31 mars
2010

08:01

Tournai : l'année 1946 sous la loupe.

Au niveau international, en cette année 1946, une guerre vient de se terminer, une autre se profile déjà à l'horizon, elle prendra, bien plus tard, le nom de "guerre froide". Le 5 mars, en visite dans le Missouri, Winston Churchill prononce un discours en présence du Président américain, Harry Truman, il évoque le "rideau de fer" qui prend forme en Europe, dressé par les soviétiques afin de  séparer l'Ouest des pays placés sous l'influence communiste. Le 31 juillet, le plan Morrison préconise la division de la Palestine en trois zones distinctes : juive, arabe et britannique. Cette année verra disparaître la couturière françasie Jeanne Lanvin (en juillet), le journaliste et écrivain Herbert George Wells (en août), le comédien français Raimu (en septembre);

L'actualité nationale est marquée par la désignation du ministre belge des Affaires étrangères Paul Henri Spaak à la présidence de l'ONU en janvier, la parution du premier journal Tintin, les accusation de la Belgique contre l'Espagne de Franco pour son soutien et la protection accordée à Léon Degrelle qui s'y est réfugié, la chute de deux gouvernements (Van Acker en janvier et Spaak en mars)

Nous avons donc refermé le douloureux chapitre de la seconde guerre mondiale dans notre bonne vieille ville de Tournai et nous reprenons le cours normal de notre visite à travers les années.

Si la guerre est terminée depuis près de 15 mois, elle est toujours omniprésente dans l'information quotidienne de la cité. Les 16 janvier et 6 avril 1946, le Maréchal Montgomery visitera la ville et sera reçu à l'Hôtel de Ville. Une foule nombreuse acclamera un des héros de la libération, celui qui a traversé Tournai, presque anonymement, au sein de ses troupes en septembre 1944. Le Conseil de Guerre continue à sièger durant toute cette année. Y sont traduits des particuliers et mêmes certaines entreprises à qui on reproche d'avoir pactisé ou d'avoir eu des relations commerciales avec l'ennemi durant ces cinq années que dura le conflit. Dans la presse, la relation des audiences est des plus complètes et apparaît sur pratiquement une demi-page du journal. La motivation de l'envoi devant cette juridiction particulière, l'énoncé des faits, la défense, le défilé des témoins, le réquisitoire et le verdict sont traités dans les plus petits détails. Le 24 janvier 1946 a lieu, à la caserne du 11e d'Artillerie, la sixième exécution capitale prononcée par le Conseil de Guerre. Elle concerne un membre du "parti Rexiste" de Tournai qui a collaboré avec l'ennemi et dénoncé des résistants les envoyant par ce fait dans les camps de la mort. Il avait été condamné à mort le 30 mai 1945, son pourvoi en cassation avait été rejeté le 28 septembre et sa grâce définitivement rejetée par le Prince Régent, le 15 janvier 1946, quelques jours plus tôt.

Au début du mois de janvier 1946, la reconstruction du Pont des Trous est au centre de tous les débats. Le pont rénové devra permettre le passage de péniches de 600 tonnes et pour cela trois solutions sont préconisées : la réunion de deux arches en une seule, un détournement de l'Escaut en le faisant passer à droite de la porte d'eau ou la surélevation du pont. C'est cette dernière solution qui est retenue par les Ponts et Chaussées, il sera réhaussé de 2m40. Les partisans des différentes solutions vont intervenir durant de nombreux mois par l'envoi de lettres ouvertes à la presse locale. Certains se disent qu'en le réhaussant, on ne fait que rétablir un état de chose ancien car, à l'origine, l'Escaut avait des eaux basses et n'était pas navigable. C'est la construction des quais et sa "canalisation" dans la traversée de la ville par Louis XIV qui avait fait monté le niveau. D'autres, comme l'architecte tournaisien réputé, Jules Wilbaux, préconisent tout simplement de le laisser en l'état, rompu en deux, peut-être comme un témoignage des destructions allemandes (Courrier de l'Escaut du 30 janvier 1946).

C'est finalement la Société Belge des Bétons qui remporte l'adjudication pour un montant de 20 millions de francs de l'époque. Comme au même moment de très nombreux sinistrés n'ont pas encore perçu le moindre centime des dommages de guerre, certains constatent qu'on peut mobiliser de l'argent si on le veut vraiment. Les travaux débutent en été et devraient s'achever à la fin de l'année 1947.

Une autre reconstruction soulève de nombreuses protestations, celle du Casino. On ne comprend pas l'ardeur qu'on met pour le reconstruire alors que d'autres bâtiments publics plus importants comme l'Hôtel de Ville ou des églises sont encore à l'état de ruines. Pire même, le Casino sera inauguré avec faste en avril 1946 et fermera définitivement ses portes quelques jours plus tard (voir à ce sujet l'article que nous avons consacré, en son temps, au casino).

En mars 1946, les militaires britanniques sont toujours présents à Tournai, on annonce, en effet, que le "Town-Major", chargés de nouvelles fonctions en Allemagne où s'installe l'armée d'occupation, va prochainement quitter la cité des cinq clochers et qu'il sera rapidement remplacé.

Reconstruction, Conseil de Guerre, exécutions, on a l'impression qu'il faudra encore longtemps pour que les évènements qui ont marqué les années de 1940 à 1945 s'estompent dans le souvenir collectif. 

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27 mars
2010

08:15

Tournai : expressions tournaisiennes (63)

Je n'voudreos pos fatiguer les gins in parlant toudis d'ces deux innochints (innocents), ainsi (ainsi) ch'est, pétête (peut-être), l'dernière feos (fois) avant lommint (longtemps).  L'semaine dernière, j'vous aveos dit que j'parlereos d'leus avintures pindant l'carneval (carnaval) et j'sus bin obligé d'tenir parole. 

Arrivés su no Grand'Plache (notre Grand'Place), i-eont ortrouvé (retrouvé) les faubourtiers d'Saint Martin (les habitants du faubourg Saint-Martin). Comme l'thème ch'éteot "l'feimme", i-aveot là Lucette, eine "zélatrice" d'Noter-Dame Auxiliatrice, elle éteot déguisée in grande Madame du temps jadis ave (avec) l'tiête infarinée (la figure enfarinée), Paulette, ein incienne cabar'tière (ancienne cafetière, tenancière de cabaret), aveot confectionné l'costume d'Christine de Lallaing, mais comme elle aveot pris des vielles (vieilles) casserolles pou l'armure, te l'intindeos (entendais) arrivé d'bin leon (de bien loin). Camille, s'n'heomme (son mari), qu'on appelle "l'cachiveu" (une personne qui a de la chassie, matière qui s'accumule en séchant au bord des paupières) i-aveot mis ein faux-visache d'gramère (un masque de grand'mère) ce qui impêcheot au moinse d'vir ses cachifes (ce qui empêchait au moins de voir ses chassies). L' pus drôle, ch'éteot ein heomme déguisé in coleombe (colombe). Fifinne, elle s'a approché d'li et elle a orconnu (reconnu) l'pétit Léon, ein coulonneu (clombophile). " Bé tins, l'coleombe, ch'est l'fumelle (femelle) du couleon (pigeon) et ch'est ainsin qu'j'ai fait prouèfe d'imaginatieon (preuve d'magination)" qu-i a dit Léon.

I-eont tertous (tous) attindu pus d'eine heure au pied du bieffreo (beffroi) pou "l'lancher d'Pichoux", des p'tits pains préparés pa les boulingers (boulangers) d'Tournai. Je n'sais pos si cha porte bonheur mais in attraper ein, cha rimplit l'estomac.  Après, i-eont été faire l'rigodon (mouvements désordonnés qui veulent ressembler à un pas de danse), eine danse d'sauvaches (sauvages), autour de l'Reine Carneval qui brûleot au mitant (milieu) de l'Grand'Place. Infin, i-eont suivi l'cortèche (cortège) jusqu'à l'Esquéaut (Escaut) pou ruer d'dins (dedans) les cendres de l'Reine (jeter les cendres de la reine).  Carneval i-éteot mort, l'printemps i-pouveot commincher (commencer).

In ortournant (retournant) au pied de l'cathédrale pou in chiffler (avaler d'un trait) eine dernière, i-eont vu arriver l'ambulance. Elle veneot ramasser ein quervé, ein pou qui l'carneval i-éteot d'jà terminé. Edmeond, curieux comme ein jeone d'gatte, (comme une jeune de chèvre), i-a été près du véhicule. "Feaut laicher de l'plache (il faut laisser de la place) à ces gins, quoisque te vas acore (encore) faire là, Andoule (andouille)?" li a dit Fifinne. "Bé j'pinseos vir l'Grand Marcel ou l'pétit André !". " Mo, bé l'ceux (ceux) que t'parles là, i-seont ortraité (retraité) d'puis lommint (longtemps). Si i-eont laiché pousser leu barpe (barbe) d'puis l'jour qui-eont quitté l'gazerne (caserne), pour seûr (certainement) qui marche'tent asteur d'zeur (qu'il marchent maintenant dessus)."I seont partis du temps qu' les pompiers i-éteot'tent acore à l'rue Perdue, ..et in disant cha, j'pinse, à m'mote (à mon idée), que ti aussi t'es bin (bien) perdu, allez hop, on va ortourner tout dreot à l'maseon (on va retourner tout droit à la maison)..."

L'paufe (pauvre) feimme, elle ne saveot pos c'qu'elle diseot car tout l'leon du qu'min (chemin) elle a bin eu des russes (difficultés) ave s'quervassin (ivrogne).  I-alleot d'ein bout à l'eaute du trottoir, i-berloqueot (balançait de droite à gauche), i-pinseot toudis (toujours) ête arrivé à s'maseon, i- s'asseyot su les pas d'porte. Fifinne, elle le brinqu'baleot (secouait), l'pousseot (poussait) et li i-canteot (chantait) : "J'ai du mirliteon, des leongs cotreons (jupons), des leongues fesses", eine vielle cancheonne tournisienne (tournaisienne) d'carneval. On les intindeot berler dint tout l'ruache (on les entendait crier dans tout le quartier) et les visins diseot'tent : "les ovlà qui orviennent, Edmeond i-in tient acore eine". Tout à n'ein queop (tout d'un coup), Fifinne elle s'a foutu in rache (mis en colère) et li a dit : "Edmeond, n'fais pos l'seot" et li, in riant biêtm'int (en riant bêtement), li a répondu : "Quoisque te veux que je fasse d'eaute ave l'costume que t'm'as fait mette (mettre)". Ichi (Ici) on peut dire l'bac i-s'ortourneot su le pouchéeau (on peut dire qu'elle avait reçu la monnaie de sa pièce). 

Pindant deux jours tout plein, l'cat i-a été dins l'horloche (l'expression : "le chat a été dans la pendule" se traduit bien entendu par "la brouille a été dans le ménage"), i-n'aveot pus l'seon (son) mais acore (encore) l'imache (image). Ch'est Edmeond qui a eu l'malheur d'parler in prumier (en premier), : "L'année qui vient, ave nos amisses d'Saint-Martin, on devreot créer eine confrérie, j'vas d'minder à Mossieu Pierre Vandenbroeck quoisqu'on doit faire !". "Ahais, l'ceulle des Brasseus ou bin des Buveus ?" qu'elle a dit Fifinne. Ch'éteot l'meot d'trop, ch'éteot fini, on n'parlereot pus d'carneval. Vous adveinez (devinez) mes gins que je n'peux pus vous parler tous les s'maines de ces deux biecs-beos (niais), cha va deonner eine mauvaisse imache d' mes relations, à moinse (à moins) que vous les aimez bin et que vous voulez les vir orvenir (les voir revenir) !

(S.T. mars 2010)

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24 mars
2010

11:45

Tournai : histoire de la presse tournaisienne (3)

Durant l'entre-deux guerres, le clivage politique est très net. On ne peut réllement parler, comme actuellement, de partis représentant la droite ou la gauche, il y avait surtout les "catholiques" et les "anticléricaux". Cette dernière composante est représentée par le Parti Libéral et le Parti Socialiste auquel on peut adjoindre, par la suite, le Parti Communiste qui prendra de l'importance essentiellement après le seconde guerre mondiale. Pour un passionné d'histoire locale, il est très intéressant de lire en parallèle les deux organes de presse que sont le "Courrier de l'Escaut" alors porte-parole du parti Catholique et "L'Avenir du Tournaisis", journal libéral. Le combat qu'entretiennent les journalistes de ces deux rédactions est âpre, les invectives ne sont pas rares. L'approche de périodes électorales avivent les propos belliqueux.

A cette époque, le combat politique déborde aussi sur le plan culturel. Lorsque Georges Grare fait don de sa "naïade" à la ville, le choix du Pont à Pont est véhément contesté par le "Courrier de l'Escaut" qui voit en cette statue non une ode à la féminité mais bien à la pornographie. "Cachez ce sein (et le reste) que je ne saurais voir". Cette guerre quotidienne va s'estomper au début des années soixante. A ce moment, un nouveau quotidien apparaît, le "Nord-Eclair", journal français, émanation du Journal de Roubaix, qui va ouvrir un bureau tournaisien et traiter l'information locale. Ce journal va rapidement obtenir une importante audience. Ce n'est pas à proprement parler un journal d'opinion, il traite en priorité les "Faits Divers" et il est avant tout le champion des reportages photographiques des réunions de sociétés, des banquets, des anniversaires de mariage, des évènements familiaux. Les bureaux actuels du journal sont situés sur le quai des Salines, après avoir été logés dans la "galerie Pont à Pont". Le journal a désormais lié sa destinée à celle du groupe Sud Presse.

En 1962, Marc Rimbaut, âgé de 68 ans, cède le journal à un Kainois d'origine, Maurice Brébart, propriétaire de la "Dernière Heure". Jusqu'en 1970, le titre "L'Avenir du Tournaisis" sera maintenu mais son édition comprendra de plus en plus de parties rédactionnelles en provenance de l'édition nationale. Annexé au nom de la "Dernière Heure", il disparaîtra définitivement en 1986, après nonante-deux années d'existence, le journal gardera une antenne rédactionnelle à Tournai d'abord située au Quatre Coins Saint Jacques et ensuite à la place Reine Astrid . De son côté, le "Courrier de l'Escaut" passera un accord avec le groupe de presse wallon "Vers l'Avenir" qui édite Vers l'Avenir (Namur), l'Avenir du Luxembourg et le Courrier (Verviers). En 1967, la "s.a. Vers l'Avenir" prend une importante participation dans le journal tournaisien. Un an plus tard, la fusion est effectuée. Peu à peu, le journal ne sera plus imprimé dans les locaux situés à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et de la rue de l'Hôpital Notre-Dame mais sur les presses du groupe namurois. On trouve toujours un comité de rédaction et des reporters à Tournai. D'abord logés dans des locaux de la rue de Paris, les bureaux sont désormais situés dans les anciens locaux de l'usine Unisac à l'Avenue de Maire. Contrairement à l'Avenir du Tournaisis, le "Courrier de l'Escaut" est resté un journal traitant sur la majorité de ses pages de l'actualité tournaisienne. Il vient de fêter ses 180 années d'existence en octobre dernier, un anniversaire qui est passé, malheureusement, inaperçu pour ses lecteurs, pourtant le quotidien est, plus que jamais, "le plus ancien journal de Belgique".

(sources : "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional 1829-1979", ouvrage paru en 1979 à l'occasion du 150e anniversaire du Courrier de l'Escaut, "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre publié en 1990 par la Société d'Archéologie Industrielle de Tournai).

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23 mars
2010

08:00

Tournai : histoire de la presse tournaisienne (2)

Après les évènements de 1830 et au moment de l'indépendance de la Belgique, le "Courrier de l'Escaut" va s'attirer les foudres du pouvoir et du Parquet. Depuis sa fondation, le journal avait mis un point d'honneur à ne pas faire signer les articles qu'il publiait. Mieux même, une boîte aux lettres était destinée à recevoir lettres et renseignements à communiquer, un moyen sûr de ne pas dévoiler les sources. Mr. Blancquart, l'imprimeur, le seul dont le nom apparaissait sur le journal en qualité d'éditeur responsable se réfugia dans le Nord de la France et ne revint en Belgique que lorsque l'affaire fut classée. 

En 1845, un timbre fiscal étant dû pour chaque numéro vendu, on dénombra 153 abonnés, on pouvait croire que les jours du "Courrier de l'Escaut" étaient comptés, il n'en était rien, le 2 avril 1849, le journal devint un quotidien, le premier édité à l'ombre des cinq clochers. En mars 1856, un second journal fait son apparition "La Vérité" qui devriendra quotidien à partir du 6 décembre 1871. Le 25 décembre 1857 paraît pour la première fois le "Belge", une édition réduite du Courrier imprimée elle aussi chez Blancquart. On la recevra trois fois par semaine, les mardis, jeudis et samedis. Ce journal ne fait pas concurrence à son grand frère, il est complémentaire. Il faut savoir que le prix d'un abonnement pour un journal est beaucoup trop élevé pour la majorité des gens de l'époque (18 Francs-Or par année), cette mouture réduite qu'on a voulu différente dans sa présentation pour ne pas ressembler à un "ersatz" de l'original permet à des personnes aux revenus plus modestes d'avoir accès à des nouvelles pour un coût moins important. 

A la mort de Jacques André Blancquart, le "Courrier de l'Escaut" est publié par Blancquart-Masquelier et Fils. C'est, en effet, Hippolyte, le fils de Jacques Antoine qui en assure l'impression jusqu'au 2 juillet 1871.  A partir du 2 juillet 1871, les deux journaux, "Courrier de l'Escaut" et le "Belge" seront édités par Eugène Warnels, à la rue du Curé Notre-Dame, Charles Havet lui succèdant en 1886.  Le frère d'Hippolyte, Edmond Blancquart (1848-1913) reprendra en 1879 l'impression de la "Feuille de Tournai" jusqu'à sa disparition en 1896.

En 1894, un nouveau journal fait son apparition : "L'Avenir du Tournaisis", il est l'organe du Parti Libéral. Le 3 décembre 1893 paraît un nouvel hebdomadaire, "La Gazette Populaire du Tournaisis et de la Province" qui deviendra quotidien le 2 janvier 1895. Le prix de l'abonnement à ce journal est de 8 Francs-Or. Le "Belge" disparaîtra en octobre 1914. Après la première guerre mondiale, le combat sera âpre entre "le Courrier de l'Escaut" et "l'Avenir du Tournaisis", les deux quotidiens vont partager les lecteurs tournaisiens. Le premier prône les idées de la droite catholique tandis que le second, tout en défendant aussi les valeurs de la droite, est nettement anticlérical. Il est dirigé par les frères Marc (1894-1971) et Théophile Rimbaut (1891-1952). Nous évoquerons dans le prochain article ces joutes homériques...

(sources : "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional 1829-1979" ouvrage paru en 1979 lors du 150e anniversaire du Courrier de l'Escaut et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles de Gaston Lefebvre, ouvrage publié en 1990 par la Société d'Archéologie Industrielle de Tournai).

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22 mars
2010

08:15

Tournai : histoire de la presse tournaisienne (1)

Présenter la ville de Tournai à ceux qui l'habitent et qui ne connaissent pas toujours son histoire, évoquer la cité des cinq clochers à ceux qui l'ont quittée pour d'autres horizons ou parler de la cité de Clovis à ceux qui voudraient la découvrir, c'est le but que s'est assigné l'Optimiste, un jour d'avril 2007, voilà bientôt trois ans, en créant "Visite Virtuelle de Tournai". A l'image d'un journal, le blog traite de rubriques d'actualités ou de sujets anciens, parle de personnages contemporains ou historiques, aborde le quotidien d'aujourd'hui ou d'antan, évoque le patois et les coutumes, les faits connus et les histoires passées inaperçues, il se veut éclectique et neutre mais un certain chauvinisme y transpire parfois car il défend toujours ce qu'il aime !  Informer, jour après jour, le public des évènements du monde, du pays et de la région est un rôle dévolu aux organes de presse, jamais un blog ne se substitue à la presse écrite ou télévisée, il en est un modeste complément. 

Nous allons nous intéresser à l'histoire de la presse tournaisienne. Il est loisible de consulter les archives de celle-ci à la Bibliothèque Communale et de nombreux amoureux d'histoire, de généalogie ou de souvenirs s'y donnent d'ailleurs rendez-vous quotidiennement.

L'organe de presse le plus ancien qui fut édité à Tournai et dont nous pouvons consulter les archives est "La Feuille de Tournai", un journal d'obédience libérale fondé en 1804 par l'imprimeur Varlé. Le 1er mai 1827 (une date qui sera choisie une centaine d'années plus tard pour fêter le travail) paraît pour la première fois, "Le Courrier Tournaisien", édité par Josué Casterman (1783-1872), fils aîné de Donat Casterman (1755-1827), libraire et imprimeur. Le "Courrier Tournaisien" paraît trois fois par semaine. Hélas, s'imposant avec difficulté, à peine deux ans plus tard, en février 1829, il est repris par Jacques Antoine Blancquart (1761-1840), un imprimeur installé au Marché-aux-Jambons. Grâce à Barthélémy du Mortier, politicien, leader tournaisien du mouvement anti-hollandais, est fondé, le 18 octobre 1829, "Le Courrier de l'Escaut", qui se targue encore d'être le plus ancien journal de Belgique puisqu'il paraîtra avant même l'indépendance du pays. La "Une" comporte déjà un éditorial, nommé alors "Prospectus". Le tout premier paru et daté du 17 octobre donne le ton du journal : "L'opinion est reine et notre province a besoin d'un interprète de ses sentiments patriotiques. Nous voilà ! Nous allons combattre les actes illégaux en les livrant à la publicité et en appelant l'opinion pour les condamner". 

A cette époque, les habitants des provinces belges rattachées à la Hollande par le Congrès de Vienne du 9 juin 1815 commencent à récriminer contre le roi Guillaume 1er d'Orange, un roi tout d'abord hollandais, qui promulgue des lois qui mécontentent ses sujets du Sud et nomment aux poste décisionnels ou militaires des sujets hollandais en ne réservant que des emplois subalternes aux "Belges". Le "Courrier de l'Escaut" se présente, à sa naissance, sous un format in quarto (quatre pages composées sur deux colonnes). A cette époque, le journal est rare, il est réservé à une élite qui sait lire et écrire. Il paraîtra trois fois par semaine : les dimanches, mardis et jeudis. Il ne sera pas vendu au numéro mais par abonnement (trimestriellement : 2 florins 85 cent et demi pour Tournai et 3 florins 30 cents pour l'extérieur, tous frais compris). On s'abonne à Tournai, au bureau du journal, au n° 26 de la rue de Courtray (sic), chez les principaux libraires et les directeurs de postes. Les nouvelles de l'étranger qui y figurent ne sont pas des plus fraîches, elles datent souvent des quelques jours ou de quelques semaines, mais nous devons faire abstraction des moyens actuels de transmission de l'information et nous replonger dans l'époque. Pas de téléphone, pas de radio, pas de télévision, pas de courrier électronique, rien qui puisse, comme maintenant, informer le monde entier en temps réel. L'information circulait sur un plan uniquement oral, "le bouche à oreille". 

 Le tout jeune journal n'est pas une société appelée à faire des bénéfices, à rétribuer des actionnaires, à réinvestir dans du matériel. Les rédacteurs étaient avant tout des politiciens soucieux de faire passer leurs idées et qui confiaient le travail de rédaction et d'impression à un professionnel de l'imprimerie. Une preuve de cette affirmation est donnée dans le livre de Th. Juste, paru en 1867, et intitulé "Biographie de Charles de Brouckère". On peut y lire "qu'hebdomadairement l'imprimeur percevait 30 florins, le caissier 20 et les sept rédacteurs du journal se partageaient 100 florins". Dans le prochain article, nous parlerons de l'histoire du journal durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe, nous évoquerons également les nouveaux venus...

(sources : Le Courrier de l'Escaut n°1 du dimanche 18 octobre 1829, "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional 1829-1979", ouvrage paru à l'occasion du 150e anniversaire du Courrier de l'Escaut en 1979, "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre, ouvrage édité en 1990 par la Société d'Archélogie Industrielle de Tournai).

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20 mars
2010

08:30

Tournai : expressions tournaisiennes (62)

Dins l'cité des cheonq clotiers (dans la cité des cinq clochers), l'carneval, ch'est au Laetare (le carnaval a lieu à la mi-carême, au Laetare). Cha dure ainsin (ainsi) d'puis trinte ans, d'puis qu'eine bande d'joyeux drilles, i-en a même qui dise'tent d'potieaux d'cabarets (piliers de bars), i-eont voulu orprinte (reprendre) eine traditieon qu'i-aveot disparu dins les années chinquante (cinquante). L'prumière (première) année, i-éteot'tent inviron quate ou chinq chints (ils étaient environ quatre ou cinq cents), asteur, (maintenant), i-seont quate à chinq mille à pourméner (promener) dins les rues de l'ville.

I-a des dizaines de confréries qui s'appelle'tent les "Mouques à miel" (abeilles), les "Schtroumpfs" ou bin acore (ou bien encore) "les Monsignors". L'fiête, elle comminche l'verdi (la fête commence le vendredi) au soir pa (par) "l'Nuit des Intrigues" et tous l'z'ans, i-a ein thème différent. Ceulle feos chi (cette fois çi), ch'éteot l'feimme qui éteot misse à l'honneur (c'est la femme qui était mise à l'honneur). On a vu des heommes in feimmes et des feimmes in heommes, pou mi, ch'n'est pos ein grand cang'mint (changement) pa rapport aux eautes jours, on n'sareot quand même pu les orconnaître ! 

 Fifinne, elle n'a pos eu difficile, après tout elle est l'maîte du ménache (chef de famille) pindant tout l'année. Elle éteot allée chez "Attitude Show" su l'quai. Qué bédoule (quelle boue) qu'i-aveot là pou i-arriver, les travaux i- v'neot'tent jusse d'qu'mincher (les travaux venaient juste de commencer). Elle a queusi (choisi) ein costume d' reine. Quand l' vindeusse, elle li a d'mindé :"Ch'est pou eine jeone file (jeune fille) ?", elle li a répeondu : "Neon, ch'est pou mi et je n'sus pas acore vielle". L'paufe file elle areot mieux fait de s'taire !  Pou Edmeond, elle pris l'costume qui va avec, l'ceu (celui) du Fou de l'Reine. "Ch'est pos difficile non pus puisqu'à m'maseon (maison), i-est seot (sot) tout au leon (au long) d'eine année" qu'elle acore dit à l'vindeusse. Quand Edmeond i-l'a vue ainsin habillée, i-li a dit : "Mo, bé ave t'n'air mourdreux (hargneux) et eine hache dins t'main, t'areos pouvu orprésinter (tu aurais pu représenter) Christine de Lallaing. "Et ti, podinque (esbrouffeur), i-n feaus pos t'mette ein faux-visache (masque), pou l'rôle que t'as à jeueur, t'n'air biête i-suffit, te m'as compris". L' Reine a parlé ! 

Et ch'est su ces bieaux meots (beaux mots) qui seont partis su l'Grand'Plache (Grand'Place) ortrouver (retrouver) les amisses (amis) d'l'Amicale du forbou (faubourg) Saint-Martin. I-manqueot (manquait) jusse (juste) Léocadie. l'carneval pou elle ch'est eine foutaisse (futilité), eine fiête à quervés, à braillaches (criailleries) et à dégobillaches (vomissements). Elle reste inserrée (enfermée), pindant les deux jours, dins s'cambusse (vieille maison) avec les battantes (volets) serrées (fermées) pasqu'i-d'a toudis (toujours) ein pou v'nir toquer (frapper) à s'ferniêtre (fenêtre) et l'faire inrager (enrager). I-a eine feos (fois) ein grand diape (diable) qu'i-a rintré dins s'maseon pasqu'elle aveot laiché (laissé) la porte ouverte, elle a tell'mint (tellement) eu peur qu'elle crieot après ein curé pou l'décorchéler (l'exorciser). 

M'feimme elle vient d'm'appeler pou aller à commissieons et j'n'ai pu l'temps pou continuer m'babillarte (lettre), l'feos qui vient (la fois prochaine), j'vas vous parler des avintures (aventures) d'Edmeond et Fifinne pindant l'carneval, cha n'a po acore été triste

(S.T. mars 2010)

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18 mars
2010

09:00

Tournai : le point sur les futurs chantiers

Dans l'article précédent, nous avons examiné les divers chantiers ouverts sur la rive gauche de l'Escaut. Ils sont moins nombreux sur la rive droite. Il y a bien entendu la rénovation de la Tour Henri VIII (appelée la "grosse tour" par les Tournaisiens) qui sont à l'arrêt depuis de nombreux mois, l'herbe et la terre qui recouvraient le sommet ont été enlevés, une toile plastifiée a été tendue au-dessus de l'édifice, formant un dôme de couleur blanche. Hélas, les tempêtes de l'hiver ont eu raison de ce montage sensé protéger les murs de la pluie et permettre au bâtiment de sécher. Tout semble être à refaire et ce n'est probablement pas demain qu'on verra un changement significatif sur ce chantier.

Des chantiers par contre qui progressent rapidement sont ceux de la création de nouveaux bâtiments pour le Service des Finances et les résidences construites à la rue Campin. Pour le premier chantier, la partie située dans la rue du Rempart est terminée et opérationnelle, la partie située dans la rue du Château est toujours en chantier. Pour le second, la première phase des travaux de construction est terminée, les appartements situés à l'angle de la rue du Désert et de la rue Robert Campin vont être prochainement occupés. L'entreprise de construction vient de débuter, dans le courant du mois de février, les travaux de terrassement pour la phase deux comprise entre la rue Robert Campin et la rue de l'Arsenal. Le rond-point du Viaduc (que certains continuent à s'entêter à nommer Imagix) est ouvert à la circulation depuis plusieurs semaines, les aménagements pour les piétons ont été réalisés, dans les prochaines semaines, on procèdera à la pose des poteaux d'éclairage qui sécuriseront totalement les lieux (les anciens viennent d'être enlevés). 

Comme on le voit la ville se transforme, elle offre chaque année un visage nouveau et de nombreuses autres rénovations sont encore prévues et devraient débuter dans les prochaines semaines ou les prochains mois. Ainsi, si le "parapluie" a été enlevé sur la cathédrale, les échafaudages ceinturant la nef sont restés, ils permettront la restauration des façades, le nettoyage et remplacement des pierres abîmées, leur rejointoiement, et le nettoyage et la réparation des vitraux. Ces travaux débuteront dans les prochaines semaines. Une autre restauration concernera les chapelles Saint-Louis et Sainte-Catherine qui se situent place du Vieux Marché aux Poteries et de la Porte Mantille, place Paul Emile Janson. Les toitures des chapelles de la façade Sud seront polychromes. Elle seront, en effet, couvertes de tuiles vernissées dans des tons brun, rouge, vert et jaune posées en losange. La toiture de la Porte Mantille quant à elle sera semblable à celle de la nef, couverte de tables de plomb. Pas plus tard que le samedi 13 mars, des experts sont venus afin de finaliser le projet de mise en valeur des fouilles réalisées depuis de nombreuses années dans la cathédrale, là aussi des travaux devraient être entrepris prochainement. Le "Courrier de l'Escaut" du 17 mars annonce le démarrage en août de la rénovation des rues du quartier cathédral. La première phase concernera les petites rues comprises dans le quadrilatère formé par le quai Notre-Dame, la rue du Cygne, les rues de Courtrai et du Curé Notre-Dame et la rue de l'Hôpital Notre-Dame. les travaux débuteront également dans le le piétonnier de la Croix du Centre. Sont également en projets : l'important chantier de la caserne De Bongnie et la rénovation du Musée des Beaux Arts.

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, renovation |

17 mars
2010

09:21

Tournai : le point sur les travaux

Après le long hiver auquel nous venons d'être confronté, les chantiers, ouverts à Tournai et mis en veilleuse, ont repris leur vitesse de croisière. ... A la rue des Sports, les nouveaux bâtiments du CHWAPI (Centre Hospitalier de WAllonie PIcarde) sont sortis de terre. Le creusement des fondations a nécessité l'évacuation de plusieurs dizaines de milliers de m3 de terre. Un va-et-vient incessant de camions et tracteurs a amené celles-ci sur la Plaine des Manoeuvres proche afin de niveler ce terrain présentant, comme on dit à Tournai, "des bosses et des fosses". Deux aires de sport devraient prochainement y être aménagés à proximité de l'actuel terrain synthétique occupé par le Hockey Club Tournai. On nous promet également sur la partie restante un petit plan d'eau au milieu d'une zone verte. Le long de l'avenue Montgomery, des immeubles à appartements devraient voir le jour entre ceux déjà construits et le chemin situé au bout de la plaine, reliant la chaussée de Lille à la chaussée de Douai, pompeusement appelé "Drève du Génie". ... Dans la rue As-Pois, le chantier de la résidence "la Factory" se termine, une partie des immeubles est déjà occupée. Dans cet ensemble immobilier, il reste un bâtiment à l'abandon à la place de Lille. Une personne généralement bien informée m'a soufflé que celui-ci ferait probablement l'objet d'une rénovation comprenant l'église Sainte-Marguerite. Depuis sa dernière apparition sur No Télé, le propriétaire de l'église n'a entrepris aucun travaux de protection de la nef dont une partie du toit a été enlevée et le rude hiver a apporté des dégradations supplémentaires. ... Les amoureux de notre patrimoine continuent à s'interroger sur le but recherché par le promoteur et le sort réservé à cet édifice. La méthode consiste souvent à laisser se dégrader un bâtiment à un point tel que la seule solution est finalement de l'abattre pour des raisons de sécurité du voisinage. L'église Sainte-Marguerite est un sanctuaire paroissial érigé en 1288, incendié en 1733 et reconstruit en 1760. Seul son porche ,classé, a été rénové, le reste du bâtiment poursuit sa... longue descente aux enfers ! ... A quelques pas de la place de Lille où se situe cet édificie religieux, la rue Perdfue est fermée à la circulation depuis plusieurs mois afin d'y construire un parking souterrain. Pour cela, il a fallu déplacer les impétrants (canalisation d'eau, de gaz, d'électricité) et le système d 'égouttage. Cette première phase touche à sa fin. ... Profitant de la fermeture de la rue à la circulation, le promoteur d'un immeuble a appartements en construction sur la placette aux Oignons a ainsi obtenu plus de facilités pour ériger son bâtiment dont le gros oeuvre se termine. ... La rue Roc Saint-Nicaise, dans son tronçon entre la rue Jean Noté et la place Rogier de le Pasture, est, elle aussi, fermée à la circulation. On y procède au remplacement des canalisations de gaz. En raison de ces travaux qui ont débuté en janvier, c'est tout un quartier qui est devenu un cul de sac par la fermeture de rues ou la mise à sens unique d'autres. ... A la place Paul Emile Janson, les travaux de transformation de l'immeuble Dexia (mieux connu par les véritables tournaisiens comme étant l'ancien Hôtel de la Cathédrale) pour y loger le Centre de Tourisme sont en cours. Lors des démolitions prévues par l'architecte, il a été constaté que certaines parties de l'immeuble étaient fragilisées, le chantier est donc plus important qu'initialement prévu afin d'assurer la stabilité de la structure. ... On vient de procéder au démontage du parapluie surplombant la nef romane de la cathédrale. On peut désormais admirer le nouveau toit en feuille de plomb qui a été réalisé. ... Dans le piétonnier de la Croix du Centre, les travaux de restauration des façades ont débuté, avec l'enlèvement des vieux enduits et la pose de nouveaux, on nous promet que l'ensemble sera beaucoup plus attrayant. ... Depuis le mois de janvier, les travaux de rénovation du quai des Salines, réalisés dans le prolongement de ceux réalisés, les années précédentes, au quai Notre-Dame et des Poissonceaux, ont débuté. Malheureusement, à hauteur du magasin Colruyt, une pollution aux hydrocarbures a été découvertes lors de l'enlèvement des pavés et le creusement de tranchées. La recherche de son origine et l'enlèvement par une firme spécialisée des terres polluées vont probablement retarder un chantier dont la fin était prévue pour les fêtes de find 'année. ... D'autres chantiers vont démarrer prochainement ou sont en projet, nous en parlerons prochainement.

09:21 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, renovation |

15 mars
2010

08:15

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (18)

L'année 1945 se termine, le second conflit mondial a pris fin, l'heure est au bilan. Pour la Belgique, les pertes humaines sont importantes. Lors de l'invasion de mai 1940, on dénombra 6.516 militaires tués et plus de 12.000 victimes parmi les civils. Durant les années allant de 1943 à 1945, 19.570 personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles 6.500 au cours de bombardements, 2.622 lors des combats de la libération et 1.205 durant l'offensive des Ardennes soit plus de 38.000 victimes directes répertoriées. A ces chiffres, il faut ajouter les décès parmi les déportés car sur les 12.000 déportés politiques et 28.000 déportés israelites, à peine 1.200 sont revenus des camps de concentration et certains moururent même rapidement des mauvais traitements subis durant leur emprisonnement. Et combien de personnes sont mortes durant l'évacuation ou des privations durant l'occupation ?  Il est difficile de donner un relevé exact des personnes tuées à Tournai.  Dans son livre "Tournai sous les bombes", Yvon Gahide reprend des chiffres parus dans les numéros 32, 33, 34 et 35 du Courrier de l'Escaut de l'année 1941 (chiffres dont nous avons pu vérifier l'exactitude lors des récentes recherches à la bibliothèque communale). Rien que pour la période allant du 16 mai au 6 juin 1940, 220 noms de personnes avec adresse de leur domicile et la date du bombardement durant lequel elles périrent y sont notées, cette liste comprend également la mention de 17 personnes non indentifiées. Pour les bombardements alliés de 1944, la liste nominative comporte les noms de 81 personnes et six non identifiées. Cela nous donne donc un total de 324 personnes ayant péri durant les bombardements de la ville. Si nous nous référons à la déclaration du bourgmestre De Rasse datée du 20 décembre 1950 et adressée au Ministre de la Défense Nationale, caserne Prince Bauduin, place Dailly à Bruxelles, il est fait mention de 125 personnes tuées en 1940 et 106 en 1944, soit 231 victimes. Les listes nominatives nous semblent les plus crédibles.

En ce qui concerne les destructions d'immeubles publics ou industriels, relevons l'Hôtel de Ville, la Halle-aux-Draps et sa Conciergerie, les églises Saint-Brice et Saint-Quentin, la Bibliothèque communale, l'immeuble des Archives de l'Etat, le Musée du Folklore, le Théâtre communal, les maisons romanes de la rue Barre Saint-Brice (un des derniers témoignages en Europe du Nord de ce style de construction), les écoles Paris, du Monnel, l'Institut des Demoiselles de la rue du Becquerelle et le jardin d'enfants de la rue du Sondart, la gare, l'entrepôt des Douanes et Accises, 6 ponts pour la circulation automobiles, 4 passerelles pour piétons et une centaines d'usines plus ou moins gravement endommagées. Dans un périmètre englobant la Grand'Place, les rues Perdue, de la Tête d'Argent, de l'Yser, de Courtrai, des Campeaux, de Pont, de la Tête d'Or, de la Wallonie, ainsi que le bas de la rue Saint-Martin tout a été détruit tout comme les abords immédiats de la gare. 

Il va falloir reconstruire, effacer les traces de la folie de quelques hommes qui, par delà le Rhin, avaient voulu être les maîtres du monde, il va falloir espérer que la sagesse l'emportera désormais et que les générations futures ne seront pas indifférentes à leur passé, à leur Histoire. Des chancres vont subsister durant des dizaines d'années : les reconstructions de l'Hôtel de Ville semblable à celui détruit et de l'église Saint-Quentin sur la Grand'Place ne seront terminées qu'à la fin des années soixante, les ruines d'immeubles bombardés sur Grand'Place à côté de Saint-Quentin seront masquées par de grands panneaux publicitaires jusqu'à la fin des années nonante, même sort pour l'Institut des Demoiselles où ne sera érigé le nouveau commissariat de police qu'en 2004. Le terrain vague de la rue Perdue sur lequel s'élevait le théâtre communal ne sera aménagé pour la construction d'une résidence-service qu'en 2006. Il faudra donc presque soixante années pour effacer les dernieres cicatrices de cette guerre 1940-45 à l'ombre des cinq clochers.

(Sources : pour composer ce feuilleton, nos recherches ont été facilitées grâce à la collection du journal "Le Courrier de l'Escaut" détenu par la Bibliothèque Communale de Tournai, les ouvrages, "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide, "Vie et Mort dans le Val de Verne" de Pierre Bachy, "La libération" écrit par André Caudron, "2.194 jours de guerre" traduction d'un ouvrage en langue italienne paru sous le titre "2.194 giorni di guerra" aux Editions Mondadori en 1977, "Chronique de la Belgique" aux édition Jacques Legrand sa et des souvenirs familiaux).

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13 mars
2010

08:30

Tournai : expressions tournaisiennes (61)

Diminche au soir (dimanche soir), Fifinne, elle a ri plein s'panche (ventre, ici l'expression signifie rire aux larmes) in orwettiant (regardant) "Bienvenue chez les Ch'tis". Elle compreneot tout et n'aveot po b'soin d'sous-titraches (sous-titre) pasque (parce que) l'patois d'Tournai, ch'est du Picard et ch'est no langache (langage). Combin (combien) d'vieux Tournisiens (Tournaisiens), i-s'rappell'tent acore (encore) avoir acouté (écouté), su Radio-Lille, "L'Vaclette" d'Simons et Line Dariel et combin, d'nos jours, orwettent (regardent, autre façon de traduire regarder), su France 3, Pierrot et Jenny pou les vir (voir) préparer leu cuisine, in s'pourléquant (pourléchant) les babines.

Edmeond i-a failli caire d's'cayère (tomber de sa chaise) quand les deux albrans (garnements) i-eont fait leu tournée et seont orvenus quervés les quate pattes (totalement ivres), Fifinne, elle a ri quand l'feimme (femme) d'Kad, elle est arrivée dins ein coreon (coron) du côté d'Lens et qu'on vouleot li faire acroire (faire croire) que ch'éteot Bergues pou montrer(reconstituer) les clichés que les gins (gens) i-eont du Nord. Les moules qu'on veyot ruer po l'cassis (les moules qu'on voyait jeter par la fenêtre), les quervés qui porméneot'ent dins les rulettes (les ivrognes qui promenaient dans les ruelles), les batt'lieux dins les maseons incrapées pa l'carbeon (les querelleurs dans des maisons couvertes de crasse par le charbon), l'accordéonneu ave s'barpe d'dix jours (l'accordéoniste avec sa barbe de dix jours) et les mamères ave eine nitée d'pétits marmeots (les mères avec une ribambelle de marmots), vous adveinez bin mes gins (vous devinez bien mes gens) qu'l'Nord et l'Picardie, ch'n'est po l'pays d'nurvart (ce n'est pas le pays de nulle part), ch'est po eine réserve d'sauvaches (sauvages). Ch'est des gins qui eont ouvré (travaillé) très dur dins les mines et les usines. Les gins du Nord, comme diseot Enrico Macias, i-n'eont po l'solel (soleil) déhors (dehoirs) mais i-eont l'coeur su la main et ch'est l'pus bieau (beau) des trésor. Les gins du Nord, ch'est po seul'mint des mingeux d'maroille et des buveux d'bistoule, ch'est aussi des gins qui save'tent faire l'fiête quand l'ouvrache i-est fini, des gins qui eont l'esprit d'famile (famille). 

A Tournai, on n'oblie (oublie) po qu'Dany Boon i-a fait ses études à Saint Luc à Ramegnie-Chin, qu'ein d'ses professeurs ch'éteot Yves Willocq, l'garcheon (garçon) d'Mossieur Alphonse, l'dernier bourguémette (bourgmestre, maire) du Meont Saint Aubert. On n'oblie po l'temps où i-alleot à Saint Jacques minger des spaghetti "Piou-Piou" au relais du Miroir pour ortrouver ses amisses (amis). Pour Seûr (Sûrement) que diminche soir, dins l'ville aux cheonq clotiers (la ville aux cinq clochers), tertous (tous) i-aveot'tent l'coeur in foufiête (en émoi) car beauqueop ortrouveot'tent des racheines (beaucoup retrouvaient des racines). Tertous, pétête pos (peut-être pas), i-d'a eine qui a cangé (changé) d'programme. Quand Léocadie, l'vielle jeone file (la vieille jeune fille), l'guernoule d'bénitier (la grenouille de bénitier, une bigotte) elle a intindu l'meot (mot) "biloute", elle a presque cait dins les peommes (tombé dans les pommes), elle a cru orwettier (regarder) ein film porneo (porno) et elle est allé querre s'cap'let (allé chercher son chapelet) dins s'campe (chambre) pou dire eine dizaine d'avés. Seûrmint que lindi au matin (lundi matin), à l'prumière (première) heure, elle a queuru à confesse (couru se confesser) chez l'paufe (pauvre) curé qui n'areot po, li non pu, manqué l'film pou rin au meonte (pour rien au monde). Inter (entre) les Esperts (Experts), Prison break, Esprits criminels, Dr. House, FBI portés disparus, Monk et bin d'eautes (bien d'autres), inter l'journal télévisé ave ses violences, ses catastrophes, ses hold-up, inter les débats ave (avec) les faiseux d'esbroufes (faiseurs d'embarras), les imblavés (orgueilleux, personnes qui se croient supérieures aux autres), les fouteux d'coules (les menteurs), les magouilleux (magouilleurs), les fouteux d'gins (les ironiques), on est fin bénaisse (bien content), alfeos (parfois), d'ortrouver (retrouver) ein peu d'humour et d' montrer ainsin (ainsi)à nos infants (enfants) qu'on peut acore (encore) rire dins no vie.

(S.T. mars 2010).

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |