128)

D'puis les Quate Cortèches, j'n'aveos pus vu no comarate Edmeond, j'viens infin, ceulle sémaine, d'avoir toute l'explicatieaon. I-a ramassé eine telle caramel au bistreot qu'i- a fallu l'orconduire à s'maseon in auteo. Pindant tout l' nuit du diminche au lindi, i-a fait des jeones de cats dins s'lit. Fifinne, débaltée, elle a trouvé l'solutieon, elle li a collé, comme à ein infant, eine punitieon. Elle a fermé l'porte de l'cave à double-tour et a mits l'clé dins s'n'écorchwé su s'n'écour. Elle a aussi ortiré toute les bières qu'i-aveot acore dins l'frigidaire et l'malhureux Edmeond i-n'pouveot même pus sortir de s'maseon. In attindant, l'heomme i-est occupé à s'rincer les boyéaux car i-carbure depuis treos sémaines rin qu'à l'ieau.

Edmeond, i-beot autant d'verres de bière que Fifinne peompe des tasses à l'caf'tière. Je n'vas pos ichi vous in faire ein mystère mais, dins les cafés de l'ville, on les appelle :"Tonnieau et caf'tière". Mais i-a là ein hic, Edmeond n'orsimble pos à eine barrique, i-est même tout in longueur, i-a tout pris in hauteur. Fifinne, bé, ch'est vraimint pos parel, elle, elle est leon d'orsanner à eine éthielle. Li, i-n'a qu'à tinte l'bras pou inl'ver les arnitoiles au plafeond et elle, elle ne deot pos beauqueop s'baisser pour nettier l'parquet du saleon.

Ainsin, l'tonnieau i-éteot à sec, pos eine goutte de bière, ni d' triple-sec. I-f'seot pinsé au tonnieau de m'n'ami André d'puis que l'sécresse est arrivée. Adonc, adveinez, mes gins, l'surprisse de l'pofe feimme quand elle a vu, jeudi au soir, que s'n'heomme in t'neot eine. I-éteot bel et bin quervé, et même tout patraque, i-berloqueot dins tout l'baraque et i-diseot, sans arrêt : "Bé, ch'est ein miraque. J'ai d'mindé au Beon Dieu à boire et i-m'a exaucé à c'soir " 

Elle areot du vit'e comprinte Fifinne qui n'aveot pos là d'intervintieon divine. Les armoires, elle croyeot les avoir fait toutes mais elle aveot oblié l'dressoir ave les pralines à l'goutte. Cointreau, Amaretto, Whisky ou Limoncella, Edmeond, i-s'a soudain souv'nu que ch'éteot là et pindant que s'feimme éteot dins l'divan, les is serrés, occupée à ronfler, li, il les a mingées, eine à eine, pas d'vant l'télé. . I-d'aveot vingt-quate au momint où i-a ouvert la boîte.

Quand i-a voulu s'lever pou éteinte l'télé, ch'est là que tout i-a tourné et qu'i-a bourlé. In sursaut, Fifinne, elle s'a réveillé, elle a pinsé qu'elle feseot ein cauchemar, Edmeond, i-éteot là assis... dins eine mare. Et vous savez, mes gins, ce qu'i-a trouvé comme excusse : "Ch'est de t'féaute, si t'aveos bu deux ou treos tasses d'café au souper, te s'reaos restée éveillé et t'areos pu m'surveiller"..

(lexique : eine caramel : une cuite / faire des jeones de cats : vomir, remettre / débaltée : exaspérée / ein écorchwé : un tablier / s'n'écour : le giron / leon : loin / orsanner :ressembler / eine éthielle : une échelle / eine arnitoile : une toile d'araignée / l'sécresse : la sécheresse / Adonc : ainsi, donc / adveinez : devinez / berloquer : balancer :/ ein miraque : un miracle / bourlé : tombé).

(S.T. juin 2011)

 

 

16:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picar |

22 juin
2011

09:00

Tournai : de nouveaux chantiers !

Les rénovations se poursuivent à Tournai et depuis ce lundi de nouveaux chantiers sont ouverts dans les rues de Notre-Dame.

Il y a quelques semaines, des travaux ont été entrepris à la place de Lille, dans la section comprise entre la rue des Bouchers Saint-Jacques et la rue des Carmes pour le remplacement des dalles par une voie en pavés, les anciens pavés sciés qui formaient le revêtement depuis la rénovation du quartier n'ayant pas résisté à l'usure du temps et, surtout, au passage des véhicules. Il s'agit maintenant de procéder aux remplacements de ceux qui subsistent dans la liaison entre la place de Lille, la rue des Carmes et la rue Blandinoise, un carrefour important puisqu'il permet de sortir d'une rue où se trouvent l'école Normale et celles des Ursulines. La rue des Carmes n'est pas interdite à la circulation locale mais se termine provisoirement en impasse, les automobilistes qui veulent rejoindre les boulevards de ceinture sont donc invités à emprunter la rue des Bouchers Saint-Jacques ou la rue des Augustins pendant la durée du chantier qui est estimée à environ trois semaines. 

