31 janv.
2011

18:06

Tournai : une station thermale aux portes de la ville !

La tournaisienne Yvonne Coinne est une passionnée de généalogie mais aussi de l'histoire de sa ville, dans son étude "Fontaine salantes et salines en Hainaut Occidental", elle aborde le thermalisme qui s'est développé au XIXe siècle dans les villages voisins de la cité des cinq clochers.

Une affiche illustrant ses propos attire particulièrement l'attention, on y voit le château du Saulchoir à Kain entouré d'un vaste parc dans lequel se promènent des messieurs en uniforme ou jacquettes et des dames en robes longues portant ombrelle. On peut lire les mentions suivantes : Kain-les bains (Gare-Tournai) à 5 heures de Paris (3 trains) et 1 heure de Lille (4 trains), institut thermal, goutte, rhumatismes, gravelle, affections nerveuses. Ainsi, tout comme la ville française voisine de Saint-Amand les Eaux, Kain, village aux portes de Tournai, fusionné depuis 1976 avec la cité de Clovis, avait la réputation d'attirer les touristes du thermalisme. Une autre photo nous montre les bâtiments et une lettre à en-tête annonçant : "Société Anonyme Institut hydrothérapique Kneipp, exploitation des eaux ferrugineuses du Saulchoir,  Kain (Hainaut-Belgique), Administrateur délégué Mr. Max Singer".

Dans le dictionnaire géographique de la Province du Hainaut, le village est décrit de la façon suivante :

"Kain, commune du canton, de l'arrondissement et à une lieue au Nord de Tournai (...) sur le territoire de Mr. Demerville se trouve une source d'eau ferrugineuse; cette source minérale est connue dans le pays sous le nom de Fontaine du Saulchoir, Fontaine de Madame, Fontaine Saint-Bernard...".

La Fontaine de Madame était le nom donné par les habitants de Kain la Tombe, le nom de Fontaine Saint-Bernard trouvait son origine car elle était située dans le clos des religieuses de ce nom, l'ordre de Saint Bernard. On dit que le duc de Parme, attaqué de la gravelle (formation de "pierres" dans les reins et les voies urinaires) but de cette eau lorsqu'il vint à Tournai en 1580 !

Le docteur Planchon réalisa, en 1780, une analyse des eaux du Saulchoir, les résultats furent republiés par l'historien tournaisien Mr. Hoverlant en 1812, il y est dit : " cette source perce dans un sol marécageux, il y a dans cette pâture des tilleuls, des saules, des bois blancs, près d'une aunaie. Dans le fond de la fontaine, il y a de la marne entremêlée de terre noire ayant un goût ferrugineux et une odeur de souffre. Elle jaillit du sol en formant un bouillonnement. Elle précipite une matière jaunâtre, ocreuse (fer). Par temps sec (évaporation), il se forme une pellicule qui surnage de couleur nacrée (cristallisation des sels) à la saveur saline. Cette fontaine a à son nord le mont Saint-Aubert, colline parsemée de pierres ferrugineuses et de pyrites de différentes couleurs. De Tournai au mont Saint-Aubert, le sol est sablonneux. Cette fontaine minérale contient des principes salins et ferrugineux. Elle contient aussi des acides sulfureux volatils (...), la source est abondante, les eaux forment un ruisseau assez considérable qui se répand dans un grand étang et dans les fossés de la maison avant de traverser le hameau et aller se perdre dans l'Escaut...".

Dans cette étude, il est également déclaré : "l'on tient que cette eau a quelque rapport aux qualités des fontaines de Spa, qui sont aux Ardennes (sic)".

Dans la région, la potasse était aussi nommée "kainite", un sel double naturel hydraté de sulfate de magnésium et de chlorure de potassium, utilisé comme fertilisant des sols.

Le domaine du Saulchoir existe toujours, il est occupé depuis les années soixante par l'institut d'enseignement spécial. Le mot "saulchoir" signifie "la place à sel" !

Dans le village de Froyennes, distant à peine de trois kilomètres du centre de Tournai, à l'ouest de la ville, on trouvait au début du XXe siècle, la "Source des Mottes", une maison de cure thermale pour personnes aisées. Une habitation située face à l'actuel restaurant "Chez Léon" portait toujours ce nom, il y a peu.

(source : "Fontaines salantes et Salines en Hainaut Occidental" par Yvonne Coinne)

18:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saulchoir, thermalisme, kain |

28 janv.
2011

18:22

Tournai : expressions tournaisiennes (107)

Mais queulle idée j'ai eue d'aller chez Edmeond et Fifinne ceulle sémaine. Ch'est vrai que chaque ainnée, au meos d'janvier, j'vas, à l'rue Monfifaut, boire m'pétite goutte de Bols Abricot à l'mote Fifinne, et ch'est pos de l'bibinne, ch'est-à-dire : ein beon quater-vingts pour chint d'alcool et à peine vingt pour chint d'abricot, j'n'in beos qu'ein pou n'pos ortourner berzèque à l'maseon et avoir m'feimme su l'deos.

Quervé, Edmeond, i-l'éteot d'jà quand j'sus arrivé. Quand ch'est ainsin, i-met s'lanque du diminche pou parler et m'a dit : "J'sus pétête tout seu à l'savoir mais j'ai eu "vent de la note" de Johan, l'conciliateur. Mo, bé ch'est pos bin grave, i-n'féaut pos avoir l'esquite que l'gouvernemint i-cait puisqu'i-n'd'a toudis pos d'puis siept meos qu'on a voté".  

