28 juin
2010

08:45

Tournai : William Chapman est tournaisien !

Voici une affirmation qui surprendra plus d'un canadien puisque ce nom évoque leur poète né en 1850 et décédé en 1917.

 

Voici un titre qui va étonner plus d'un anglais pour qui William Chapman fut un député brtiannique né en 1685 et mort en 1689 ou un joueur de cricket professionnel ou encore le veritable prénom de Bill Chapman, avant centre anglais de football, né en 1903 et disparu en 1967. On note encore que William Chapman est le nom d'un baryton américain ou d'un ingénieur-mathématicien. ...

 

Qui est pour nous, Tournaisiens, William Chapman ?

 

L'Optimiste a mené l'enquête. ... Il est né, il y a un peu plus de 40 ans, durant sa jeunesse, il a habité Mourcourt et fit ses études secondaires au Collège de Kain. Dès l'âge de 16 ans, Jean Michel Vandecauter, voici son identité dévoilée, a été attiré par les radios libres, celles qu'on nommait aussi, un peu auparavant, les "radios pirates" descendant toutes de la célèbre "Radio Caroline" émettant depuis un bateau ancré en Mer du Nord. ... C'est à "WLS", une station établie au sommet du Mont Saint Aubert qu'il devient animateur tandis que son frère Dominique en était un technicien.

 

La radio ne lui a pas fait oublié les études et après le collège, on le retrouve à l'école Saint-Luc à Ramegnies Chin au sein de la section "Communication visuelle". Les études terminées, son diplôme d'aptitude pédagogique lui ouvre les portes du S.A.I.S, service d'aide et d'intégration, il y officiera en tant qu'animateur auprès des jeunes en difficulté. Dans cette fonction, on lui doit notamment la mise sur pied de la "Fête à Carbo", pour et avec la collaboration active des jeunes de la Résidence Marcel Carbonnelle à Tournai. ... Il n'a pas quitté la radio pour autant, Bauduin Delachapelle qui dirige l'antenne tournaisienne avait demandé à ses animateurs de prendre des noms à consonance anglo-saxonne, c'est ainsi que les jeunes écoutaient les émissions, les hits et les nouveautés présentés par William Chapman (alias Jean Michel Vandecauter) et Jonathan Gray (alias Michel Thiébaut) qui lui était employé de banque. ... On allait alors assister à une série de fusions et bon nombre de petites radios furent absorbées par des stations nationales. Ainsi disparurent Radio Martin, Radio Intérim... WLS fut repris par Radio Contact, la station au petit dauphin bleu. 

 

Radio Contact décida de créer un groupe de journalistes par province et William Chapman fut confronté à un choix douloureux, transféré à Mons, il fut obligé de sacrifier son job d'éducateur. ... Mais William Chapman était avant tout un garçon aimant les contacts, son rôle de journaliste ne le satisfait pas beaucoup et rapidement, il quitte l'antenne pour le service hennuyer de promotion de radio Contact. Il va poursuivre une activité entamée sur WLS Radio, l'animation de spectacles et concerts organisés dans la région par Radio Contact et, en indépendant, anime les organisations de centre commerciaux (on le rencontre aux Bastions à Tournai), il devient speaker à l'Excelsior de Mouscron et au club de La Louvière et on le retrouve même dans les animations en français lors des rencontres des Diables Rouges, l'équipe nationale de football. 

 

Depuis quelques temps, William Chapman s'est peu à peu effacé au profit de Jean Michel Vandecauter, devenu le responsable de la Gestion Centre Ville de Tournai. Avec cette nouvelle équipe, il a remporté deux prix, le 9 octobre 2008 au "Palmarès des Coups de Coeur de la Gestion des centres de villes". Parmi les 41 projets déposés, le jury a été sensible à la mise sur pied par l'équipe tournaisienne du Marché textile "Les Chiffonades", la création d'un marché textile de seconde main dont la première édition avait eu lieu en août 2007. Le second prix a été obtenu dans la catégorie "Stewards urbains", grâce à la création à Tournai du "sac mission" composé d'un plan de ville, de guides, d'un Pass régal, d'un calendrier des animations, de disques de stationnement (devenus drôlement nécessaires) et d'une liste de numéros utiles rendant plus efficace encore la mission des stewards tournaisiens auprès des visiteurs en leur permettant de répondre avec précision aux questions les plus souvent posées par le touristes.

 

Garçon sympathique et affable, on le retrouve au sein d'une foule d'activités, parmi les organisateurs du "Tournai Tempo Festival", à l'antenne de No Télé pour la présentation de l'émission consacrée au jardinage par la télévision locale : "Petits pois et pois de senteur", dans la revue annuelle du Cabaret Wallon Tournaisien, au micro des animations commerciales du centre commercial les Bastions etc...

 

De Benoit Poelvoorde à Gilbert Montagné, de Benny B à Claude Barzotti et bien d'autres, il s'est attiré l'amitié des nombreux artistes qu'il a cotoyés. Nul doute qu'au prochain Tournai Tempo Festival qui a lieu les 31 juillet, 1er et 2 août, la liste de ses amis-vedettes s'enrichira des noms de Florent Pagny, Alain Souchon, Marc Lavoine et Pascal Obispo !

26 juin
2010

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (76)

Quand i-éteot acore jeone et bieau (encore jeune et beau), Maurice, ein garcheon de V'zeon (un garçon de Vezon) éteot acteur. Vous l'advenez seûrmint (vous le devinez sûrement), ch'éteot fauqu'ein amateur (c'était seulement un amateur), ein infant (un enfant) qui aveot appris su l'tas au patronache et qui n'a toudis jeué (joué) que dins l'troupe de s'villache (village). Mais i-éteot fort connu et même par tertous orconnu (par tous reconnu). Féaut dire qu'à li tout seu (tout seul) ch'éteot d'jà ein spectaque (spectacle).

