31 déc.
2010

15:00

Tournai : expressions tournaisiennes (103)

Pou les fidèles lecteurs d' "Visite Virtuelle de Tournai"

Pou les ceusses qui ont ein jour bin voulu apprinte no patois,

Tous nos vieux amisses se seont, aujord'hui, rassanés

Pou vous invéyer à tertous en cantant d'eine seule voix :

nos voeux les pus sincères de beonne et hureusse ainnée.

Qu'i-s'invole'tent, là-héaut, pa d'zeur les clotiers et les toits,

que 2011 vous apporte l'vraie richesse, l'santé

ave eine grosse louque d'bonheur et beauqueop d'joie !

 

Au mitant de l'Grand'Plache au pied des cheonq clotiers,

L'Optimisse, Edmeond, Fifinne, Edgard et Irma

ont formé eine pétite chorale improvisée. 

Ch'est pos par hasard qui z'éteot'tent venus là,

i-aveo'tent voulu m'vir pou m'étrenner

et comme on a coutume de dire dins ces cas là :

Mettez vo main à vo saclet, N'orwettiez pos c'que vous donnez !

 

Fifinne a orchu un bieau cabas, Edmeond ein plein casier d'biere "Tournay"

Irma des plaches pou l'Maseon d'la Culture, Edgard ein disque pou stationner

Et mi, quoisque vous pinsez que ces diales ont bin pu m'deonner

i-m'ont tout biêt'mint et simplement ormercié

d'avoir parler d'eusses chaque verdi d' l'ainnée.

 

Beonne et Hureusse ainnée, nos voeux depuis l'cité des cheonq clotiers !

 

lexique : les ceusses : ceux / rassanés : rassemblés / invéyer : envoyer / tertous : tous / pa d'zeur : par dessus / clotiers : clochers / louques : louches / saclet : poche / n'orwettiez pos : ne regardez pas / orchu : reçu / cabas : sac à provisions / plaches : places / diales : diables / ormerié : remercié / verdi : vendredi.

(S.T. 31 décembre 2010)

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28 déc.
2010

15:09

Tournai : rétrospective des articles de l'année 2010 (3)

Aujourd'hui nous évoquons les articles parus en mars 2010 sur le blog :

 

01.03.10 au      1940-1945, une ville dans la tourmente

15.03.10           poursuite du récit entamé en février sur la vie quotidienne à Tournai durant la seconde guerre.

06.03.10           Expressions tournaisiennes (60)

                       hommage à l'ami René Godet du Cabaret Wallon Tournaisien.

13.03.10           Expressions tournaisiennes (61)

                       Edmond et Fifinne ont regardé "Bienvenue chez les Ch'tis"          

17.03.10           Le point sur les travaux

                      de nombreux chantiers sont ouverts en ville, leur évolution.

18.03.10           Le point sur les futurs chantiers

                      de nombreux projets ont vu le jour et vont bientôt se réaliser.

20.03.10           Expressions tournaisiennes (62)

                       présentation en patois du Carnaval de Tournai.

22.03.10 au       Histoire de la Presse tournaisienne

24.03.10           les différents journaux tournaisiens à travers les époque.

26.03.10           Une date à retenir

                       la présentation du Tournai Tempo Festival de juillet.

27.03.10           Expressions tournaisiennes (63)

                       les aventures d'Edmond et Fifinne au Carnaval de Tournai.

31.03.10           L'année 1946 sous la loupe

                       les évènements qui marquèrent cette année à Tournai.

Pour prendre  connaissance des autres articles, il vous suffit d'aller dans la colonne de droite du blog et de cliquer sur le mois correspondant, dans le bas de la page qui s'affiche, cliquez ensuite sur : "toutes les notes". il suffira alors de choisir l'article que vous désirez. Bonne lecture !

                    

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27 déc.
2010

15:00

Tournai : rétrospective des articles de l'année 2010 (2)

Voici les articles parues durant le mois de février 2010 sur le blog:

 

02.02.10        L'Histoire du grand Hôtel

                    Histoire de l'Hôtel de la cathédrale appelé à devenir le futur centre de tourisme de Tournai.

04.02.10 au    L'année 1938 sous la loupe

05.02.10        Les événèments qui marquèrent la vie tournaisienne en cette année.

06.02.2010     Expressions tournaisiennes (56)

                    les mots et expressions de notre patois aujourd'hui peu utilisés.

09.02.10        Au temps des diligences

                    les premiers transports en commun tournaisiens.

10.02.10        Du tram au premiers bus

                    le développment des transports en commun tournaisiens.

11.02.10 au    L'année 1939 sous la loupe

12.02.10        les évènements qui marquèrent la vie tournaisenne en cette année.

13.02.10        Expressions tournaisiennes (57)

                    ou les considérations d'Edmond et Fifinne sur tout et sur rien.

15.02.10 au    L'histoire des deux gares 

17.02.10        le chemin de fer à Tournai.

18.02.10 au    1940-1945, une ville dans la tourmente

26.02.10        la vie au jour le jour à Tournai durant la seconde guerre mondiale.

20.02.10        Expressions tournaisiennes (58)

                    Edmond et Fifinne parlent du cabaret Wallon Tournaisien.

27.02.10        Expressions tournaisiennes (59)

                    La Saint-Valentin d'Edmond et Fifinne.

(à suivre)

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26 déc.
2010

14:00

Tournai : rétrospective des articles de 2010

Les jours qui précèdent ou suivent la nouvelle année sont propices à une rétrospective des douze mois écoulés. Pour faciliter vos recherches, l'Optimiste vous récapitule les sujets abordés des trois premiers mois de l'année écoulée.

 

Nous commençons donc par le mois de JANVIER 2010 :

 

02.01.10      Le choeur gothique de la cathédrale de Tournai.

                  une visite de la partie actuellement interdite en raison des travaux et de problèmes de stabilité.

03.01.10      Expressions tournaisiennes (51)

                  la nouvelle année chez Edmond et Fifinne, ça n'est pas triste !

04.01.10 au  Un évêque de caractère

07.01.10      l'histoire de Monseigneur Labis, évêque de Tournai au XIXè siècle et ses démélées avec l'autorité.

09.01.10      Expressions tournaisiennes (52)

                  Edmond et Fifinne fêtent le Lundi Perdu et vous donnent la recette !

11.01.10 au  L'année 1937 sous la loupe

14.01.10      tous les évènements qui marquèrent cette année à Tournai

15.01.10 au  La ville au XVIIIe siècle vue par un Anglais

16.01.10      les carnets de voyage de John Thornhill et sa visite de la cité au cinq clochers

17.01.10      Expressions tournaisiennes (53)

                 les expressions bien de chez nous !

23.01.10     Expressions tournaisiennes (54)

                 mots bizarres de notre patois tournaisien.

25.01.10 au  Le Pont des Trous

28.01.10      à l'occasion de l'annonce de sa prochaine transformation, les enjeux, les oppositions !

30.01.10     Expressions tournaisiennes (56)

                les mots de notre patois aujourd'hui peu utilisés.

(à suivre)

                 

             

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24 déc.
2010

12:00

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers

En cette soirée du vingt-quatre décembre, le long du quai Notre-Dame, Charles regagnait son logis au terme d'une longue et harassante journée de travail. Employé dans une grande surface, il avait vu défiler, au fil des heures, des centaines d'acheteurs souriants, goûtant déjà à la joie du réveillon, venus chercher dindes, rôtis, poissons ou crustacés qui garniraient, en cette nuit de la Nativité, la table familiale.

Pour Charles, Noël et Saint Sylvestre, n'étaient que des prénoms apparaissant, à la fin de chaque mois de décembre, au calendrier mural de la cuisine. Pour ce célibataire endurci, depuis la mort de sa mère, les soirées de Noël et de Nouvel-An ne lui apportaient aucune fièvre particulière. Avant de quitter le magasin, il avait cependant acheté un bloc de foie gras, un petit pot de confiture d'oignons, un chapon bien dodu et la bûche traditionnelle. Il accompagnerait ce repas d'un Saint-Estèphe 1999 recommandé par le sommelier qui, secrètement, voulait liquider les bouteilles sur lesquelles la clientèle n'avait pas jeté son dévolu.

Arrivé au hauteur de l'église des Pères Rédemptoristes, il releva le col de son manteau et baissa un peu plus la tête pour affronter ce vent venu de l'Est, qui s'engouffrait dans le couloir formé par l'Escaut et lui fouettait le visage. Il pensa à la douce chaleur de son petit logis de la rue Haigne et pressa le pas. Entre deux bourrasques, il crut entendre une faible voix, à peine audible, qui lui disait : "quelques pièces, Monsieur, pour pouvoir manger ce soir". Etait-ce le fruit de son imagination ? Il se retourna et vit une vague forme allongée sur le sol à l'entrée de la ruelle des Noirets, enroulée dans une couverture, tentant de se protéger des morsures d'Eole.

Habitué à croiser Joseph sur la Grand'Place, un pauvre gars qui réclame tout au long d'une journée des petits sous aux touristes pour aller s'acheter un sandwich ou jouer au flipper, il avait toujours dans une poche quelques pièces. Ce soir, pourtant, il continua son chemin, indifférent à la supplique qui lui était adressée. La voix reprit : "Joyeux Noël quand même, Monsieur !" Ces mots n'avaient aucun sens pour lui, rentré à la maison, il cuisinerait son repas de réveillon, allumerait la télévision et attendrait la messe de minuit en regardant des films cent fois vus en cette période de l'année. Si sa maman avait encore été là, la veillée aurait été plus chaleureuse, plus douce.

Au moment d'emprunter le pont Notre-Dame, il s'arrêta soudain, le vent semblait avoir pris de la vigueur et s'ingéniait maintenant à faire plonger le mercure dans le vieux thermomètre placé sur le mur du magasin situé au coin de la rue Royale. Il songea à cette petite forme qui venait de l'interpeller, elle aussi devait avoir froid, avoir faim et le nuit de Noël qu'elle allait passer serait bien plus triste encore que la sienne. Il avait dans son sac de quoi satisfaire l'appétit de deux personnes, l'idée lui vint de rebrousser chemin.

Parvenu à la hauteur de la vieille église que tous les Tournaisiens connaissent sous le nom des "Pères au quai", il chercha vainement celle qu'il était venu revoir, elle n'était plus là. Désemparé, du fond du coeur, il adressa une supplique : "Mon Dieu, qu'elle ne soit pas trop loin". Sa prière fut-elle entendue, il lui sembla distinguer une frêle silhouette qui avançait péniblement sur le Pont de Fer. Il se précipita et rejoignit une jeune femme qui se protégeait du froid au moyen d'une couverture miteuse. Charles lui adressa la parole : "C'est bien vous qui m'avez appelé, il y a quelques minutes à peine ?" La jeune femme le regarda et répondit par un oui timide. "Allez, venez chez moi, je n'habite pas bien loin, dans cinq minutes nous y serons, vous pourrez vous réchauffer pendant que je prépare le repas" lui dit-il avec un sourire. La malheureuse hésita, il fallait se méfier des étrangers qui se montrent soudainement si gentils mais Charles lui fit sans doute une bonne impression, nettement meilleure que celle qu'il lui avait faite, un quart d'heure auparavant. Elle accepta l'invitation. C'est ainsi que sur le Quai Dumon, on vit passer un homme portant deux grands sacs suivi par une petite femme protégée par une couverture, drôle d'équipage pour une nuit de réveillon !

Pour la première fois, depuis la mort de sa mère, Charles ne fut pas seul en ce soir de Noël. Pour la première fois également, Rita, la petite SDF, découvrit la chaleur d'un foyer, une notion à laquelle elle ne devait pas être habituée. A la fin du repas, alors que la pendule du salon allait égréner les douze coups de minuit, elle regarda tristement par la fenêtre et vit la neige tomber à gros flocons. "Tu ne vas pas retourner dans la rue, je vais te préparer le divan-lit et tu pourras dormir ici, bien au chaud, en attendant demain" lui dit Charles.

Huit années ont passé. En ce soir de Noël 2010, Charles est pressé de rentrer chez lui et de découvrir le repas de fête que lui a préparé Rita, son épouse. Quand ils entendraient le bruit de la clé dans la serrure, les jumeaux, âgés de cinq ans, se précipiteraient dans le hall pour se pendre à son cou tout en lui disant : "Joyeux Noël, Papa !".

(S.T. 24 décembre 2010)

12:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, noël, conte, veillée |

22 déc.
2010

20:10

Tournai : expressions tournaisiennes (102)

"Cha va faire ein meos qui fait freod et qui neiche, j'comminche à in avoir plein l'deos !".

Fifinne n'aime pos l'hiver, elle préfère printe ein Picon au mitan du gardin in plein meos d'juillet que racler l'neiche ave s' brouche in plein mitan du meos d'décimpe. Pou Edmeond, tout i-est toudis beon. " I-féaut printe l'temps comme i-vient, on n' sait quand même pos l'canger". Quand i-dit cha, Fifinne elle montreot à z'arpes, elle mingereot s'capieau et elle li foutreot bin eine marnioufe à li faire rougir s'bajote.

"T'as toudis eu l'air d'eine riche andoule avant-hier et cha te n' t 'in vantes pos !"

Ch'est vrai, comme i-aveot beauqueop d'neiche, ein visin li aveot dit que pou bin marcher su l'blanc tapis, i-falleot mette à ses pieds des raquettes commes les trappeus du Canada. Edmeond i-a fait ce qu'on li aveot conseillé et i-s'a infonché jusqu'à ses g'noux dins l'poudreusse. "Ahais qui li a dit l'visin, quand j'parleos d'raquettes ch'éteot pos des ceusses de Ping Pong !" A l'vir ainsin pris au pièche, Fifinne elle se s'reot bin ingoslé tell'mint elle aveot du plaisi. "Quand t'aras fini d'faire l'ours polaire, te pourreos pétête m'deonner un coup d'main pou rintrer les sacs d'carbeon".

Edmeond i-n'oblie pos ceulle histoire, comme tertous i-n'aime pos avoir l'air biête pas d'vant les gins et i-a eu s'n'orvanche l' lind'main après-deîner. In sortant du boulanger, Fifinne a gliché sur eine plaque d'noirglache, elle est partie su eine gampe, a presque fait un double axel, suivi d'eine toupie, tout in essayant d'sauver les commissieons. " Surtout n'lâche pos l'bûche, Candeloro !", ceulle feos ch'est Edmeond qui éteot fin bénaisse ! Ch'est ein vrai miraque, Fifinne et l'bûche n'ont pos eu d'dommaches.

L'malheur n's'arrête pos là. In rintrant à leu maseon à chinq heures au soir, l'lampe du couloir elle a sauté quand i-ont alleumé l' leumière. Eine lampe économique qui deveot durer treos feos pus lommint qu'eine lampe ordinaire, acatée bin tcher, et qui aveot'tent mis à l'Toussaint. Si ch'est cha les écolomies qu'elle a dit Fifinne, ch'est seûrmint pou l'marchand mais pos pou no tasse. D'jà que quand on seonne à t'porte, i-feaut deux minutes pou que l'lampe elle éclaire, bé les invités i-seont dins l'salle à minger quand i comminche à faire clair dins l'couloir et i-feaut leu d'minder ein préavis pou l'heure du départ pou qu'i-n'ont pos l'air d'sortir d'eine mortuaire. Quand on mettra des lampes ainsin su l'sapin, on l'alleum'ra à nueve heures du soir pou qui brille à minuit. Dis hardimint qu'on est att'lé ave tous ces nouvieautés. Béteôt, on va devoir mette ein p'tit martieau dins les auteos comme cha quand te s'ras inanimé te saras toudis casser l'carreau pou ti sortir attinte les secours. Ave les hivers qu'on a on va aussi obliger les gins à avoir eine couverture cauffante, ein thermos d'café, eine balise pou t'ortrouver sous l'neiche comme dins les avalanches et ein tchien ave ein p'tit tonnieau d'alcool (cha Edmeond i-n'est pos contre) pou t'récauffer (pos ein pinscher-nain pasque cha s'ras eine pétite goutte).

Après toutes ces beonnes nouvelles j'vous souhaite à tertous à ein "beon Noë" et n'obliez surtout pos d'avoir ein "Bob" ("mais neon Edmeond pos ein capiau d'été, te m'fous l'barpe, fieu") si vous mingez et buvez hors de vo maseon.

lexique : brouche : brosse / arpes : arbres / capieau : chapeau / marnioufe : gifle / bajote : joue / andoule : andouille / infonché : enfoncé / pièche : piège / ingoslé : étranglé / pétête : peut-être / carbeon : charbon / gliché : glissé / noirglache : verglas / gampe : jambe / bénaisse : content / miraque : miracle / dommaches: dommages / lommint : longtemps / tcher : cher /écolomies: économies / no tasse : notre poche / comminche : commence / béteôt : bientôt / saras : sauras, pourras / cauffante : chauffante / tchien : chien / Noë : Noël / barpe : barbe /fieu : fils.

(S.T. décembre 2010)

20:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

20 déc.
2010

18:45

Tournai : la cité vue par Victor Hugo !

Victor Hugo (1802-1885) est sans doute, avec Jules Verne, un des romanciers les plus connus. L'auteur de Notre-Dame de Paris, d'Hernani, des Misérables ou de Travailleurs de la Mer a beaucoup voyagé et un de ces nombreux périples l'a amené dans la cité des cinq clochers. C'était au mois d'août 1837.

En 1921, le Courrier de l'Escaut a publié l'intégralité de deux lettres adressées à son épouse Adèle (Foucher). Voici ses impressions sur la cité d'alors.

Tournai, le 26 août 1837,

En venant de la route d'Audenarde qui est une prairie sans fin coupée de verdures et de petites rivières, on voit à gauche, la charmante colline qui masque le cours de l'Escaut (le Mont Saint Aubert ?). Tournai doit tenir son nom des tours dont elle est couverte. La cathédrale seule a cinq clochers, c'est une des plus rares églises romanes que j'ai vues. Il y a dans l'église un admirable "Jugement dernier" de Rubens (la libération des âmes du purgatoire ?) et un magnifique reliquaire d'argent doré, énorme, massif et travaillé en bijou. Les deux portails latéraux de l'église sont du byzantin le plus beau. Toute cette ville est d'un immense intérêt. Hier soir, jour de la Saint Louis, le beffroi, superbe tour presque romane, était illuminé de lanternes de couleurs, bariolage charmant et lumineux que commentait le carillon le plus bavard et le plus amusant du monde. Une symphonie de lanciers belges répondait de la place d'arme à ce vacarme aérien. Toutes les cloches étaient en mouvement et toutes les femmes aussi (!). Toute cette ville ainsi livrée à ce joyeux babil de fête était ravissante à entendre et à voir. Je me suis promené longtemps dans une rue sombre, regardant les cinq aiguilles géantes de la cathédrale, qu'éclairait vaguement le beffroi illuminé.

 

Tournai, le 27 août 1837,

Avant de quitter Tournai, j'ai été revoir la cathédrale qui est vraiment d'une rare beauté. C'est une église romane presque comparable à celle de Noyon et qui a, de plus que Noyon, un ravissant jubé de la Renaissance tout en marbre de diverses couleurs avec deux étages de reliefs, l'un de l'Ancien testament, l'autre du Nouveau testament, lesquels s'expliquent fort curieusement, ceux d'en bas par ceux d'en haut (...). C'est une antique ville que Tournai. Presque toutes les églises sont du onzième au treizième siècle. J'y ai vu des maisons romanes. Te rappelles-tu, mon Adèle, celles que nous vîmes ensemble à Tournus dans ce beau voyage de 1825 qui est le plus doux souvenir de ma vie... Mais je reprends mon journal, au portail Nord de la cathédrale de Tournai qui est romane, il y a une singularité que je n'ai vue que là. Ce sont deux fenêtres à plein cintre fermées que le sculpteur a figurées dans la pierre. les volets avec leurs ferrures et leurs verrous sont fort soigneusement travaillés. Du reste, ce portail est dans un état de délabrement déplorable, le gros clocher qui monte à gauche (la tour Brunin) se lézarde (déjà ?) du haut en bas. Je ne te parle que de l'architecture, Chère Adèle...

Ce texte apporte la vision d'un célèbre écrivain et nous offre sa perception de la cathédrale, il est la neuf centième note consacrée à la ville aux cinq clochers postée sur ce blog depuis sa création en avril 2007.

Fille de Pierre Foucher, un ami de Léopold Hugo, le père de Victor, Adèle est née à Paris en 1803. Elle épousa le célèbre écirvain le 12 octobre 1822. Le mariage fut célébré en l'église Saint-Sulpice. De cette union naîtront cinq enfants, dont Adèle H. que le cinéma a immortalisée, née le 28 juillet 1830. Adèle Hugo-Foucher est décédée à Bruxelles le 27 août 1868.

(sources : Courrier de l'Escaut avril 1921. S.T. décembre 2010) 

18:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cathédrale, victor hugo, beffroi |

17 déc.
2010

19:00

Tournai : expressions tournaisiennes (101)

A l'occasion de la parution de la 100e rubrique d'Expressions Tournaisiennes, je vous avais proposé un petit concours. Une fois encore j'ai été "optimiste" en espérant une dizaine de réponses, j'en ai reçu la moitié mais la qualité a compensé la (trop) petite quantité. Merci donc à ceux qui m'ont répondu par commentaires (2), par mail (2) ou oralement (1). 

Je rappelle que je souhaitais obtenir non la traduction, mot à mot, des phrases mais le sens de celles-ci, ce qu'elles voulaient signifier. Pascal a donné une bonne traduction des phrases, les réponses les plus proches ont donc été celles de Jacques et André et il est surprenant de constater que c'est sur le mot "nierques" que tous ont chonq'lié (buté). 

minger les beons morcieaux et inveyer les infants à nierques :

"nierques" est une expression issue du jeu de billes, c'est lorsqu'on met la main fermée sur le sol pour recevoir les coups de billes. Ici l'expression fustige des parents égoïstes qui pensent à eux avant leurs enfants !

i-f'reot pinte s'mopère et s'mamère ave s'lanque :

littéralement, "il ferait pendre son père et sa mère avec sa langue", désigne une personne qui ne réfléchit pas aux conséquences de ses indiscrétions, se dit également d'une personne qui dit du mal de tout le monde.

faire ein air de capuchin à l'agonie :

"avoir l'air d'un capucin à l'agonie" signifie que la personne a un air renfrogné, capucin ou pas, je crois qu'on sourit rarement béatement au moment de rendre l'âme !

i-fait l'effet d'ein grain d'aveine dins l'gueule d'ein baudet

un grain d'avoine dans la gueule d'un baudet passe inaperçu, en parlant de cet homme, on dit donc qu'il passe inaperçu, qu'il ne fait pas d'effet, qu'il est transparent.

ch'n'est pos tout rôsses et violettes :

"ce n'est pas très gai, pas très agréable", c'est certainement ce qu'une majorité d'entre-vous se seront dit et voilà donc l'explication pour laquelle les réponses ont été si peu nombreuses. Pour rappel, si cela est nécessaire : rôsses désigne les roses.

On poch'reot su s'nez i-orsortireot acore du lait :

il se croit un grand mais, en fait, ce n'est encore qu'un enfant car "on appuierait sur son nez, il en sortirait encore du lait", se dit de jeunes adolescents qui se prennent pour des adultes. "I-in a beauqueop asteur et i-f'reot'tent mieux d'acore aller à l'école pou apprinte eine séquoi" comme direot'tent les mauvaisses lanques !

M'heomme i-cante comme eine galoisse :

les participants ont bien traduit le terme galoisse qui signifie "cruche", cela veut donc dire que cet homme chante faux !

I-li faudreot l'gardin et les preones :

"il lui faudrait le jardin et les prunes" ou comme dit il lui faudrait le beurre et l'argent du beurre, il veut tout et plus encore.

I-n'a pos ein rouche liard :

il n'a pas un sou vaillant, il est désargenté !

i-est tell'mint cras qu'i a ses oches qui biqu'tent :

"être cras", c'est être gras, bien portant, "les oches qui biqu'tent" sont des os qui font saillie. Il est tellement gros qu'on voit ses os saillir, cette expression désigne donc un maigrichon, un oiseau pour le chat ! 

Ov'là no jeu terminé, j'ormercie les ceusses qui ont eu l'corache de répeonte, cha m'a fait plaisi d'vir que je n'prêche pos dins l'désert, l'sémaine prochaine on ara des nouvelles d'Edmeond et Fifinne, je n' les ai pos obliés.

Basé sur le "Glossaire picard tournaisien" de Lucien Jardez paru en 1998.

(S.T. décembre 2010)

19:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

16 déc.
2010

18:55

Tournai : l'année 1920 sous la loupe (2)

Résumer les faits qui se sont produits durant l'année 1920 dans la cité des cinq clochers ne se différencie pas tellement de la relation des faits des autres années que nous avons évoquées jusqu'à présent.

La météo est, comme bien souvent, capricieuse. Les 10 et 11 janvier, un vent de tempête souffle et provoque de nombreux dégâts à un point tel que maçons et vitriers ne songent guère à fêter le lundi perdu, le 12 janvier. Le vent a abattu des arbres, jeté bas des murs fragilisés lors de la guerre et provoqué des retards considérables dans la circulation des trains. Les jours suivants, ce sont des pluies abondantes qui tombent sur le Tournaisis, l'Escaut atteint sa cote d'alerte et se répand même, au-delà du Pont des Roulages, dans le bois appartenant au Bureau de Bienfaisance.

Les souvenirs de la guerre sont encore bien vivaces, ainsi le dimancher 1er février 1920, à 9h00, les agriculteurs du Tournaisis qui avaient fait l'objet de réquisitions de juments et pouliches de la part de l'autorités allemande sont priés de se rendre au café de la Fontaine d'Or, place Verte, pour fournir tous les renseignements à ce sujet. Le samedi 13 mai, une terrible explosion secoue le village de Vaulx, deux ouvriers occupés à charger un wagon de grenades, vestiges de la guerre, sont tués, deux autres sont gravement blessés, l'un des engins chargés était probablement défectueux. En avril, la presse titre : "A quand nos ponts". On apprend que Tournai dispose de deux ponts et de trois passerelles érigés après la fin de la guerre, ce qui s'avère nettement insuffisant pour la ville. Aux heures de pointe, il y a encombrement de véhicules et de piétons. Il semble que quelques années seront encore nécessaires pour la construction de nouveaux ouvrages.

D'autres faits divers relevés en cette année pourraient tout aussi bien trouver place dans les journaux d'autres époques. Dans la rue des Maux, durant la nuit du 23 au 24 avril, vers 1h30, dans un café concert, trois noctambules entrent et demandent à être servis. Une dispute éclate et deux consommateurs présents sortent bientôt rejoints par les trois individus. Un coup de couteau est porté au visage d'un des deux clients, l'homme transporté à l'hôpital civil succombe à ses blessures deux heures plus tard. La victime est un ancien sous-officier de l'armée, récemment démobilisé, vivant chez sa mère. Dans la matinée, la police communale arrête, dans le quarteir Saint-Jean, un journalier, âgé de 29 ans, demeurant au Becquerelle, de réputation douteuse. Il portait encore sur lui le couteau qui avait servi au crime. 

Le mercredi 13 octobre, une terrible explosion se fait entendre au sein des Usines Meura situées à la limite de Tournai et de Warchin. Lors d'une mise sous pression d'une cuve destinée à une brasserie, un manomètre probablement défectueux laisse monter la pression beaucoup trop haut. La cuve sera propulsée à travers l'atelier tuant sur son passage deux jeunes ouvriers tournaisiens, à peine âgés de 16 ans, et blessant griévement le responsable chargé de la surveillance des opérations.

Le vendredi 6 février, la ville de Tournai accueille le roi Albert 1er. Vers 9h15, son arrivée est saluée par les volées de la Bancloque et de Marie Pontoise tandis que le carillon du beffroi joue des airs patriotiques. Une foule immense est rassemblée tout au long du parcours qui mène le souverain jusqu'à l'hôtel de ville, la plupart des entreprises ayant donné quelques heures de congé à leur personnel pour assister à cette première visite royale depuis la fin de la guerre. Le jeudi 29 juillet, c'est le prince Léopold, le futur Léopold III, qui vient visiter incognito la cité de Clovis, il déjeune à l'Hôtel de la Cathédrale, visite Notre-Dame et de son trésor, Saint-Quentin et la Halle-aux-Draps avant de regagner la capitale. Aller à Bruxelles par le rail ressemblait à un expédition, ainsi un train quittant Tournai à 12h36 arrivait à Bruxelles Midi à 15h04 (lorsqu'il était à l'heure, c'est-à-dire tout aussi rarement que maintenant), il faut dire qu'il y avait des arrêts à Havinnes Village, Havinnes Gare, Barry-Maulde, Pipaix, Leuze, Chapelle à Wattine, Ligne, Villers Notre-Dame, Ath, Enghien, Hal avant d'arrivée au sud de Bruxelles. La jonction Nord-Midi étant toujours à l'état de projet (elle ne sera opérationnelle que dans les années cinquante), pour aller à Anvers, il fallait alors se rendre à la gare du Nord par le tram, le taxi ou... à pied !

Evènement au mois de juillet, Tournai pavoise à partir du 17 à l'occasion de la glorification  de Jeanne d'Arc. On peut découvrir dans la presse le fac-similé d'une lettre adressée par la "Pucelle d'Orléans" aux habitants de Tournai.

Quand je vous aurai dit que l'Oeuvre de la Goutte de Lait distribue du lait aux enfants jusqu'à trois ans, les mères devant présenter une fois par mois, au médecin-directeur désigné par l'oeuvre, une feuille de pesée dressé par les parents ou par le médecin de famille, que le cirque De Jonghe s'installe sur la Grand'Place pour la foire de septembre et connaît un tel succès que son spectacle est prolongé jusqu'au 2 octobre, qu'il succède au cirque Carré qui avait dressé son chapiteau sur la plaine des Manoeuvres en juin et que les tribunaux jugent des affaires relatives au comportement de certains habitants de la région durant la guerre : fraude, sympathie pour l'occupant, enrichissement personnel par collaboration, dénonciation de patriotes... vous aurez fait le tour des principales informations qu'on trouvait dans la presse locale en 1920.

(source : le Courrier de l'Escaut - S.T. décembre 2010)

15 déc.
2010

18:55

Tournai : l'année 1920 sous la loupe.

Au moment d'aborder cette année 1920, de pointer notre loupe sur la cité des cinq clochers, il est judicieux d'étendre notre vue sur les évènements qui marquèrent ces douze mois sur le plan international et national.

Aux Etats-Unis, le 1er janvier, la loi sur la prohibition, interdisant toute vente d'alcool, est mise en application, le 10 janvier, le Traité de Versailles entre en vigueur, le 24 janvier, Sidney Bechet se produit pour la première fois sur une scène française.

Sur le plan national, il y à peine quatorze mois que la grande guerre est terminée. Des familles entières ont été décimées, de nombreux soldats ne sont jamais revenus, emportés par la folie meurtrière qui avait envahi l'Europe. On ne soulignera jamais assez le rôle tenu par les femmes durant tout le conflit, la plupart d'entre-elles firent front avec courage élevant leurs enfants, les soignant, les éduquant, compensant l'absence du père. C'est peut-être en se souvenant de leur action exemplaire durant le conflit que le Sénat accepte le principe du vote des femmes en date du 2 avril 1920, c'est une première grande victoire pour les mouvements féministes qui sont nés aux Etats-Unis tout comme le sera l'admission des jeunes filles à l'Université de Louvain acceptée le 8 mai. Autre évolution importante, pour faire face à l'important chômage et à la misère, le gouvernement instaure, le 8 avril, un Fonds national de crise et, le 13 juin, entre en vigueur un système d'assurance volontaire contre le chômage. Les adhérents peuvent bénéficier de l'intervention de celui-ci pendant un temps limité avant d'émarger au fonds de crise. A la fin de l'année, le nouveau gouvernement, issu des élections dont le premier ministre est Mr. Carton de Wiart, est confronté à un (premier !) problème linguistique apparu en août au sein de l'administration belge. Anvers organise les jeux Olympiques, plus de 2.600 athlètes représentant 29 nations se disputent l'or, l'argent et le bronze, la Belgique remporte le tournai de football en battant la Tchécoslovaquie en finale tandis que les amateurs de tennis découvrent une tenniswoman d'exception, elle s'appelle Suzanne Lenglen et remporte le simple et le double mixte.

A Tournai, le Courrier de l'Escaut informe ses lecteurs, au moyen d'un journal de quatre pages. Dans sa présentation et dans le choix de ses informations, la gazette est bien différente des quotidiens tels qu'on les découvre aujourd'hui. La première page aborde les informations nationales et internationales, les pages centrales sont consacrées aux nouvelles de Tournai et de la région, la dernière page est surtout destinée aux "réclames". Il n'y a pas de reportages photographiques.

Alors journal d'obédience catholique, les articles régionaux concernent "la propagande catholique",  la "chronique religieuse", "la vie dans les paroisses" avec l'horaire des messes, de longs reportages sur les processions, les nominations écclésiastiques ou les pélérinages. Ils se font l'écho de très nombreux communiqués émanant d'associations annonçant les dates des réunions ou l'ordre du jour des assemblées, des résultats scolaires de Saint Luc ou des prix du Conservatoire. Au milieu de tout cela, on découvre l'un ou l'autre fait divers, les résultats des concours colombophiles, de très brefs entrefilets pour la rubrique sportive (sans les résultats de football du week-end), et même les noces d'or, les procès du tribunal de Tournai, les résultats d'adjudications pour des travaux publics ou les annonces notariales.

Les réclames (qu'on appelait pas encore publicités) nous font découvrir des maisons bien connues à Tournai mais aujourd'hui disparues : "les déménagements par la firme Ch. Leroy et J. Leclercq, située au 45 de la Terrasse Saint Brice, effectués par un personnel expérimenté et au moyen de tapissières capitonnées" ou "la location de voiture à la course, à la journée, à la semaine ou au mois, au Garage Central, impasse de la rue du Cygne". Des petites annonces nous interpellent comme celle qui est parue en janvier 1920 et qui stipule que : "6.500 litres d'eau de vie française et 9.000 litres de cognac sont en vente, à des conditions avantageuses, à la Brasserie-Distillerie du Pont des Trous, Paul Losfeld et Cie, 17 rue du Sondart". Le 28 septembre 1920, pour lutter contre l'ivrognerie et ses conséquences particulièrement dramatiques pour les classes populaires, Emile Vandervelde publie sa loi contre l'alcoolisme des pauvres qui interdit la vente de boissons fortes dans les lieux publics et limite la vente aux particuliers. Détail amusant, un amendement est accepté, il permet encore la consommation de grogs en ajoutant du rhum ou du cognac au café ! La loi punit le contrevenant à une amende de 500 francs, mesure qui fut dissuasive.

Dans l'article suivant, nous poursuivrons le survol des faits qui marquèrent la vie tournaisienne durant l'année 1920.

(sources : la Courrier de l'Escaut - S.T. décembre 2010)

 

18:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1920, réclames |