31 janv.
2009

11:37

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (4)

Si vous êtes des fidèles de nos articles, vous aurez appris que les plus grands cirques européens (Médrano, Pinder, Tony Boltini, Althoff, le Cirque de Moscou, Jean Richard, Bouglione, Kröne, American Circus...) ont toujours fait une halte à Tournai. La population de notre ville aime les arts circassiens, aussi n'est-il pas étonnant que, réfléchissant à la création d'un festival-évènement qui aurait pour but d'assurer le renom, à l'étranger, de la cité des cinq clochers, des organisateurs songent à mettre sur pied un festival international de cirque amateur.

L'Administration communale, la Maison de la Culture, No Télé et quelques mécènes s'associent, en cette année 1988, pour créer "La Piste aux Espoirs". Celle-ci se déroulera, pour la première fois, en mars 1988, elle sera ouverte aux amateurs et aux élèves issus des écoles de cirque. Séduite par le projet, Mme Annie Fratellini propose de l'organiser sous le chapiteau de l'Ecole nationale du Cirque français qu'elle dirige. Il sera dressé sur la Plaine des Manoeuvres à proximité de la Maison de la Culture. Le projet à peine connu, les demandes d'inscriptions affluent de différents coins d'Europe. Le 13 mars 1988 a lieu la première édition d'un festival qui a fêté ses vingt années d'existence, il faut refuser des spectateurs, le jury est composé, outre Annie Fratellini, de Patrick Hourdequin, le tournaisien régisseur du Festival de Cirque de Monaco, de Noël Coeck, journaliste et artiste et de Jean Paul Lenglez, libraire de la place de Lille, amateur inconditionnel, ami des plus grands directeurs de cirque avec lesquels il a de nombreux et réguliers contacts. Parmi les lauréats de la première édition retenons les clowns "Elastique et Bigoudi". Comme la plupart des vainqueurs qui se succèderont à Tournai, Elastique a fait carrière dans le monde du spectacle.

Le 6 avril, trois semaines après le festival, le cirque Achile Zavatta fait étape à Tournai. Autre excellente nouvelle en ce début d'année 1988, Bruno Coppens, le magicien des mots originaire de Blandain, commence à se faire un nom dans le monde de l'humour et se produit à Paris, au "Tintamarre", le théâtre de la rue des Lombards, situé dans le IVe arrondissement, il y a obtenu un contrat pour le premier semestre de l'année 1988. Evènement culturel également exceptionnel , le 19 février, en l'église Saint-Paul, à l'occasion du millénaire du baptême de la Russie (en 988), un concert oecuménique par la Chorale et les l'Orchestre, les XVI, de Charleroi, y est organisé au profit du fond "Monastère Danilov". Enfin au mois d'avril, le public tournaisien découvre un nouvel artiste, le jeune Dominique Tratsaert. Il a trouvé un lieu original pour exposer ses oeuvres, le hall du cinéma des Variétés, à la rue du Cygne. Exposant pour la première fois, le jeune artiste a pris pour thème l'univers de la BD et du Polar. Décors dignes de séries noires mêlant personnages inquiétants, tableaux emprunts d'un soupçon de fantastique, d'une légère touche d'érotisme, un genre tout à fait nouveau pour l'époque...

30 janv.
2009

15:55

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (3)

Une rubrique qui ne désemplit pas dans la presse locale, durant l'année 1988, est celle des vols. Vols domestiques, vols de voitures, vols à l'étalage mais aussi vols beaucoup plus mystérieux comme celui d'un tableau constaté au Musée du Folklore, le vendredi 4 mars. Une oeuvre ne présentant aucune valeur particulière et placée dans un recoin a disparu. Il s'agit du portrait d'un jeune homme "Erebe fils", garçon mort à l'âge de 23 ans en 1873. A sa naissance, il avait été déposé au tour des enfants trouvés, il fit de brillantes études et termina directeur du Journal de Bruxelles. Qui avait souhaité récupérer cette représentation ? Tout aussi mystérieuse la disparition, en pleine journée, d'un tableau, dans ce même Musée des Beaux Arts, le dimanche 22 mai vers 15h45. Il s'agit de "La rixe" de Louis Watteau, une oeuvre sur bois de 18,5 cm/24,5cm faisant partie de la collection Fauquez et datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le tableau était estimé à l'époque à 100.000 Fb (2.500 euros), des passants ont bien vu un homme sortant précipitamment du musée et courant vers la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville mais ce sont là les seuls indices qui furent portés à la connaissance de la police chargée de l'enquête.