Une couche isolante de roofing a été placée sur la dalle de couverture du parking souterrain de la rue Perdue. Dès que la météo le permettra, une nouvelle dalle de béton servant d'assise à la future voirie sera coulée. Une deuxième phase débutera alors, la couverture de la partie restante à hauteur du Fort Rouge.

Le pietonnier de la Croix du Centre est en cours de pavement, les ouvriers travaillent simultanément dans les rues de la Cordonnerie, Gallait et des Puits Wagnons tandis que la rue des Puits l'Eau reçoit sa couche de stabilisant, étape nécessaire avant le recouvrement définitif.

Sur le Pont-à-Pont, on a débuté les travaux du belvédère de la Naïade, un site qui permettra d'avoir une vue sur les petites rues anciennes de ce qu'on appelle le "Bas quartier" dans la cité des cinq clochers.

Circulation interdite dans le quartier du collège Notre-Dame car les rues des Orfèvres, des Choraux et bientôt du Four Chapitre sont régulièrement ouvertes pour la pose de nouveaux impétrants. La sortie de la Grand'Place par les automobilistes ne peut donc se faire que par le carrefour du Beffroi ou la rue de l'Yser. 

Pose d'impétrants également dans les rues du quartier Saint-Brice, sont ou seront concernées très prochainement par ce chantier, les rues de l'Athénée, Duquesnoy, Childéric...

On nous annonce très prochainement des travaux d'entretien du pont-levant Notre-Dame, l'axe direct gare-cathédrale sera dont interrompu durant quelques jours et les déviations se feront soit par la rue des Campeaux, de Pont et le carrefour du Dôme ou par le quai Dumon et le pont de Fer.

Les GPS vont s'affoler dans la traversée de Tournai !

 

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chantiers, travaux |

20 juin
2011

17:48

Tournai : le nom des rues, témoins de l'Histoire (12)

Nous débutons notre promenade dans les rues du quartier de la Madeleine à hauteur du rond-point de l'Europe, situé sur la ceinture des boulevards. L'avenue de Troyes est tracée entre le bâtiment qui abritait l'ancien Casino (voir l'article que nous lui avons consacré précédemment) et le square de la Reine, cette dénomination rappelle le jumelage intervenu entre les villes de Tournai et de Troyes (Aube) en France.

Dans son prolongement apparaît la rue de la Madeleine. Celle-ci portait, au commencement du XIVe siècle, le nom de rue Courtrisienne puisqu'elle permettait de quitter la ville en direction de la ville flamande de Courtrai. Dans un écrit de 1384 (les Menues rentes du Cellier), on apprend qu'un dénommé Pierre Bergier achète une maison sis rue de la Magdeleine. C'est dans cette rue qu'on trouvait jadis la manufacture de bronze doré et ciselé de Jacques Lefebvre-Caters. Dans un atelier qui y était annexé, on y façonnait également les marbres pour cheminées, candélabres, vases et autres ornements.  De nombreux immeubles de ce quartiers viennent de connaître d'importantes renovations. La rue de la Madeleine se situe entre le carrefour formé par la jonction du boulevard Léopold avec de la rue François Jospeh Péterinck et le floc à Brebis.

Après ce carrefour débute la rue Saint-Jacques qui porte du saint patron de la paroisse. Jusqu'à la fin du XXe siècle, le café le Picotin qui y était installé possédait une perche couverte fréquentée par les tireurs à l'arc. On trouve dans cette rue des nombreux hôtels particuliers appartenant ou ayant appartenus à des familles nobles ou bourgeoises. Dans deux de ceux-ci sont actuellement installés : le tribunal du Travail et l'intercommunale de développement économique Idéta. Un autre de ses imposants bâtiments avait été occupé jadis par le service des Contributions. Le café le Relais du Miroir a fermé ses portes, il y a peu de temps, il était le rendez-vous prisé  par les étudiants dont un certain Dany Boon qui appréciait hautement la spécialité des spaghetti Pui-Pui.

De l'église saint-Jacques jusqu'au carrefour des quatre coins Saint-Jacques, la rue du Bourdon Saint-Jacques tient son nom d'une déformation du mot Bourdoire qui désignait un lieu où se disputaient des joutes. A cette époque, la rue était géographiquement située en dehors de l'enceinte communale. Certains pensent aussi que le nom tire son origine du long bâton de pélerin utilisé par ceux qui se rendent à Saint-Jacques de Compostelle. Jusqu'il y a une dizaine d'années, on y trouvait une vieille maison bien connue des Tournaisiens, la Teinturerie Godet.

