28 juil.
2009

Tournai : l'année 2000 sous la loupe (2)

Dans notre survol de l'actualité tournaisienne des années séparant le 1er janvier 1950 du 31 décembre 1999, nous avons constaté l'apparition d'une rubrique qui n'a cessé d'enfler au fil de temps, celle des "Faits divers". La violence était-elle absente au lendemain de la seconde guerre mondiale ? Certainement pas. Si l'heure était à la reconstruction, elle était aussi à l'épuration, on assista à une chasse aux personnes ayant collaboré avec le régime nazi, à des procès retentissants suivis par une foule décidée d'assouvir sa vengeance à l'égard de ceux qui l'avaient tant fait souffrir durant cinq longues années, à des condamnations et à des exécutions. La Société savourait sa victoire sur la barbarie et tentait d'en effacer les dernières traces. Ensuite le calme revint, mais la violence allait prendre peu à peu d'autres formes, les cambriolages d'avant se transformèrent en braquages, en vols à main armée, en prises d'otages, divers moyens illicites utilisés pour obtenir le seul but convoité : l'argent d'autrui, l'argent facile.

L'augmentation de la circulation automobile allait engendrer une autre forme de violence, à l'origine de blessés graves, de personnes parfois handicapées pour le restant de leur vie ou de morts résultant toujours d'imprudences, de conduites dangereuses sous influence, d'attitudes au volant qui n'ont pas le respect de la vie d'autrui. La généralisation de l'ouverture des dancings s'étalant sur l'entièreté du week-end liée à l'émergence d'un juteux trafic, au sein de ceux-ci, de drogues dures ou de synthèse allaient précipiter la jeunesse dans les bras de la "grande faucheuse". L'oisiveté découlant de la crise économique qui succéda aux "golden sixties" sera à la base de phénomènes nouveaux comme les agressions de personnes dans le but de les voler, faits allant jusqu'au meurtres et aux assassinats.

On pourrait aussi évoquer la déferlante d'érotisme et de pornographie très probablement à l'origine de viols ou d'agressions à caractère sexuel. Bref, la presse relayait, chaque jour, une longue liste de victimes de la brutalité, de la violence ou de l'inconscience, phénomène d'une telle ampleur que les tribunaux furent bientôt débordés. On avait l'impression que la célèbre phrase qui vit le jour, sur les barricades parisiennes ou dans les couloirs de la Sorbonne au mois de mai 1968, "il est interdit d'interdire", prenait tout son sens, de façon totalement négative, au fils des années. Le passage au 21e siècle et au troisième millénaire n'effacerait pas, d'un coup de baguette magique, cette évolution qui plongeait depuis longtemps de nombreuses familles dans la souffrance et le deuil.

L'année 2000 fut marquée par toutes les formes de violence. Ainsi, alors que le Tribunal de Commerce de Tournai se penchait sur le sort de l'entreprise New-Unisac, péniblement reconstruite sur les cendres (au propre comme au figuré) de la défunte Unisac, le jeudi 27 janvier 2000, un nouvel incendie éclatait dans les locaux de l'usine de l'Avenue de Maire. Trois ouvriers furent intoxiqués en voulant secourir un collègue qui travaillait dans le local où avait pris naissance le foyer, quelques temps auparavant les enquêtes venaient de déterminer que les sinistres précédents avaient pour origine une fraude à l'assurance. Ainsi également, durant la nuit de 28 au 29 janvier, vers 1h00, un conducteur français qui se dirigeait vers la frontière quitta sa trajectoire et faucha plusieurs jeunes qui se rendaient au dancing "la Pergola" à Willemeau, tuant une personne, en blessant gravement deux et en faisant trois blessés légers. La gendarmerie arrivera juste à temps pour calmer les esprits et éviter le lynchage par la foule des noctambules de l'automobiliste responsable de ce carnage. Ainsi encore, l'attaque d'un magasin de vêtements de la rue des Chapeliers perpétrée au moyen d'une voiture-bélier, le samedi 18 mars vers 5h00 du matin. Les voleurs s'emparèrent du stock de costumes et emportèrent même un tronc de mannequin dont il n'étaient pas parvenus à enlever la veste et la chemise. Le préjudice fut extrêmement important et la voiture qui avait servi à ce cambriolage fut retrouvée, au petit matin, incendiée à Orcq. Ainsi toujours, ce fait tragique qui eut pour théâtre le Boulevard du Roi Albert où un jeune couple sortant d'un restaurant fut fauché par un chauffard, probablement en état d'ivresse, qui prit lâchement la fuite. Les enquêteurs se mirent alors à rechercher le véhicule pendant des mois et parvinrent à le retrouver, le 2 août, caché dans un hangar, à deux kilomètres à peine du lieu du drame. Même lors du carnaval, la violence fut présente. Lors de la "Nuit des intrigues", trois jeunes qui regagnaient leur domicile furent attaqués par sept malfrats circulant à bord d'un véhicule immatriculé en France, à la hauteur du complexe cinématographique de la rue de l'Hôpital Notre-Dame. Si l'un d'eux parvint à s'enfuir et à prévenir les secours, les deux autres furent roués de coups et aspergés de gaz lacrymogène. Cette bande de voyoux avait déjà été repérée quelques heures auparavant en ville, violence gratuite de désoeuvrés en manque d'occupations.

On enregistrera encore, la découverte, le lundi 29 mai, du corps d'une jeune étudiante infirmière dans l'appartement qu'elle occupait à l'angle de la rue Sainte Croix et du quai des Salines et l'arrestation de son assassin, un homme résidant à l'institut de défense sociale"les Marronniers", en sortie autorisée, un fait qui relancera une nouvelle fois le débat sur cette pratique. Le suicide d'un homme, le mardi 6 juin, dans le quartier du Vert Bocage et la présence auprès du corps d'un message signalant que son véhicule stationné face à l'habitation était piégé, provoquant l'évacuation du quartier jusqu'au moment où les démineurs purent constater que le système pourtant ingénieux était loin d'être opérationnel. Un nouvel assassinat d'une jeune fille de 16 ans dans un appartement du Luchet d'Antoing, le mardi 6 juin, dont l'auteur est arrêté 24h plus tard. La mort accidentelle, le 5 octobre sur la place de Froidmont, de l'ancien coureur cycliste professionnel de l'équipe Histor Sigma, Pierre Dewailly. L'incendie qui détruit totalement le café-dancing "l'Indigo" à la rue Saint Martin en octobre. Le dramatique accident du samedi 4 novembre vers 6h20, qui coûte la vie à deux jeunes francais, un garçon et une fille d'une vingtaine d'années, descendant probablement à grande vitesse la rue de l'Hôpital Notre-Dame et n'ayant pas aperçu que le pont Notre-Dame était levé pour le passage d'une péniche, plongeant dans l'Escaut avec leur véhicule et périssant noyés.

Tous ces faits firent que le nouveau siècle commençait vraiment mal. Pouvait-on un seul instant imaginer que le fait de passer d'un millénaire à un autre assagisse d'un coup de baguette magique une humanité de plus en plus plongée dans la violence, il fallait être idéaliste ou totalement fou pour oser le penser.

09:16 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, faits divers, violence |

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