Le lundi 4 juillet, vers 4h du matin, c'est un magasin de vêtements de la rue du Curé Notre-Dame qui est cambriolé, la propriétaire qui occupe l'étage est réveillée par le bruit provoqué par une vitrine qu'on brise. Elle voit un homme qui, avec calme, transporte dans sa voiture des vêtements dérobés dans l'étalage et prend ensuite la fuite vers la rue de Courtrai. On constatera la disparition d'une vingtaine de costumes, tous de la taille 48 (!). C'était la troisième fois que ce magasin subissait pareil préjudice. Nouveau cambriolage le dimanche 24 juillet, dans un magasin de l'avenue de Maire spécialisé dans le matériel automobile et pièces détachées pour l'industrie, cette fois le préjudice est important : 2 millions de FB (50.000 Euros).

Mais le fait divers le plus traumatisant de cette année se déroule le mardi 21 juin, à la rue Saint Eleuthère, face au bureau de poste situé à proximité de l'école Saint Michel. Il est 8h30, les 200 écoliers sont à peine en classe, quelques parents discutent encore sur le trottoir, quand un camion "blindé" de transport de fonds de la Poste s'arrête, il est immédiatement entouré par deux ou trois hommes portant vêtements kakis et cagoules noires surgis d'un véhicule en stationnement. Munis d'armes de guerre, ils n'hésitent pas à tirer sur le camion en direction du chauffeur mais aussi sur la partie arrière, les détonations s'entendent à des centaines de mètres à la ronde. De leurs maisons, les témoins appellent les forces de l'ordre qui arrivent toutes sirènes hurlantes. Contrariés dans leurs plans, les malfrats s'enfuient dans une puissante voiture vers Froyennes et l'autoroute située à moins de deux kilomètres, laissant deux facteurs blessés et de nombreux témoins fortement choqués. On apprendra plus tard que cette violente tentative de hold-up avait été réalisée par la tristement célèbre bande Haemers, des gangsters sans scrupules pour qui la vie humaine et la présence d'enfants à proximité n'avaient que peu d'importance face à leur seul but, l'argent. ... Dans le prochain article, nous parlerons "Culture" pour détendre un peu l'atmosphère car jusqu'à présent on peut considérer 1988 comme une année noire !

29 janv.
2009

14:07

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (2)

Si sur le plan social l'année 1988 fut marquée par de nombreuses turbulences, celui de la météo enregistra égalment des périodes difficiles. Dès le 2 janvier, la région est frappée par une violente tempête qui couche les arbres, détruit des toitures et endommage des pylones électriques, la température est exceptionnellement douce et les amateurs de ski et de glisse rongent leur frein, il n'y a pas de neige à l'horizon. La ville de Tournai devra encore faire face, le 22 février, à de nouveaux vents violents qui provoqueront de nombreux dégâts. Le fait le plus spectaculaire sera l'envol d'une partie du toit et l'effondrement d'un pan de mur dans les anciens établissements de l'Union Ferronnière à la rue Saint Piat. Le hangar souvent occupé par des jeunes adeptes de bicross, était heureusement vide au moment des faits. Pas moins de 792 appels arriveront à la centrale de secours des pompiers entre 14h30 et 19h. Le 30 mai, la région subira sa troisième tempête.

Pompiers et policers policiers tournaisiens ne furent pas réduits au chômage au cours de cette année. Le mardi 16 février, vers 4h du matin, un incendie se déclare au couvent des Soeurs Clairisses au quai Taille Pierre. La toiture de ce bâtiment du XIIIe siècle est en grande partie détruite, le préjudice s'élève à 2.500.000 Fb (env. 62.000 Euros). Les religieuses, installées en ce lieu depuis 1837, ne sont heureusement pas touchées par le sinistre, dormant dans une autre aile. Rapidement la police appréhende trois jeunes qui se révèlent être les auteurs de ce geste criminel, chimistes en herbe, ils expérimentaient des produits à retardement ! Un nouvel incendie criminel se produira le dimanche 20 mars, cette fois ce sont les Textiles d'Ere, à la chaussée de Douai, qui sont touchés. Cette entreprise (dont nous avons déjà parlé à l'époque de la reprise) est gérée par les ouvriers depuis 1976 sous forme de coopérative. Elle venait juste de consentir 130 millions (3.222.000 Euros) d'investissements en deux ans. La bonne santé financière de cette entreprise issue de cette autogestion a probablement éveillé certaines jalousies. 280 tonnes de laine, 200 tonnes de matière première et 60 tonnes de produits finis partent en fumée. Avec détermination, quelques jours plus tard, réunis en assemblée, les membres du personnel décide de relever la tête et de relancer l'affaire.

