31 mars
2011

18:05

Tournai : le rieu de Barges.

Avant son entrée à Tournai, à la limite du village de Chercq et de la cité des cinq clochers débouche le rieu de Barges qui vient se perdre dans l'Escaut pratiquement à la hauteur des Ateliers Louis Carton.

Ce ruisseau prend sa source sur le territoire de Bachy, village frontalier français, il entre rapidement en Belgique et, à Esplechin, reçoit celui de Maraîche. C'est là qu'il prend le nom de rieu de Barges. Quittant Esplechin, il rejoint Froidmont, Willemeau, Ere, Saint Maur et Chercq où il longe la rue Carlos Gallaitavant de passer sous la chaussée d'Antoing. Il sépare géographiquement le village de Chercq de la ville de Tournai. 

Caractérisé par sa quiétude, coulant lentement au sein d'une campagne verdoyante dépourvue d'industries, il peut parfois être pris de fureurs aux jours d'orages ou quand les pluies le gonflent soudainement, il se transforme alors en un torrent tumultueux, quittant son lit, débordant sur les voiries et envahissant les maisons riveraines.

La consultation des articles de presse de différentes époques nous renseigne que ces inondations ont toujours existé à Ere mais que depuis quelques années elles sont plus fréquentes et nettement plus importantes. Il y a différentes raisons à ce phénomène auquel doivent faire face les responsables communaux pour adapter des solutions : des pluies plus abondantes que certains attribuent au réchauffement climatique, une urbanisation qui s'est lentement développée, un curage parfois défaillant, un changement des habitudes de labourage par les agriculteurs, une canalisation du site trop étroite à la place de Willemeau qui était souvent bouchée et, surtout, la modification importante qu'a subi le bassin hydrologique lors de la construction, il y a une dizaine d'années de la ligne TGV. Conscients de ce problème de modification de l'écoulement des eaux, ceux qui pensèrent la ligne de chemin de fer émirent l'idée de la création d'un bassin d'orage, projet qui resta, malheureusement, dans les cartons, probablement pour ne pas grever un budget déjà colossal.

Les graves inondations du mois d'août 2005 ont révélé ces problèmes, de la place de Willemeau au Pont à Rieu à la limite de Saint Maur et de Tournai, nombreuses furent les habitations envahies par les eaux. A la suite de cette situation catastrophique pour les habitants, des mesures ont été prises : nettoyage du passage sous la place de Willemeau, stabilisation des berges par la pose de moellons retenus par des grillages, curage du site. A cette occasion, on retira de ce petit ruisseau un frigo, une baignoire, des déchets ménagers et de jardins et même une tête de mouton, preuve d'un manque évident de civisme des gens (comme cela avait été constaté le long du rieu d'Amour).

La province y développa le système SAPHIR (Système d'Alerte et Prévention du Hainaut des Inondations par des Ruisseaux). Des capteurs constatent l'élévation du niveau des eaux, transmettent l'information et les riverains qui le désirent son avertis par SMS, ils peuvent ainsi prendre toutes les mesures qui s'imposent : la pose de sacs de sable et la mise en hauteur du mobilier. Ces mesures ont permis de réduire de façon importante les risques lors de la crue de novembre 2010.

Pour mieux connaître ce charmant coin du Tournaisis, l'ASBL "Cercle d'Histoire de la Vallée du rieu de Barges" a vu le jour. Elle organise des conférences, expositions, promenades découvertes, circuits de marches et même une ducasse annuelle. C'est qu'il y a des lieux à visiter et une histoire à apprendre le long des berges du ruisseau.

L'église Saint-Amand à Ere, mérite le détours, elle date du XIe siècle, de style roman, elle aurait été édifiée à l'emplacement d'un temple gallo-romain dédié à Minerve, la déesse de la Sagesse et des Arts. Le château des Seigneurs d'Ere a accueilli le Maréchal de Saxe en 1745, quelques jours avant sa victoire à la bataille de Fontenoy. Le couvent des Pères passionistes, venus au XIXesiècle d'Italie, érigé en 1843 avec sa chapelle en plus pure style italien aux murs et plafonds peints a accueilli ceux qui voulaient être guéris de la coqueluche. Il a été racheté, il y a une quinzaine d'années, par un institut d'enseignement spécialisé pour personnes handicapées. Un manège et une ferme thérapeutique y ont été créés par l'ASBL "Au Détour du Possible". Le bois d'Ere, où tout jeunes nous allions cueillir, au printemps, les gringottes (jonquilles) ce qui est désormais interdit est le point culminant du village à 75 mètres. Le hameau de Barges qui a donné son nom au rieu possédait jusqu'après la seconde guerre mondiale un moulin à eau. Dans les champs, vers Tournai, les bâtiments à l'abandon de l'ancienne Briqueterie Mécanique d'Ere, déjà en activité au XIXe siècle et qui a cessé ses activités en 1972 se dressent, témoin de la seule activvité industrielle dans ce milieu rural. Au Pont-à-Rieu, une carrière inondée est devenue le lieu privilégié des adeptes français et belges de la plongée. On pourrait encore citer d'autres lieux à découvrir !

Le rieu de Barges, un ruisseau bien tranquille qui, à l'image du grand fleuve de Don Camillo, nous raconte des histoires sur la vie locale.

30 mars
2011

18:04

Tournai : le rieu d'Amour.

Lors de son passage dans la cité des cinq clochers, l'Escaut s'enrichit des eaux de trois rieux. En amont, à hauteur de Chercq, il reçoit celui de Barges, un ruisseau qui prend sa source entre les villages frontaliers de Bachy (France) et d'Esplechin (Belgique), à quelques centaines de mètres de la frontières française. A son arrivée dans le quartier Saint-Jean, c'est le rieu d'Amour qui vient s'y jeter tandis qu'en aval, à hauteur de Froyennes, il récupère les eaux du rieu de Maire.