 

Dins l'pièche (pièce) "Attintieon aux barbus", ch'éteot l'seul à avoir perdu s'barpe (barbe) et dins "Prumier rindez-vous", in ormettant (remettant) à s'dulcinée s'bouquet de fleurs, i-éteot, par mégarde, caihu (tombé) dins l'treo (trou) du souffleur, résultat eine gampe (jambe) cassée et quate (quatre) sémaines d'hôpital. A quelqu'un qui éteot v'nu d'minder (demander) d' ses nouvelles, i-a dit : "Tous les grands artisses (artistes) vive'tent des momints d'crisses (crises)".

 

 Georges à l'affiche, ch'éteot l'orcette asseurée (la recette assurée) ! Quoisqu'i-va acore (encore) li arriver ? A chaque feos, l'questieon éteot posée. Dins l'salle, i-aveot pourtant eine mam'zelle (une demoiselle) qui l'orwettieot (le regardait) comme si i-éteot l'Beon Dieu. Elle rêveot d'li toutes les nuits et bin intindu i-eont fini pa s'dire oui (par un mariage). Bin vite Ginette (ch'est l'neom de s'feimme) elle li a interdit d'acore meonter sur les planques. "Ah neon, qu'elle li a dit, te n'vas pas ichi (ici) faire tourner l'tiête à toutes les files (filles) qui seont dins l'salle". Féaut dire qu'elle éteot bin plachée (placée) pou in parler !

 

Ainsin (ainsi), les années ont passé et Georges i-s'a souvint ramintuvé (remmémoré) les scènes si souvint répétées. Les jours que Ginette éteot partie chez les visins (voisins), li i-jeueot l'Cid, Polyeucte ou bin l'Avare dins l'feond du gardin (dans le fond du jardin). 

 

Cha fait béteôt (bientôt) ein an que Ginette elle l'a quitté et l'démeon des planques i-a bin vite rappliqué (le démon des planches est bien vite revenu), aussi quand l'sémaine (semaine) dernière i-a vu dins l'gazette qu'on cacheot après des gins (qu'on cherchait des gens) pou eine pièche, i-n'a pos hésité, i- s'a inscrit.

 

"Vous avez déjà fait du théâte ?" qui li a dit l'metteu in scène. "J'n'ai fait qu'cha jusqu'à m'mariache" qui li a répondu. "Cha n'va pos aller, vous êtes trop fort, vous n'arez qu'eine réplique à dire et après faire l'mort". "Cha n'fait rin, donnez-mi l'rôle et vous n'l'orgretterez pos, je n'sus pos ein dreôle (drôle)" qui a dit Maurice. "Eh bé l'ovlà" qui a dit l'metteu in scène. "Quoi" qui a dit Maurice". "Bé vo réplique, vous n'avez qu'cha à dire : Eh bé l'ovlà".

 

Et Maurice i-a étudié s'rôle pindant deux jours à s'maseon (maison), i-a dit "Eh be l'ovlà" su tous les teons (tons), dins toutes les attitudes pas d'vant s'glache (devant la glace), in faisant jeuer tous les muscles de s'visache (visage). L'jour de l'prumière (le jour de la première) est arrivé, ch'est l'momint attindu d'puis d'z'années, cha va ête à li, ch'est à li : "Eh bé l'ovli". "Neon qui dit l'metteu in scène, ein garcheon qui v'neot d'Lille, "Eh bé, l'ovlà", ch'est pourtant pos difficile". On orquemminche (recommence) siept ou huit feos (fois), et ch'est toudis (toujours) "eh bé l'ovli", l'metteu in scène i-minge s'capieau et reste ahuri. Pindant tout l'nuit qui a suivi, Maurice i-a répété dins s'lit. Au matin, i-n'a pas pu minger (manger), i-aveot eine boule à s'gosier mais cha n'l'a pos impêcher d'répéter "eh be l'ovlà, eh bé l'ovlà, eh bé l'ovlà", même dins l'bus i-l'diseot tout bas : "eh bé l'ovlà". "Eh be l'ovlà" même dins les coulisses, i-répéteot toudis no viel artisse. Jusse (juste) avant d'intrer in scène, on fait ein dernier essai, ichi i-n'éteot pus questieon de s'tromper. I-attinds que l'acteur principal pose l'questieon, l'ceulle su l'quelle i-va faire s'n'apparitieon : "Où s'muche-t-il (où se cache-t-il) ceul heomme ébeubi (cet homme admiratif) ?" et Maurice apparaît fièrmint (fièrement) in disant "eh be l'ovli". Tout in trannant (tremblant), i-s'a ortourné (retourné) vers l'metteu in scène et i-l'a intindu berler (entendu crier), tout in foufielle, (dans tous ses états) "Cha suffat, paufe colas (pauvre innocent), on arrête li" ! (S.T. juin 2010).

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 juin
2010

08:30

Tournai : un chantier impressionnant

Les Tournaisiens fidèles au journal télévisé quotidien de No Télé, la télévision locale, ont probablement, ce mardi, reconnu Ghislain Peron, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien interrogé dans le cadre des travaux de la rue Perdue. De la fenêtre de son appartement, il domine l'important chantier qui a débuté à la fin de l'année 2009. A une question de la journaliste, il a répondu : "Des travaux dans cette rue, j'en connais depuis 18 ans".

 

De la part du chansonnier tournaisien dont on connaît l'humour, on pourrait croire à une boutade mais force est de constater que le visage de cette rue a été profondément modifié dans le courant de la dernière décennie.

 

Il y a tout d'abord eu la construction du siège social du CPH, la démolition des immeubles à l'angle de la rue Perdue et de la placette aux Oignons pour faire place à la construction de deux résidences, la création du square Delannay et à la rénovation du Fort Rouge. Par la suite, presque simultanément, on a érigé une "résidence service" à l'emplacement des ruines de l'ancien théâtre communal détruit lors des bombardements de mai 1940 et des appartements de standing ont été aménagés dans les anciens locaux du service incendie. Depuis le début de l'année, un immeuble à appartements est en construction presqu'à l'angle de la rue de l'Yser.

 

Actuellement, c'est à la construction d'un parking souterrain de 124 places qu'on assiste et on peut dire que ce chantier est réellement impressionnant. Ayant appris l'arrivée d'un engin aux dimensions imposantes, l'Optimiste, toujours curieux lorsqu'on entame d'importants travaux à Tournai, s'est donc rendu ce mardi pour assister à son fonctionnement.

 

Imaginez une grue de couleur verte montée sur chenille pesant 64 tonnes, consommant journellement 700 litres de mazout et développant une puissance de 470 KW et représentez-vous une flèche 21 mètres qui, lorsqu'elle est dressée à la verticale, dépasse le toit des immeubles voisins et vous aurez ainsi une idée de cet engin qui porte le doux nom de "Solmix". La tête de flèche possède deux roues dentées qui font penser aux extrémités d'un tunnelier, en tournant, celles-ci creusent le sol sur une largeur de 50 centimètres et une profondeur de 8 à 10 mètres jusqu'au moment où elle touche le banc calcaire, un long tuyau qui est jumelé aux roues injecte du béton sous pression que la machine malaxe. Tous les deux mètres de longues poutrelles métalliques sont descendues à la verticale pour "armer" le béton. Une ceinture en béton armé de 8 mètres de profondeur et de 300 mètres de longueur permettra ainsi de stabiliser les immeubles de la rue et devrait éviter les risques d'effondrement. A ce sujet, toutes les précautions ont été prises puisque le café "la Parenthèse" situé à l'angle de la rue Perdue et de la rue Dorez, immeuble plus ancien, a été consolidé par la pose de poutrelles d'un jaune lumineux et de câbles d'acier qui lui procurent une sorte de gainage de protection.

 

Quand ce travail sera terminé, on procèdera alors à l'ouverture de la surface ainsi délimitée pour aménager le parking, non sans que les archélogues ne soient venus fouiller un coin de Tournai probablement riche en découvertes historiques puisque cet endroit était l'emplacement d'une nécopole gallo-romaine. On se rappelera qu'à la fin du siècle dernier, lors de travaux de fondations, on y avait découvert un sarcophage, extrêmement bien conservé, visible au musée d'Histoire et d'Archéologie de la rue des Carmes.

 

Excepté pour les locataires du parking privé souterrain déjà existant à proximité du Fort Rouge, il va sans dire que toute circulation et stationnement est strictement interdit dans la rue Perdue, un panneau est là pour le rappeler aux éventuels contrevenants : "Amende : 50 Euros, mise en fourrière : 100 Euros, arrêt de la machine : 880 Euros de l'heure", cela fait très cher la distraction ! ... Tournai avait déjà, dans le cadre de la restauration de la cathédrale Notre-Dame, un chantier vivant, ici, les amateurs de techniques modernes trouveront un chantier captivant !(sources : Le Courrier de l'Escaut-édition du 23 juin, reportage de No Télé et visite personnelle sur le chantier)

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chantier, renovation, restauration |

19 juin
2010

09:10

Tournai : expressions tournaisiennes (75)

I-seont in route d'puis hier au soir ! Qui cha ? Bé vous l'avez seûrmint advené (vous l'avez sûrement deviné), Edmeond et Fifinne. M'feimme et mi on les a rincontrés su l'quai du Marché aux Poissons.

 

" Cha f'seot lommint (cela faisait longtemps) qu'on vous avez vus ! " que j'leur ai d'mindé. Fifinne m'a répondu : "Ahais (oui), on n'a pas eu beauqueop d'sanche (chance) d'puis l'début d'l'ainnée (année). J'ai comminché pa avoir l'angile (j'ai commencé par faire une angine), puis j'ai fait eine bronchile (bronchite) et ein début de pneumonie. J'ai été arringée (arrangée), te sais l'Optimisse, tins, j'ai bin cru que j'alleos m'ortrouver à Mulette (se retrouver à Mulette : se retrouver au cimetière du Sud) et l'grand dépindeu d'andoules (grand maigrelet) d'Edmeond, li i-a été pris d' ses romatiques (rhumatismes), i-a même dû aller vir ein nommé "Opate", je n'me rappelle pus bin de s'neom, ch'est eine heomme qui li a fait des manipulatieons, i-a même été obligé de d'minder au visin (visin) pour ormette s'gardin (faire l'entretien du jardin après l'hiver) et saquer les mauvaises hierbes (enlever les mauvaises herbes)". 

 

"Et asteur (maintenant), cha va ?" que j'ai dit. 

 

"Ahais, on va rattraper l'temps perdu. Ceulle sémaine (cette semaine), on va aller à l'Fiête de la Musique, pas pou acouter (écouter) de l'musique de rintchintchin (musique de mauvaise qualité qui casse les oreilles) ave des jeones (jeunes) mal rasés, habillés d'mareonnes à treos (pantalons troués), ave des boucles d'orelles et qui cantent à mitan jusse (qui chantent à moitié juste) et feont pus d'esbroufes (faire des manières, se faire valoir bêtement) qui n'jeuent (jouent). Neon (non), on va aller vir (voir) l'Cabaret Walleon, saim'di (samedi) au soir, à Froyennes, in puque (de plus) ch'est pou l'Saulchoir, in s'faisant plaisi (plaisir), on apporte ainsin (ainsi) ein peu d'bonheur à des infants qui n'eont pos toudis (toujours) eu de l'sanche dans l'vie.". "Ch'est eine beonne idée, on ireot bin aussi" que j'ai pinsé.

 

"Diminche, on ira aux Maseons Romanes pou acouter ein concert d'musique classique. Edmeond quand i-intind de l'grande musique, à chaque feos, i-brait (pleure) comme ein infant (enfant) et à l'sortie ave ses is tout rouches (avec ses yeux rougis) i-m'dit : qu'est-ce que je m'sus bin amusé, qu'est-ce que j'ai brai. Et dimanche prochain, cha s'ra les "Quate Cortèches" (Quatre Cortèges) des Amis d'Tournai, on va fiêter (fêter) les chint chinquante ans (cent cinquante ans) d'Gramère Cucu (personnage du folklore de Tournai) dins s'bieau quartier d'Saint Piat. Cha je n'voudreos pos l'rater pou tout l'or du Meonde. Ch'est l'famile (famille) Maenhout qui va ête hureusse (heureuse). Et j'sus seûr (et je suis sûr) que là-vas (là-bas) in haut, l'mopère (le père) i-va laicher caire (laisser tomber) eine larme et nous eautes on pins'ra que ch'est de l'pluèfe (pluie)". Diminche prochain, Edmeond i-s'ra acore bénaisse (content) pasqu'i-va aller acouter les musiques su l'Grand'Plache et à l'après-deîner (après-midi), ch'est l'Brass Band d'Hérinnes sous la directieon d'Mossieu Elekan (ch'est ein tournisien) qui va nous faire attinte les cortèches. Comme dis'tent les Inglais : cha va swinguer.

 

"Vous n'allez pos souvint ête (être) à vo maseon" que j'sus parvenu à dire quand elle alleot orprinte (reprendre) s'n'haleine. "Sifait (oui accentué), du lindi au verdi (du lundi au vendredi), pindant que j'nettie (nettoie), Edmeond i-orwette (regarde) l'Coupe du Meonde d'fotbal (football). Te sais qu'on est obligé d'printe (prendre, acheter) l'gazette pou savoir les neoms (noms) des joueus (joueurs)". "Bé, i-a des commintaires à l'télé". "Ah neon, Edmeond i-cope l'seon (coupe le son) pou n'pus intinte (entendre) les vuvuzelas, cha va nous faire advenir seots (devenir sots), ces machins-là, on direot ein nid d'mouques à miel (abeilles)".

 

Pindant qu'on parleot, Edmeond i-éteot parti pus leon (loin). "I-orvient d'chez l'arracheu d'dints( il revient de chez le dentiste), on li in a inl'vé deux, béteôt (bientôt) i-n'va pus d'avoir tell'mint (tellement) qu'i-minche des bab'lutes (carmels, bonbons), bé comme i-est là , i-est acore (encore) pas d'vant l'marchand d'chucartes (marchand de sucrerie), m'heomme i-areot dû ouvrer dins eine chucrie (sucrerie). Là d'zeur (sur ce..), j'min vas, i-est temps pou l'bus d'Kain". Et ch'est ainsin que j'ai pu vous deonner des nouvelles de ces deux albrans (garnements) bin attachants. (S.T. juin 2010)

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

18 juin
2010

09:15

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (7)

Afin de ne pas lasser le lecteur, nous passerons rapidement sur l'année 1798 en constatant qu'elle fut semblable à la précédente. 

 

Avant de continuer la rétrospective de cette fin de XVIIIe siècle, il est temps de faire une pause et après avoir vu toutes les exactions commises par les Français depuis leur arrivée en 1794 de se poser la question : "Comment en est-on arrivé à ?" La Révolution française avait eu lieu en 1789, d'abord défensive, la politique française se voulait avant tout libératrice d'un peuple opprimé par la royauté et soucieuse d'apporter "la liberté, l'égalité et la fraternité", mais le ton a changé vis-à-vis des pays libérés, dès le mois de novembre 1792. A cette époque, le dénommé Jacques Pierre Brissot de Warville tout simplement appelé "Brissot", né à Chartres en 1754, journaliste et homme politique, député à la Législative et à la Convention, est un partisan de la guerre. Il sera même un des chefs des Girondins (il sera guillotiné par les Jacobins). Il écrit au général Dumouriez (1739-1823), commandant de l'armée du Nord, vainqueur de Valmy et de Jemmappes : "Une opinion se répand ici, la République française doit avoir pour frontière le Rhin". Pour ses conquêtes et son entretien, l'armée française a des besoins considérables et c'est en "saignant à blanc" les pays, soi-disant libérés par elle, qu'elle espère se procurer un maximum de richesses. 

 

Le 15 décembre 1792, la Convention décrète que dans les territoires occupés, on proclamera la suppression de tous les droits et privilèges de l'Ancien Régime, que tous les biens meubles et immeubles appartenant au fisc, au prince, à ses fauteurs, adhérents, aux établissement publics, aux corps et communautés laïques et ecclésiastiques seront mis sous la sauvegarde et protection de la République française, belle définition pour ce qu'on appelerait maintenant un "vol à main armée". Tournai était une ville bourgeoise, une cité opulente, chef-lieu d'un diocèse, elle comprenait de nombreuses communautés religieuses, couvents et abbayes, pour ses nombreuses richesses et par anti-cléricalisme haineux, elle fut sans doute considérée comme une "vache à lait" par ceux qui en prirent le pouvoir et s'attira ainsi les foudres des républicains. Une des meilleures preuves que nous pouvons donner des méfaits commis en 1799, est la mise en vente de la Cathédrale Notre-Dame, telle qu'elle est rapportée dans une lettre du jeudi 17 janvier 1799 (28 nivôse de l'an 7) adressée par le Ministre des Finances au Ministre de l'Intérieur à Paris : "Je suis informé, mon Cher Collègue, par l'Administration centrale du Département de Jemmappes qu'on lui demande la mise aux enchères de la ci-devant Cathédrale de Tournai. Je joins ici le procès-verbal d'estimation et un croquis de plan annonçant que cet édifice est immense. Il pourrait mériter d'être conservé soit comme monument des arts, soit pour la célébration de fêtes décadaires et autres fêtes républicaines (...) Je crois devoir vous demander si vous pensez qu'il y ait lieu à aliénation...". Le lundi 27 mai (8 prairial), un rapport de la 3e Division du Bureau des Bâtiments civils, à Paris, adressé au même Ministre de l' Intérieur déclare : "Le Conseil des Bâtiments civils (...) a fait des recherches desquelles il résulte que la ci-devant Cathédrale de Tournay est un monument au plus beau genre gothique (note : on ne parle pas de la partie romane ?), régularitqu'elle est remarquable par l'espèce de marbre bleuâtre dont elle est construite, par la grandeur de ses dimensions et par l'effet imposant que produit à l'extérieur le concours de ses diverses parties, que le choeur surtout mérite la plus grande attention par la finesse de ses proportions, le svelte de ses piliers groupés de colonnes qui se lient avec tant d'harmonie au jeu des voûtes légères dont ils sont surmontés et aux jours mystérieux des grands vitraux, que le tout forme un accord parfait. Toutes ces beautés sont par jugement du Conseil des titres pour le faire échapper à la destruction qui la menace. (...) pour la célébration des fêtes républicaines, il devient nécessaire de faire disparaître tout ce qui peut rappeler le culte ancien, comme jubés, chapelles et autres objets de cette nature...".  En juillet, le mobilier de la Cathédrale Notre-Dame est vendu !  En 1799, les opposants au régime sont soit fusillés ou guillotiné, l'engin de mort cher aux révolutionnaires ayant fait lui aussi son apparition sur la Grand'Place de Tournai. La terreur va continuer ! Le 10 novembre 1799 (18 brumaire), le coup d'état met fin au despotisme du Directoire, informés, les Tournaisiens espèrent vivre des jours meilleurs. Le 6 juin 1802, le jour de la Pentecôte, le culte catholique est rétabli. On vit maintenant sous l'époque impériale, elle durera jusqu'en 1815 et prendra fin à Waterloo.

 

(sources : extraits de documents inédits publiés par le chanoine Albert Millet, doyen du chapitre cathédral de Tournai dans les tomes I à V des "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" entre les années 1980 et 1986, "Chronique de la Belgique" parue en 1987 chez Jacques Legrand, sa).

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, terreur, cathedrale notre-dame, brissot |

17 juin
2010

07:30

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (6)

Au début de l'année 1797, l'évacuation des couvents et abbayes se poursuit : le lundi 16 janvier (27 nivôse), l'abbaye de Saint Médard, les Filles-Dieu, les Carmélites, le vendredi 27 janvier (8 pluviôse), les Augustins et le samedi 28 janvier (9 pluviôse), les Capucins. Les religieuses du Saulchoir sortiront les dernières, le lundi 6 février (18 pluviôse).

 

A peine évacuée, l'abbaye de Saint Médard est réquisionnée et le citoyen Thiélbaut est autorisé à y établir provisoirement un dépôt des tableaux et autres effets appartenant à la république, exceptés de la vente du mobilier national et à y procéder à la vente des autres parties de ce mobilier, la vente des meubles de l'abbaye de Saint-Médard débute dès le mardi 24 janvier (5 pluviôse). Le 11 février (23 pluviôse), le citoyen Grooten est désigné comme adjudicataire pour 950 livres afin de descendre les cloches des communautés religieuses évacuées. Le samedi 4 mars (14 ventôse), il est décidé par le Directoire exécutif de ne pas supprimer l'ordre des religieuses des Soeurs Noires, celles-ci étant hospitalières. 

 

Le mardi 9 mai (20 floréal), on publia que tous les ministres du culte catholique devaient faire leur soumission aux lois de la république pour pouvoir exercer librement leur culte, le lundi 22 mai (3 prairial), les prêtres des paroisses de Saint-Brice et Saint-Jean ayant refusé de prêter la déclaration requise par la loi sont remplacés dans leurs fonctions.Le lundi 4 septembre (18 fructidor) , tous les livres des bibliothèques des communautés religieuses supprimées sont transportés par chariots attelés à Mons.

 

Du jeudi 19 octobre 1797 est datée une lettre émanant de l'Administration Centrale du Département de Jemmappes adressée aux Ministres de l'Intérieur et de la Police à Paris, on peut y lire le passage suivant : " Convaincus de l'insouciance coupable que la plus grande partie des Municipalités de ce Département mettent à observer les lois, nous nous occupons sans relâche à prendre sur chacune d'elles des renseignements sûrs que nous continuerons à vous faire passer à mesure qu'ils nous parviendront... La Municipalité de Mons nous paraît devoir être conservée, elle marchait bien avant le 18 fructidor (...) Celle de Tournay paraît sous tous les rapports dangereuse à être conservée; elle n'a rien fait pour l'assiette de la Contribution foncière,ne célébrait pas les fêtes nationales, apporte dans la correspondance une lenteur impardonnable. Exceptés les citoyens Cuvelier et Bonnet actuellement en exercice, il y a lieu de remplacer tous les autres membres".

 

Le changement de municipalité (c'est à dire des dirigeants de la ville) aura lieu le vendredi 17 novembre (27 brumaire).Le dimanche 17 décembre (27 frimaire), les biens de la cathédrale de Tournai et de tous ses bénéficiaires sont frappés de confiscation au profit de l'Etat par la loi du 25 novembre 1797. En ce troisième dimanche de l'Avent, à 10 heures du soir, les citoyens Briffaut, receveur des domaines nationaux, Thiébault son premier commis, Defacqz et Selle, officiers municipaux, Landrieu... et 10 fusilliers se font ouvrir la porte du Capitole, située au Vieux Marché aux Poteries. Jusqu'à minuit, ils apposeront les scellés sur les portes du choeur, des carolles, sur la grand'porte des deux escaliers menant l'un à la bibliothèque, l'autre à la chapelle Saint Vincent et au palais épiscopal. Pendant tout ce temps, cent soldats étaient disposés sur les trois places entourant la cathédrale. Le lendemain, la cathédrale mais aussi l'église de la paroisse Notre-Dame y attenant restèrent fermées au public.

 

Le mardi 26 décembre, chanoines et chapelains sont invités par le citoyen Briffautà s'assembler au chauffoir des chanoines. Au cours de cette assemblée, il est donné lecture d'une lettre datée du 9 décembre 1797 (19 frimaire) notifiant le loi prise le 5 du mois portant sur la suppression du chapitre. Briffaut fera miroite aux membres du chapitre qu'ils auront une retraite pour pourvoir à leur subsistance. Cette année 1797 qui s'achève n'a pas vu un quelconque assouplissement de la part des responsables de la République, au contraire, le travail de sape a continué, la ville est dirigée d'une main de fer, pour preuve, au début de l'année, les enfants criant une nouvelle fois "des billets pour les rois" furent à nouveau arrêtés. Les Tournaisiens ne voient pas d'amélioration possible pour l'année 1798 qui va bientôt débuter...

07:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : 1797, republique, tournai |

16 juin
2010

08:00

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (5)

Durant l'année 1796, l'occupant français va procéder à de nombreuses arrestations, traquer les émigrés, mettre de nombreux biens sous séquestre, dresser des inventaires des biens de nombreux citoyens et, à partir de la fin d'année, fermer les couvents et exercer une surveillance militaire des maisons religieuses. L'occupant français devient de plus en plus intolérant, ainsi on rapporte que le 3 janvier 1796 (13 nivôse), les officiers municipaux donnent ordre à des gardes d'arrêter les enfant criant dans les rues : "des billets pour les rois" coutume à l'approche de la fête des Rois Mages, nonobstant cette attitude le mardi 5 janvier (15 nivôse), suivant l'usage, les aveugles parcourent les rues principales de la cité avec leur Roi et le gâteau ordinaire, aux acclamations réitérées de "Vive le Roi" ! 

 

Le jeudi 14 janvier, (24 nivôse), le Chapitre de Tournai ayant fait abattre 30 chênes en plus de ce qui lui était accordé, les biens du dit Chapitre sont mis sous séquestre. Dès le 7 janvier (17 nivôse), on assiste à une traque des personnes émigrées résidant à Tournai ainsi le citoyen Romain Desfossez, prêtre, suspect d'émigration est arrêté et envoyé au cachot du beffroi. Le mardi 19 janvier (29 nivôse), faisant suite à un arrêté du Département de Jemmappes, la municipalité de Tournay reçoit l'ordre de refuser tout passeport fut-ce même pour les faubourgs aux émigrés belge. Le mercredi 20 janvier (30 nivôse), par ordre des municipaux, des garde-ville procèdent à des visites domiciliaires pour arrêter tous les émigrés. Certains de ceux-ci sont envoyés au cachot du beffroi. Le lundi 21 janvier (1er pluviose), on arrête deux jeunes gens qui, lors de la plantation d'un nouvel arbre de la liberté, ont crié "Vive François II" au lieu de "Vive la république".... Le samedi 23 janvier (3 pluviose), ce sont des religieuses émigrées qui sont arrêtées à la Tombe (hameau de Kain) et conduite à la maison d'arrêt de cette commune, elles seront relâchées le 23 janvier moyennant caution et retourneront dans la maison de la personne qui les hegergeait.

 

Le jeudi 24 mars (4 germinal), le citoyen Deneufcourt, commissaire du Pouvoir Exécutif près le Tribunal criminel du Département de Jemmappes, écrit au Ministère de la Police générale à Paris : "A Tournay, ville fanatique où on a quelque fois apposé nuitamment des affiches tendant au massacre des français, on vient de détruire tous les signes extérieurs de la religion avec tout l'ordre possible et sans murmurer".

 

A partir du 1er juin (13 prairial), la municipalité commence à faire vendre les meubles et autres objets chez les personnes qui n'ont pas payé l'emprunt forcé. Les inventaires des biens sont réalisés presque quotidiennement à partir du 26 juillet (8 thermidor) chez les émigrés. Le jeudi 22 septembre est le jour choisi par la République pour signifier à l'abbaye de Saint-Martin et aux communautés religieuses leur suppression, on procéda à l'inventaire des biens, on posa le cachet sur les portes des églises et clochers de toutes les communautés de façon à les empêcher de sonner la cloche et de célebrer les offices portes closes. Les religieux et religieuses sont sommés de quitter les couvents dans les vingt jours. Les scellés seront apposés le vendredi 21 octobre (30 vendémiaire) par des commissaires nommés par le Département de Jemmappes, accompagnés d'officiers municipaux, sur tous les clochers et les portails extérieurs des abbayes, couvents et communautés. Dans l'après-midi du mercredi 2 novembre (12 brumaire), on apporta deux guérittes pour des sentinelles aux portes de l'abbaye de Saint Martin, les militaires ont d'abord reçu l'ordre de ne laisser entrer personne, pas même les serveurs de messe, ensuite, des gardes surveillèrent les personnes qui entraient et sortaient de l'abbaye.

 

Jusqu'alors Tournai était une ville où durant toute la journée, on entendait les choches sonner, à partir du 8 novembre (18 brumaire), les prêtres recoivent l'interdiction de sonner en dehors des dimanches pour la grand'messe et les vêpres ! A partir du 17 novembre (27 brumaire), on assiste à l'évacuation des couvents : les Récollets (le 17), Saint Martin, les Dominicains, les Carmes (le 18), l'abbaye des Près et le couvent de Saint André (le 20), les Campeaux (le 23). Pour la première fois, le 25 décembre (5 nivôse), il n'y aura pas de messe de minuit.

 

L'année 1796 se termine, comme on le voit l'occupant est déterminé à bannir la religion, les transferts d'argent et de biens vers Paris s'intensifient, on vide les caisses, on transfère la richesse de la cité dans la capitale française. Pour les Tournaisiens, les Républicains ne sont qu'une bande de voleurs et de gredins donnant libre cours à leur cruauté et à leur perversité et qui affament le peuple dont ils s'étaient auto-proclamés, au départ, les défenseurs !

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : republique, tournai, 1796 |

15 juin
2010

07:45

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (4)

Durant l'année 1795, les Républicains français vont se montrer de plus en plus exigeants à l'encontre des Tournaisiens. Voici quelques faits relevés parmi beaucoup d'autres qui sont révélateurs du climat de l'époque. 

 

Le samedi 17 janvier 1795 (28 nivôse), un rapport manuscrit signé d'un certain J.B.P. Le Brun détaille le 6e envoi vers la France de 29 tableaux (des Rubens, Van Dyck, Pourbus, Jordaens, Teniers...), ceux-ci proviennent d'Alost, Anvers, Bruges, Gand, Lierre et Tournai. Parmi les oeuvres tournaisiennes, on dénombre les tableaux suivants : "Saint-Martin guérissant un possédé" de Jordaens, "Les âmes du Purgatoire" de Rubens, "Le Martyre des Machabées" et des oeuvres détenues à l'abbaye de Saint-Martin : "La porte du peuple " de Lingelback, "L'intérieur de la cathédrale d'Anvers" de Peter Neefs ou encore "La tentation de Saint Antoine" de Teniers.

 

La révolte gronde et les habitants en ont assez des exactions des Français, la nuit du samedi 21 au dimanche 22 février (3-4 ventôse), sur le portail de l'église Saint Jacques et à Saint Brice est affichée une chanson contre le comité de surveillance, le lundi 16 mars (26 ventôse), un texte manuscrit affiché sur un mur de la ville attaque les républicains en les traitant de "monstres qui ont été vomis par l'enfer pour faire le malheur de notre bonne ville de Tournay où ils ont commis toutes sortes d'éxactions, sujet pour lequel nous les avons condamnés à être bannis à perpétuité de la dite ville de Tournay et de sa banlieue sous peine de mort s'ils réapparaissent..."?. Le vendredi 3 avril (14 germinal), on apprend qu'une troupe de huit cents "brigands", habitants des communes de Gaurain et de Ramecroix s'est opposée au passage des subsistances destinées aux magasins de la République et que cinq voitures de grains qu'escortaient un "hussaud" avaient été pillées par ces scélérats. La nuit du mardi 2 au mercredi 3 juin (14-15 prairial), une barque chargée d'environ 40 sacs d'escourgeon est pillée par les habitants de Chercq, parmi les personnes arrêtées, on remarque la présence du mayeur (maire, bourgmestre) du village. Le dimanche 4 juin (19 prairial), la tranquilité publique fut troublée au faubourg Saint-Martin, différentes personnes, sous le prétexte d'être jacobins, furent insultées et maltraitées par les bourgeois qui se disaient du parti de l'empereur et de la religion, quatre jours plus tard, 19 personnes concernées par cette affaire sont conduites à la prison des Carmes, sept seront relâchées rapidement. Le samedi 4 juillet (16 messidor), la farine manqua et les pauvres se portèrent en foule à la municipalité et de là se répandirent dans la ville pour y mendier dans les maisons, pain ou argent ! La nuit du vendredi 31 juillet au samedi 1er août (13-14 thermidor), la tête de la Déesse de la Liberté, dressée sur la Grand'Place, a été coupée et un bras mutilé. 

 

Le mardi 7 octobre 1795 (15 vendémiaire), le matin, à 6h, la cloche et le carillon du beffroi annoncèrent la "proclamation de la réunion à la France". Lors de la lecture sur la Grand'Place de l'acte de rattachement, les cris de "Vive la République" proclamés par les autorités (municipaux) furent "faiblement et froidement" répétés par les assistants en petit nombre. Le jeudi 19 novembre (28 brumaire), la cloche du beffroi de Tournai et le carillon annoncent la "proclamation des lois contenant la Constitution française". La lecture publique de celles-ci donnée au balcon de la Chambre du Concert (au-dessus de la Grand'Garde) est suivie par à peine une vingtaine d'individus. 

 

On remarque donc que depuis leur arrivée le 3 juillet 1794 (18 mois auparavant), les troupes républicaines françaises se comportent toujours comme une armée d'occupation, souhaitant le rattachement par la force, faisant preuve d'arrogance et même de cruauté. On se demande si la ville de Tournai sera un jour débarassée de ce fléau !...

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14 juin
2010

08:00

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (3)

Les quatre derniers mois de l'année 1794 vont être marqués par une pression accrue des troupes de la République sur la population tournaisienne et celle-ci va déclencher des mouvements de rébellion et de résistance. Comme lors de toutes les occupations, on découvrira des patriotes et... des collaborateurs.

 

Une première indication nous est donnée par un lettre datée du mardi 3 septembre (17 fructidor de l'an 2) émanant du citoyen Ortaille, datée d'Orchies et adressée au Représentant du Peuple Merlin de Douai, on peut notamment y lire que "les Tournaisiens ne sont pas au pas. L'aristocratie de toute couleur et de tout rang domine, elle remplit toutes les places et cherche à rendre le régime français odieux...". Ces propos trouvent une confirmation dans une autre lettre du jeudi 16 octobre (25 vendémiaire de l'an 2) écrite par le général de division Despeaux, commandant la place de Tournai au Représentant du Peuple Briez : "les habitants de Tournay et de son arrondissement ont bien de la peine à se mettre au pas, il est très difficile d'obtenir dans la commune les ouvriers requis pour les travaux de la citadelle". Il semble donc qu'une résistance passive s'organise.

 

A la fin du mois d'octobre, de nombreuses arrestations d'habitants de la ville sont opérées par les Français. Ce sont, soit des personnes qui refusent en paiement les assignats émis par les "occupants", soit qui tiennent des propos qualifiés d'inciviques par les Représentants du peuple.  La violence de la part des "révolutionnaires" monte d'un cran lorsqu'on fusille à Bruxelles, le dimanche 9 novembre (19 brumaire de l'an 2), deux pères augustins du couvent de Tournay, le père Athanase Mercier, Sous-prieur du couvent des Augustins et le père Gaspart Gobiert, prêtre religieux du même couvent, âgés respectivement de 60 et 59 ans. Il leur a été reproché d'avoir tenus des propos contre-révolutionnaires, de tenter de fomenter une révolte et de vouloir soulever les habitants du pays contre les armées de la République. Ils avaient été dénoncés à Auverlot, l'accusateur public à Tournai par un... autre prêtre ! Il est à noter selon Hoverlant (qui les avait défendus devant le Tribunal de Bruxelles) que TOUS les juges belges votèrent pour la mort, un seul juge français, un dénommé Auger, avait préféré la réclusion jusqu'à la paix générale. 

 

Bien d'autres faits relatifs au paiement tardif de l'impôt seront retenus contre certains tournaisiens, les "républicains" estimant que certains habitants de la cité des cinq clochers mettaient de la mauvaise volonté à apporter leur participations financières aux demandes de la République. Le jeudi 25 décembre (5 nivôse de l'an 2), le général de division Despeaux écrit à nouveau au Représentant du peuple Briez : "je viens de faire conduire à Bruxelles, le nommé Deligne, Chapelain de la Cathédrale de Tournai avec ses registres de comptabilité, j'ai dû le faire arrêter d'après la réquisition du citoyen Auverlot, accusateur publique, en vertu d'un mandat d'arrêt que le tribunal criminel établi à Bruxelles a lancé contre lui. Je trouve que la conduite d'Auverlot est un peu leste, agissant un peu par vindication. Sa réputation n'est pas très brillante parmi le public. Il serait nécessaire que vous établissiez à Tournai, un comité de surveillance. Epurez un peu la municipalité et je serais d'avis que l'accusateur public fut changé". Le jour de Noël a-t-il apporté un peu de sagesse et de clairvoyance à ce représentant français, cela a le mérite d'être clair : même dans les rangs des troupes françaises, certaines voix s'élèvent contre les excès commis par certains des représentants de la République. L'année 1794 touche à sa fin, depuis le début du mois de juillet, la population tournaisienne vit dans la "terreur" ! Comme nous le verrons prochainement, l'année 1795 sera dans la continuité du second semestre de la précédente.

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1794, tournai, vie quotidienne |

12 juin
2010

08:30

Tournai : expressions tournaisiennes (74)

N'comptez sur mi, mes gins, pou vous parler aujord'hui d'z'électieons. On in a plein l'tiête in acoutant (écoutant) l'radio ou in orwettiant (regardant) l'telévisieon.

Dire qui va acore falloir qu'on s'liève (lève) à siept heures au matin pou ête seûrs (sûr, certain) d'ête dins les prumiers (premiers) pasque (parce que) mi j'n'ai pos qu'cha à faire, l'diminche, ch'est sacré j'deos m'orposer (me reposer). L'dernière feos (fois), j'éteos parti à pied, hureus'mint ch'est pos trop leon (loin) de m'maseon, et quand j'sus arrrivé, i-aveot eine queue jusqu'au mitan du trottoir (jusqu'à la moitié du trottoir), comme i-plueveot (il pleuvait), on aveot tertous (tous) ein parapuie. On a attindu ainsin pindant près d'eine demi-heure, à faire soupette dins l'ieau (a pataugé dans l'eau). On a pinsé que l'buréeau n'éteot pas 'core ouvert, que le Présidint i-aveot oblié l'clé comme à l'Orvue du Cabaret Walleon (Revue du Cabaret Wallon) ou bin qu'ein assesseur i-aveot eu eine panne d'réveil mais neon ch'éteot pos l'cas. I-aveot tout simplement ein greos biec-beos (balourd, niais) dins l'isoloir. I-a tout d'abord qu'minché pa laicher caire l'crayeon (commencé par laisser tomber le crayon) qui a brond'lé (tombé en roulant) sous l'isoloir du visin (voisin). Pasqu'i-falleot respecter l'secret du vote, i-a fallu attinte (attendre) qu'i-soiche vide pou aller l'querre (chercher). Après, i-a cassé l'pointe, ein assesseur i-est v'nu avec un taille crayeon. Pinsant que deux malheurs i'n'arrife'tent jamais à l'feos, on a cru que, pou asteur (pour maintenant), cha alleot aller vite (ch'est c'que m'a dit Lionel ein visin qu'i-eteot d'corvée) mais on l'a, tout à n'ein queop (tout à coup), intindu berdéler (rouspéter) pasque l'fuelle (feuille) de vote éteot trop grande et qui n'saveot pos l'mette tout du leon (long) su l'planque(planche) d'l'isoloir. 

 

 Au momint d'lire l'fuelle, i-s'a rindu compte qui n'aveot pos ses leunettes (on dit aussi neunettes pour lunettes), i-les aveot obliées su l'tape (oubliées sur la table) in prenant ses bulletins d'vote. On s'a précipité pou li apporter. Après, eh bin, on n'l'a pus intindu, mais on n'l'a pos vu sortir neon pus (non plus). Au bout d'chinq (cinq) minutes, l'assesseur li a dit : "Cha va Mossieu", pos d'répeonse. Chinq minutes pus tard, ch'est l'Présidint du buréeau qui s'liève (se lève) et va li dire "Vous avez un problème ?". "Ahais (oui)-qui li répeond,-je n'trouèfe (trouve) pos l'liste du Vlaamse Belang !".  "Ah mais Mossieu Van de Capenoul, i'n'd'a pos, ichi vous êtes à Tournai, in Wallonie".  D'ein beond (d'un bond), comme ein diape (diable) hors d'eine boîte, l'greos flamint (flamand) i-a sorti l'isoloir, i-a rué (jeté, lancé) ses bulletins su l'tape et i-est parti rouche de rache (rouge de colère). Quand j'l'ai vu passer pas d'vant mi, j'ai pinsé : "ein v'là acore ein pou qui l'diminche i-est foutu". 

 

Ch'est pou cha que d'main, je n'ai pos l'invie (envie) d'aller quand on va ouvert (ouvrir) l'porte du buréeau mais bin au momint qu'on va l'serrer (la fermée). J'intinds (j'entends) d'jà l'Présidint dire à ses assesseurs impatients : "i n'est pos eine heure et i-in manque acore (encore) ein" ... "M'ov'là (me voilà)-que j'm'esclam'reot- alors pou eine feos (fois) ch'est vous qui d'vez attinte, passez me ichi mes fuelles pou que j'rimplisse (remplisse) m'devoir électoral. I-a tell'mint lommint  il y a tellement longtemps) qu'on a voté que cha commincheot (commençait) à m'manquer, ...heu, escusez-moi, ch'est pourquoi qu'on vote ceulle feos (cette fois), l'communal, l'régional, l'fédéral, l'Europe ?".

 

 N'comptez pos su mi mes gins pou vous parler aujord'hui (aujourd'hui) d'z'électieons (des élections) ! (S.T. juin 2010)

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : patois, picard, tournai |