Entre les rues que nous venons de décrire et l'Escaut, on trouve de nombreuses petites rues ou ruelles. Il y a tout d'abord l'Enclos du Béguinage. Le Béguinage de Tournai a été fondé en 1241, à proximité de la porte des Sept Fontaines. Les béguines sont des femmes vivant en communauté religieuse chrétienne sans avoir prononcé de voeux. Les béguinages les plus célèbres en Belgique se trouvent, en Flandres, à Courtrai, Gand et surtout Bruges, d'autres existent aux Pays-Bas. Lorsque le Béguinage tournaisien a cessé d'exister, ses petites maisons sont devenues la propriété des hospices civils qui y logèrent des femmes pourvues par des fondations dont les locaux avaient été supprimés. L'oratoire du Béguinage a disparu en 1807, son jardin central a été racheté par un particulier qui y a construit des immeubles. Désormais, les maisons du béguinage semblent bien minuscules à côté des buildings des résidence Europe et Roi Soleil qui les jouxtent

L'Enclos du Béguinage ouvre sur la rue de l'Ecorcherie. Cette désignation provient des ateliers d'équarrissage qui y étaient établis. En raison de la présence du presbytère de l'église, au XVIIIe siècle, elle a été dénommée rue du Curé de la Madeleine, mais cette appelation a disparu au profit de l'autre. 

La rue de l'Ecorcherie se prolonge par la rue des Corriers. Une appelation qu'on découvre déjà en 1260, contraction du mot courroiers, artisans qui confectionnaient des courroies ou les vendaient. 

La rue des Foulons se situe entre la rue de la rue de l'Ecorcherie et le qui des Salines, elle a la particularité de décrire un parfait angle droit, apparu lors de la construction de la manufacture de Porcelaine de Tournai. . Elle tient son nom des artisans qui y habitaient.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière)

17:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, quartier de la madeleine |

18 juin
2011

14:57

Tournai : expressions tournaisiennes (127)

I-a l'temps qui passe mais aussi l'temps qui fait !

M'mamère m'a toudis dit : "I-n'feaut pos s'in faire pou l'temps qui fait, on n'sait quand même rin  canger".

Ch'est bin vrai, orwettiez ainsin in novimpe, tell'mint i-a pleu, on a eu les inondatieons et les gins qui habitent l'régieon d' Lessines i-s'in souvienne'tent acore. In décimpe, i-a cai des teonnes de neiche et on a été obligé d'gratter l'trottoir tous les jours. In janvier et féverrier, i-f'seot doux et i-pleuveot souvint à l'après-deîner. Ov'là deux meos qu'i-n'a pus cai eine goutte d'ieau et ch'est la panique. On pinse alors que ch'est à causse du récauff'mint climatique, du gaz à effet d'serre qui bouleverse les nuaches là-vas in l'air ou acore et on va jusqu'à busier que ch'est à causse des centrales nucléaires des japonais.

Cinsiers et gardéniers seont in foufielle, l'tierre elle est trop sèque, les penn'tierres ont bin du mal à moutrer leu tiête, l'maïs i-n'grandit à peine et l'blé i-a des tiges naines. M'comarate i-est tout défoutu, au pied de s'cabanne, i-a mis ein tonnieau qui récupérer l'ieau pou arroser ses pieds d'tomates et ses hariqueots. D'puis qu'i-l'a mis, bé, i-n'a presque jamais servi !

Tous les jours, Mossieu Météo i-répète les mêmes meots à l'télévisieon, i-a ein ainticyclone su nos régieons, cha veut dire qu'i-va faire beon. M'n'heomme i-n'a même pos l'air fort optimisse, i-va faire acore pus sec qu'in mille-nuef-chint-septante six.

Mais pou les vacances, les barbecues, les pourménates ou l'camping, ch'est quand même meilleu d'avoir du solel, pou les fiêtes scolaires, les portes ouvertes ou les fancy-fairs, ch'est aussi li qu'on préfère. On est jamais contint (j'l'ai d'jà dit l'sémaine dernière) !

Pindant ein journal télévisé, i-d'a ein qu'i-a déclaré qui feaudreot pétête faire appel à ein indien, ein sorcier, qui fait tomber l'pluèfe quand i-s'met à danser. J'ai asteur compris quosqu'i-s'a passé !

L'sémaine dernière su l'plaine, i-aveot des gins qui s'éteot'tent rassimbler pou jeuer aux cow-boys et aux indiens, des grands infants qui veulent ortrouver les jeux d'leu jeonesse. Dins l'tas, I-a seûr'mint ein qui s'a mis à invoquer la pluie et qu-ia dansé tout l'nuit comme ein ahuri pasque d'puis lors l'plouèfe elle cait toudis !

I-va faire aussi sec qu'in mille-nuef-chint-septante-six. Feaudreot d'abord savoir d'quoi qu'on parle, ceulle ainnée là, l'sécresse aveot comminché jusse avant l'meos d'mai et aveot duré jusqu'à l'fin d'l'été, quate meos sans eine goutte d'ieau ! Tout ce qu'on dit ch'est des mintiries, mi, j'pinse que ch'est pou justifier l'montée des prix, feaut bin trouver eine raiseon à nous printe ainsin tout no pogneon !