Il y aura encore, durant cette année 1988, de nombreux accidents de la circulation faisant de très nombreuses victimes (parfois plusieurs morts au cours d'une même collision), il y aura aussi, malheureusement, des meurtres ou des tentatives mais, ces faits datant d'une vingtaine d'année, afin de ne pas raviver la peine des familles des victimes et également parce que les auteurs ont payé pour les gestes qu'ils avaient posés, l'Optimiste ne relatera plus dans le détail ces faits divers tragiques ou sordides. ... Dans le prochain article, nous continuerons à feuilleter l'actualité de l'année 1988 dans notre bonne vieille ville de Tournai.

14:07 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, tempete, couvent des clarisses, union ferronniere |

28 janv.
2009

14:12

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (1)

En cette année 1988, la mandature communale, entamée six ans plus tôt, vient à échéance. Le 9 octobre, les Tournaisiens se rendent aux urnes pour élire leurs représentants à la tête de la commune. Trente-neuf sièges sont à pourvoir, le PS (Parti Socialiste) en emporte 18, le PSC (Parti Social Chrétien) 10, le PRL (Parti Réformateur Libéral) 8, Ecolo (les Verts) 2 et le PC (Parti Communiste) un seul. Raoul Van Spitael se succède à lui-même, il entame son troisième mandat depuis 1976 et reconduit l'alliance avec le PRL au grand dam du PSC et de son chef de file, Georges Sénéca.

Ces élections se déroulent au cours d'une année durant laquelle le climat social est plus que morose. Dès les premiers jours de janvier, on apprend que de lourdes menaces pèsent sur l'avenir de la section fonderie des Ateliers Louis Carton. La quinzaine d'hommes occupés dans celle-ci débutent l'année dans l'inquiétude de perdre leur emploi. La direction de l'entreprise se veut néanmoins rassurante se déclarant soucieuse d'éviter les licenciements et souhaitant sauvegarder l'emploi des personnes concernées par la disparition d'une section de l'usine. En février, c'est au tour de l'entreprise de vente par correspondance, "Les Trois Suisses" à Orcq d'annoncer une restructuration concernant 10% du personnel, 84 personnes qui risquent de perdre leur emploi. Si le mois de mars est calme en ce qui concerne les mauvaises nouvelles asur le plan niveau social, avril apporte un nouveau coup dur, la société Dunlop qui a repris les établissements Colmant et Cuvelier, annonce le prochain licenciement de 47 personnes, les effectifs passeront ainsi de 127 à 80 membres du personnel. La société est spécialisée dans la confection de bandes transporteuses pour chantiers miniers. La direction multiplie les contacts afin de ne pas brusquer les choses et c'est finalement au mois de décembre qu'elle annoncera un investissement de 75 millions de francs belges (env. 1,86 million d'Euros) et la perte des 40 emplois. Au sein de l'entreprise, on espère que sacrifice et investissement dégageront l'horizon bien sombre.

Une nouvelle crise sociale se déroule durant le mois de septembre à la société Amil, située sur le zoning de Tournai-Ouest à Orcq. Ce sera la plus dure et la plus dramatique. Les 107 travailleurs (dont 50% de frontaliers français) que compte cette entreprise spécialisée dans la production de jantes en alu de seconde monte, mais qui produisait antérieurement des jantes d'origine (l'affaire ayant périclité suite à la perte de clientèle d'une des plus grands constructeurs français) partent en grève. Depuis la reprise en juin par le groupe italien Ruote O.Z, les conditions de travail se sont rapidement dégradées, les syndicats mettent en avant des problèmes de sécurité, d'hygiène, de de manque de respect envers les travailleurs et une impossibilité de communiquer avec un patron qui vient régulièrement d'Italie sans rencontrer les partenaires sociaux. N'obtenant aucune satisfaction à leurs revendications, les syndicats décident le blocus de l'entreprise le 26 septembre. Indifférente à ces évènements et à leur montée en puissance, la direction d'Amil reste dans sa tour d'ivoire faisant preuve d'arrogance, même vis-à-vis de la presse qui n'obtient que peu ou pas de déclarations de patrons qui semblent vouloir liquider l'affaire au plus vite pour transférer le tout en Italie, but probablement inavoué de leur rachat juste avant les congés.