"Te n'vas orcommincher tes contes de seot du deîner, te nous ein fous eine ave l'politique, d'jà qu'au journal télévisé i-feont des éditions espéciales pou toudis vir les mêmes tiêtes et dire les mêmes cosses" qu'elle li a dit Fifinne.

Mais on n'sait pus l'arrêter quand l'Bols i-fait s'n'effet.

"J'vas qu'mincher pa m'mette sur les listes pou l'z'électieons et te vas vir comme avec mi cha va carburer...".

"A l'Brunehaut ou au Bols Abricot ?" qu'elle a fait ainsin Fifinne.

"J'vas les mette au pas, tous ces grands diseus et p'tits faiseus, quand j'pinse à tous les tasques que j'paie d'pus toudis, pou cha i-seont tertous d'accord, ch'est ein véritape scandale ! Acoutez ichi !"

"Ah neon, te n'vas pas orcommincher l'litanie des tasques" qu'elle li a acore dit Fifinne.

L'tribun i-éteot lanché, rin n'pouveot l'arrêter !

"Eine tasque su l'ouvrache, quand j'ouèfe je deos payer l'précompte professionnel et on est, in Belgique, parmi les pus tcher d'Europe, eine tasque pou l'maseon, j'paie l'impôt foncier ou l'précompte immobilier, eine tasque pou les réparatieons, j'paie l'TVA, eine tasque su mes écolomies, le précompte mobilier, quand t'acates eine auteo (mi je n'd'ai pos) te paies l'TVA, et puis l'tasque d'misse in circulatieon, te paies l'tasque su l'essince, on n'appelle cha les accises, te paies l'TVA su l'intretien et les réparatieons, te paies l'tasque annuelle de roulache, te paies eine tasque su les assurinces et su l'auto-radio, te peux toudis queompté ce qu't'as payé, t'as deonné tout plein d'argint tout cha pou avoir des treos dins les routes et pou ti acore payer quand te veux t'arrêter pasque v'nir in ville ave t'carrette cha va t'coûter ein os. Quand t'acates eine télé, te paies l'TVA et l'tasque télé/redevance pou ti vir "La grande vadrouille" quater-vingt chinq feos d'puis s'sortie au cinéma ou les bernettes de tchien qu'on a tous les soirs, quand te vas au resto, te paies l'TVA su ce qu'te minges, quand te vas au spectaque, i-a même eine tasque su l'ticket d'intrée, les immondices, l'propreté publique... infin te paies des tasques su tout. Te sareos dire où i-va l'argint, les Flaminds i-dise'tent que cha va chez les Walleons, et les Walleons i-répeontent qui n'eont jamais été aussi paufes et qu'ch'est pou cha que tout cait in ruine, mi j'crois qui a d'l'argint perdu mais pos pou tout l'meonte".

Edmeond i-éteot rouche d'rache, après i-a viré au bleu tell'mint i-eteot énervé.

"Te vas ichi m'faire eine crisse d'apoplexie" qu'elle a dit Fifinne, verte d'peur.

J'l'ai ai orwettié tous les deux et j'ai pinsé : à eusses deux i-feont ein riche arc-in-ciel; i- minqu'reot pus qu'i-d'a ein qui fasse eine jaunisse.

"Si j'sus élu, te vas ichi vir les tasques voler : eine su les plaches de parking de l'cour de l'Hôtel de Ville pou éviter les discriminatieons parmi l'populatieon, eine su les promesses des heommes politiques qui n'ont pos tenues, eine tasque pou tous les conducteurs étrangers qui parquent leu carette su les trottoirs, dins les viraches, in double-file, ein tasque su l'air qu'on respire pasque quand on l'expire cha n'sint pos toudis la rosse, eine tasque su..."

"Stop, j'nai pus d'liards" qu'elle a dit Fifinne.

Edmeond i-est orvenu à li et tout péneud, i-a dit : "Bé j'pinseos qu'j'éteos au gouvernemint et quand j'ai intindu stop j'n'ai pus d'liards, j'pinseos que ch'éteot mossieu Reynders qui m'parleot, i-a pos à dire, cha fait quand même du dégât... l'Bols Abricot".

"Surtout quand on in beot d'trop".

lexique : à l'mote : à la mode / berzèque : éméché / quervé : saoul / lanque : langue / pétête : peut-être / avoir l'esquite : avoir peur / cait : du verbe caire : tomber/ siept : sept / orcommincher : recommencer / seot : sot / deîner : dîner / cosses : choses / grands faiseus, p'tits diseus : des gens qui parlent beaucoup et ne font rien / tasques : taxes / toudis : toujours / tertous : tous / véritapes : véritables / acore : encore / lanché : lancé / j'ouèfe du verbe ouvrer : travailler / tcher : cher / écolomies : économies / acater : acheter / bernettes de tchien : littéralement "crottes de chien", signifie des bêtises / queompter : compter / treos : trous / paufes : pauvres / tout l'meonte : tout le monde / rache : rage / orwettié : regardé / ichi : ici /  plaches : places / viraches : virages / rosse : rose / liards :argent / péneud : penaud.

(S.T. Janvier 2011)

18:22 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

27 janv.
2011

09:30

Tournai : à l'attention des mélomanes !

Dans l'article précédent, nous avons cité les portraits de talents tournaisiens accrochés à l'écran de notre galerie virtuelle. Aujourd'hui, nous vous informons d'un concert qui aura lieu ce prochain dimanche, 30 janvier à 11h, en la salle du Conservatoire de Musique, place reine Astrid.