(lexique : novimpe : novembre / i-a pleu : il a plu / décimpe : décembre / féverrier : février / nuaches : nuages / là-vas : là-bas / acore : encore / busier : penser / ête in foufielle : être en émoi, être dans tous les états / les penn'tièrres : les pommes de terre / moutrer : montrer / m'comarate : mon camarade / défoutu : déçu, découragé, démoralisé / hariqueots : haricots / les pourménates : les promenades / pétête : peut-être / asteur : maintenant /  l'pluèfe : la pluie / l'jeonesse : la jeunesse / l'plouèfe : autre façon d'écrire le mot pluie / l'sécresse : la sécheresse / des mintiries : des mensonges /

S.T. juin 2011

14:57 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : patois, picard |

17 juin
2011

11:11

Tournai : le Pont des Trous, saga tournaisienne.

Après les deux articles précédents intitulés "le procès du Pont des Trous" parus en ce début du mois de juin, l'Optimiste entame une série qui reviendra au gré de l'actualité : "la saga du Pont des Trous".

L'enquête publique a été clôturée ce mercredi 15 juin. Les défenseurs du Pont des Trous comme les partisans de sa transformation ont pu s'exprimer et ils n'ont pas manqué de le faire. On pourrait croire que le débat se résume à ces deux positions bien tranchées, toutefois, la presse locale se fait l'écho d'une troisième vision de l'avenir de l'Escaut dans la traversée de la ville des cinq clochers.

"Les Amis de la Citadelle" qui se proclament, à juste titre, défenseurs du patrimoine historique de Tournai, ont lancé une pétition qui a récolté 504 signatures. Leur vision a le mérite d'être claire : pas question de toucher à une seule pierre du Pont des Trous, ils préconisent la solution d'un détournement sur la rive droite. La tour du Bourdielle se dresserait alors sur une île conservant quelques plantations, Tournai aurait comme Paris, sa (toute) petite île de la Cité.

D'autres associations ne s'émeuvent pas à l'idée d'élargir l'arche centrale, c'est le cas de l'asbl Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine immobilier de la ville. Pour son Président, si le Pont des Trous, véritable icône aux yeux des amoureux de la ville, doit absolument conserver ses deux tours, la partie centrale n'a qu'une valeur sentimentale importante mais non archéologique.

Pour un autre Tournaisien, Mr. B. Dochy, les trois arches centrales ont déjà fait l'objet d'une reconstruction après la seconde guerre mondiale, à cette occasion, l'arche centrale a déjà été élargie et l'ensemble du pont a été réhaussé de 2m40. Pour lui, créer un contournement par le creusement d'un canal sur la rive droite serait une aberration urbanistique en apportant une destruction du cadre urbain.

Le Courrier de l'Escaut propose dans son édition de ce 16 juin, une projection photographique des deux options. Si on peut avoir une idée précise de ce que représenterait le contournement, par contre, dans le cadre de l'élargissement, il ne conserve pas les deux arches latérales et réduit le projet à une seule arche reliant les deux tours du pont, de quoi faire un peu plus bondir les défenseurs de ce témoignage historique.

Une troisième opinion a été émise, elle émane d'un habitant de Tournai, ancien batelier, qui lui souhaite qu'on ne modifie rien et les arguments qu'il avance sont bien proches de ceux de l'Optimiste. "Le secteur de la batellerie est en crise, le chômage y est important (les jeunes hésitent à reprendre le bateau familial), le gabarit actuel de l'Escaut est largement suffisant pour le transport des marchandises qui s'y effectue". Il est absurde, pour lui, de vouloir accueillir des bateaux du type rhénan dans la traversée de Tournai.

Quelle que soit la solution choisie, le Pont des Trous et son contournement ne représentent qu'un maillon du problème qui va se poser, le bouchon entre le Pont-à-Pont et le Pont de Fer devra aussi faire l'objet d'une étude et de modifications, l'augmentation du trafic fluvial obligera les automobilistes tournaisiens à s'adapter car, et cela est mis en exergue par Mr. Dochy, le pont levant Notre-Dame sera levé plus souvent. L'axe de circulation de la gare à la Grand'Place sera mis en péril. Le contournement amènera également la modification de la structure du Pont Delwart créant des problèmes de circulation sur la ceinture des boulevards. Les écluses en amont (Antoing) et en aval (Kain) devront être reconstruites. Pour deux trois chefs d'entreprise qui rêvent de faire transporter les pierres sur ces immenses péniches et pour quelques économistes qui font miroiter un eldorado pour la ville faut-il lâcher la proie pour l'ombre ? La question est là mais... personne ne semble vouloir se la poser. Quel bénéfice Tournai va-t-il retirer de l'élargissement de l'Escaut ? Quel argent tombera dans l'escarcelle communale ? L'élargissement du fleuve amènera-t-il des milliers de touristes supplémentaires pour venir admirer nos trésors ? Certains me qualifieront peut-être de rétrograde, à ceux-là je réponds que je suis réaliste !

Car qu'on ne vienne surtout pas mettre sur le tapis, l'argument d'une augmentation très sensible de l'économie tournaisienne quand on voit que pour le projet de carrière sur la rive gauche, ces mêmes multinationales basées à l'étranger préfèrent conserver l'usine de transformation à Obourg (Mons) et y transférer, quotidiennement, la matière extraite par train et accessoirement par bateaux. On pouvait créer des emplois à Tournai, cela ne sera pas mais en attendant on aura fait main basse sur un gisement assurant la pérennité du groupe pour une septantaine d'années.