Le rieu d'Amour, une dénomination poétique qui évoque ces couples d'amoureux qui devaient probablement se promener le long de ses berges, elle, en robe longue à crinoline et portant ombrelle, lui, en costume trois pièces, coiffé d'un canotier. Les couples romantiques des années folles ont aujourd'hui disparu, les jeunes préfèrent, durant les nuits, l'ambiance embrumée et bruyante des discothèques à la balade vespérale dans nos campagnes et, il faut malheureusement le constater, le rieu d'Amour n'est plus l'endroit bucolique où il faisait bon flâner.

Ce petit ruisseau prend sa source dans les collines situées au Nord-Est de Tournai, sur le territoire de Béclers. Sans se hâter, il se dirige vers Havinnes, un village qu'il partage en deux, Rumillies où il accueille le "Folet" et arrive à Warchin, un village sur lequel vous pouvez vous documenter en lisant le blog de Jacques : http://warchin-varcinium.skynetblogs.be/.

Après les terribles inondations qui marquèrent le début de l'année 1926, les autorités communales chargèrent un groupe d'experts des voies hydrauliques de leur faire rapport sur ce rieu. Voici le rapport qu'ils rentrèrent :

"A Warchin, le rieu d'Amour passe sous les trois voies de chemin de fer, celle de Tournai-Bruxelles, de Tournai-Mons et de Tournai-Douai (aujourd'hui disparue). A proximité des chaudronneries Meura, il reçoit le ruisseau de Warchin. Il longe ensuite la tannerie Constant-Heinen, disparaît sous une voûte et réapparaît le long des écoles communales. A cet endroit, à l'aplomb de la haie de clôture de l'école, il n'est plus visible, il passe sous l'école, sous le boulevard de ceinture de la ville et aboutit où coulait jadis, la "petite rivière", un égout à ciel ouvert, comblé au début du vingtième siècle pour des raisons de salubrité. Sous celle-ci, le rieu d'Amour passait en siphon, un trop-plein déversant par temps de crue, dans la petite rivière, la quantité d'eau que le siphon ne pouvait absorber. Le comblement de la petite rivière a donc eu des conséquences fâcheuses lors de fortes averses ou de pluies continuelles. Le rieu d'Amour, toujours souterrain, traversait la rue de Marvis, passant sous les habitations, sous celles de la rue des Croisiers, le long des Ateliers Electro-Techniques, la rue des Six-Filles, traversait sous la propriété des Dames carmélites, la rue Saint Jean et débouchait par une voûte dans l'Escaut à hauteur de la place Saint-Jean (actuelle place Gabrielle Petit). En 1909, la première crue qui survint après le comblement de la "petite rivière" fut à l'origine des inondations au faubourg Morel et dans les habitations des rues des Croisiers et Saint-Jean. Suite à celle de 1926, certains suggérèrent de dévier le rieu par les boulevards, mais le coût du chantier de l'ordre d'un million et demi de francs fit reculer les responsables. Ils optèrent pour la solution de l'entretien régulier du ruisseau, sur toute sa longueur, en y retirant les racines, les branches d'arbres, les plantes aquatiques et les buissons qui risquaient de faire obstacle à son bon écoulement".

Aujourd'hui dans le triangle formé par les rues Jean Baptiste Carnoy, de l'Hôpital et Germaine Devalet, une zone de marais et de friches permet le débordement du rieu d'Amour empêchant ou retardant les inondations des zones habitables à Warchin. Hélas, le manque récurent de civisme des citoyens voit ses berges envahies par les canettes, les bouteilles et autres déchets que des gens sans scrupules déversent régulièrement. Ce lieu dit "les Prés d'Amour" abrite une flore et une faune exceptionnelle pour notre région. Saulées, roseilières, prairies humides où poussent la cardamone et le jonc, un habitat pour les tritons alpestres ou crêtés, les lézards, les batraciens, la libellule à ailes bleues, les râles d'eau. Un martin-pécheur y a, parfois, été observé.

A Tournai, lors de violents orages, les maisons de la rue des Croisiers et les caves de celles de la rue Galterie Saint-Jean sont encore régulièrement inondées. Le rieu d'Amour ne peut-être, comme par le passé, rendu responsable de ces désagréments pour les habitants. La cause est, plus probablement, à rechercher dans l' importante urbanisation qui a eu lieu ces cinquante dernières années. La création de résidences comme celle du Luchet d'Antoing et la construction de nouvelles maisons à la Galterie Saint-Jean, non seulement, amènent de nouveaux déversements d'eaux usées mais privent le sol de terres qui absorbaient les pluies, envoyant désormais le tout dans des canalisations d'égout dont le diamètre n'est probablement plus prévu pour une telle quantité d'eau en quelques heures.

Dans le prochain article, nous évoquerons le rieu de Barges qu'un comité de passionnés d'histoire essaie de protéger.

(S.T. mars 2011)

18:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, rieu d'amour, warchin, inondations |

29 mars
2011

09:28

Tournai : l'année 1926 sous la loupe (2)

Tout au long de cette année 1926, on devine, à travers la presse, que les élections d'octobre sont attendues avec impatience par les électeurs catholiques qui veulent mettre fin au cartel formé par les libéraux et les socialistes. Plus le temps passe, plus le Courrier de l'Escaut se montre véhément envers la majorité en place, les attaques fusent à quelques jours du scrutin.