Le "Quatuor à clavier" composé de Marie Chantal Caufriez (piano), Catherine Philippart (violon), Marie France Gillet (alto) et Christiane Diricq (cello) interprétera :

"le quatuor à clavier n°1" de Gabriel Fauré et "le rondo à la zingarese du quatuor à clavier n°1" de Johannes Brahms.

Les mélomanes sont attendus nombreux, l'entrée est libre.

Voilà une prestation qui, sans nulle doute, réchauffera les coeurs en ce dimanche de janvier qu'on nous annonce plus que frisquet

09:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, musique, conservatorie, quatuor à clavier, fauré, brahms |

25 janv.
2011

18:55

Tournai : la galerie des portraits

Un lecteur assidu du blog m'a adressé une demande par mail afin que je lui simplifie la tâche dans ses recherches de portraits publiés sur le présent blog consacrés aux "enfants de Tournai" qui ont laissé une trace dans la mémoire collective. C'est avec plaisir que je satisfais à sa demande. Il lui suffira d'aller voir aux dates mentionnées ci-dessous :

03.12.2007 : Jean Paul Comart (comédien) - 04.12.2007 Bruno Coppens (humoriste) - 10.12.2007 les Polaris (orchestre) - 29.02.2008 André Dumortier (pianiste) - 06.03.2008 Germain Evrard (personnage tournaisien) - 08.03.2008 Dany Boon (tournaisien d'adoption) - 09.03.2008 Chelmi (artiste) - 19.03.2008 Edmond Cornil dit "Malette" (personnage tournaisien) - 25.03.2008 Georges Grard (sculpteur) - 30.03.2008 Géo Libbrecht (poète) - 01.04.2008 au 03.04.2008 Henri Vernes (écrivain) 07.04.2008 Gilbert Delahaye (écrivain et poète, un des deux pères de Martine) - 14.04.2008 Madeleine Gevers (poète) - 20.04.2008 Xavier Gossuin (chorégraphe) - 27.04.2008 Albert Joseph Goblet (aventurier) - 04.05.2008 Henri Lacoste (architecte) - 12.05.2008 Jacky Legge (historien) -03.06.2008 Pascal Mauquoy (jeu de fer) - 08.08.2008 Joseph Lacasse (peintre) - 23.09.2008 André Wilbaux (architecte et chansonnier) - 15.10.2008 Colette Nys-Mazure (écrivain) - 02.11.2008 Frank Olivier Bonnet (comédien) - 20.12.2008 "Tante Gaby" (résistante) - 24.12.2008 Eddy Michez (cyclotouriste) - 10.01.2009 Michel Lemay (patron carrier) - 26.03.2009 la "Dorcas" (infirmière) - Johnny Delcroix (orchestre) 07 et 08.05.2009 - Gaston et Raymonde Voiturier (artistes de théâtre) - 18.05.2009 - Jean Pierre Rapsaet (journaliste) -03.06.2009 Guy Defroi (orchestre) - 23.06.2009 Caroline Gillain (comédienne) - 25.06.2009 Roger Delannay (aviateur) - 29.06.2009 Henri Triaille (médecin d'autrefois) - 07 et 08.07.2009 Lucien Jardez (auteur patoisant) - 24.08.2009 Charlie Dupont (comédien) - 8.10 au 13.10.2009 Li Muisis (historien)  - 15.10.2009 Rogier de le Pasture (peintre) - 19.10.2009 Robert Campin (peintre) - 24.11.2009 Adrien Joveneau (homme de radio) - 16.12.2009 au 18.12.2009 Charles Henri de Rasse (homme politique) - 26.12.2009 les Vasseur (litographes) - 28.12.2009 Charles Allard et Fernand Allard l'Olivier (peintres) - 04.01.2010 au 07.01.2010 Mgr Labis (évêque) - 22 et 23.04.2010 Edouard Wicard (photographe) - 26 et 27.04.2010 René Desclée (photographe) - 28 et 30.04.2010 les Messiaen (photographe) - 28.06.2010 William Chapman (animateur de radio) - 16 au 18.08.2010 Nicolas Lecreux (sculpteur) - 15.10.2010 Roger Delcroix (homme politique) - 15.11.2010 - Simon Diricq (musicien) - 24.01.2011 Marcel Marlier (dessinateur, papa de Martine) . 

D'autres biographies sont reprises dans les sujets consacrés notamment au Cabaret Wallon Tournaisien, à l'histoire du Conservatoire ou encore à l'histoire des Géants de Tournai.

18:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai |

24 janv.
2011

09:00

Tournai : Marcel Marlier, le rêve mis en images !

Alors que la ville de Tournai lui rendait un vibrant hommage pour ses quatre-vingts ans et la parution de son soixantième album de Martine en novembre dernier, Marcel Marlier fut une première fois hospitalisé. Ses dernières apparitions en public furent au salon "Tournai, la Page", le 14 novembre et à l'exposition organisée par le centre commercial des Bastions, le 17, veille de son anniversaire. Ce lui qui avait donné vie à Martine, cette petite fille modèle dont les soixante aventures ont bercé probablement les soirées de millions d'enfants de par le monde depuis 1954, l'année de sa naissance, venait d'entamer le combat contre la maladie qui allait l'emporter.