Il y a deux ou trois décennies, Tournai a fait le choix du développement du tourisme, pour cela les habitants de la cité, principalement les commerçants, endurent depuis deux ans et aux moins pour deux ans encore d'importants chantiers et certains quittent le centre-ville pour la périphérie ou mettent tout simplement la clé sous le paillasson.

Comment va évoluer le dossier ? L'administration communale doit transmettre après cinq jours maximum les remarques émises lors de l'enquête publique à la Région Wallonne. Le collège va-t-il émettre un avis par rapport à l'une ou l'autre des options. Il semble que, là aussi, tout le monde ne soit pas sur la même longueur d'onde mais peut-être que la sacro-sainte discipline de parti va faire pencher la balance vers l'une ou l'autre solution. A moins que les responsables tournaisiens, soucieux de bien défendre les intérêts des citoyens, se demandent réellement dans quelle galère la ville de Tournai va se fourrer en acceptant la mise à grand gabarit de l'Escaut sachant que la Lys qui rejoint l'Escaut est, elle, déjà presque navigable pour ces grandes péniches.

Les autoroutes A8 et E42 ont apporté une liaison directe avec la ville des cinq clochers et ses zones industrielles et sont favorables au tourisme, mais l'Escaut à 2.500 tonnes (voire 3.000 tonnes) n'apportera rien de plus que la liaison TGV qui a été construite voici quelques années. Comme les vaches, les Tournaisiens regardent filer les trains, comme les crabes, ils verront passer les bateaux !

L'Optimiste pense que beaucoup d'eau coulera encore sous le Pont des Trous avant qu'un projet soit adopté, à moins qu'il ne soit imposé par une volonté extérieure !

(sources des informations : le Courrier de l'Escaut)

16 juin
2011

09:00

Tournai : l'année 1932 sous la loupe (2)

Au 31.12.1931, la ville de Tournai et ses faubourgs compte 36.391 habitants (17.153 hommes et 19.238 femmes). Parmi les 2.314 personnes qui ont été inscrites dans le courant de l'année, 2.065 provenaient d'une autre commune et 249 d'un pays étranger. 1.514 habitants avaient quitté la ville dont 1.290 pour une autre commune belge et 195 vers l'étrangers, les autres ayant été radiés. 560 enfants sont nés à Tournai (489 domiciliés dans la commune).

Ils sont de toutes les époques, les vols et le vandalisme occupent souvent la rubrique des faits divers. Ainsi, le 11 février, est relaté un vol commis dans un pavillon de la Croix Rouge installé à la Plaine des Jeux de l'avenue Bozière. Des vêtements, des objets divers destinés au plus démunis, des jeux pour enfants ont été emportés par le (ou les) voleurs qui dégrade(nt)également le matériel de sport. Même les trousses de secours ont été vidées de leur contenu. Comme on le constate, en quatre-vingt ans, les mentalités ont subi peu d'évolution. La nuit du 14 au 15 septembre, un vol est commis dans la cathédrale. Vers minuit trente, la fille du bedeau qui habite une maison jouxtant le bras gauche du transept entend un bruit, un homme vient de franchir les grilles, a escaladé les murs jusqu'à une hauteur de 5 mètres le long d'une descente d'eau et a brisé un vitrail. La police a été avertie discrètement par le bedeau réveillé par sa fille. Les policiers commencent une fouille méthodique de l'édifice, ils retrouvent l'homme tapi dans un placard du jubé. L'individu, âgé d'une trentaine d'années, est originaire d'Halluin dans le Nord de la France et dit être venu à Tournai afin de se faire engager par le cirque De Jonghe qui a installé son chapiteau sur la Grand'Place dans le cadre de la kermesse de septembre. Juste avant l'arrivée des agents de police, il avait eu le temps de fracturer certains troncs. Il sera arrêté et conduit au commissariat de la rue Garnier toute proche. L'histoire ne nous dit pas si le cirque De Jonghe l'a engagé, par la suite, comme acrobate !

Fait divers beaucoup plus tragique, le 9 juin, il a pour cadre le café-hôtel de la Tranquillité, à la rue des Puits l'Eau. Un sergent du 5e Bataillon de mitrailleurs âgé de 25 ans a l'habitude de s'y rendre pour souper. En cette soirée de juin, il est venu accompagné d'un autre militaire. Le patron est sorti et la patronne doit s'absenter quelques instants pour une rapide commission. C'est donc la fille adoptive des tenanciers qui va s'occuper du client. C'est une jeune orpheline de 19 ans, d'origine hongroise, que le couple a recueillie. Le soldat la suit dans la cuisine et soudain plusieurs coups de feu retentissent, la jeune fille est touchée à bout portant et s'écroule. Son meurtrier s'enfuit, abandonnant son arme, et va se livrer à la police. Interrogé, il invoquera ces quelques mots pour excuser son geste : "je l'aimais trop". Il n'avait pas admis que la jeune victime n'accueille pas favorablement ses demandes maintes fois présentées.

Durant cette année 1932, on parle encore de deux tableaux tournaisiens partis à Paris. Il s'agit des oeuvres d'Edouard Manet, "Argenteuil" et "Chez le père Lathuille" qui ont été prêtées par le musée des Beaux Arts pour une rétrospective de ce peintre qui se tient à l'Orangerie des Tuilleries, cette exposition attirera plus de 36.000 visiteurs. En contrepartie, le musée tournaisien reçoit, à titre temporaire, "La sagesse angélique" de Rogier de le Pasture et "le Martyr de Saint Sébastien" de Memling.

Du 20 au 23 mai, la Halle-aux-Draps accueille le salon de l'Automobile de Tournai. On peut y découvrir les nouveaux modèles des marques Opel, Chevrolet, Buick et Cadillac. La Chevrolet est équipée de la toute nouvelle transmission "Synchro-Mesh" silencieuse avec possibilité de roue libre facultative, la Buick est équipée de la "commande magique". on n'arrête pas le progrès ! Les camions sont aussi présents grâce à Bedford, Blitz, GMC et Chevrolet.

Le 12 septembre, au-dessus des prairies de la ferme Lagache entre la chaussée de Lille et la chaussée de Roubaix se déroule, une nouvelle fois, un meeting d'aviation fort apprécié par les Tournaisiens et les nombreux amateurs venus du Nord de la France.

Des chantiers sont en cours à la cathédrale et sur la Grand'Place. Au coeur de l'édifice religieux, des fouilles sont menées par deux ouvriers carriers dans le but de découvrir si une crypte existe sous le transept. Après avoir retiré du matériau de remblai, ils découvrent à 5m30, ce qu'ils définissent comme étant la veine "dite d'Allain" dont on tire la matière pour faire des moëllons. A moins 8m90, il découvre la roche, recouverte de 10 à 15 centimètres d'eau. Leurs conclusions : ils n'ont pas découvert de crypte mais estiment que la cathédrala a été construite sur une sorte de colline rocheuse complétée par du remblai. Ils ont trouvé dans celui-ci des débris de tumulus, des tuiles et des poteries datant de l'époque gallo-romaine. Sur la Grand'Place on rénove les dorures de la Halle-aux-Draps et de la grange aux Dîmes (connu alors sous le nom du café des Brasseurs). La statue de Saint-Martin reçoit une nouvelle polychromie. Un lecteur s'insurge, il considère que cette opération est onéreuse et qu'il ne faut pas confondre "Tournai, ville d'Art" avec "Tournai, ville d'Or". Il y a toujours des opposants aux intiatives prises !

Terminons par une pensée pour ceux qui attendent, en cet été 2011, la pluie avec impatience. Sachez que le 31 mars 1932, la pluie tombe pour la première fois depuis plus de deux mois et, si elle fait faire grise mine aux écoliers qui vont être en congé, elle réjouit les agriculteurs du Tournaisis.

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, manet, cathédrale notre-dame, faits divers, fouilles |

14 juin
2011

16:28

Tournai : l'année 1932 sous la loupe.

Au niveau international, un évènement important auquel on ne prête pas assez d'attention va se dérouler le 31 juillet, à la suite des élections législatives qui se déroulent en Allemagne, le parti national-socialiste devient le premier parti à la Chambre. En France, le 29 octobre, on assiste au lancement du paquebot "Normandie".

L'année 1932 va voir l'organisation de deux scrutins en Belgique : les élections communales et législatives, les premières ont lieu le dimanche 9 octobre, les secondes, le dimanche 27 novembre. On apprend, le 20 juin, que la Belgique, la Hollande et le Luxembourg envisagent la formation d'une union douanière. Le 28 juin, le roi signe une loi relative à l'emploi des langues en matière administrative. L'utilisation de la langue de la région est désormais obligatoire en Flandre et en Wallonie. Les hauts fonctionnaires reçoivent un adjoint linguistique et les communes bruxelloises peuvent choisir la langue de l'administration interne mais les formulaires doivent être obligatoirement établis dans la langue de la personne concernée. Le 7 octobre, apparaît le Vlaamsche Nationalist Verbond (en abrégé le VNV), le 14 octobre, le gouvernement met en garde les gouverneurs des provinces flamandes contre les activités du Verdinaso. Le 22 octobre, le nouveau gouvernement issu des élections du 9 est formé, il s'agit d'une coalition libérale-catholique dirigée par le catholique Charles de Broqueville. En novembre, le pays est confronté à une grave crise économique attendue après les "années folles", à une récession aggravée par une politique de déflation. On assiste à une chute des exportations, à un chômage croissant et à une charge des allocations sociales de plus en plus importante (on dépasse le milliard de francs de l'époque). La politique de déflation est critiquée par beaucoup d'économistes et est à l'origine d'importants mouvements de grève notamment dans les charbonnages.

Au niveau politique à Tournai, on assiste, dès le mois de septembre à des attaques incessantes du Courrier de l'Escaut à l'encontre des partis libéral, socialiste et communiste. Le résultat des élections communales est fêté par le parti catholique qui les remporte. Sur 23.411 votants, il obtient 9.562 voix, pour 7.038 aux Socialistes, 5.032 aux Libéraux et 450 aux Communistes. Mr Wibaut, le borgmestre sortant (catholique) peut s'enorgueillir de 1.571 voix de préférence, pour 880 à Jules Hossey (socialiste). Les socialistes et les libéraux reconduisent le cartel conclu lors de la mandature précédente. Lors des élections législatives, dans le canton de Tournai-Ath, les socialistes récoltent 31.615 voix, les catholiques 24.830, les libéraux 12.977, les "agraires" 2.897 et les communistes 948 voix. Mrs Carton et Haustrate pour les catholiques, Caulier et Hossey pour les Socialistes et Janson pour les libéraux représenteront le canton à la Chambre des représentants.

L'affaire des tableaux a enfin trouvé une issue favorable. Un ultime combat est mené, au début de l'année, par le conseil communal de Bruxelles, le libéral Denot demande que l'administration communale de la capitale transmette aux chambres législatives une demande pour que les deux tableaux réclamés par Tournai soient maintenus dans le musée ancien de Bruxelles. Les édiles refusent de signer une motion mais font parvenir cette information au ministre des Sciences et des Arts. Quelques jours plus tard, le Sénat émet un rapport favorable à la demande de restitution introduite par la cité des cinq clochers. En mars, les tableaux sont de retour, après 138 ans, et sont installés dans la chapelle du Saint-Esprit de la cathédrale Notre-Dame. Le conseil provincial adressera une lettre au bourgmestre de Tournai félicitant le travail opiniâtre de ceux qui se battirent sans relâche, au-dessus de tous les clivages politiques, pour la récupération de ces oeuvres inestimables qui enrichissent les collections du Hainaut. Le pot de terre (Tournai) avait vaincu le pot de fer (Bruxelles) et l'arrogance de la capitale (se croyant alors constituée de l'elite de ce pays) à l'égard de la province (la considérant comme habitée par des bouseux) en avait pris un coup sérieux.

On parlera encore de Notre-Dame durant cette année 1932. Le dimanche 24 janvier, la rue des Chapeliers, totalement rénovée, est rendue à la circulation automobile. Cette voie facilite désormais la liaison Nord-Sud de traversée de la ville. C'est le point final au grand projet de dégagement de la cathédrale initié depuis plus de trente ans. Une vue inédite sur les cinq clochers et le beffroi s'offre désormais aux passants. Dans les jours qui suivent, la presse se fait l'écho de jugements de particuliers quant à cette réalisation. Certains préconisent de démolir les cinq immeubles qui subsistent à l'angle du Vieux Marché aux Poteries pour que l'édifice soit totalement dégagé, d'autres y sont opposés et réclament même la reconstruction rapide d'immeubles au gabarit moins élevé de façon à rendre cette rue attractive, pelouses et verdures lui donnant un aspect peu vivant en dehors du samedi, jour du marché hebdomadaire. Certains souhaiteraient la plantation d'arbres, d'autres considèrent cela comme une hérésie. Un lecteur suggère même de débarrasser toutes les vieilles églises des constructions banales accrochées à leurs flancs quand elles ne présentent aucun intérêt artistique ou archéologique. Manifestement la sacristie de la cathédrale est montrée du doigt, la raser permettrait de mettre en évidence la rotonde de la chapelle. Depuis des siècles, toute transformation décidée par les pouvoirs publics est sujette à des levées de boucliers de personnes favorables ou défavorables au projet. Il en va ainsi au sein d'une démocratie. (à suivre).

 

12 juin
2011

17:30

Tournai : les noms des rues, témoins de l'histoire (11)

Nous restons dans le quartier Saint-Jacques et nous abordons maintenant la rue Blandinoise.

Tout comme la rue Frinoise (altération de Froyennoise) tire son nom du fait qu'elle mène à la porte ouvrant vers le village de Froyennes, la rue Blandinoise tient le sien de la porte qui menait à Blandain, village situé à quelques kilomètres de la cité des cinq clochers. Elle relie la rue des Augustins à la place de Lille. On y trouve la salle du "Forum". Inaugurée en 1927, elle fut tout d'abord une salle des fêtes au sein de l'institution dirigée par les Jésuites créée pour les remises des prix, les pièces de théâtre montées par les collégiens ou l'une ou l'autre projection de films dans le cadre scolaire, ce n'est qu'en 1953 qu'elle sera ouverte au public, un cinéma où sera organisée une programmation dominicale. Bozière nous dit que jusqu'au XVIe siècle, cette rue avait une apparence rustique car composée de maisons encore couvertes de paille. Lors d'un incendie qui éclata en 1478, dans la rue Del Val, au faubourg de Lille, non loin de la maladrerie du Val d'Orcq, des flammèches chassaient par un vent violent mirent en danger les maisons situées entre la tour Blandinoise et celle du Bruil. En 1543, pour éviter la propagation rapide des incendies, les Consaux décidèrent d'interdire les toits de chaume à l'intérieur de l'enceinte communale. Jusqu'à son transfert au parc d'activités économiques d'Orcq, la maison Marquette qui produit les célèbres "gaufres de Tournai" y avaient un magasin.

Reliant la place de Lille à l'église Saint-Jacques, la rue des Carmes, jadis appelée rue Royelle ou Royère tient son nom de religieux qui y vécurent. Des Carmes déchaux s'établirent en 1625 dans l'hôtel de la Howardrie. Après leur départ, la maison fut transformée en maison d'arrêt. Dans le haut de la rue jusqu'au début des années soixante existait un couvent de soeurs franciscaines qui accueillaient, en pension, des personnes âgées aisées. A sa fermeture, les résidentes furent transférées au couvent des Soeurs de Marie Réparatrice à la chaussée de Lille, lui aussi fermé quelques années plus tard et abritant désormais une école technique secondaire. En face de l'ancien couvent des franciscaines, on trouve l'école fondée par les religieuses de l'ordre des Ursulines tandis que sur le même trottoir se trouve l'école Normale de l'Etat. La rue des Carmes se présente sous la forme d'une rue pavée, en pente assez marquée. Grâce à son aspect de rue ancienne, elle servit de décor, au printemps 2011, du tournage d'une film réalisé par un jeune Français qui sortira au début de l'année prochaine.

Au bas de la rue des Carmes, la reliant à la rue des Bouchers Saint-Jacques, la rue du Mont de Piété, évoque l'existence en cet endroit de cette maison de prêts sur gages construite en 1618, sur des dessins de Wencelas Coeberger, architecte des archiducs Albert et Isabelle. Le Mont-de Piété a disparu, dans ses bâtiments est établi le Musée d'Histoire de Tournai, inuaguré en 1953. Elle se présente sous la forme d'une ruelle mal pavée, sans habitation, bordées de hauts murs.

La rue des Bouchers Saint-Jacques, anciennement dénomméee rue au Viel, mot qui signifie "veau" dans  langue romane, est parallèle à la rue des Carmes. Située pas bien loin du marché aux vaches qui se tenait sur l'actuelle place de Lille avant d'émigrer à la rue Perdue, on y vendait les veaux. Avec la rue des Bouchers (Saint-Brice), la rue des Bouchers (Saint-Jacques) étaient surtout habitée par des hommes exerçant cette profession. Au bas de la rue des Bouchers Saint-Sacques, au fond d'un jardinet protégé par une grille, l'Hôtel d'Alcantara est bien connu notamment des gens du spectacle qui font escale à Tournai.

Au bas de la rue des Bouchers Saint-Jacques, la rue Hespel évoque la mémoire des deux auteurs tournaisiens de langue wallonne : Arthur (1863-1937), fondateur du Royal Théâtre Wallon Tournaisien et son fils Edgard (1902-1973). Fondée en 1898, la compagnie théâtrale cessa d'exister au milieu des années soixante.

La rue Piquet (ou Picquet) reste une énigme. Doit-elle son nom à une famille qui y résida jadis ou à l'enseigne d'un établissement qui s'y trouvait représentant un piquet, une sorte de faux utilisée par les moissonneurs jadis ? Très étroite, les petites maisons qui s'y trouvent ont été pour la plupart restaurées durant ces dernières années et lui donnent un aspect intemporel. D'autres enseignes ont également été à l'origine des noms des rues du Grain d'Or et du Louvre.

La rue du Palais Saint-Jacques portait déjà ce nom au XVe siècle. Une maison destinée à abriter les pélerins en route vers Compostelle s'y trouvait jadis. Est-elle à l'origine de ce nom ou, comme le pense Hoverlant, le palais désigne-t-il le choeur de l'église, là où se trouve le tabernacle considéré comme la palais qui renferme le ciboire ? A moins qu'il ne rappelle l'existence du mur d'enceinte du cimetière Saint-Jacques qui entourait l'église composé de pieux dit" palis", mot ayant formé celui de palissade ? 

Jadis, la rue du palais Saint-Jacques rejoignait le Floc à Brebis, mais la section entre la rue des Carmes et la rue des Augustins a pris nom de rue des Soeurs Noires en rappel du couvent de cet ordre religieux qui s'y trouvait jadis et qui a fait l'objet d'articles dans le présent blog.

Terminons par une étroite ruelle pavée qui relie le bas de la rue des Bouchers Saint-Jacques à la rue Perdue, elle porte le nom de rue des Cloches. Jadis, elle s'appelait rue du Sart (un mot qui désignait soit un champ, soit un nom de famille). Dans un acte de 1602, on peut lire : "Messire Louis de la Capelle, a vendu une rente, sur une maison gisant en la rue des Bouchers Saint-Jacques où pend pour enseigne la cloche, tenant à l'héritage Michel La Haize et faisant coin de la rue des Cloches".

Pièce par pièce, comme pour un puzzle, la petite et la grande histoire de la ville se recompose par la recherche de l'origine des noms des rues, nous allons continuer vers l'ancien quartier de la Madeleine, où d'autres noms vont nous surprendre !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et souvenirs personnels)

 

17:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, carmes déchaux, forum, école des ursulines |