Le dimanche 10 octobre, les urnes livrent leurs résultats : le parti catholique avec 9.789 votes obtient douze sièges, le parti socialiste 5.216 voix et 6 sièges et le parti libéral 4.982 voix et 5 sièges. Une liste dissidente, le Mouvement Socialiste, n'obtient que 986 voix et aucun siège. En ce qui concerne les voix de préférence, le bourgmestre sortant, le catholiqueEdmond Wibaut, recueille 951 voix pour 395 au socialisteVictor Deron et 372 au libéral Albert Asou.

Le conseil Communal de décembre 1926 va dénommer "rue Georges Rodenbach", la partie de voirie située entre la rue Saint-Eleuthère et le Chemin 47 (dit de la cense Lagache) où sont construites des habitations à bon marché, propriétés du Logis Tournaisien. Nous évoquerons la figure de cet avocat poète et romancier prochainement dans la rubrique "origines des noms des rues de Tournai".

En avril, les lecteurs du Courrier de l'Escaut prennent position en ce qui concerne l'édification du monument en hommage au baryton tournaisien Jean Noté décédé le 1er avril 1922. Un concours a été organisé par le comité qui a été chargé de sa création. Les juges sont taxés de chauvinisme car les projets ne pouvaient être remis que par les seuls sculpteurs tournaisiens. Un lecteur se dit outré du rejet des artistes étrangers et notamment français puisque c'est à l'Opéra de Paris que le baryton a connu le succès. L'emplacement où sera érigé le monument fait aussi l'objet d'un important courrier adressé au journal. Celui qui est suggéré par le comité à la place Rogier de la Pasture est contesté : "il sera la cible des autos dévalant (!) de la rue Roc Saint-Nicaise" écrit l'un, "la place est beaucoup trop étroite pour le loger en son centre", écrit un autre, "le conseil communal a débaptisé la rue Prévost située à une centaine de mètres pour la dénommer rue Jean Noté, il faut donc le mettre ailleurs" suggère un troisième en proposant le petit terre-plein face à la Banque Nationale à la rue Royale. Le monument a fait l'objet d'une souscription et l'argent a été judicieusement placé en fonds publics dans l'attente de sa réalisation.

Deux compte-rendus de faits divers choqueraient les lecteurs de notre époque par les expressions utilisées et les détails fournis.

Il y a tout d'abord cet incident survenu en ville avec un cheval qui avait pris le mors au dent. Un transporteur l'avait laissé à la rue des Carmes. Effrayé par le bruit des travaux du chantier de l'Ecole Normale, l'animal est parti au galop et a tout d'abord fracassé la vitrine d'un magasin situé près de l'église Saint-Jacques. Une vendeuse fut légèrement blessée par les éclats de verre mais fortement commotionnée par l'irruption du cheval sur son lieu de travail. Se dégageant, la bête repartit de plus belle vers la rue de Courtrai où elle prit pour cible un café, démolissant les vitres, retournant tables et chaises. Dégoulinant de sang par les nombreuses blessures qu'il s'était occasionnée, l'animal se dirigea vers la cathédrale mais, affaibli, par les hémorragies, s'affala sur le sol. Un boucher voisin lui donna le coup de grâce au moyen d'un pistolet. La relation était bien plus dramatique que celle que je viens de faire, le journaliste dressant un tableau horrible des faits. On ne faisait pas du sensationnel, on traduisait simplement les évènements tels qu'on les avait vécus.

Les termes utilisés pour relater l'important incendie survenu à l'asile d'aliénés et les circonstances de celui-ci sont également difficilement compréhensibles à notre époque. Le voici :

"Cet après-midi, vers 4 h00, le feu s'est déclaré, on ne sait comment, dans un bâtiment très vaste situé au fond de l'asile d'aliénés et réservé aux furieux, aux agités et à un certain nombre de malades mentaux... il n'y a pas eu de victimes. Les autorités communales se sont rendues sur les lieux en compagnie de la gendarmerie et de la troupe (!). Le bâtiment long de près de 150 mètres devra être détruit. Dans la soirée, au moment où nous écrivons cet article, le feu fait toujours rage, les lueurs rougeoyantes sont visibles en ville. Il y avait environ 90 agités et 76 gâteux que les Frères de la Charité, gestionnaires de l'établissement, sont parvenus à évacuer. Les malades, agités et gâteux ont été mis en sécurité, on ne dénote heureusement aucune évasion. Les agités ont été transférés par ambulance de la Croix Rouge et de l'armée à la maison d'arrêt où ils resteront tant qu'une solution ne sera pas trouvée".

Je ne pense pas qu'on agirait de la sorte aujourd'hui et qu'on utiliserait de telles expressions comme furieux, agités, gâteux dans l'article de presse et la troupe serait-elle encore envoyée pour ceinturer l'établissement ?

Prochainement nous reprendrons la chronologie en parlant des évènements de l'année 1928.

  

 

27 mars
2011

18:35

Tournai : l'année 1926 sous la loupe.

Merci à Jacques d'avoir remarqué que le résumé de cette année 1926 n'avait pas été publié.

L'actualité internationale nous renseigne que l'Allemagne entre officiellement à la Société des Nations le 8 septembre, qu'en France, Raymond Poincarré fait son retour à la tête d'une gouvernement d'union nationale, le 23 juillet et que le psychothérapeute Emile Coué décède le 2 juillet. En août, pour la première fois, une femme, l'américaine Gertrud Ederle, réussit la traversée de la Manche à la nage, partie de France, elle atteint les côtes anglaises en 14h32.

