27 févr.
2010

08:30

Tournai : expressions tournaisiennes (59)

Lindi (Lundi) après-deîner (après-midi) su l'Grand'Plache (Grand'Place), j'ai rincontré (rencontré) Cathy Dubocache, eine amisse à Fifinne et Edmeond qui habite pas leon (loin) d' leu maseon (maison). "Bé cha, l'Optimisse, ch'est eine affaire, te sais, l'blaque (blague) qui est arrivée à Edmeond, l'semaine dernière". L'brafe heomme (brave homme) i-aveot d'puis lommint (longtemps) busié (pensé) à eine séquoi (quelque chose) pou faire plaisi à Fifinne à l'occasieon de l'Saint Valentin. Comme i-éteot fin réhusse (bien indécis), s'visin li a dit : "Bé fais comme mi, t'as qu'a offere (offrir) l'restaurant à t'feimme, mais ein beon (bon) où elle n'a po l'habitude d' minger (manger)". "Ah, ch'est po difficile, elle n'a jamais voulu aller minger au resto, tout au puque (à part) au snack du Carrefour à Froyennes où à l'baraque à frites de la gare". Edmeond i-a ortenu eine tape (réservé une table) dins ein quate (quatre) étoiles et l'diminche (dimanche) i-a dit à Fifinne : "Mets tes pus bieaux (plus beaux) atours, pou bin fiêter (fêter) l'Saint-Valentin, j't'invite à faire bombance". I s'a trompé si i-a pinsé que s'feimme alleot sauter d'joie et i-a vite compris que ch'n'éteot pos l'cas quand elle li a répondu : "A t'mote (à ton idée, selon toi), j'sus attifée (accoutrée) comme eine Marie Galousse (sorcière), j'vas aller ainsin (ainsi) et l'ceusses (ceux) que cha déringe, i n'eont qu'à aller vir (voire) ailleurs". Ch'éteot clair et net !.

Ch'est ainsin qui seont arrivés dans ceulle (cette) grande maseon dont j'vas taire l'neom (nom) pa sympathie pou l'patreon. A peine i-aveot'tent ouvert l'porte que l'file (fille) du vestiaire elle a dit : "Attendez, Madame, je vais vous débarrasser". "Mo Dieu, j'm'appelle Fifinne, des madames comme mi et des pourchéaux comme m'n'heomme i-in a des teonnes (tonnes), on n'va po qu'mincher à faire des esbroufes (commencer à faire des manières), j'vas l'mette mi-même au porte-mantieau" . Edmeond i-a vu tous les visaches (visages) s'ortourner (se retourner) su li et quand Fifinne a claironné "Où me mets-je", i-est devenu tout rouche (rouge). In véyant (voyant) cha, elle a cru beon d'ajouter : "Te n'vas po ichi ête géné pasque j'ai mi m'lingue (langue) de diminche". Au momint où l'garcheon (garçon) i-a rapporté l'menu, cha a été pire acore : "Vous avez du mutieau ?" qu'elle li a d'mindé. L'paufe qui v'neot d' l'école hôtelière et qui éteot seûrmint français, i-a queuru (courru) vir (voir) l'patreon. Quand elle a vu l'carte, elle a dit à Edmeond : "Christian, t'n'amisse, i-peut toudis v'nir ichi car i n' po d' saucisse !".

Trois heures pus tard, in sortant, Fifinne a berdélé (manifesté son mécontentement) in disant " Ch'est l'prumière (première) et dernière feos (fois) que te m'fais minger dans ein restaurant parel, Maison de Bouche qui est marqué su l'porte, ch'n'est po pour les bouches de galfards (gourmands) mais pou des appétits d'glaine (poules)". "Ave l'pâté, à l'intrée, on aveot tout jusse treos fuelles d'salate (feuilles de salade) et eine tomate qui aveot seûrmint oblié (sûrement oublié) d'grandir ". "Ch'éteot po du pâté mais du foie gras et les fuelles ch'éteot des garnitures". "J'n'vas po au restaurant pou qu'on m'garnisse mais pou qu'on m'rimplisse" dit Fifinne "et in puque (de plus) l'canard Saint Valentin ch'éteot ein p'tit maiguerleot (maigre, malingre) qui aveot été tué jusse (juste) après ete venu au meonde". Fifinne se plaigneot que ses boyéaux crieot'tent famine et n'éteot'tent po assez rimplis et Edmeond li i-plaigneot (plaignait) s'portefuèle (portefeuille) qui éteot bin dégarni. " In rache, i-a dit à Fifinne : " A l'prochaine Saint-Valentin, on va rester à l'maseon et on va minger ein sauret (hareng saur) et des penn'tières (pommes de terre) à l'buse (cuites dans le four), ainsin t'guife (terme plus ou moins vulgaire décrivant la tête, l'expression "ete à s'guife" signifie être gourmand, glouton) elle s'ra rimplie et m'portefuele aussi". Pou l'Saint Valentin, l'broulle (brouille) elle a acore été dins l'ménache (ménage).

(S.T. février 2010)

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : picard, tournai, patois |

26 févr.
2010

08:00

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (7)

La barbarie dont avait preuve l'armée allemande lors des bombardements de leur ville a choqué plus d'un Tournaisien. Ces crimes ne pouvaient rester impunis. Le pire, c'est que l'ennemi s'en excusait presque en rejetant la faute sur les troupes anglaises qui "avaient eu tort de faire de Tournai, un bastion à défendre" ! A peine la ville sera-t-elle occupée que la résistance va s'organiser. Elle prendra différents aspects : le sabotage du matériel ennemi, des voies de chemin de fer ou des axes de communication, le renseignement en faveur des alliés, le passage d'hommes, le refus du S.T.O (Service de Travail Obligatoire en Allemagne), le transport de courrier entre les différents groupes, plus tard, la récupération d'aviateurs alliés dont les appareils avaient été abattus, la distribution de la presse clandestine... Il est impossible de citer les exploits de tous ceux qui dans l'ombre se mirent au service du pays en refusant la domination de l'ennemi et en étant à la base de la victoire finale. Ils eurent pour nom, entre autres, Georges Dropsy, originaire de Thiérache, professeur au Collège Notre-Dame de la Tombe à Kain, Paul Carette, le cheminot saboteur qui deviendra après la guerre le bourgmestre de Warchin, Adelson Tangre, chef de gare à Tournai, Adelson Dehon de Rumillies dont l'épouse occupait un poste stratégique d'employée des Téléphones à Tournai, Robert Lelong... 

Marcel Demeulemeester est entré à la Police Communale en 1929. Au moment où éclate la guerre, il va avoir 36 ans. Il habite avec son épouse, une de ses maisons allouées aux policiers dans le parc communal, à proximité du Commissariat de la Place Reine Astrid. Dès le mois de juin 1940, il va entrer dans la résistance. Le premier acte qui lui est attribué, il le réalise avec un des ses amis, Marcel Carin demeurant à la rue Saint Eleuthère. Les deux hommes sabotent, sur le quai de l'Arsenal (actuel quai Sakharov), les véhicules abandonnés par l'armée anglaise et tombés aux mains des Allemands. Cinq mois plus tard, dans sa fonction de policier, il est chargé par la "Feldgendarmerie" d'enquêter sur les activités du dénommés Carin que l'occupant suspecte. Il parviendra à l'avertir, évitera son arrestation et enverra les Allemands sur une fausse piste. Il fondera ensuite la section de Police de la Légion Belge. Ils y sera rejoint par de nombreux policiers. A la fin de l'année 1942, Marcel Demeulemeester s'engage dans l'Armée Belge des Partisans, il y sera l'adjoint du Commandant de compagnie de Tournai jusqu'en 1944. En 1942, le poste étant vacant, il est devenu garde-faubourg à la police de quartier du Château. Avec l'aide d'employés communaux, de fausses cartes d'identité seront établies pour le rapatriement de prisonniers français évadés. Il s'occupera de leur faire passer la frontière du côté de Leers-Nord. Il parvint à éviter de nombreuses arrestations de Tournaisiens grâce à la collaboration d'une autre résistante, Germaine Dumoulin, employée comme dactylo à la "Werbestelle". Durant ses activités de policier, sous le prétexte de surveillance, il parvint à dresser les plans de l'écluse de Kain afin d'y préparer son sabotage et lors de ses tournées, il distribuait la "presse clandestine". A son initiative et avec l'aide de son ami pompier Raymond Fiévet, va être constitué un groupe de résistants au sein du corps des Pompiers tournaisiens. Leur action était de ne pas enrayer les sabotages perpétrés contre le matériel allemand, de retarder au maximum l'envoi des secours, d'étendre le sabotage pendant l'intervention...

La population s'organise, elle aussi, afin de contrecarrer l'action de l'ennemi. J'ai eu l'occasion de visiter de nombreuses caves lors de recherches dans un autre cadre. Ainsi, au Boulevard Bara, les habitants les avaient fait communiquer entre elles en perçant les murs mitoyens. Le but premier de ces aménagements étaient de pouvoir se dégager si un effondrement survenait dans l'immeuble qu'on occupait, la cave étant le refuge en cas d'alerte aérienne. Cela permettait aussi à une personne recherchée de fuir lors de rafles pour le S.T.O ou la recherche de résistants. Le passage était bien entendu dissimulé et peu visible à première vue. Si beaucoup de Tournaisiens entrèrent en résitance, d'autre, hélas, décidèrent de collaborer avec l'ennemi. Ils furent souvent à l'origine de la dénonciation de résistants ou parfois même simplement de personnes avec lesquelles, ils étaient en conflit. Fut victime d'une de ces dénonciations, Amédée Coinne, demeurant au 94 de la chaussée de Roubaix à Tournai, membre du service de renseignement MILL, qui possédait, à son domicile, un poste de transmission. Il collaborait au service organisé en vue de soustraire à la Werbestelle de Tournai des dossiers et de prévenir ceux qui étaient menacés par des lettres anonymes. Le 13 février 1944, il fut arrêté sur dénonciation d'un collabo et incarcéré à la prison d'Arras. Là, il fut abattu d'un coup de révolver dans la nuque lors du bombardement de la prison par les Alliés. Dans le prochain article, nous verrons comment vécurent les Tournaisiens durant l'année 1941.

(sources : Vie et Mort du Val de Verne" de Pierre Bachy, ancien professeur à l'Athénée Royal de Tournai, paru en novembre 1979 et recherches personnelles).

25 févr.
2010

08:30

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (6)

En ce mois de juin 1940, à Tournai, les troupes allemandes sont désormais présentes. Des Tournaisiens affirment avoir vu leurs "pionniers" stopper les incendies, l'occupant réquisitionnera ensuite les hommes valides, encore présents en ville, pour commencer à déblayer les rues et les rendre à la circulation. C'est de cette époque que date une photo très connue dans la cité des cinq clochers montrant un motocycliste allemand sur un side-car observant la Grand'Place totalement dévastée depuis la rue des Maux. Ce document est tiré du livre de F. Heiss "Der Sieg in Westen" qui porte la légende "Dans Tournai conquise". Lentement la vie va se réorganiser, on en apprendra un peu plus lorsque le journal paraîtra à nouveau le 6 novembre 1940. Le Courrier de l'Escaut se présente à nouveau sous la forme d'une simple feuille éditée recto/verso qui publie chaque jour, sur la première page, la rubrique "A propos de la guerre, le communiqué allemand et le communiqué italien". On peut ainsi se rendre compte de la main-mise de l'occupant sur la presse qui ne donne qu'une seule vision des choses. Dans la rubrique locale, on informe le lecteur qu'à cette date, on tente de reconstituer les fichiers de la population détruits lors de l'incendie de l'Hôtel de Ville, six mois auparavant.