Signalons encore que de nombreuses petites affaires jusqu'à là rentables (PME, entreprises familiales et même restaurant réputé) sont tombées en faillite durant cette année 1988. C'est dans ce climat social cahotique que, le 26 mai, le roi Bauduin assiste à la séance académique marquant le 75e anniversaire de la Chambre de Commerce et d'Industrie présidée par M. Michel Lemay. De nombreuses personnalités du monde politique et des affaires assistent à cet évènement parmi lesquelles Pierre Mauroy (Secrétaire du PS français et maire de Lille, ancien premier ministre), M. Rousseau, le Préfet du Nord, Arnaud De Cléty, ancien ministre et le patronat tournaisien au grand complet. De beaux discours de la part de professeurs d'université ou de dirigeants d'entreprises se veulent rassurants sur l'avenir économique de notre région. Wait and see... Dans le prochain article, nous consacrerons la rubrique aux faits divers de cette année 1988 à Tournai.

25 janv.
2009

13:38

Tournai : hommage au patois, expressions tournaisiennes (2)

De nombreuses expressions tournaisiennes sont basées sur l'observation du caractère animal. Le premier dont nous ferons la connaissance est le chat, "l'cat" !Les deux plus connues d'entre-elles sont bien entendu : "l'cat i-est dins l'horloge", elle signifie qu'il y a brouille dans le ménage ou encore "mes gins i-s'intintent comme tchein et cat", ils ne savent pas se voir. Mais le chat a été à l'origine de bien d'autres expressions. "Infants d'cats minch'tent volontiers soris" (littéralement, les jeunes de chats mangent volontiers les souris) ce qui signifie que les enfants ont les qualités et les défauts de leurs parents. D'un individu méchant on dira : "i-est méchant comme ein cat bocheux (bossu)", on se réfère ici à l'attitude du chat qui fait le gros dos quand il est en colère, on désignera un homme maigre, presque rachitique par le jugement suivant "i-est maigre comme ein cat écorché". ... Pour un travailleur, il n'a pas meilleur compliment que de de dire de lui : "m"heomme, ch'est ein cat à l'ouvrache", cela veut dire qu'il est courageux. Par contre, si vous entendez chuchoter, alors que vous êtes au plus mal : "ch'est ein osieau pou l'cat" dites-vous que celui qui prononce cette phrase pense que votre fin est proche (i-a pos à dire, i-ormonte l'moral !). La période actuelle est favorable aux gastro-entérites et certains "feont des jeones de cats" (vomissent). Quand dans la rue on croise un homme d'âge (très) mur au bras d'une jeune femme, on déclare "vieux cat, jeone soris". ... Bien moins connue cette expression : "j'comprinds minou sans dire no cat", je comprends l'allusion à mon égard, je comprends ce que vous dites à demi-mot ! D'une personne qui dit du mal de tout le monde jusque dans ses derniers moments (eine mauvaisse gins) on dira : "ch'est comme ein cat à l'agonie, i-fait acore sintir ses gréaux (griffes)". D'un rusé, d'une personne qui peut toujours rétablir la situation à son avantage, on dira ; "i-est comme l'cat, i-orcait (retombe) toudis su ses pattes". d'un politicien en campagne électorale, on dira : "i-vous incinse (encense) avec des brins d'cats", il fait des promesse qu'il ne tiendra pas ! Plus légère cette expression prononcée par un homme lorsqu'il croise une (très) jolie fille en rue : " i-areot des soris ainsin à m'maseon (maison) j'tue l'cat". cela se passe de commentaire et nous fait penser à l'histoire du père cannibale qui voyant une jolie fille dit à son fils, "on la ramène à la maison et on mange ta mère" ! ... ... Passons à un autre animal, l'vaque (la vache); "Eine vaque qui braque (beugle), elle perd eine gueulée" celui qui parle n'agit pas, expression à rapprocher de "t'langue, elle s'ra usée qu'tes bras i-sereont acore tout nués", (ta langue sera usée que tes bras seront encore tout neufs). D'une personne qui colporte des informations dont elle ont entendu vaguement parler, on dit d'elle : "i-a intindu eine vaque braire, mais i-n'sait pos dins queulle étape (étable). Une bonne ménagère tournaisienne évitera toujours qu'on dise de son logis : "dins s'maseon, eine vaque, elle n'ortrouv'reot pos s'vieau", cela signifie qu'il y règne, un désordre indescriptible. D'une personne aux yeux globuleux, on dira "i-a des yeux (ou des is) d'vaque" ! En patois, la bouse de vache se traduit par "flate de vaque", pourtant la flate de vaque désigne la grande ombéllifère à fleurs blanches qui pousse dans des endroits humides et qu'on appelle en français "Berce" ou herbe à vaches tout comme "l'lanque (langue) de vaque" est une plante des lieux humides, herbe haute utilisée jadis en médecine pour ses propriétés astringentes. ... Asteur j'm'in vas "vaquer" à mes occupatieons, l'feos qui vint on parlera du tchien (la fois prochaine, on parlera du chien) li aussi, i-est dins bramint (beaucoup) d'expressieons tournaisiennes. (sources : Glossaire picard tournaisien de Lucien Jardez - Tome VII des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai. 1998)

13:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, picard, patois |

24 janv.
2009

14:01

Tournai : l'année 1987 sous la loupe (4)

Dans le domaine sportif, l'année 1987 ne restera pas marquée dans les annales du football tournaisien. Le Racing de Tournai termine à la 11e place du championnat de Promotion avec seulement trois points d'avance sur le premier descendant tandis que l'Union termine seconde du championnat de 1ère Provinciale avec 37 points, le titre étant enlevé par Marchiennes Sp avec 44 unités, le club de Quaregnon complétant le trio de tête. Durant l'entre-saison le Racing joue de malchance, Marc Chantry se blesse au pied durant les vacances et on doit lui apposer plusieurs points de suture, Philippe Motte, touché lors d'une rencontre de la Coupe des Villes Hennuyères contre l'Excelsior de Mouscron, se retrouve le pied dans le plâtre. Plus grave, Pascal Depret fait une chute de plus de 8 mètres, lors d'un accident de travail sur un chantier du Borinage. Parvenant à se protéger avec les bras, il en ressort avec les deux poignets cassés et un pied plâtré. C'est donc tout l'entre-jeu du club Jaune et Noir qui est indisponible pour le reprise de la saison.

Mais en cette année 1987, le football tournaisien perd un de ses grands serviteurs, Léopold Bourlet décède le 8 mars, à l'Hôpital Civil, à quelques mètres du terrain où le club, dont il avait été le Président jusqu'à l'année précédente, évolue. Cet homme affable avait fait sa carrière dans le monde bancaire, d'abord à la Banque du Tournaisis et ensuite à la Banque de Bruxelles où il avait terminé au grade de Directeur. Homme privilégiant toujours le dialogue, il était toujours parvenu à résoudre, sans heurts, les conflits inhérents à la gestion d'un club. Il était respecté par tous, joueurs, membres du comité et supporters et même par les dirigeants des clubs adverses qui lui rendirent, lors de ses funérailles, un hommage unanime.

Quittons le sport et notons encore deux autres évènements : l'exposition exceptionnelle qui se déroule en la cathédrale de Tournai durant le mois de septembre 1987, celle de plus de trois cents figurines créées par Michel Van Hercke reconstituant, en miniature, la Grande Procession de Tournai. A cette occasion, l'édifice tournaisien avait été entièrement fleuri par le groupement des pépiniéristes de Lesdain et des élèves issus de l'école Saint Grégoire assuraient une animation musicale à l'orgue. Le vendredi 25 septembre, un concert exceptionnel a lieu en l'église Saint Quentin pour l'inauguration des orgues. Ceux-ci, détruits lors des bombardements de 1940, ont été remplacés grâce à l'intervention du Fonds des Dommages de Guerre.

(sources : le Courrier de l'Escaut et notes personnelles)

14:01 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exposition, tournai, union de tournai, racing de tournai |

22 janv.
2009

09:37

Tournai : l'année 1987 sous la loupe (3)

Cette année 1987 sera marquée par deux évènements importants sur le plan culturel. On fêtera le vingtième anniversaire de la Maison de la Culture et Europalia sera consacré à l'Autriche. A la fin du mois d'août, la presse locale annonce l'ouverture de la saison du vingtième anniversaire du centre culturel tournaisien. Malgré les turbulences connues au début de l'année, les gestionnaires sont parvenus à concocter un programme qui devrait ravir les habitués du temple tounaisien de la Culture. Le récital de William Sheller, le 28 septembre et le concert de l'Orchestre National de Lille sous la direction de Zoltan Kocsis ouvriront les festivités, "Don Juan" de Molière par la Comédie de Genève-Bruno Besson, "Le baiser de la femme-araignée" par le Centre dramatique hennuyer, Sygne et Elvire Brison ainsi que "Maître Puntilla et son valet Mattéï" seront à l'affiche du mois d'octobre, le ballet "l'Ensemble" de Micha Van Hoecke proposera "Le nez" d'après des nouvelles de Gogol et la reprise de Doucha, l'Atelier Tsé de Paris présentera "Les jeux de l'Amour et du hasard" de Marivaux et le Théâtre National de Belgique-Jean Claude Drouot "Oublier" de Marie Laberge en novembre.

Dans le cadre d'Europalia, les Tournaisiens pourront applaudir : 180 choristes chantant Vienne le 9 octobre, les petits Chanteurs de Vienne, le 17 octobre, le quatuor Artis (4 musiciens autrichiens) dans des oeuvres de Mozart, Webers et Zenlinsky, le 22 octobre, le Vienne Art Ochestra le 23 octobre et "le Thanztheatre de Vienne (ballets), le 9 novembre. La Maison de la Culture présentera également une exposition consacrée au "Compagnonnage autrichien" du 14 novembre 1987 au 13 janvier 1988. Ces activités couvrent uniquement le dernier trimestre de l'année. Auparavant, les Tournaisiens avaient pu assister à la représentation de "Georges Grandin" de Molière par le Théâtre Varia les 14 et 15 janvier, "Pravda" par le T.N.B le 19 janvier, "Le Médecin malgré lui" autre pièce de Molière par la Comédie de Genève, le 28 janvier, le récital de Léo Ferré, le 11 février, "La vente aux enchères" par le Cirque du Trottoir, le 17 février, un spectacle à mi-chemin entre le cirque traditionnel et la poésie du cirque imaginaire de Vittoria Chaplin où évoluent des jongleurs, prestidigitateurs et personnages pittoresques parmi lesquels on pouvait reconnaître, le tournaisien Claude Dochy, animateur-comédien. Ils furent nombreux également au récital de Maurane le 25 mars, à la représentation de "Peau d'Ane" par le Théâtre du Nombre d'Or et au récital, le 12 mai, des Petits Chanteurs à la Croix de Bois en l'église Saint-Paul.

En mai également, le cycle de conférences "Tournai, au Fil du Temps" accueille, en la salle des Colibris à Kain, pour sa première soirée, Pierre Mory venu entretenir son auditoire sur "Les saints guérisseurs du Tournaisis" et la semaine suivante Serge le Bailly de Tilleghem qui présente "Roméo Dumoulin, peintre tournaisien trop peu connu". En août, le cirque Mullens dresse son chapiteau sur la Plaine des Manoeuvres et présente "Le Cirque d'Etat chinois de Cangzhou" une succession de numéros raffinés ou époustouflants, l'expression même des traditions séculaires de l'art chinois. Heureux spectateurs de la cité des cinq clochers qui n'avaient que l'embarras du choix pour des spectacles de qualité. ... Dan sle prochaina rticle, nous terminerons la rétrospective de l'année 1987, nous parlerons du sport qui ne fut pas à la fête et d'autres informations...

09:37 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, maison de la culture, europalia |

20 janv.
2009

09:36

Tournai : l'année 1987 sous la loupe (2)

Le monde socio-économique tournaisien continue à faire face à la crise. L'année 1987 sera difficile pour la Maison de la Culture de Tournai qui prépare son vingtième anniversaire. Citée en exemple dans le monde culturel, visitée par des délégations du Canada, d'U.R.S.S., des pays de l'Est, de France..., elle voit soudainement son avenir menacé par les nouvelles dispositions gouvernementales. A la fin 1986, le centre culturel tournaisien employait 10 permanents et un mi-temps, 9 cadres spéciaux temporaires (CST), 3 membres du personnel issus du troisième circuit de travail (TCT) et un objecteur de conscience. Les décisions du conseil des Ministres, prisent à Val-Duchesse, risquent de créer des coupes sombres dans cet effectif de 23,5 gestionnaires et animateurs. Elles vont envoyer à la trappe les 9 CST et la fonction occupée par l'objecteur de conscience sera tout simplement supprimée au terme de la période correspondant au service militaire.

Avenir sombre pour le temple tournaisien de la Culture, plus serein par contre pour la société "La Lactilithe", déclarée en faillite à la fin de 1986 mais qui pourrait être reprise par Plasticam, une petite société d'Overijse. Il faut dire que la société de Kain produisait les "sacs-poubelles" pour la Ville de Tournai et occupait 19 ouvriers et employés, elle avait compté jusqu'à 35 membres du personnel. Au mois de septembre, de nouvelles menaces sur l'emploi naissent, une nouvelle restructuration touche les Ateliers Louis Carton, entreprise spécialisée dans la construction de matériel destiné aux industries lourdes (chimie, cimenterie, sidérurgie). Filiale du puissant groupe allemand Krüpp, l'usine occupait environ 400 travailleurs. Elle se voit dans l'obligation de réduire ses coûts d'exploitation de cent millions de FB (2,5 millions d'Euros). C'est la seconde restructuration connue par l'entreprise en moins de trois ans, elle avait déjà perdu 200 travailleurs, cette fois on parle de 49 emplois menacés.

En cette année 1987, le moral des travailleurs tournaisiens est au plus bas, en opposition le nombre de sans emplois alimenté par les travailleurs mis au chômage se maintient à un niveau élevé. Pour terminer sur une note différente l'actualité de cette année 1987, parlons de cet évènement qui eut lieu le 25 novembre à la clinique Notre-Dame de Tournai. A 13h59 exactement est né Jérémy, un garçon de 3 kilos. Dans une maternité, on enregistre plusieurs naissances chaque jour, celle-ci a retenu l'attention car il s'agit de ce qu'on appelait alors le premier "bébé-éprouvette" né à Tournai. Depuis lors, on parle de "fécondation in-vitro", terme plus élégant. Dans le prochain article consacré à cette année 1987, nous ferons notre habituel petit tour dans l'actualité culturelle...

19 janv.
2009

13:38

Tournai : l'année 1987 sous la loupe (1)

Comme les années précédentes, l'année 1987 est, malheureusement encore, riche en "faits divers". Celui qui retient plus particulièrement notre attention se déroule le dimanche 27 septembre, au cours d'une matinée dominicale comme les autres pour les habitants de Saint-Piat. Soudain, une explosion secoue le quartier, bruit sourd pour certains, grondements ou déflagrations pour d'autres, ces témoins auditifs ne savent pas encore qu'une maison située au bas de la rue Albert Asou vient d'être soufflée par le gaz. Rapidement sur place, les services de secours vont évacuer de nombreux blessés, les plus sérieusement atteints étant les occupants de l'immeuble détruit par l'explosion, portes et fenêtres pulvérisées, pignon totalement éventré. Les dégats au voisinage vont se chiffrer en millions de francs belges, chassis arrachés, cheminées détruites, tuiles jonchant le sol, des dizaines de vitres brisées dans toute la rue Albert Asou et dans les rues adjacentes, voitures démolies par les projections d'objets divers. Le quartier semble avoir été victime d'un bombardement. Heureusement, l'explosion n'a pas été suivie d'un incendie. Les compagnies d'assurances devront expertiser plus d'une quarantaine de maisons. L'origine du sinistre se situe dans le garage à la suite d'une fuite dans une bonbonne de gaz.

Toute cette année a été marquée par de nombreux autres faits. Tout d'abord le désormais traditionnel cambriolage des premiers jours de janvier, le jeudi 8 exactement. Durant la nuit, à l'aide d'une échelle, des malfrats gagnent les toits du complexe commercial des Bastions et, dévissant une coupole, s'introduisent dans un magasin où ils dérobent magnétoscopes, téléviseurs, lecteurs CD causant au propriétaire de la cellule visitée, un préjudice de 500.000 Fb ( 12.500 Euros environ). Une série de vols sera également commise à Tournai et dans les villages voisins dans le courant du mois de mai. Après quelques jours, la police mettra la main sur les deux individus, peu scrupuleux, qui profitaient de la nuit pour s'introduire dans de nombreuses propriétés. A leur actif, on dénombrera un vol commis dans une friterie, dans une librairie, une école, des dégradations, des vol et tentatives de vol de voitures, la disparition d'un porte-feuille et même le vol d'onze lapins dans un clapier ! Les deux hommes avouèrent que c'est uniquement l'appât du gain qui les poussait à commettre ces exactions, une grande partie du butin sera retrouvée. Le jeudi 24 septembre, un bureau de change situé à la rue des Orfèvres sera également victime d'un hold-up. Un individu, le visage dissimulé, y pénètre vers 9h45 et braque la dame présente à ce moment, il se fait ouvrir les tiroirs et emportent des billets, des chèques et des titres, un butin estimé à 1 million de francs (25.000 euros).

La route aussi est meurtrière en cette année 1987 et une voirie devient tristement célèbre, la chaussée de Douai. Le dimanche 1er février, une collision frontale fait deux morts en face du dancing la Pergola à Willemeau où presque chaque week-end la gendarmerie est amenée à constater des accidents plus ou moins graves, un nouvel accident mortel y est enregistré le 13 juin vers 22h15, détail navrant, durant l'attente de l'arrivée des services de secours, la voiture de la victime sera dévalisée, on volera son sac à main, des blousons. Une autre collision en octobre, fera trois morts et trois blessés graves à hauteur du carrefour Descamp à Froidmont, en février également, la chaussée de Bruxelles à Gaurain avait été le théâtre d'une collision faisant un mort et trois blessés graves. Il nous reste à vous narrer l'aventure d'un automobiliste tournaisien qui, circulant avec des amis le dimanche 1er mai vers 2h30, voit un camion de la teinturerie des Sept Fontaine, aux boulevard Walter de Marvis, filer à vive allure sur les boulevards de Tournai. Vu l'heure, il comprend que ce véhicule DAF 2300 a probablement été dérobé sans savoir qu'il contient quinze tonnes de vêtements à livrer dans des collectivités ou chez des industriels. Il va poursuivre le camion dans la traversée de Kain et sur les pentes du Mont Saint-Aubert où le voleur fait un mauvais choix en tentant de gagner le sommet du mont. Le moteur cale et le voleur s'enfuit à pied. Prévenue la gendarmerie aura tôt fait d'appréhender un mineur d'âge qui s'était rendu coupable d'un vol de voiture dans sa fuite. Que comptait-il faire avec ce camion d'une valeur de 2 millions de francs belges (50.000 Euros) ? Dans le prochain article, nous continuerons à explorer l'actualité de cette année 1987....

13:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, fait divers |

18 janv.
2009

11:01

Tournai : expressions tournaisiennes.

Durant le printemps 2008, un film a fait succès à Tournai comme partout ailleurs, "Bienvenue chez les Ch'tis" y a été projeté pendant près de quatre mois au complexe Imagix. Avec 20 millions d'entrées en France et plus d'un million en Belgique, le film de Dany Boon a détrôné "La grande vadrouille", en tête du hit-parade des succès cinématographiques depuis 1965. Présenté dans plusieurs salles en même temps, il affichait toujours complet.

Plus encore que d'autres villes wallonnes, Tournai a fait la fête à ce film pour deux raisons : le fait que Dany Boon avait été étudiant à l'institut Saint-Luc de Ramegnies-Chin et avait, avec ses copains, hanté les nuits estudiantines tournaisiennes où il s'était fait de nombreux amis, mais aussi parce que le patois tournaisien est un patois picard, très proche de celui parlé dans le Nord de la France. Pour mieux comprendre le patois tournaisien, l'Optimiste s'est référé à deux ouvrages publiés par un orfèvre en la matière, Mr. Lucien Jardez qui fut Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et conservateur de la "Maison Tournaisienne", le musée de folklore. .

A travers le "Glossaire Picard Tournaisien", paru en 1998 dans la série des "Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" où il reçut l'aide de Mme Nicole Demaret, actuelle conservatrice, et de "Tournai, Tournaisis" paru en 1989 chez l'éditeur Paul Legrain dans la collection "Mémoire de Wallonie", il nous est donné d'appréhender ce patois qui fut, à tort, décrié à une certaine époque. Savez-vous qu'il fut banni des écoles et des conversations familliales considéré comme vulgaire parce qu'il était la langue du peuple. Il est anormal de renier le parlé de ses ancêtres, après tout, notre belle langue française hissée sur le pavois par les précieux n'est-elle pas finalement que le patois de l'Ile de France qui s'est imposé aux autres de par la présence de la Cour du Roi en ce lieu même si elle a évolué par la suite ?

Tournaisien qui aime retrouver ses racines ou étranger à la région qui souhaite les découvrir, vous trouverez régulièrement, au sein de cette série, des expressions typiquement locales et des mots qu'on ne trouve nulle part ailleurs d'où se dégagent des saveurs qui fleurent bon la caractère tournaisien. Le Tournaisien, disait Lucien Jardez, procède par métaphores, allégories et antithèses. Aphorismes, maximes et proverbes abondent dans sa conversation. Sagesse innée, teintée d'ironie parfois mais jamais d'impertinence. Langage imagé, jamais cru, mais traduisant avec justesse, la volonté de son auteur aurait-il pu ajouter.

En guise de mise en bouche, l'Optimiste vous offre une expression que n'aurait pas renié Coluche : "L'bonheur i-est fait pou l'z'hureux et l'malette pou les brimbeux" (Bonheur aux riches et malheur aux pauvres). Dans cette expression, "l'malette" désigne le sac de toile des mendiants (les brimbeux). Un conseil destiné plus particulièrement aux retraités où à ceux qui le deviendront bientôt : "Cul dins l'fauteul, pied dins l'cerqueul", tous les médecins vous le diront, les personnes âgées doivent conserver une certaine activité. La sédentarité est mauvaise pour la santé. Si t'es à l'retraite, reste pos tout l'journée sur Internet, te vas attraper des meots d'tiète et eine mauvaise circulatieon dins tes gambettes ! Une dernière expression qui va ravir les "machos" : "I n'a pos d'si p'tit queo qui n'est maîte de s'poulette" (Le mari doit savoir imposer sa volonté), le mot queo désigne le coq. La-d'ssus, j'vas vous quitter, mes gins, j'risque d'avoir l'M.LF. su l'deos...

(S.T. janvier 2009)

11:01 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, picard, patois, lucien jardez |