La fin de l'année 1925 est caractérisée par un véritable déluge et, partout en Belgique, le passage à l'an neuf se fait les pieds dans l'eau. Les villes de Liège, Charleroi, Gand sont inondées. A Jemappes, près de Mons, plus de 420 maisons sont envahies par l'eau. Dans les campagnes de nombreux villages sont isolés. On surveille les digues dans le Limbourg par crainte d'une rupture. De nombreux habitants se déplacent en barque tandis que dans le Borinage certaines mines inondées sont fermées. On cite différentes sources annonçant des disparus à Liège et en Flandre.

Le 8 mai, on assiste à une dépréciation importante du franc belge en raison du non-paiement par le Reich allemand des montants prévus pour les dommages de guerre. On constate une fuite des capitaux. Le gouvernement Poullet-Vandervelde n'a d'autre issue que la démission. Le 25 mai, une tripartite dirigée par Henri Jaspar est composée, elle est confrontée à un déficit énorme et à une dette flottante près de douze fois plus importante. Le roi Albert Ier fonde sur ces nouveaux dirigeants l'espoir de voir s'estomper peu à peu l'instabilité économique et les dernières conséquences de la guerre. Le gouvernement va réussir ce défi mais à un prix fort par des souscriptions volontaires, l'abandon de créances sur l'Etat, la levée d'un milliard et demi d'impôts nouveaux, la dénationalisation des chemins de fer qui devient la Société Nationale des Chemins de Fer. Le 25 octobre, le pays est sauvé de la faillite et une nouvelle unité monétaire est créée, le Belga, qui vaut 5 francs !

Au mois de novembre Léopold de Belgique épouse Astrid de Suède, le mariage religieux est célébré par le cardinal Van Roey qui a succédé au cardinal Mercier, mort au mois de février.

Une loi est votée et entre en application par la promulgation de l'Arrêté Royal, le 24 juillet 1926, pour assurer la tranquilité publique, tous les cafés, salons et établissements publics doivent fermer à une heure du matin.

A Tournai, l'année débute les pieds dans l'eau. L'Escaut déborde en amont et en aval de la ville, son débit est tel que toute navigation est devenue impossible. Au coeur de la cité, de nombreuses caves des deux rives du fleuve sont inondées parfois à bonne distance de celui-ci. Le village de Warchin est totalement envahi par les eaux, le chemin 55 au faubourg Morel disparaît sous quelques centimètres d'eau. Au Bas-Follet, un fermier, Mr. Semet, doit évacuer précipitemment sa ferme tandis qu'à Froyennes, la circulation du tram est interrompue entre le faubourg de Maire et le centre du village. L'église Saint-Nicolas est située en contrebas de la rue du Château, pour y accéder, il faut descendre quelques marches, les offices ont lieu dans le choeur et les fidèles y accèdent par un chemin fait de planches et de madriers.

Le vendredi 20 janvier, le Cercle des XV organise une soirée philanthropique de chants et de musique, au cinéma Palace. Les bénéfices sont versés à l'oeuvre des inondés. Le prix des places était de 5,3 et 2 francs, par comparaison, sachez que le prix du pain d'un kilo était de 2,5 francs et le journal vendu 20 centimes. L'Union Civique procède quant à elle à une collecte de vêtements, de couvertures et de vivres en faveur des très nombreux sinistrés.

Si la pluie s'arrêtera de tomber vers la mi-janvier, elle fera place à la grêle et au froid ce qui va compliquer la vie des personnes dont les maisons ont été envahies par les eaux. De plus, il n'y a que sept ans que le premier conflit mondial est terminé et la pauvreté est toujours bien présente dans certains quartiers et dans les campagnes avoisinantes.

Comme nous le verrons dans le suite, en politique, l'année est marquée par les élections communales et par quelques faits divers bien représentatifs de l'époque.

18:35 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, inondations, escaut, cercle des xv, palace, froyennes |

25 mars
2011

17:55

Tournai : expressions tournaisiennes (115)

"I-n'feaudra pos in oblier eine" qu'Edmeond i-a dit à Fifinne occupée à faire s'nettiache.

J'vous veos d'jà ichi arriver ave vo questieon : "Eine quoi ?"

Bé eine horloche, ch'est pindant l'nuit d'saim'di à diminche qu'on cange les heures, eine histoire de seot qui feaut faire deux feos par an.

I-paraît que cha fait faire d'z'écolomies, ahais, pétête, mais alors d'bouts d'candelles. Pasque cha n'jeue que su l'meos d'mars et l'meos d'octope car à siept heures au soir les buréeaux i-seont d'jà serrés, dins les usines où on fait les trois feos huit cha n'cange pos grand cosse. Et ce que te n'dépinses pos l'soir, bé te le fais l'matin.

"Te sais, l'Optimisse, on a cangé no fusil d'épaule. Au début, in mille nuef chint septante-treos, on éteot biête (i-l'eont toudis été, cha au moinse, cha n'a jamais cangé) on s'leveot comme i l'aveot'tent dit, à l'télé, à deux heures au matin pou mette les horloches su treos heures. Comme i-a à l'maseon eine beonne dizaine d'pendules et d'révels, bé on d'aveot pou eine heure tout plein. In puque, je n'sais pos si t'as d'jà cangé l'heure d'un coucou, i-feaut l'faire canter toutes les demi-heures, cha fait quarante-huit feos, ch'éteot à d'venir seot. L'visin qui a l'sommel léger malgré l'tisane et les chinq témesta qui prind avant d'aller coucher, ch'éteot recta, l'lind'min au matin, i-m'diseot qui m'aveot intindu canger les heures pindant l'nuit. Comme mi j'sus spépieu, i-arriveot, à l'feos, que j'passeos ein peu au-d'zeur de l'beonne heure, on m'a toudis dit que ch'n'est pas beon de faire aller les aiwilles in arrière, alors j'orcommincheos, quarante-siept tours de cadran du heaut de m'n'éthielle (l'coucou, i-éteot mis au plafeond pou que les peomme de pin i-n'arriftent pos à tierre). On a du printe l'décisieon de n'pus ormonter ses poids et de l'laicher dins s'camuche ave l'porte toudis serrée. Cha va béteôt faire quarante ans que m'coucou i-n'cante pus (et l'reste avec qu'elle a dit Fifinne qui pinseot qu'on parleot d'eaute cosse). On s'éteot éveillé à deux heures (incienne heure) et on s'orcoucheot à quate heures (nouvelle heure). Ch'éteot in mars et in setimpe, asteur ch'est in octope qu'on orcule, béteôt cha s'ra in novimpe. I-paraît que ch'est les grands savants français (bé ahais, feaut pos rire, cha existe) qui aveot'tent busié à cha pasqu-i aveot'tent l'pépette de n'pus avoir d'pétrole. Au neom de l'liberté des gins, de l'égalité inter ceux qui veont ouvrer et de l'fraternité inter tertous, on devreot interdire à ces gins d'acore busier !"