Marcel Marlier est né à Herseaux, le 18 novembre 1930. En 1946, il s'inscrit au cours d'arts décoratifs à l'école Saint-Luc à Ramegnies-Chin, il en sortira en 1951 avec la plus grande distinction. Durant ses études, les éditions de la Procure à Namur organise un concours de dessin dont il sera le lauréat et il sera engagé par cette maison d'éditions pour illustrer les ouvrages destinés aux écoliers. La collaboration avec cette maison durera plus de vingt-cinq ans et il illustra notamment des livres comme "Je lis avec Michel et Nicole" ou "Je calcule avec Michel et Nicole"...

En 1951, Pierre Servais, un des responsables du département éditions de la maison Casterman à Tournai, séduit par ce jeune talent, lui propose d'illustrer des livres destinés à la jeunesse. Celui qui était, depuis 1953, professeur de dessin à Saint-Luc va alors participer à la création de la collection "Farandole" et rencontrera, en 1954, le poète et écrivain tournaisien, Gilbert Delahaye. De leur collaboration naîtra Martine, cette petite fille de cinq ou six ans qu'on appellera Tiny dans la traduction néerlandaise, Debbie aux Etats-Unis, Malika au Portugal... et qui va emmener à sa suite toutes les petites filles de Belgique et du monde entier.

De "Martine à la ferme" à "Martine et le prince mystérieux", le dessin de Marcel Marlier et les écrits de Gilbert Delahaye (jusqu'à sa disparition en 1997) et de Jean Louis Marlier ensuite vont transporter les lecteurs dans un monde de tendresse, de douceur, de gentillesse, un monde ou la vulgarité et la violence étaient bannies, une atmosphère trop aspetisée peut-être aux yeux de certains pour qui la bande dessinée était devenue porteuse de monstres, de robots transformeurs, d'extra-terrestres, de batailles inter galactiques ou de lutte entre le Bien et le Mal.

Pour ses décors, Marcel Marlier qui habitait dans la campagne proche de Tournai trouvait l'inspiration dans son environnement et, en cherchant bien, le lecteur tournaisien reconnaîtra des lieux qui lui sont ou lui furent familiers comme le Grand Bazar de la rue de la Tête d'Or où Martine fait ses courses et beaucoup d'autres endroits de la région.

Si Martine a évolué (sa coupe de cheveux et son habillement ont suivi la mode de l'époque de parution), elle n'a que très peu grandi puisque Marcel Marlier disait lui-même dans une interview donnée à No Télé qu'elle est passée de l'âge de cinq ou six ans à celui de huit ou neuf ans.

On peut dire que Martine était pour les petites filles, l'égale de Tintin pour les garçons et comme ces deux personnages étaient édités par la Maison Casterman, on comprend que celle-ci soit devenue une locomotive dans le domaine de la bande dessinée, les nombreux prix récoltés au cours des éditions du Festival de la Bande Dessinée à Angoulème en témoignent. 

Martine a été éditée à 65 millions d'exemplaires en langue française et à plusieurs dizaines de millions en différentes langues étrangères. Les comédiens Benoit Poelvoorde et Laurence Bibot ont croisé plusieurs fois la route du dessinateur tournaisien mais la rencontre la plus insolite qui lui a été donnée de vivre est celle avec Michaël Jackson. C'était en 1997, alors qu'elle se trouve en tournée en Allemagne, l'idole découvre un puzzle de Martine et est frappé par la douceur qui s'échappe du dessin. Il veut absolument rencontrer le dessinateur et c'est ainsi que rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Marcel Marlier accompagné de son éposue a emporté quelques planches originales pour satisfaire sa curiosité mais a toujours refusé de s'en séparer même au profit du chanteur le plus adulé de l'époque.

Le ciel est uniformément gris sur Tournai en ce mois de janvier, il semble avoir oublié les tendres couleurs qui garnissaient la palette de Marcel Marlier et la pluie qui tombe de temps en temps évoquent probablement les larmes de Martine qui pleure son papa. Elle restera présente dans la ville des cinq clochers grâce à la statue qui lui est dédiée en compagnie de son chien Patapouf, hommage du club Richelieu à celui qui avait illustré les rêves d'enfants (visible dans la série de photos de la colonne de droite en n°11). Comme Hergé l'avait souhaité en ce qui concerne Tintin, la petite héroïne ne survivra pas à son créateur mais on est convaincu que de nombreuses mamies vont continuer à acheter, dans les années futures, les aventures de Martine pour leurs petits-enfants.

(S.T. Janvier 2011 - sources : le Courrier de l'Escaut édition spéciale ainsi que la brochure éditée lors des festivités de Tournai et l'interview donné par Marcel Marlier sur NoTélé) 

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, casterman, marcel marlier, martine, bd, michaël jackson |

22 janv.
2011

15:12

Tournai : expressions tournaisiennes (106)

Mardi, ave m'feimme, on est allé à l'Maseon d'la Culture pou vir "Sur la Route". Jusse pa d'vant l'intrée de l'salle Lucas, on a rincontré Edgard et Irma. L'bougre n'éteot pos à printe avec des pincettes et j'ai bin vite compris l'raiseon : i-éteot presque huit heures et les portes éteot'ent acore serrées. Edgard i-ortourneot s'ticket dins ses mains in mareonnant comme eine vielle feimme : "Orwette ichi, l'Optimisse, ce qu'i-est écrit : el spectaque i-comminche à 8 heures et les portes i-seont ouvertes eine demi-heure avant". J'li ai fait ormarqué qui n'liseot pos tout, i-éteot aussi mis : sauf pou des contraintes techniques ou si les artisses i-seont acore sur scène pou l'répétitieon. "Bé chest toudis ainsin, mes gins i-restent sur scène jusqu'à huit heures chinq et après on fait rintrer les gins, ch'est ein manque total de respect du public". I n'aveot pas tout à fait tort, mais les responsables del Maseon de l'Culture i-n'in peuve'tent pos.

On s'a ortrouvé dins l'salle et on a du s'mette su des p'tits tabourets comme dins ein cirque, i-d'aveot même à tierre su des coussins. Irma elle a dit tout héaut pou êt'e bin intindue:" cha n'a pas l'air bin confortable" et Edgard i-a répondu : "I-est beon va, cha n'va pos nous canger des selles de tracteurs qu'on a d'habitude".

Hureus'mint, l'noir i-s'a fait dins l'salle, eine pétite leumière a tout douchett'mint éclairé ein garcheon assis par tierre. I-s'a orlevé avec beauqueop d'difficultés et i-fait l'tour in marchant avec beauqueop d'peine. On a bin vite compris que ch'n'éteot pos de l'comédie, Antoine Rigot (ch'est ainsin qui s'appelle) est vraimint handicapé après eine chute in l'an 2000. A forche d'corache, li, l'fil de fiériste, i-est orvenu su l'scène. Eine eaute leumière a éclairé eine jeone file qui a qu'minché à marcher su l'fil, elle simbleot ignorer l'heomme blessé et puis, p'tit à p'tit, elle s'est approché d'li, l'a orwettié et quand i-est tombé, elle l'a traîné, ingueulé in finlandais (s'lanque natale) et aidé à s'orlever eine feos acore. Elle est alors dev'nue porteusse et a fini pa m'ner jusqu'in heaut l'heomme blessé. Ch'éteot bieau, émouvant, on intindeot pos ein meot dins l'salle et à l'fin quand l'heomme et l'file ont salué l'public, on est resté lommint d'bout pou applaudir po seul'mint ein bieau luméreo mais l'corache d'ein heomme qui avec obstinatieon a vaincu l'sort pou acore êt'e sur scène, l'indroit qui l'faiseot d'puis toudis rêver.

Quand on a orvu Edgard et Irma, i-aveot'ent tous les deux l'larme à l'ouel et j'deos dire que nous aussi on n'veyeot pus très net.

 

lexique : jusse pas d'vant l'intrée : juste devant l'entrée / serrées : fermées / mareonnant : murmurant / orwette ichi : regarde ici / bé ch'est toudis ainsin : c'est toujours comme cela / on s'a ortrouvé : on s'est retrouvé / i-est beon : il est bon / canger : changer / hureus'mint : heureusement / l'leumière : la lumière / tout douchett'mint : en douceur / garcheon : garçon / i-s'a orlevé : il s'est relevé / beauqueop : beaucoup / à forche d'corache : à force de courage / l'fil de fiériste : le funambule / orvenu : revenu / eine jeone file : une jeune fille / qu'minché : commencé / porteusse : porteuse / lommint : longtemps / luméreo : numéro / ouel : oeil / veyeot : voyait.

(S.T. janvier 2011)

15:12 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

21 janv.
2011

18:40

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle (4)

Mais pourquoi donc a-t-on mis à la porte le sieur Goodhue ? Tout simplement parce qu'entre le moment au Mgr Dumont a accepté la transaction et signé la procuration pour rentrer en possession de ses valeurs et le retour du repésentant du chanoine Léon Bernard, l'évêque déchu a adressé une plainte au Ministre de la Justice afin que cette dernière fasse toute la clarté sur les sommes emportées par l'abbé indélicat et parce qu'il a la conviction que toute cette histoire a été montée par Bernard, Goodhue et Mgr Du Russeau pour nuire à sa réputation en traitant avec un voleur !

Le soir même l'homme d'affaires canadien est arrêté à Bruxelles et transféré à la prison de Tournai. Il sera libéré le 25 mai et, curieusement, aucune charge ne sera retenue contre lui. Par contre, les valeurs déposées par lui à Londres ont été saisies et remises le 3 avril 1882 au substitut Deleu du parquet de Bruxelles. Parmi les papiers, on découvre une lettre écrite par Léon Bernard qui va jeter de l'huile sur le feu. Il y profère de graves accusations contre le vicaire-général Bouvry et un dénommé Leroy, accusés d'avoir détruits des papiers, contre Mgr Dumont, accusé lui d'avoir dilapider l'argent en menant la situation financière dans un gouffre, il parle des exigences de Mgr. Du Rousseaux, le tout pour justifier sa conduite. Bizarrement la presse tant catholique que libérale ne dit mot de ce "scandale à l'évêché".

Le 8 mars 1882, Léon Bernard apprend à Washington où il s'est réfugié que des poursuites sont engagées contre lui en Belgique, il va fuir et changer de nom. On retrouve sa trace le 29 mars à Galveston où il attend le bateau pour Veracruz. Le 21 juin 1882, à La Havane, il est arrêté à sa sortie de l'hôtel Telegrapho alors qu'il était en partance pour les Iles-Vierges. Il fut ramené en Belgique et écroué à la prison de Tournai le 14 juillet 1882 où il resta en préventive jusqu'au 11 août 1883.

Interrogé par le juge d'instruction, il déclara : "tout ce que j'ai emporté en Amérique est à moi !" et il ajouta l'argument suivant : "successeur de Bouvry, je fus mis par lui en possession de la caisse diocésaine, non reconnue, pour la gérer sous mon nom à l'effet d'en être propriétaire à l'effet de tiers. En fait de biens mobiliers toute possession vaut titre" et il invoquera même la prescription triennale. On lui présentera des lettres écrites à sa famille dans lesquelles il déclare ne pas être propriétaire des valeurs, on lui rappellera ses écrits de New-York dans lesquels il donne le même justification, rien ne fi, il ne changea jamais de système de défense. Pour faire toute la lumière, le Parquet va alors prononcé non seulement un réquisitoire contre Léon Bernard mais aussi contre Mgr Du Russeaux (du titre qu'il avait demandé à Bernard de dissimuler la caisse diocèsaine lors de la réclamation de Mrg Dumont) mais aussi contre tous les intervenants dans cette rocambolesque histoire (Bouvry, Bouttiau, Dubois, Leroy, Pivet, Sylvain Bernard, le frère de Léon...). Pendant ce temps, l'ouverture des coffres à Boston va sidérer les enquêteurs car en plus de ce qui avait été saisi à Londres (1.490.000 francs), on découvre encore 3.500.000 francs. Personne n'avait jamais estimé le montant emporté par Bernard, soit parce que ce montant était inconnu, soit par souci d'une grande et volontaire discrétion !

Le procès aura lieu le 2 août 1883 et Léon Bernard sera acquitté. Aux yeux de l'opinion publique les véritables responsables de cette saga sont Mgr du Rousseaux, le vicaire général Bouvry, le chanoine Pivet et quelques autres qui possédaient le trésor, le manipulaient et le dissimulaient, depuis le début, ils savaient mais se taisaient, une sorte d'omerta épiscopale. "Si Bernard était parti avec l'argent en Amérique, c'était sur l'ordre de Mgr du Rousseaux", c'est autour de cette affirmation que se bâtira la plaidoirie de Maître De Mot. De plus, le prélat n'avait jamais porté plainte ce qui le rendait complice aux yeux de celui qui l'accusait d'être à la base de cette histoire. La vérité veut que Mgr Du Rousseau n'était, en effet, pas passé par le canal de la justice mais avait multiplié les recherches pour retrouver Léon Bernard par ses relations avec d'autres épiscopats notamment en Amérique. "Pas de preuve" ! Tout cela fut balayé par l'accusateur anti-clérical.

Un dernier coup de théâtre aura lieu le 31 mai 1884, un huissier convoque à la demande de Mgr Du Rousseaux, Léon Bernard au tribunal de Charleroi. En effet, si il avait été acquitté pour les faits commis en Belgique, l'évêque voulait faire condamner le chanoine pour ceux commis en Amérique. Cette fois, Léon Bernard fut condamné à 17 mois d'emprisonnement mais le tribunal lui donna raison en refusant la restitution des biens à l'évêché sous motif que celui-ci n'a pas de personnification civile et ne peut donc agir en justice, ni personne pour lui. Mgr Du Rousseaux ne s'avoua pas vaincu, l'affaire fut donc jugée une nouvelle fois en appel et le 1er juillet 1886, le tribunal lui (enfin) donna droit. L'évêque a, cette fois, agi comme personne privée et a demandé simplement que soit annulée la remise temporaire des valeurs à Léon Bernard afin de les garder en sécurité. Tous les titres saisis à Paris, Londres, New-York, Boston et La Havane lui furent remis, ils représentaient la coquette somme de 5.480.585 (intérêts compris).

Toute cette histoire se solda par la publication d'un Arrêté Royal, le 7 juin 1792, stipulant que toutes les Fabriques d'église étaient autorisées à accepter diverses donations faites par Mgr Du Rousseaux par acte du notaire Glorieux du 9 mars 1891. Ainsi se termine cette histoire juridico-religieuse qu'Edouard Jansens a raconté par le détail. Peut-être son résumé vous a-t-elle donné l'envie de la lire !

(sources : étude du procureur du Roi, Edouard Jansens, parue en 1986 dans le tome V des "mémoires de la Société d'histoire et d'Archéologie" de Tournai pages 79 à 129).

18:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, évêché, léon bernard, mgr du rousseaux |

20 janv.
2011

18:55

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle (3)

Comme nous l'avons vu, l'abbé Léon Bernard est devenu le dépositaire de la caisse diocésaine et l'a mise en sécurité selon sa réponse à l'Evêque. Les valeurs contenues dans des malles ont quitté Tournai pour Gerpinnes, son village natal le 3 mars 1881, cela tout le monde l'ignore.

Le 20 mai 1881, Mgr. Dumont somme par huissier son successeur ainsi que les abbés Bouttiau, Bouvry et Bernard de présenter les titres et valeurs qui lui appartiennent et soustraits par eux de ses coffres. Ceux-ci représentent un montant de 1.700.000 francs. Léon Bernard panique. L'évêché se tourne vers Rome pour obtenir un conseil, celui-ci tombe rapidement : "Vous devez vous conformer aux injonctions de l'arrêt". L'abbé Bernard s'enfuit.

Qu'est donc devenue la caisse diocésaine, elle qui récolte les dons des fidèles ou des paroisses et qu'on appelle aussi la "caisse des bonnes oeuvres" ! Elle doit normalement être indépendante de la caisse de la Fabrique d'église cathédrale et de celle du Séminaire !

Le 3 juin 1981, Léonie, la soeur de Léon Bernard l'attend sur le quai de la gare de Charleroi avec les malles qu'elle avait reçues de lui auparavant. L'évêché reçoit une lettre postdatée du 14 juin de Léon bernard qui déclare être à Douvres, en fait, il fait déjà route vers New York qu'il atteindra le 18 juin. Début juillet, une lettre parvient à la rue des Jésuites, elle émane d'un banquier d'Anvers qui fait part qu'un individu se faisant appelé Léon Bernard s'est présenté au siège du Crédit Lyonnais à New-York, porteur de valeurs considérables. Informé, Mgr Du Rousseaux envoie secrètement le chanoine Dubois, un homme de confiance, qui est décrit comme juste et bon à New-York. Il se rend à la banque. Bernard découvre dans un journal le nom de Dubois parmi les passagers débarquant aux Etats-Unis, ce chanoine n'est pas un inconnu pour lui, il sait que son repère a été découvert et s'enfuit au Niagara. Le chanoine Dubois a donc échoué dans sa mission de ramener la brebis égarée à l'évêché de Tournai.

Aux abois, l'abbé Bernard va commettre deux erreurs. Le 13 septembre 1881, il adresse au bourgmestre de Tournai une demande de radiation des registres de la population et déchire un testament qui vise à éviter que les titres ne viennent à tomber dans le patrimoine familial. Funeste erreur ! A la fin de 1881, il publiera même à New-York, une brochure au titre évocateur d'un scandale : "Documents relatifs à l'histoire religieuse du Diocèse de Tournai pendant les années 1879, 1880 et 1881 recueillis par Léon Bernard, ancien professeur au Grand Séminaire, Chanoine honoraire de la Cathédrale".

Le 23 mars 1882, la presse se fait l'écho de la présence à Tournai d'un mystérieux personnage venu d'Amérique, cela à plusieurs reprises depuis janvier, concernant un trésor volé. En fait, le 18 février 1882, un protocole d'accord a été signé entre Léon Bernard et un Canadien du nom de Goodhue afin de restituer les valeurs personnelles de Mgr Dumont, montant ramené de 1.700.000 francs à 1.490.000 francs, la différence représentant les frais épargnés d'un éventuel procès et les dépenses effectuées par l'abbé pour la restitution. Coup de théâtre, si le commanditaire ne rencontre pas les évêques Dumont et Du Rousseaux, il est reçu par Jules Bara qui le recommande à Paul Janson, le conseil de Dumont. Une convention de restitution est conclue dans le cabinet de Janson au Petit-Sablon à Bruxelles entre Goodhue et Dumont. Goodhue fut donc chargé de restituer les valeurs à Mgr Dumont. En route, une nouvelle fois, pour la Belgique, il les déposa à la National Safe Deposit Cy à Londres et arriva à Villers-Perwin où... il se fit expulser sans ménagement et sans rencontrer Mgr Dumont. Pourquoi ? Nous verrons ce "enième" rebondissement dans le prochain article.

(à suivre)

 

(sources : Etude de Mr. le Procureur du Roi, Edouard Janssens, parue,en 1986, dans le tome V des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" ). 

18:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, évêché, trésor, jules bara, mgr dumont, valeurs |

19 janv.
2011

18:51

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle (2).

Résumer l'étude du Procureur du Roi, Edouard Janssens n'est pas aisé, celle-ci comprend une cinquantaine de pages du tome V des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" édité en 1986. De par sa fonction judiciaire, elle est montée telle une enquête où le moindre détail paraissant peut-être anodin au lecteur a pourtant son importance. Il n'est pas dans notre intention de la recopier mais de vous donner envie d'en savoir un peu plus.

L'histoire débute sous l'épiscopat de Mgr Dumont, un homme qui va se révéler tenace, dur parfois. Cet évêque a mis sur pied, dans le cadre de son engagement dans la guerre scolaire, un programme ambitieux de constructions de collèges et d'écoles. Cette politique amène des dépenses croissantes qui ne sont pas appréciées par une partie du Chapitre qui entre progressivement en conflit avec le chef du diocèse. De tendus qu'ils sont en 1875, les rapports entre Mgr Dumont et les responsables des finances, le chanoine Bouvry, vicaire général et les abbés Bouttiau et Bernard vont rapidement se dégrader.

En juillet 1879, le conflit larvé éclate soudainement, l'abbé Bernard refuse de donner les clés du bureau du séminaire à l'évêque, convoqué par celui-ci à l'évêché, il préfère fuir à pied vers Valenciennes, prendre le train pour Paris et continuer son périple jusqu'à Rome. Pendant une quinzaine de jours, on n'aura plus de ses nouvelles. Pendant ce temps, Mgr Dumont fait transférer tous les avoirs de la Fabrique d'église cathédrale et du Séminaire dans la caisse du diocèse. L'abbé Bernard, revenu à Tournai, élève une protestation pour violation du décret de 1813 et le vicaire général Bouvry s'adresse par écrit au cardinal Nina, Secrétaire d'état du pape Léon XIII. Le 14 novembre, Mgr Dumont démet de leurs fonctions les abbés Bouttiau, envoyé comme curé à Pipaix, et Bernard qui rejoint la paroisse de Bailière. Le 22 novembre, un décret signé par le pape Léon XIII retire sa charge d'évêque à Mgr Dumont. C'est le président du petit séminaire de Malines qui est désigné pour assumer la direction du diocèse de Tournai, le dénommé Isidore-Joseph Du Rousseaux qui arrive à Tournai le 29 novembre. Le mois de novembre a donc été fertile en rebondissements dans cette affaire qui vient de naître.

Depuis sa retraite de Villers-Perwin, Mgr Dumont demande aux abbés Spock et De Boe de récupérer à Tournai, ses avoirs personnels et de dresser l'inventaire complet du contenu du coffre, objet de toutes les convoitises. Son successeur lui oppose un refus catégorique.

Mgr Dumont ne s'avoue pas vaincu, loin de là, le 22 juillet 1880, par l'entremise d'un avocat montois du nom de L. Masquelier, Mgr Dumont fait remettre une procuration lui donnant pleins pouvoirs pour réhabiliter l'évêque déchu et confondre les auteurs de la machination qui avait pour but de l'évincer.

A la Chambre des représentants, le Ministre de la Justice et des Cultes, le Tournaisien Jules Bara, libéral et anti-clérical notoire, s'insurge contre les pratiques du commissaire spécial du pape, Isidore Du Rousseaux, qui, selon lui, occupe illégalement, au mépris de toutes les convenances diplomatiques, le palais épiscopal tournaisien et s'est emparé de l'argent qui s'y trouvait. .

De 1880 à 1886, les actions judiciaires intentées par Mgr Dumont vont occuper les juridictions du pays, de la justice de paix à la Cour de Cassation.

Le 17 juillet 1880, l'évêché de Tournai a vent, par une indiscrétion, qu'une opération judiciaire sera organisée par le juge de paix. On prend donc la précaution de transférer la caisse diocésaine dans une maison de la rue des Jésuites attenante au Séminaire, cet immeuble est prise en location par le dénommé Léon Bernard a qui sont attribués les titres de Secrétaire de l'évêché et de chanoine honoraire de la cathédrale. Tout le monde ignore à ce moment précis que lors de son voyage vers Rome en 1879, l'abbé dévoué aux finances diocésaines avait déposé au Crédit Lyonnais, lors de son passage à Paris, une somme 50.000 francs de l'époque (soit environ 150.000 euros) dont la provenance reste une énigme.

Léon Bernard parvient à convaincre Isodore Du Rousseaux que l'argent de la caisse diocésaine n'était pas en sécurité dans cette maison de la rue des Jésuites et l'assure de l'avoir placé en lieu sûr.

Cinq années séparent donc les premières tensions entre Mgr Dumont, alors évêque et une partie du Chapitre et la situation actuelle qui va bientôt donner lieu à un retentissant procès, ce que nous verrons dans le prochain article.

(à suivre)

18:51 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, évêché, mgr dumont, abbé léon bernard, jules bara |

18 janv.
2011

19:15

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle

Que les habitués de notre rubrique "Tournai, au temps des années folles" se rassurent, celle-ci reprendra prochainement avec l'actualité de l'année 1922. En attendant, l'Optimiste voudrait rendre hommage à un passionné d'histoire tournaisienne.

Le 15 juillet 2010 s'éteignait, à l'âge de 99 ans, Mr Edouard Janssens, Procureur du roi émérite près le tribunal de première instance de Tournai, membre de la confrérie des Chevaliers de la Tour. Il était né à Velaines, le 10 juin 1911. Avocat au début de sa carrière professionnelle, il devint par la suite magistrat et, en 1969, fut nommé Procureur du Roi. On décrivait l'homme comme étant doté d'une forte personnalité et ayant le sens des responsabilités, bien qu'il fut un responsable de parquet réservé et très courtois, il attendait de ses collaborateurs l'ordre, la rigueur et une grande conscience professionnelle. Les affaires judiciaires qu'il avait à traiter l'étaient avec minutie et opiniatreté. Passionné d'histoire et d'art, il collabora, dès après la seconde guerre mondiale, à une revue consacrée à la reconstruction de Tournai. Il publia également des études dans les "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" dont il était membre.

En 1986, il conta dans le tome V des mémoires de la société, l'affaire juridico-religieuse du chanoine Bernard, un évènement très médiatisé qui se déroula, à la fin du XIXe siècle, à l'ombre des cinq clochers mais qui amènera aussi le lecteur bien loin d'eux. 

L'histoire que nous allons vous conter se déroule entre 1879 et 1886, elle pourrait servir de scénario à un film tant elle est riche en action, rebondissements et met en scène des personnages tout puissants non seulement de la cité de Clovis mais aussi d'autres pays. Dans les rôles principaux, on y retrouve deux évêques qui furent en charge du diocèse de Tournai, Mgr Dumont et Mgr Du Rousseaux, un ministre de la Justice originaire de Tournai, Jules Bara, des dignitaires américains, des avocats célèbres dont Paul Janson et même, par personne interposée, le pape Léon XIII.

Le procès qui découla de l'affaire attira sur les bords de l'Escaut les chroniqueurs des plus grands quotidiens de l'époque : l'Etoile Belge, l'Indépendance, l'Echo du Parlement, La Vérité, le Courrier de l'Escaut, le Courrier de Bruxelles et même un responsable de la presse parisienne qui traita l'affaire. Le "Times" relatera le procès de façon erronée puisque ce journal n'avait pas envoyé de correspondant sur place.

L'acteur principal de cette "affaire" est le chanoine Léon Bernard, originaire de Gerpinnes près de Charleroi. Il est dépeint comme un personnage plantureux et dodu, un homme instruit, fils d'un maréchal ferrant et dont un des frères exerce le métier de forgeron. Un religieux qui va vivre une aventure extraordinaire qui vous sera résumée à partir de demain.

(à suivre).