Les personnes qui avaient fui la ville bombardée sont revenues progressivement. A la fin du mois de juin, on dénombre la présence de 28.000 personnes, 32.500 le 30 septembre et 33.400 à la fin du mois d'octobre. (pour rappel, la population était de 35.299 personnes au 31.12.1939). Le ravitaillement est entré en vigueur, on parlera plutôt de rationnement, la population a, en effet, droit journellement à 225 gr de pain, 33 gr de sucre, 7,5 gr de margarine, 5,8 gr de beurre... et mensuellement à une brique de savon. La liste des produits paraît régulièrement dans le journal. 

Avec l'hiver qui approche, la vie des habitants de la cité des cinq clochers va devenir peu à peu plus difficile. Durant le mois de novembre, les premières tempêtes font s'écrouler les façades qui sont restées miraculeusement debout depuis le mois de mai, il est dangereux pour les passants de s'aventurer à proximité de ces ruines. On tente d'élaborer un semblant de vie normale, encouragé par l'occupant sans doute soucieux de s'attirer les bonnes grâces de la population. Ainsi en football, le Racing de Tournai conclut des rencontres amicales contre Alost, Courtrai, Deerlijk et Vilvorde. L'Hôtel de Ville est transféré au Musée des Beaux Arts tout proche. L'administration Communale décide de faire procéder à la démolition du Théâtre Communal de la rue Perdue et envisage de le reconstruire sur un autre site. La Police Communale a fort à faire pour surveiller les immeubles suspectés de vendre des denrées alimentaires. Ainsi le 29 novembre 1940, 1.650 kg de farine blanche sont saisis dans une maison de la rue des Corriers et les habitants arrêtés. La veille, deux hommes, originaires de La Louvière, avaient été appréhendés et inculpés pour le transport illicite de 60 kg de farine de froment. Le "marché noir" s'organise. A la veille des fêtes de fin d'année, la "Orstkommandantür" décrète les arrêtés de police à respecter : l'heure de fermeture des locaux publics pour la nuit de Noël et celle de la Saint-Sylvestre est fixée à 1 h du matin. La circulation des habitants cessera à 1h30

Occupation, ravitaillement, rationnement, marché noir, couvre-feu, de nouvelles notions qui vont rythmer le quotidien des Tournaisiens en cette année 1940. Mais la résistance s'organise, nous le verrons dans le prochain article...

(sources : "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide édité par la Société Royale d'Archéologie de Tournai et archives du Courrier de l'Escaut).

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 40-45, ravitaillement |

24 févr.
2010

08:15

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (5)

Durant la seconde quinzaine de juin 1940, une rumeur se propage : "les bombardements ont cessé sur la ville de Tournai". Cette information parvient jusqu'à Arras, dans le Pas de Calais. C'est là que Louis et sa famille, originaires de Tournai, ont marqué une halte après de longues journées d'une harassante marche. Il se pose la question : "Que faut-il faire ? Faut-il continuer plus loin encore ?". A quoi bon vouloir aller plus loin, les allemands occupent déjà presque tout le territoire français ! On apprend que, le 28 mai à 0h30, sans consulter ses alliés, le Roi Léopold III voulant éviter un massacre de ses troupes a signé la capitulation de la Belgique contre l'avis de son gouvernement parti en exil en Angleterre. A cette date, les réfugiés et le reste de l'armée belge étaient concentrés dans l'étroite poche de l'Yser. Le même jour à 9h30, les plénipotentiaires belges, le Général Desrousseaux et le Commandant Liagre, rencontrent, au château d'Anvaing appartenant à la famille De Lannoy, dans ce petit village situé à une dizaine de kilomètres de la cité des cinq clochers, les représentants du Général von Reschenau. C'est le Général-Major Paulus qui les accueille. A 10h, les signatures sont apposées, à 11h30, les représentants se retirent, quelques minutes plus tard, la radio allemande annonce la capitulation de la Belgique.

Les armées anglaises et françaises sont, elles aussi, dos à la Mer du Nord dans la poche de Dunkerque. l'évacuation des troupes anglaises, l'opération "Dynamo" se déroulera du 28 mai au 2 juin, celle-ci va engendrer d'énormes pertes humaines. Les Allemands occupent Lille, Ypres et Anvers le lendemain, 29 mai. Le 17 juin, le Maréchal Pétain, nouveau Président du Conseil français, s'adresse par la radio à ses compatriotes et annonce que des pourparlers d'armistice sont entamés avec l'Allemagne. Lui aussi dit vouloir éviter un massacre inutile de sa population. Le 18 juin, depuis Londres, le général De Gaulle qui refuse cette reddition envoie son message aux combattants français. Le 21 juin, le traité d'armistice entre le France et l'Allemagne est signé dans le wagon qui avait servi en 1918 à la signature de la reddition de l'armée du Kaiser, cela se passe à Rethondes, en forêt de Compiègne.

Quatre semaines après avoir quitté la ville, quand il arrive à la chaussée de Lille, à l'endroit où celle-ci débouche sur la Plaine des Manoeuvres, Louis constate que sa maison du boulevard Bara semble ne pas avoir trop souffert des bombardements. En effet, quelques bombes sont tombées à proximité de l'église Sainte-Marguerite et ont détruit quelques maisons de la rue As-Pois mais le bombardement s'est surtout concentré sur le centre-ville totalement détruit et les quartiers Nord à proximité de la gare. Parvenu à la porte de l'immeuble, il apparaît que celle-ci a été forcée, toute la nourriture et quelques bibelots ont été chapardés. Comme le dit Yvon Gahide dans son livre, chez certains l'acte (de pillage) fut même élevé au titre d'institution, le pillage est inhérent à tous les conflits de toutes les époques. Il était parfois l'oeuvre des soldats allemands mais aussi d'individus de différentes classes sociales restés en ville qui, en bandes organisées, n'hésitaient pas à vider les immeubles désertés par leurs habitants. On vit même "collaborer" quelques soldats allemands et des groupes de mauvais garçons originaires de certains quartiers tournaisiens pour vider de nombreux commerces. L'occupation débute, nous en parlerons dans le prochain article...

(sources : "Tournai, sous les bombes" d'Yvon Gahide édité en 1984 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéolgie de Tournai et recherches personnelles dans les souvenirs familiaux).

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, guerre 40-45, occupation |

23 févr.
2010

09:15

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (4)

Le 18 mai 1840, huit jours après que les troupes allemandes eurent franchi la frontière, le front avait sérieusement progressé. L'ennemi venait de s'emparer d'Anvers, Rommel avait atteint Cambrai et les troupes du général Giraud, reste de la IXe armée française, avaient prénétré dans Le Cateau, petite ville déjà occupée par les Allemands. Les soldats français y furent faits prisonniers.

A Tournai, les incendies allumés par les bombardements des 16 et 17 mai continuent à progresser, les valeureux pompiers sont trop peu nombreux et disposent d'un matériel insuffisant pour parvenir à tous les circonscrire. Apprenant que les flammes menacent la cathédrale Notre-Dame, Mr. Lambert, le Directeur de la prison réunit, vers 6h30, quelques gardiens et rassemble pelles, pioches, échelles et seaux. Quinze détenus se portent volontaires pour aller éteindre l'incendie qui risque de détruire le prestigieux édifice. Tous sont conscients des risques que représente pareille entreprise mais aucun ne recule. L'autorité communale est absente, depuis le 16 mais, c'est le conseiller communal Etienne Carton qui fait fonction de bourgmestre. On tente de le contacter. A leur arrivée au pied des cinq clochers, les hommes constatent que la rotonde de la sacristie est en flammes. Heureusement, le courageux sacristain est resté à son poste et ouvre les portes pour prendre l'eau nécessaire à ce travail titanesque qui attend les hommes. Ceux-ci, à coup de haches, font tomber les corniches après les avoir noyées d'eau. Entrant dans la cathédrales, ils sauvent tapisseries et ornements avant d'éteindre les parties léchées par les flammes. Dans la chapelle privée de l'Evêque, le feu s'est communiqué au baldaquin et au fauteuil, elle aussi sera sauvée. Averti du travail réalisé par ces hommes, Mr. Carton leur envoie en renfort sept hommes supplémentaires. La trentaine d'hommes va lutter contre l'incendie jusqu'à 21h30 et Notre-Dame sera protégée. Alors que Mr. Lambert retourne avec gardiens et prisonniers à la prison pour un repos bien mérité, les Autorités anglaises lui intiment l'ordre de faire évacuer le bâtiment.

Contrairement à la cathédrale, l'Hôtel de Ville situé à l'emplacement de l'abbaye de Saint Martin, dans le parc communale, sera totalement détruit par un incendie. Il ne subsistera que les façades. Le feu a détruit les archives et les registres de la population, tout devra être reconstitué. Au sujet de l'origine de cet incendie, les avis sont opposés. Si certains l'imputent aux bombardements allemands, beaucoup d'autres désignent les anglais comme étant ceux qui ont bouté le feu. Il faut savoir que depuis le début de l'offensive allemande, les troupes anglaise, le B.E.F., battaient en retraite, elles avaient voulu faire de Tournai, un point de défense stratégique. L'Etat Major anglais occupait une partie des bâtiments de l'Hôtel de Ville. On y trouvait le matériel, des documents probablement marqués du secret ainsi que les armes et munitions réquisitionnées quelques jours plus tôt. Comme c'est souvent le cas lors d'une retraite, les militaires anglais ont-ils voulu empêcher que tout cela ne tombe entre les mains ennemies ? C'est une hypothèse. Cette vision est néanmoins corroborée par le témoignage de l'épouse d'un policier qui habitait dans les maisons situées à proximité. Elle a assisté au bombardement et jamais elle n'a vu de bombes tomber sur le bâtiment, par contre, elle a aperçu les derniers militaires britanniques quitter rapidement les lieux et le feu se déclarer une heure plus tard. ... D'autres témoins rapportent que des bombes explosives sont tombées à l'Enclos Saint Martin, y avait-il parmi celles-ci des bombes incendiaires ? C'est une seconde hypothèse.

Qu'elle qu'en soit l'origine, l'Hôtel de Ville était détruit ! Les Allemands vont désormais occuper la ville, A partir du 28 mai, c'est le juge Mauroy qui acceptera la fonction provisoire de bourgmestre, l'occupant avait pressenti le chanoine Nassaux mais celui-ci avait décliné cette offre préférant soigner les nombreux blessés. Le 21 juin 1940, c'est le conseiller communal, Louis Casterman, industriel bien connu, né en 1893, qui accepte la "lourde" responsabilité de gérer la ville, il assumera courageusement celle-ci jusqu'à la libération, le 4 septembre 1944. Les bombardements allemands sur la ville vont cesser le 6 juin 1940, ils ont fait 238 victimes répertoriées. Une autre vie commence pour une population passée en quelques heures du calme du quotidien au pire des cauchemars. Nous parlerons maintenant de la vie à Tournai durant les quatre longues années d'occupation....

(sources : "Tournai sous les bombes d'Yvon Gahide" édité en 1984 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, livre edité en 1990 par l'Association Archéologie Industrielle de Tournai, Le Courrier de l'Escaut et recherches personnelles)

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 40-45, bombardements |

22 févr.
2010

08:30

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (3)

La journée 16 mai 1940 s'annonce splendide, une véritable journée de printemps. Profitant du beau temps, beaucoup de Tournaisiens sont à l'extérieur. Le jeudi après-midi, les écoliers sont en congé et une fois les devoirs terminés ou peut-être pas encore effectués, les enfants jouent dans les rues, les parcs et les jardins. 

Vers 15h, tout va soudainement se précipiter. C'est tout d'abord la sirène du beffroi qui retentit alors que dans le ciel bleu, des avions, par groupe de trois, font leur apparition. Les premiers tirs de la DCA retentissent. Les parents, incrédules, rappellent à la hâte les enfants qui jouent, insouciants du danger qui menace. Des sifflements se font entendre, les premières bombes viennent d'être larguées. Combien de temps va durer ce bombardement, personne ne peut le dire avec certitude, sous pareil déluge de fer et de feu, les secondes ressemblent à des minutes, les minutes à des heures. 

Lorsque la fin d'alerte retentit, le tocsin prend le relais appelant les pompiers volontaires à combattre les très nombreux incendies qui ont éclaté en ville. Par vagues successives, les avions allemands ont frappé le coeur de la cité, tous les quartiers ont été successivement touchés : Saint Jean, Saint Brice, Saint Jacques, les quais et la gendarmerie. Onze gendarmes trouveront la mort à proximité de celle-ci dans la rue de la Citadelle.

Face à cette barbarie, les gens décident de partir, de quitter leur foyer et de fuir les combats, c'est "l'évacuation" qui va jeter des familles entières sur les routes, des plus jeunes aux plus âgés. Des caravanes de voitures chargées à la hâte, des charrettes à bras et des centaines de piétons dont certains poussent des landaus prennent la direction de la France et de la Flandre. 

Dans sa maison du boulevard Bara, Louis, qui vient d'être pensionné, songe à sauver ce qu'il peut. Avant de quitter sa maison emmenant avec lui, sa femme, sa belle-fille (veuve depuis deux ans) et ses petits enfants, il se rappelle que durant la guerre précédente, les Allemands avaient "volé" tous les métaux pour leurs usines à armement. Lui qui fut chaudronnier a confectionné de nombreux objets décoratifs en cuivre et ils ne veut pas qu'ils tombent entre les mains de l'ennemi, il les emballe soigneusement dans du papier gris, les lie avec une ficelle et les cache dans la cheminée de l'arrière-cuisine en prenant soin de bien remettre en place la cuisinière. Ils y resteront non seulement le temps de la guerre mais ne seront finalement découverts que par ses petits-enfants, lors de travaux effectués dans les années septante. Les paquets noyés sous la suie avaient protégé leurs "trésors". Comme on disait alors : "c'est toujours cela que les Allemands n'auront pas !".

Avaient-ils eu raison de partir dès la fin du bombardement toutes ces personnes, traumatisées, le regard parfois hagard, qui avaient traversé une ville en ruine dans laquelle les incendies se multipliaient ? Très certainement car durant la nuit du 16 au 17 mai, un nouveau raid s'attaqua principalement au quartier Saint Jean et aux quais de l'Escaut, en visant probablement les ponts et en faisant de nouvelles victimes. Suite à ces nouvelles vagues d'assaut, le samedi 18 mai, la ville de Tournai n'est plus qu'un immense brasier, le centre-ville sur lequel veillent comme deux gardiens impassibles beffroi et cathédrale n'est plus qu'un champ de ruines. Le feu a détruit les immeubles de la Grand'Place, de la rue des Orfèvres, l'Evêché, l'Hôtel des Anciens Prêtres et la bibliothèque communale dans laquelle Lucien Jardez et un ouvrier, un dénommé Coinne, parviennent à sauver, au péril de leur vie, une centaine de manuscrits, le reste, un précieux héritage du passé sera malheureusement détruit. Il s'agit en effet de plus d'un demi-million d'actes allant du début du XIIIe à la fin du XVIIIe siècle et comprenant de très nombreux testaments de familles tournaisiennes et actes notoriés pour la tranmsission de terres ou d'immeubles, des "registres de la cité" et notamment les "registres des Consaux" datant du XVe au XVIII, des registres dans lesquels étaient notifiées toutes les décisions prises par les dirigeants de la cité des cinq clochers durant près de six siècles, de livres richement enluminés, une source inestimable pour les chercheurs avides de reconstituer l'histoire d'une famille, d'un quartier ou tout simplement de la ville de Tournai. Le feu ceinture désormais la cathédrale, nous verrons dans le prochain article comment cet édifice fut sauvé...

(sources : "Tournai, sous les bombes" d'Yvon Gahide édité en 1984 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, section Archéologie Industrielle et recherches personnelles parmi les souvenirs de famille).

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bombardements, evacuation, tournai, guerre 40-45 |

20 févr.
2010

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (58)

Fifinne in est acore tout ortournée (bouleversée), mardi au soir ave s'n'heomme (mari) Edmeond, elle a orwettié l'Cabaret Walleon su No Télé (télévision locale tournaisienne). Dins l'temps, Edmeond i-éteot ein habitué des p'tits cabarets dins l'salle à l'étache (étage) d'la Halle-aux-Draps mais à causse (à cause) des feumeux d'touquette (fumeurs de pipes) d'cigares ou cigarettes, i-aveot toudis (toujours) là, eine finquée d'diale (une fumée d'enfer, de diable) et i-n'a pus pouvu (il n'a plus pu) aller de l'rache (tellement) qu'i-tousseot (toussait) in ortournant (retournant) à s'maseon. On n'peut pus feumer (fumer) mais i n'a pus invie d'sortir au soir. Asteur (maintenant), i-erwette (autre forme de regarder) les cancheonniers (chansonniers) à l'télévisieon mais... attintieon ave toudis (toujours) eine provisieon d'pintes à portée d's'main. "I-féaut garder ses beonnes habitudes" comme i-dit. 

Fifinne, elle a bin (bien) ri quand Pierre i-a parlé des randouillaches (confusions, remue-ménages) des heommes et des feimmes (femmes) politiques. Edmeond qui conneot bin l'pétit nouvieau, Christian i-a bin aimé s'cancheonne (chanson) su l'saucisse. Quand Pascal, ave s'belle veox (voix), i-a canté (chanté) les ormue-ménaches qu'i-a d'jà au Consel (Conseil) Communal pou l'z'électieons dins treos ans, nos deux amisses éteot'tent fin bénaisses (bien heureux). Ein momint donné, Fifinne elle a eu eine larme à l'oeul (oeil), ch'est quand Vincent i-a rindu hommache (rendu hommage) à s'parrain dins l'compagnie : Mossieu René Godet qui vint d'fiêter ses septante-chinq (75) ans. Ch'éteot l'pus bieau (beau) des portraits qu'on pouveot faire d' li, li, ein amoureu d'Trenet, li qu'on appeleot, l'canteu (chanteur) fleur bleue du Cabaret. L'réalisateur i-aveot eu l'beonne idée d'proj'ter des photeos et tout à n'ein queop Edmeond i s'a écrié : "Mo bé, orwette, Fifinne, ave Mossieu Godet, on veot (voit) l'Optimisse". Ch'est là qui li a pris l'idée d' m'appeler pou me l'dire, j'trouèfe (trouvé) cha bin gentil et i-m'areot (m'aurait) fait plaisi (plaisir) si i-n'aveot po (pas) crû beon d'ajouter : "ch'est seûrmint (sûrement) eine vielle photeo pasque (parce que) t'aveos acore (encore) l'air bin jeone (jeune) et bieau". Je n'sais pos c'qui m'a ortenu (retenu) d' li claquer l'télépheone à s'n'orelle (oreille). D'puis lors, dins m'tiête (tête) j'intinds (j'entends) toudis ceul air biête (bête) canté par Julio, l'bellâtre espagnol : "Et mi neon pus j'nai pos cangé" et i-l'diseot cha (cela) in tournisien (tournaisien).

(S.T. février 2010).

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : patois, tournai, picard |

19 févr.
2010

08:30

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (2)

L'alerte générale a donc été lancée le 9 mai 1940 à 23h15. Le vendredi 10 mai, vers 5h30, des troupes aéroportées allemandes envahissent la Hollande, d'autres parachutistes sautent sur le fort d'Eben-Emaël, bastion réputé imprenable de la défense de Liège tout comme l'était considérée la ligne Maginot française. Hélas, ces éléments de défense avaient été construits sur base de la stratégie et des moyens militaires développés lors de la guerre 14-18. Au même moment, l'infanterie allemande appuyée par des chars franchissent les frontières hollandaises, belges et luxembourgeoises.

A Tournai, vers 6h00, le tocsin du beffroi et les cloches de toutes les églises se mettent à sonner tandis que retentit le son toujours lugubre de la sirène. Durant l'après-midi, vers 17h00, un bombardier allemand largue un premier chapelet de bombes occasionnant de légers dégâts à des maisons de la chaussée de Bruxelles. Une maison sera néanmoins atteinte, un habitant de ce quartier, Henri Duhaut, sera gravement blessé et succombera le lendemain, son épouse, Jeanne François, mourra, ensevelie sous des décombres, leurs enfants seront également blessés, premières victimes tournaisiennes d'un conflit qui en fera des milliers d'autres. Le samedi 11 mai, sur la première page, le Courrier de l'Escaut titre : " La Belgique est en guerre --- L' Allemagne a envahi vendredi matin la Hollande et la Belgique --- Le Roi (Léopold III dont la photo orne l'article) a pris le commandement de l'armée qui défend efficacement le territoire --- La France et la Grande-Bretagne assistent les pays envahis". Le Bourgmestre Emile Derasse informe la population tournaisienne qu'à partir de ce jour, l'occultation des lumières doit être complète par volets, tentures, rideaux opaques, il y a lieu également d'adapter l'éclairage avant (phares blancs) des voitures.Les autorités communales décrètent pour tous les étrangers de sexe masculin nés entre le 1er janvier 1881 et le 31 décembre 1923 (soit les personnes âgées de 16 à 60 ans) ainsi que tous les ressortissants des pays ennemis, l'obligation de se présenter à l'Hôtel de Ville endéans les deux heures.

Le dimanche 12 mai, le Gouverneur de la Province du Hainaut impose un arrêté (impopulaire) relatif à la fermeture des cafés et débits de boissons qui ne pourront plus, à partir de ce jour, qu'être ouverts de 11h30 à 14h00 et de 17h00 à 21h00. Au niveau communal, le Bourgmestre demande à tous les détenteurs d'armes et de munitions de les déposer, le jour même, à la salle des Conférences de l'Hôtel de Ville. Dès lundi 13 mai, le journal se résume à une seule feuille imprimée recto/verso. Depuis la veille, Tournai doit faire face à une arrivée de réfugiés de plus en plus importante, ceci nécessite la création d'un "Bureau des Réfugiés" qu'on installe au Musée des Beaux-Arts, à proximité de l'Hôtel de Ville. Celui-ci sera ouvert nuit et jour. Pour loger toutes ces personnes des dortoirs sont ouverts notamment dans la Halle-aux-Draps. Des soldats britanniques sont désormais présents à Tournai, équipés de pièces anti-aériennes relativement obsolètes puisque déjà utilisées lors du premier conflit mondial, vingt-cinq ans plus tôt, ils prennent positions sur les toits des usines afin de prévenir toute attaque aérienne. Tout est étrangement calme, la population tournaisienne, dans sa grande majorité, ne semble pas montrer d'inquiétude lorsque passent, à très haute altitude, des avions ennemis. Il faut dire que la presse relaie des propos optimistes et rassurants du commandement de l'armée belge qui déclare bien contenir les assauts. Pensait-on, secrètement, que les forces conjuguées de Hollande, de Belgique, de France et de Grande-Bretagne viendraient facilement à bout de l'envahisseur. Si c'est le cas, c'est une profonde une erreur ! Le jeudi 16 mai 1940, sans que ses responsables n'en soient probablement conscients, le Courrier de l'Escaut paraît pour la dernière fois avant de longs mois. La ville de Tournai comme d'autres cités belges va basculer subitement dans l'horreur durant l'après-midi de cette belle journée printanière...

(sources : le Courrier de l'Escaut de mai 1940)

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 40-45, invasion, bureau des réfugiés |

18 févr.
2010

08:15

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente

Nous allons entamer un long feuilleton consacré à la vie quotidienne dans la cité des Cinq Clochers au cours d'une des périodes les plus sombres de son histoire, celle du second conflit mondial. Tout débute le 1er janvier 1940. Etaient-ils sincères les voeux de "bonne et heureuse année" échangés dans les familles tournaisiennes en ce premier jour de l'an ? La plupart des habitants de la ville ignoraient probablement que dès le 2 janvier, Mussolini avait prévenu l'ambassadeur de Belgique à Rome d'une attaque allemande imminente. Une information leur avait peut-être échappé quand le 10 janvier, suite à une panne de moteur, un avion militaire allemand s'était posé près de Mechelen-sur-Meuse, les deux officiers ayant juste eu le temps de détruire des documents avant d'être arrêtés.  Comment pouvait-on encore croire à la paix alors que les soldats français et allemands venaient de passer leur premier Noël de la "drôle de guerre" sur la ligne Maginot et la ligne Siegfried. Pouvait-on encore ne pas penser à la guerre alors qu'on ne pouvait ignorer que trois brigades d'infanterie anglaises débarquées dans le courant du mois d'octobre en France avaient été réunies, le 15 décembre 1939, pour former la 5e division de la "British Espeditionary Force" déployée au Sud de Lille sur une ligne fortifiée de 400 casemates et de 65 kilomètres d'un fossé antichar bétonné.

A Tournai, les premiers mois de cette année 1940 vont, étrangement, ressemblés à ceux des années précédentes. Sur une page, la presse locale se fait l'écho de cette guerre qui ne dit pas encore son nom. On apprend ainsi que le 12 janvier des avions allemands survolent la Belgique et que presqu'en même temps, au Grand Duché de Luxembourg, des tirs d'artillerie sont perçus en provenance du territoire allemand. On est informé que les troupes soviétiques ont envahi la Finlande, le 30 novembre, et que le pays nordique résiste courageusement. On ne devrait plus se faire d'illusion en apprenant que l'appel lancé par le Pape Pie XII à l'occasion de la fête de Noël ne semble pas avoir été entendu.

Du 1er janvier au 9 mai, on continue à découvrir dans la chronique locale des informations relatives à la vie ordinaire d'une ville de province. On nous annonce que le 31 décembre 1939, la ville de Tournai comptait 35.299 habitants (16.525 hommes et 18.774 femmes), que durant l'année écoulée, on avait enregistré 537 naissances dont 353 petits nouveaux Tournaisiens, qu'on avait célébré 188 mariages (un chiffre légèrement en recul par rapport à l'année précédente en raison peut-être de la mobilisation décrétée en septembre) et déploré 744 décès. Dès le mois de janvier, la rivalité exacerbée entre la majorité libéral-socialiste et l'opposition catholique alimente, encore et toujours, les conseils communaux avec comme traditionnel détonateur le problème de l'enseignement. Ces prises de bec passeront au second plan à partir du 6 mars, à l'annonce du décès inopiné du bourgmestre Albert Asou. C'est Emile Derasse qui lui succèdera au mayorat de la cité. Les catholiques tournaisiens apprennent le 24 janvier la nomination du chanoine Louis Delmotte en qualité d'évêque du diocèse de Tournai en remplacement de Mgr Rasneur décédé quelques semaines plus tôt. La vague de froid qui sévit en janvier et février permet aux patineurs tournaisiens de s'adonner à leur sport favori sur l'étang gelé du Jardin de la Reine. La Chambre de Commerce du Tournaisis tient son Assemblée Générale annuelle le 24 janvier et quelques jours plus tard, c'est au tour de l'Association des Commerçants de se réunir.

Et les informations bien éloignées de la situation internationales continuent à se succéder. Ainsi durant la seconde semaine du mois d'avril, la police communale entreprend la visite des "cafés-dancing" de la ville. A cette occasion, un relevé de la septantaine de "serveuses-danseuses" rémunérées fait apparaître qu'une majorité d'entre-elles sont demandeuses d'emploi et que d'autres ne déclarent pas au fisc ces ressources peut-être finalement inavouables ! On continue à se distraire. Le mardi 23 avril, l'Orchestre de chambre de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth se produit en concert symphonique au théâtre de la rue Perdue au profit de "nos soldats" et le samedi 4 mai, c'est au tour du Conservatoire de proposer son deuxième concert de l'année avec au programme la prestation de Mr Maurice Raskin, violoniste, professeur au Conservatoire de Bruxelles, au programme : "La Symphonie inachevée" de Schubert. Le samedi 27 avril, on inaugure la kermesse de mai, sur la Grand'Place, la presse constate que le champ de foire est relativement restreint et peu varié. Comme on peut le voir, à la lecture de toutes ces informations et de bien d'autres encore, l'inquiétude provoquée par le déclenchement d'un éventuel conflit armé est loin d'être omniprésente. Cependant, un article attire notre attention, il paraît le samedi 24 février 1940 sous le titre : "Attaque aérienne ?". Il y est écrit : "On nous prie de tranquilliser les Tournaisiens qui auraient entendu un ronflement sinistre d'avion, durant ces derniers temps, aux abords de la rue du Four Chapitre. Il s'agissait là, non pas d'une préparation d'attaque aérienne mais d'une simple répétition pour la grande séance que donnera la "Royale Estu", le 9 mars à 5h, dans la salle des Frères. un grand drame d'aviation : "Alouette 22" qui passionnera les amateurs d'émotions fortes". Il est également signalé que le bénéfice permettra d'offrir des vacances saines et joyeuses (sic) à tous les étudiants.  Voilà ce qu'on pouvait lire dans la presse locale jusqu'à la date du... 9 mai 1940 ! Ignore-t-on ou fait-on semblant d'ignorer que la veille, le 8 mai, Mr. Jacques Davignon, ambassadeur de Belgique à Berlin, a signalé que les Allemands étaient en train de rédiger un ultimatum destiné au gouvernement belge ? Le 9 mai à 23h15, c'est l'alerte générale en Belgique. Dès le lendemain, la vie quotidienne des Tournaisiens comme celle de millions d'Européens sera terriblement bouleversée....

(sources : "le Courrier de l'Escaut" 1er semestre de 1940)

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 40-45; royale estu |

17 févr.
2010

08:45

Tournai : l'histoire des deux gares (3)

Quelques années après la fin du premier conflit mondial, le plateau de la gare va connaître une nouvelle extension par la création d'une gare aux marchandises dotées de six voies, trois quais, une rampe d'accès et un pont à peser les marchandises. Ce nouvel emplacement sera connu des Tournaisiens sous le nom de "gare margarine". Si la vocation première de celle-ci sera le transport de marchandises, à l'une ou l'autre occasion, elle accueillera même des hôtes vivants notamment quand le cirque "Althoff" viendra en représentation à Tournai dans les années soixante. Celui-ci voyageait par train et les remorques contenant le matériel ou les roulottes abritant les animaux furent débarquées à la "gare margarine" et transférées sur la Plaine des Manoeuvres au moyen de tracteurs. On vit même les éléphants et les chameaux l'a quittée, à la suite de l'un l'autre, pour emprunter le boulevard Delwart et le boulevard Léopold à la surprise des passants ravis d'un tel spectacle.

Autre transformation attendue depuis bien longtemps par les usagers de la gare, le passage sous-voies. Les travaux furent entamés le 12 octobre 1932 et se terminèrent au début de l'année 1934. Le second conflit mondial allait à nouveau malmener la station tournaisienne. Si les bombardements de 1940 ravagèrent le centre-ville, ce fut surtout la toiture du bâtiment qui subit des dégâts et le pont des Roulages qui fut détruit. L'occupant allemand avait, en effet, basé sa tactique d'invasion sur la protection des noeuds ferroviaires qui lui seraient fort utiles pour sa progression sur le front de l'Ouest. Les bombardements alliés de 1944 feront plus de dégâts car justement, ils voulaient privés les Allemands, lors de leur repli, de ces voies de communication.

Après la seconde guerre mondiale, la reconstruction du bâtiment modifiera l'aspect général de la gare de Tournai, la grande verrière abritant les quais ne sera pas reconstruite. Quelques bâtiments provisoires abriteront les agents des douanes dans l'attente de la construction d'un nouvel entrepôt qui ne sera finalement réalisé qu'en 1967, le long du quai Donat Casterman. Le 3 octobre 1961, la gare de Tournai sera le théâtre d'un accident qui aurait pu prendre les allures d'une catastrophe lorsque le train direct de Bruxelles entra en collision avec une locomotive manoeuvrant à hauteur du lieu dit des "trois barrières", le choc ne fut pas particulièrement brutal en raison de la faible vitesse du convoi entrant en gare mais il coûta néanmoins la vie au machiniste de la locomotive tamponnée. En février 1962, l'apparition de la première locomotive "diesel" va sonner le glas de la traction à vapeur. Bientôt le pont Morel ne verra plus s'élever les panaches blancs parfois parsemés d'escarbilles s'élevant et tournoyant au passage d'une machine au bruit caractéristique. 

Au début des années quatre-vingt, l'électrification de la dorsale wallonne, ligne reliant Mouscron à Liège va modifier une nouvelle fois le paysage de la gare tournaisienne. A la fin de l'année 1981, nombreux sont les Tournaisiens qui assistèrent au spectaculaire démontage du vieux pont Morel dont la carcasse désolidarisée de ses points d'ancrage sera soulevée et déposée le long des voies par d'impressionnants engins de levage, emplacement provisoire qui permettra le découpage de la charpente métallique. Un nouveau pont plus haut, plus large, en béton sera construit et inauguré le 2 juillet 1983. Par la suite, en 1985, on supprimera le Centre de Réparations Rapides de Tournai et on démolira le vieux château d'eau situé le long du boulevard Eisenhower.

Située sur la dorsale Wallonne et sur la (trop tristement célèbre pour ses retards endémiques) ligne 94 rejoignant la capitale, la gare de Tournai voit son avenir s'éclaircir avec la création de l'Eurométrople regroupant Lille-Courtrai et Tournai. Parent pauvre des liaisons régionales, le trajet vers Lille vient d'être amélioré après de très longues et laborieuses négociations avec la SNCF, cette ligne devrait faire le bonheur des habitants de Wallonie Picarde désireux de voyager par TGV partout en France ou vers la Grande-Bretagne sans devoir faire l'important détour par Bruxelles. De même l'inauguration récente par le Ministre Demotte et le Bourgmestre et Ministre courtraisien Stefaan Declerck d'une liaison directe qui évite le changement de train à Mouscron permettra aux Tournaisiens de rejoindre plus rapidement Courtrai, une cité flamande où l'offre d'emploi est encore fort importante et pourrait séduire une main d'oeuvre locale en recherche de travail.

(sources : " Le Rail en Tournaisis" de Freddy Lemaire et Jacques Simonet édité en 1986 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" et recherches personnelles). ... Francis, un fidèle lecteur de ce blog m'a fait parvenir les références d'un site sur lequel vous pouvez découvrir deux photos de la gare de Tournai, Pour cela, il suffit de vous rendre sur http://users.skynet.be/garesbelges/ et descendre jusqu'aux gares situées dans la province de Hainaut, cliquez enfin sur les deux photos concernant celle de Tournai.

08:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, gare, dorsale wallonne, ligne 94 |