Edmeond i-n'a pos tort, on a jamais su prouver combin d'écolomies on feseot ave parel système. Comme i-fait clair tard in été, on est pus lommint d'bout et on conseomme de l'élestrique

Fifinne, elle a eu l'meot d'la fin : " des ampoules écolomiques, cha coûte tchier quand on deot les acater et cha n'sert à rin, si ch'est pou n'pos les alleumer pindant l' mitan d'l'ainnée. Ein cang'mint d'heure parel, pou mi, ch'est seûrmint sponsorisé par Electrabel, ch'est ein véritape foutache de gins dit pa ein minteu comme ein arracheu d'dints, in nous f'sant acroire que cha nous fait gagner des liards, ch'est nous printe pou des riches colas".  

(lexique : oblier : oublier / nettiache : nettoyage / ichi : ici / veos : vois / horloche : horloge / saim'di : samedi / cange : change / seot : sot / écolomies : économies / pétête : peut-être / pasque : parce que / candelle : chandelle / jeue : joue / octope : octobre / serrés : fermés / grand cosse : grand chose / in puque : de plus / canter : chanter / visin : voisin / spépieu : minutieux, précis, méticuleux / au d'zeur : au-dessus / toudis : toujours / aiwilles : aiguilles / orcommincheos : recommençais / éthielle : échelle / à tierre : à terre / ormonter : remonter / laicher : laisser / l'camuche : le nid / s'orcoucheot : se recouchait / setimpe : septembre / orcule : recule / novimpe : novembre / busié : pensé / avoir l'pépette : craindre, avoir peur / inter : entre / tertous : tous / lommint : longtemps / l'élestrique : l'électricité / tchier : cher / acater : acheter / alleumer : allumer / la mitan : la moitié / cang'mint : changement / seûrmint : sûrement / ch'est ein foutache de gins : c'est une plaisanterie absurde / minteu : menteur/ ein arracheu d'dints : un arracheur de dents, par extension : un dentiste (jadis, sur les foires, des gens qui se proclamaient dentiste enlevaient les dents soi-disant sans douleur, une grosse caisse couvrait alors les cris du pauvre gars qui les avait écouté) / acroire : croire / gagner des liards : gagner de l'argent / colas : crétins, innocents, naïfs.

(S.T. Mars 2011)

17:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

24 mars
2011

17:15

Tournai : destins différents (2)

Contrairement aux églises de Sainte-Marie-Madeleine et de Saint-Nicolas, l'église des Pères Rédemptoristes (photo 29 de la colonne de gauche) a été récemment désaffectée. C'est à la fin du XXe siècle que les quelques pères âgés qui occupaient encore le couvent, devenu trop grand pour eux, décidèrent de l'abandonner pour se retirer dans un immeuble plus petit situé, à l'arrière, dans l'impasse de la rue du Cygne.

Le couvent trouva rapidement acquéreur en la personne d'un promoteur immobilier. Reconstruit au début des années cinquante, il ne nécessita qu'une modernisation pour le transformer en appartements confortables ayant vue sur l'Escaut ou sur le jardin intérieur, oasis de quiétude au centre de la ville. A la fin des travaux, deux années à peine après le départ des occupants précédents, tous les logements avaient trouvé propriétaires.

L'église quant à elle vit sa façade rénovée par une firme locale spécialisée, dans le cadre de la première phase des travaux des quais de la rive droite. Ses pierres nettoyées, ses ouvertures éclairées par des spots lui donnèrent un aspect flambant neuf s'harmonisant parfaitement aux petites maisons de style Louis XIV qu'elle avoisinait. 

Le portail avait été condamné par un cadenas et, c'est heureux, car mieux vaut ne pas montrer l'intérieur. Travaillant sur le quai, en face à celle-ci, j'ai vu arriver, au cours d'une journée de l'année 2001, un camion qui a déchargé un mini-bull. Au moyen de planches, on fit escalader par celui-ci les marches de pierre bleue. On devait apprendre par la suite qu'il s'agissait d'antiquaires hollandais agissant pour le compte du marché probablement américain. Ces rustres la dépouillèrent totalement de tout ce qui pouvait avoir une valeur sur le marché de l'Art de façon proprement scandaleuse, ne s'embarrassant pas de fioritures, arrachant le maître-autel, les confessionnaux, les bénitiers et les boiseries, transportant le tout dans le camion, emportant les oeuvres qui s'y trouvaient encore dans un nuage de poussière. Ceux qui avaient commandité un tel travail ne s'attendaient probablement pas à un tel pillage, à une telle mise à sac ! Après leur passage, les témoins qui purent admirer leur "travail" pensèrent se trouver dans un édifice ayant subi un bombardement ou un tremblement de terre. Des briques s'entassaient sur le sol, là où se trouvait l'autel, le plafonnage des murs avait été arraché laissant apercevoir par endroit les briques, la poussière résultant de leurs méfaits s'était déposée un peu partout.

Un premier projet a vu le jour, à la fin de l'année 2002, on songeait à transformer la partie inférieure de l'église en salle culturelle et à aménager à l'étage pour des appartements. On ne sait pour quelle raison celui-ci fit long feu. Dans le courant de l'année 2009, un bureau d'architectes bien connu sur la place de Tournai présenta un projet de transformation du bâtiment en de nombreux appartements tout en ne modifiant pas les façades si ce n'est pour agrandir des ouvertures. Une demande de permis de bâtir a été affichée et puis le silence est retombé. Importante restriction apportée par les anciens propriétaires, ceux-ci ne veulent pas que, comme cela se fait ailleurs, l'édifice soit destiné à l'Horéca, pas de restaurant donc, pas d'estaminet, pas d'hôtel, encore moins de discothèque et c'est heureux ainsi !

Cela fait maintenant dix ans que l'église est fermée, va-t-elle subir le sort de ses consoeurs tournaisiennes ? Seul l'avenir nous le dira !  

17:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, pères rédemptoristes, antiquaires |

23 mars
2011

11:34

Tournai : destins différents !

Encore un titre mystérieux, me direz-vous, deux mots pour appâter le lecteur !

En évoquant, dans un article récent, l'état déplorable de l'église Sainte-Marie-Madeleine, je n'ai pu m'empêcher de songer aux destins différents de deux autres édifices religieux désaffectés : l'église Saint-Nicolas et celle des Pères Rédemptoristes que les Tournaisiens appelaient les "Pères au quai" puisque les clochers de celle-ci se miraient dans les eaux de l'Escaut.

L'église de Saint-Nicolas, aussi parfois désignée sous le nom d'église du Château, s'appelait en réalité à l'origine Saint Nicolas du Bruille. On situe sa construction durant le moyen-âge et certains historiens la date de la fin du XIIIe siècle. Elle se compose de trois nefs et d'un choeur sans carole. Au fil du temps quelques chapelles y ont été ajoutées. L'environnement ayant été relevé les bases sont enterrées à plus d'un mètre. A l'angle de la rue du Château et de la rue du Curé du Château, un jardinet entouré d'une grille la jouxte. Vue de la place Verte, son clocher penche légèrement vers le Nord. Exemple de l'art gothique scaldéen, elle a été restaurée après la seconde guerre mondiale mais désaffectée au culte, il y a environ 45 ans. Laissée à l'abandon, elle est, elle aussi, devenue un refuge pour les colonies de pigeons sauvages. Le temps et les vandales ont aussi apporté leurs lots de dégradations. Etant plus basse que la rue, elle est sujette à des infiltrations d'eau et à de l'humidité ascensionnelle, le jaillissement d'une eau claire venant probablement d'une source a été constaté à l'endroit où des dalles de sol étaient manquantes dans le bas-côté gauche. La pompe automatique qui, jadis, évacuait l'eau a depuis bien longtemps disparue, les boiseries murales on été attaquées par l'humidité et par endroit le bois commençait à pourrir. Des vitraux ont été cassés, des vols y ont été constatés. L'inoccupation des lieux condamnaient à moyen terme l'édifice religieux et lui réservaient le sort funeste de sa consoeur de la Madeleine.

A la naissance de la Fondation de la Tapisserie, celle-ci a occupé l'église, durant quelques temps, lui redonnant un semblant de vie et permettant un meilleur entretien de l'intérieur. Lors de la première triennale, le lieu fut accessible aux visiteurs qui la redécouvrirent, ouverte pour la première fois depuis des décennies, nettoyée de la poussière et des fientes d'oiseaux qui en avaient fait leur repère, presque pimpante ornée de ces oeuvres de tissu multicolores. Quand la Fondation de la Tapisserie trouva refuge dans le musée de la place Reine Astrid (photo 19 de la colonne de gauche), l'église se rendormit. Il y a quelques années, l'asbl Pasquier Grenier l'occupa pour organiser, durant quelques jours, dans ce lieu hautement symbolique, une exposition de photos présentant les immeubles et édifices remarquables de Tournai pour lesquels un sauvetage ou une rénovation seraient nécessaires. Un public nombreux s'y pressa.

Grâce à l'action du Doyen de Tournai, l'église a été offerte aux fidèles orthodoxes qui étaient à la recherche d'un lieu de culte en ville. J'ai eu l'occasion, un dimanche matin, de pénétrer et de voir l'amélioration apportée au bâtiment, le culte orthodoxe donnant toujours un riche décor à son église. Des chants aux voix graves y montaient faisant à nouveau vibrer les vieilles pierres. L'occupation de l'église est importante, elle permet de la maintenir plus ou moins en état et de la sauvegarder. Hélas, le jardinet, refuge de plantes sauvages, reste un véritable dépotoir où, récemment encore, une personne sans scrupules a jeté, par-dessus la grille, un matelas en bien triste état !

Nous verrons dans le prochain article que l'église des Pères Rédemptoristes a connu bien des tourments depuis sa fermeture au culte au début du XXIe siècle.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, article parue dans le numéro 67 de l'asbl Pasquier Grenier)

22 mars
2011

10:15

Tournai : Histoire, complément d'info !

Lors de l'article récent consacré aux chantiers ouverts en ville, j'avais parlé de celui qui va débuter sur la plaine des Manoeuvres. Entre les immeubles existants à la rue des Bergers et les premiers bâtiments de la chaussée de Douai, sera érigée une construction en forme de quadrilatère cernant un plan d'eau et un espace vert. Ces constructions "passives" abriteront des appartements de standing.

A la fin du mois de février, les engins de chantier sont entrés en action afin de découvrir la surface où seront creusées les futures fondations. A Tournai, ouvrir le sol amène, désormais, automatiquement, la présence des archéologues à la recherche de témoignages du passé. On savait qu'à cet endroit on pouvait espérer découvrir quelques éléments datant de la période de Louis XIV, notamment des traces de fortifications érigées sur des plans de Vauban.

Un reportage de la télévision régionale No Télé et un article paru dans l'Avenir du 16 mars ont fait le point sur les découvertes effectuées ces derniers jours. Les résultats dépassent de loin ce qu'avaient pu imaginer ceux qui, patiemment, grattent le sol avec minutie. A moins de deux mètres de profondeur, ils ont mis au jour un mur parfaitement conservé faits de moellons taillés en biseau, bien ajustés et cimentés d'une largeur d'environ un mètre et plus. Un autre ouvrage en forme de pointe est aussi apparu ainsi que des murs de bâtiments, probablement à usage des troupes qui occupaient ce point de défense de la Porte Saint-Martin.

Découvrant une nouvelle zone, les archéologues allaient avoir la surprise de trouver une route empierrée, bornée de pierres bleues. De quand date-t-elle, les études devront nous en apprendre davantage prochainement. Selon les archéologues, elle doit dater de l'époque des fortifications, puisqu'elle est au même niveau, par contre, de part et d'autre, une route en galets, plus ancienne, est apparue. On se met à croire à l'existence, à cet endroit, d'un vestige d'une chaussée romaine dont on avait déjà retouvé des traces dans le centre de la ville lors d'autres travaux.

Le sous-sol de la plaine n'a pas encore livré tous ses secrets, à peine 50% de la zone concernée par le chantier ont fait l'objet de fouilles. Peut-on imaginer qu'à l'autre extrémité, aux abords de l'avenue de Gaulle, d'autres vestiges des fortifications de la Porte de Lille, cette fois, dorment sous nos pas ? A l'époque où on a construit la Maison de la Culture, on n'attachait peu d'importance à ce que contenait le sous-sol, pour toutes les constructions réalisées, il y a quelques dizaines d'années, si des témoignages venaient à être mis au jour lors des travaux de fondations, on ne le proclamait pas sur tous les toits de façon à ne pas voir le chantier retardé par l'arrivée des chercheurs.

J'ai eu l'occasion de visiter certains lieux. Ainsi, une habitation privée du boulevard Bara conserve dans son jardin une portion, en excellent état, des fortifications de la dernière enceinte. La cave d'un autre immeuble à appartements permet d'encore voir des vestiges de murs avec meurtrière. Une maison de la rue As-Pois serait construite sur une portion d'un souterrain qui va se perdre sous la plaine, une plaque permet en effet de voir un sombre boyau malheureusement coupé par les murs de fondation des immeubles voisins.

Lors de la construction d'un immeuble dans les années quatre-vingt, à la place du Becquerelle, on a découvert une pierre bleue représentant un mortier et son pilon surmonté de l'inscription "Dv Mortier". Une recherche effectuée, à la demande du propriétaire des lieux, par le conservateur du musée d'Histoire et d'Archéologie a permis de découvrir qu'il existait jadis un apothicaire du nom de "Du Mortier" sur la Grand'Place de Tournai et que cette pierre était probablement l'enseigne à une époque ou la représentation imagée était destinée aux personnes qui ne savaient ni lire, ni écrire. La réutilisation de pierres d'immeubles détruits étant fréquentes, celles-ci pouvaient se retrouver à d'autres endroits de la ville. Intelligement, le maître d'oeuvre l'a fait intégrer dans un mur intérieur de la nouvelle construction.

Ceux d'entre vous qui ne peuvent recevoir la chaîne de télévision régionale, ceux qui me font le plaisir de me lire depuis l'étranger et qui sont passionnés d'histoire peuvent aller voir, très prochainement, le reportage paru dans le journal télévisé de ce 21 mars sur www.notelé.be/ et visionner ainsi les découvertes qui complètent l'Histoire de la cité.

20 mars
2011

18:37

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (2)

Dans le premier article consacré à cette série, nous avons évoqué des noms de personnages historiques connus à Tournai mais aussi à l'étranger. Dans les articles qui vont suivre, nous découvrirons que de nombreux artistes, nés à Tournai, y ayant vécu ou ayant réalisé des oeuvres pour la ville ont aussi été commémorés par leur nom donné à une rue.

C'est le cas de trois sculpteurs.

La rue Aimable Dutrieux relie la rue de la Culture à la ruelle Desprets (ou Després). cette appellation rappelle ce sculpteurs né à Tournai, le 14 novembre 1816 et y décédé, le 13 avril 1889. Parmi sa très importante production, nous retiendrons deux des quatre hurlus qui ornent le premier étage du beffroi (l'archer et l'arbalétrier), quatre statues allégoriques intégrées au dôme du Palais de Justice de Bruxelles, une bacchante en marbre, dans la collection du Musée des Beaux Arts de Tournai et son oeuvre maîtresse : la statue de Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy dressée au centre du forum tournaisien en 1863.

La rue Barthélémy Frison qui portait auparavant le nom d'impasse Soyer se situe dans le même quartier, elle débute à la chaussée de Lille et rejoint le haut de la rue de la Culture, au carrefour où débute la rue précédemment citée. Cet autre sculpteur tournaisien est né la même année qu'Aimable Dutrieux, le 21 septembre 1816. Il est mort à Paris le 3 mai 1877. Il réalisa notamment les deux autres hurlus du beffroi (le joueur de glaive et le canonnier). La ville de Paris lui confia la décoration de ce qui allait devenir la place du Louvre tandis que l'Etat Belge lui commanda la sculpture du tympan du Conservatoire royale de musique de Bruxelles. Pour la ville de Mons, il réalisa un buste de Roland de Lassus, inauguré en 1853 mais malheureusement détruit lors du premier conflit mondial. Pour Tournai, il a réalisé de nombreux bustes de personnalités de l'époque et une statue en marbre intitulée : Jeune fille au camée, propriété du Musée des Beaux Arts. 

Géographiquement à l'opposée des deux rues que nous venons de citer, au nord de la ville, la rue Guillaume Charlier relie la rue du Viaduc à Kain. Ce sculpteur est né à Ixelles (Bruxelles), le 2 août 1854 et est mort à Saint-Josse-ten-Noode, le 15 février 1925. Après des voyages en Italie et à Paris, durant lesquels il obtient de nombreux prix dont le prestigieux Prix de Rome, c'est à Tournai qu'il va réaliser un grand nombre de ses oeuvres : le monument dédié au peintre romantique tournaisien Louis Gallait qu'on peut voir dans le parc communal, au pied de l'Hôtel de Ville, celui du ministre Jules Bara, qui se dresse à la place Crombez, le buste d'Adolphe Delmée, chansonnier tournaisien, auteur de l'hymne local : "Les Tournaisiens sont là", lui aussi érigé dans le parc communal et le "groupe des aveugles", situé au pied de la cathédrale, place Paul Emile Janson.  

Dans le prochain article, nous aborderons les peintres qui donnèrent leur nom à une rue de la ville.

(sources : "Biographies tournaisiennes des XIX et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990).

18:37 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues |

18 mars
2011

17:55

Tournai : expressions tournaisiennes (114)

Quand Fifinne a su, à l'fin d'l'ainnée passée, que Serge Lama i-alleot v'nir à Tournai, elle s'a rindu à la Maison de la Culture pour ortenir des plaches. Elle a fait cha in muchette d'Edmeond car li i-préfère rester pas d'vant l'télévisieon. Ainsin le 11 Mars, l'taxi i-les a am'nés pratiqu'mint à l'porte de l'salle Jean Noté. Fifinne aveot fait toilette, acore ein peu l'metteot s'capieau à voilette, Edmeond i-n's'éteot pos mis su s'trinte et ein, acore hureux i-aveot cangé l'mareonne qui met pou aller au gardin. I-éteot'tent les prumiers installés et i-ont du bin souvent s'orlever car je n'sais pos si vous avez d'jà ormaquer mais ch'est les ceusses qui seont au mitan de l'rangée qui arrive'tent bin souvent les derniers.

"Mossieur, madame, J'vous d'minde pardeon" 

"Ahais... mais faites bin attintieon", "

"N' marchez pos su mes pieds, j'n'ai qu'ces deux là pou ortourner"

Mi que j'sus ein viel abonné, bé j'ai bin souvent les pieds écrasés.

Tout à n'ein queop, l'noir i-s'a fait et l'vedette, in scène, elle est rintrée. I-a avincé dins l'leumière et i-n'aveot acore rin dit que les gins dins l'salle i-aveot'tent d'jà applaudi. Tous les spectateurs i-aveot'tent l'même air, ch'éteot presque tertous des sexagénaires ! Ch'est pêtète dommache, mais i-n'aveot que l'troisième âche ! Les jeones d'asteur, i-vont acouter les rappeurs et si on va vir ein canteu qui a chinquante ans, bé on est pris pou des croulants !

Pou l'canteu, Fifinne aveot les is d'Chimène, Edmeond, li, i-aveot l'air d'avoir perdu s'sémaine.

"Les glycines", "Mon maître, mon ami" ou "la Polonaise", Fifinne éteot dins s'jus, fin bénaisse, mais quand i-a canté les "P'tites femmes de Pigalle", là, Edmeond i-a ortrouvé s'moral. "J'sus cocu mais content" qui s'a mis à berler, "Hé bin, qu'elle a dit s'feimme, te vas ichi nous faire ormarquer". Quand l'choeur des vielles jeones files de no ville i-a orpris : "je t'aime, je t'aime à la folie", in battant l'mesure Serge Lama i-s'a assis.

"Pindant qu' mes gins i-vont ainsin canter mi j'vas profiter pou m'orposer".

Cha a duré deux heures tout plein, on in a eu pou s'n'argint.

A l'sortie, Fifinne n'arrêteot pos d'babiéler

"Ch'est acore ein bieau garcheon, j'areos dix ans d'moinse je n'direos pos neon, i-sait acore bin monter, j'parle bin seûr pou canter, mais i-a eine séquoi qui n'va pos, i-m'fait pinser à m'n'heomme, tins i-aveot l'même mareonne et des greos sorlets comme les ceusses que te mets pou aller gardéner"

Edmeond l'a orwettié : "Cha m'areot étonné que t'areos fait des complimints pindant tout l'soirée, tous tes critiques, j'in sus malate, complètemint malate comme quand m'mamère elle sorteot l'soir in m'laichant tout seu ave m'désespoir, j'in sus malate.... Eine véritape lamintatieon !

(lexique : in muchette : en cachette / l'mareonne : le pantalon / viel : vieux / is : yeux / éteot dins s'jus : être dans son élément, faire bonne chère, éprouver du bien-être / bénaisse : heureux, content, satisfait / berler : crier, hurler / babiéler : bavarder / eine séquoi : quelque chose / sorlets : souliers / gardéner : jardiner).

(S.T. Mars 2011)

17:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |