29 juin
2008

13:18

Tournai : l'année 1965 sous la loupe (3)

D'autres festivités, concerts, spectacles furent au programme de cette année 1965 à Tournai. La "Fête de la Bière" organisée le mardi 7 septembre connut un succès populaire. Orchestres Oberbayern, fanfare 1900, animations diverses, tous les cafetiers de la ville fêtèrent Gambrinus et le jus du houblon fut dégusté, à prix réduit, jusqu'à bien tard dans la nuit !

Plus culturel fut le concert du 19 septembre en la cathédrale. Les Chanteurs de Saint Eustache de Paris reviennent interpreter la "Messe en si" de Jean Sébastien Bach. Plus de 1.200 personnes assistent à cet évènement et le 11 octobre, les mélomanes se retrouvent à nouveau, cette fois, avec le violoniste belge Arthur Grumiaux qui est la vedette du Festival musical international du Hainaut, accompagné par le pianiste Eugène Traey.

De nombreux évènements sportifs vont jalonner cette année 1965. Le dimanche 14 mars est une date qui marquera dans les annales du club Unioniste. Evoluant en Promotion, depuis le début de la saison, les Rouge et Vert talonnent les étoilés du White Star Lauwe. La rencontre qui se déroule au stade Horlait est décisive pour l'attribution du titre de champion et la montée en Division 3 nationale. L'Union doit absolument l'emporter, tout autre résultat sera nettement favorable aux joueurs flandriens qui précèdent les tournaisiens de 4 points, alors qu'il ne reste que quatre rencontres à disputer. Si le match se termine sur un score nul (1-1), il y aura quand même un vainqueur, le trésorier de l'Union qui enregistre 9.747 entrées payantes, soit en comptant les abonnés et invités, plus de 10.500 personnes qui envahirent les tribunes et gradins. Le 11 avril, un mois plus tard, 1.500 spectateurs se sont, à nouveau, donné rendez-vous au stade Horlait pour assister au derby amical entre l'Union et le Racing. Les Rouge et Vert qui évoluent en Promotion battent les Rats (hôtes de la division 3) sur le score de 4-2. Le 2 mai, le championnat se clôture sur la victoire du White Star Lauwe qui, avec un actif de 52 points (sur les 60 mis en jeu) devance l'Union de 4 points, le CS Ypres de 16 points, le W.S. Ypres et le V.K. Ninove de 19 points.

Le mercredi 23 juin, lors de la seconde étape menant les coureurs de Liège à Roubaix, le Tour de France traverse la ville quelques heures après le passage du Tour de l'Avenir réservé aux amateurs. Différentes animations sont organisées pour fêter le passage des géants de la route, concerts sur la Grand' Place et à la place Crombez, bal populaire et feu d'artifice à l'avenue Van Cutsem. Il se murmure alors que Tournai pourrait bientôt accueillir l'arrivée d'une étape de Tour ! Le 1er décembre, les amateurs de football tournaisiens sont conviés à un match de gala entre une sélection tournaisienne et l'US Valencienne. Tournai aligne Liénard, Rouneau, Duthoit, Pratte, Fiévez, Pompeu, Crombez, Mangain, Vigin, Da Silva, et Fontaine, tandis qu'à V.A. évoluent, entre autres, Magina, Mayet, Provelli, Makowski, Masnaghetti, Guillon, Vano, Metzki. Joseph Bonnel, international français, a fait l'impasse sur la rencontre qui se termine le score de 2-2. Un peu plus de 2.000 personnes avaient, à nouveau, rejoint le stade de la rue des Sports, assistance honorable vu que certains préférèrent rester à la maison face au téléviseur pour regarder la diffusion de la rencontre de coupe d'Europe opposant Liverpool au Standard de Liège (3-1). Que ce soit au niveau culturel, des festivités ou du sport, l'année 1965 avait fait se déplacer les foules à Tournai !

(sources : presse locale notamment le Courrier de l'Escaut et notes personnelles puique j'avais été témoin de la rencontre entre l'Union et Lauwe)

26 juin
2008

08:50

Tournai : l'année 1965 sous la loupe (2)

D'autres évènements marquèrent cette année 1965 à Tournai. Un mouvement social éclate durant le mois de février, les planteurs de betteraves sont en colère et le font savoir. En ce jour de février, après une réunion houleuse à Antoing, ils décident de bloquer les accès à la cité des cinq clochers, envahissent les boulevards de ceinture et disposent leurs tracteurs afin de barrer la totalité des carrefours ne laissant plus passer que les ambulances. De calme qu'il était au début, le mouvement évolue rapidement vers une grande nervosité. Les premiers incidents éclatent lorsque le pilote d'une jeep fait part de son ras-le-bol d'être empêché de circuler, son véhicule est proprement retourné par une dizaine de planteurs. Ce sera ensuite un camion transportant des biscottes que les manifestants voudront vider de son contenu, les pneus des véhicules de gendarmerie seront dégonflés et un chauffeur de camion voulant forcer le barrage entrera en collision avec un tracteur. Après quelques heures, les tracteurs regagnèrent les campagnes.

Fait beaucoup plus dramatique, le 12 août, sur la chaussé de Bruxelles, un travailleur de la C.C.B., ex-boxeur très connu à Tournai, y trouve la mort. Des collègues, témoins de la scène, donnent leur version. Dérapant sur des gravillons avec son cyclomoteur, il fut percuté par une voiture de passage. Le lendemain, la presse titre que la vérité est tout autre. Après avoir consommé quelques verres dans un café, les trois amis reprirent la route vers Tournai, deux en velomoteurs et le troisième en voiture. Lors d'une maoeuvre de dépassement, le cyclomoteur de la victime heurta celui du collège, ce qui provoqua la chute, le collègue, au volant de sa voiture, roula alors sur le corps étendu sur la chaussée. Ayant bu quelques verres, voulant éviter les ennuis, il fut décidé de maquiller l'accident afin de faire endosser la responsabilité à l'automobiliste de passage. Les deux hommes furent privés de liberté.

L'actualité n'est heureusement pas toujours aussi dramatique. Ainsi le dimanche 24 janvier, un orchestre qui "monte" dans la région, "Rock Crosy", participe sur les antennes de la télévision belge à l'émission Studio 5. Outre Roger Croiseau, leader et guitare basse qui, rappelons-le, avait participé, très jeune, à un marathon d'accordéon quelques années auparavant, la formation était composée de José Martin (guitare solo), Marcel Guérin (guitare rythmique), Roger Liégeois (saxo-ténor) et Michel Croiseau (batteur). Durant le mois de février, les amateurs d'expositions sont ravis, le Cercle Artistique présente les oeuvres de Marie Howet, artiste belge, née à Libramont qui obtint le Grand Prix de Rome et exposa à Bruxelles, Londres, Buenos Aires.

Le 1er mars, la Halle-aux-Draps accueille les artistes du "Vaudeville" de Bruxelles venus présenter la "Revue 1965" de Victor Guyot et J. Bastin. Le lundi 8 mars, un maître es-conférences est de passage à Tournai, Frédéric Pottecher, alors chroniqueur judiciaire à l'O.R.T.F, vient entretenir son auditoire sur le "Procès de Dallas" qu'il a suivi de bout en bout pour la télévision française. Procès qui ne fit jamais la lumière sur l'assassinat de J.F. Kennedy en novembre 1963. Durant la première quinzaine de mars, le Grand Bazar organise sa deuxième "Foire aux Livres". Mme Maud-Frère, auteur du journal de "Véronique", Francois Craenhals, Peyo, Roba, Attanasio, Gilbert Delahaye et Marcel Marlier y sont présents pour dédicacer leurs oeuvres. Le 1er avril, une grande dame du théâtre et du cinéma est présente sur les planches de la Halle-aux-Draps, Mme Françoise Rosay interprète le rôle de la princesse Eugénie dans "Olympia"... Dans un prochain article, nous terminerons la rétrospective de cette année 1965 à Tournai...

08:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rock crosy, frederic pottecher, francoise rosay |

25 juin
2008

10:03

Tournai : l'année 1965 sous la loupe (1)

Sur le plan international, cette année 1965 est marquée par la conquête de l'espace. Premier exploit, le 18 mars, lorsque le cosmonaute russe Leonov devient le premier "piéton" de l'espace, il évolue une vingtaine de minutes en dehors de sa capsule. Dans cette course que se livrent soviétiques et américains, il est imité par Edward White, le 3 juin, lui aussi sort une vingtaine de minutes de sa capsule Gémini, enfin, le 15 décembre, c'est le premier rendez-vous spatial entre les deux vaisseaux Gémini 7 et Gémini 6. A cette occasion, les astronautes américains vont battre le record de durée dans l'espace. Dans le petit village de Loconville, en France, un mariage attire la toute grande foule et on frôle presque l'émeute, Johnny (Halliday) s'unit à Sylvie (Vartan).

En Belgique, le principe de la révision de la Constitution est adopté par la Chambre, le 6 avril, deux jours plus tard, le Sénat fait de même. Les élections ont lieu le 23 mai, la constitution du gouvernement n'interviendra que le 27 juillet, après 65 jours de crise, il est dirigé par Pierre Harmel. Le 17 septembre, un jeune chanteur originaire du Borinage qui a fait une partie de ses études à Tournai, l'italo-belge Salvatore Adamo apparaît pour la première fois sur la scène de l'Olympia à Paris. Il reçoit une très longue ovation, c'est le début de la célébrité. 

L'année 1965 est caractérisée par la publication de nombreux projets pour la ville de Tournai. Le vendredi 15 janvier, le nouveau conseil communal, issu des élections d'octobre 1964, est installé. Louis Casterman se succède à lui-même en qualité de bourgmestre. Au début du mois de février, la décision ayant été prise pour des raisons de sécurité, on procède à la démolition du Lycée Royal situé à la rue du Becquerelle. Depuis 25 ans, la façade en pierres bleues de France, extrêmement solide, contribuait à masquer les ruines de cette école bombardée en 1940. Le terrain vague ainsi créé restera en cet état jusqu'à la construction du nouveau commissariat de la Police Fédérale en 2001. Le 22 février, la presse dévoile les plans de la future liaison autoroutière qui va relier Lille (F) à Aix-la-Chapelle (All) en passant à proximité des grandes villes que sont Tournai, Mons, Charleroi, Namur, Huy et Liège. Dénommée "Autoroute de Wallonie", celle-ci contournera la cité aux cinq clochers par le Nord. A cet endroit est prévu un véritable noeud de communications puisque par la suite devraient venir s'y greffer une liaison vers Bruges et la Flandre et une autre vers la capitale. Avec le voie fluviale, l'autoroute doit permettre un développement économique non seulement de Tournai mais aussi du Hainaut Occidental. Il est regrettable que le troisième maillon, le transport ferroviaire, soit resté le parent pauvre. La liaison Bruxelles-Tournai-Lille ou Mouscron n'a jamais eu les faveurs des responsables de la SNCB et ce ne sont pas les nombreux navetteurs qui se rendent chaque jour à Bruxelles qui le démentiront.

Même pour la mise en chantier de cet important axe routier, les responsables locaux ont été obligés d'entamer le combat. En octobre 1965, on apprend que le contournement de Tournai ne semble plus prioritaire, le projet aurait du plomb dans l'aile, d'autres régions semblent avoir plus de poids dans les négociations. Le Conseil communal, à l'unanimité, adresse une motion réclamant le respect intégral du projet présenté quelques mois auparavant. Un mois plus tard, en novembre, c'est une délégation de la Sideho qui se rend au cabinet du Premier Ministre, Pierre Harmel. Le Président de l'Intercommunale de Développement Economique du Hainaut Occidental, Mr. Robert Henaut est accompagné de Mrs. Castel, Hochepied, Hachez, Plaquet, Duquesne de la Vinelle et Gadenne. Ces responsables soucieux de défendre leur région rencontrent également les ministres Leburton, Wigny, Pirson et Servais.

Le 10 mars 1965 un nouveau projet est dévoilé, la création de 300 logements financés par la Société Nationale du Logement sur les terrains situés entre l'Escaut et la rue de la Galterie Saint Jean. Une opération de revitalisation urbaine bien nécessaire pour le quai du Luchet d'Antoing où les travaux d'élargissement de l'Escaut se terminent. Un autre projet faisant état de la construction de plusieurs centaines de logements sur la Plaine des Manoeuvres fait "long feu". Dans le quartier du Vert Bocage, on adjoint un centre à la nouvelle église Saint Paul en construction. Il prendra, au début, le nom de "Maison des Jeunes, les Clés". Durant toute l'année, de nombreuses voiries tournaisiennes vont être améliorées. On rénove l'Avenue Delmée afin qu'elle soit digne de mener à la nouvelle maternité Notre-Dame qui fête sa première année d'existence. On fait disparaître les infames pavés qui garnissaient la rue Morel et le chaussée de Douai. ... La rétrospective de l'année 1965 est loin d'être teminée, il nous reste à examiner les évènements sportifs, culturels et quelques faits divers qui marquèrent cette année 1965 à Tournai.

10:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, luchet d antoing, autoroute de wallonie, sideho |

22 juin
2008

09:03

Tournai : l'année 1964 sous la loupe (4)

Nous terminons l'évocation de l'année 1964 par un panel d'informations qui marquèrent également cette année à Tournai. Nouvelle surprenante tout d'abord. Des ingénieurs tournaisiens de la firme M.A.M. située à la carrière Hautem présentent un dispositif de secours qu'ils ont mis au point. Il s'agit d'un tapis de caoutchouc profilé qui, sur simple commande depuis la cabine d'un camion, se déroule sur un axe et se projette entre le sol et les roues arrières, les bloquant immédiatement. Ce système ingénieux devait permettre aux chauffeurs de poids lourds de ne plus craindre la rupture de freins presque toujours à l'origine d'accidents graves sur nos routes. La firme espère produire et commercialiser le système dans le courant de l'année suivante. Parue fin mars, cette information aurait pu être un poisson d'avril !

Nouvelle désagréable pour les malades. Durant ce premier trimestre, il n'est pas aisé pour les habitants de Tournai comme pour ceux d'autres villes de consulter un docteur en médecine. Les rares médecins de garde sont débordés depuis que le monde médical est parti en grève contre les propositions de loi du gouvernement de Mrs Théo Lefevre et Edmond Leburton. Le bras de fer est engagé, le gouvernement mobilise les médecins militaires, désormais les patients seront soignés par des hommes en uniforme. Ce conflit durera plusieurs semaines.

On découvre de très nombreuses informations sportives. L'Union de Tournai réalise un exploit au Tour final du championnat de Belgique des juniors. Les espoirs Rouge et Vert tiennent en échec leurs homologues du Sporting Club d'Anderlecht qui ne s'imposeront qu'aux tirs au but. L'équipe était composée de Jean Jacques Descamps, Lefebvre, Delneste, André Marissal, Francis Hernoë, Jacques Thulier, Platteau, Jacques de Prekel, Walter Procureur, Jean Jacques Guelton et du rapide avant Francis Fontaine, des jeunes qu'on retrouvera rapidement en équipe première. Voici une preuve qu'avec beaucoup de volonté et un peu d'intelligence, on pouvait former de très bons jeunes joueurs tournaisiens et détenir ainsi un trésor sans devoir délier les cordons de la bourse pour engager des mercenaires, ce n'est plus le cas maintenant !

Au Racing, pour l'ensemble de sa carrière, comme joueur, conseiller des jeunes, entraîneur, Jean Dedonder, lui aussi natif de la cité des cinq clochers, reçoit le Mérite Sportif tournaisien. Le dimanche 7 juin, le club cycliste de la Pédale Saint Martin organise le Championnat de Belgique pour Indépendants, catégorie depuis disparue qui correspondait aux actuels "élites sans contrat". C'est le coureur liégeois Albert Lacroix qui s'impose tandis qu'Emile Bodart endosse la vareuse de champion du Hainaut.

Fait divers marquant. Le 5 août 1964, à l'agence de la Banque de Bruxelles de Celles, l'employée Melle Marie Louise Vêche se prépare, vers 12h,à  fermer le bureau lorsque deux individus, le visage dissimulé par une cagoule, font irruption dans le local et menace la caissière et sa mère agée. Surmontant le stress provoqué par cette agression et malgré les menaces des gangsters, l'employée va prévenir la gendarmerie dès leur départ. Venant de Tournai, par le Mont Saint Aubert, deux gendarmes remarquent, à hauteur du Pont Rouge, un véhicule Simca 1000 correspondant au signalement à proximité d'une Mercedes occupée par deux femmes. Contrôlées, les quatre personnes se rendent sans résistance, le butin est retrouvé dans un sac. L'enquête révèlera qu'il s'agit de deux "ex-affreux", terme par lequel on désignait les mercenaires engagés dans l'armée du Katanga et que ceux-ci avait participé, en avril, au hold-up de Silly et, en mars, à celui de Saint Servais. Un nouveau coup de filet pour une police tournaisienne qui vole alors d'exploits en exploits.

Nouvelle météorologique pour conclure. L'année 1964 se termine dans le froid et la neige. Cette vague de froid a fait son apparition durant la dernière semaine de décembre. les importantes chutes de neige coupèrent le village de Templeuve de toutes communications avec Roubaix et Tournai. Les bulldozers de l'armée entrèrent en action pour rétablir la circulation sur la chaussée de Lille à Orcq et le train assurant la liaison entre Bruxelles et Tournai se trouva bloqué par des congères !

(sources : presse locale et notes personnelles)

09:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, union de tournai, faits divers, jean dedonder |

21 juin
2008

08:39

Tournai : l'année 1964 sous la loupe (3)

L'année 1964 a offert de nombreuses occasions de sorties et de distractions aux tournaisiens, nous l'avons vu dans le domaine des concerts classiques ou dans celui des variétés. Le 5 mars est interprété en la Halle-aux-Draps, "L'opéra de quat'sous" de Bertholt Brecht et Kurt Wall. Dans le rôle principal, on découvre René Louis Lafforgue, auteur du succès "Julie la Rousse", un superbe spectacle monté par le Théâtre National de Belgique.

Les Amis de Tournai dont le but est d'animer la cité de Clovis sont aussi soucieux d'offrir un spectacle digne d'elle lors de la "Journée des Quatre cortèges" du 14 juin. Ils avaient déjà mis sur pied précédemment une soirée de danses folkloriques et de concerts sur la place Crombez. Cette fois, ils inaugurent une parade de musiques militaires, le dimanche à 11h sur la Grand'Place. La Musique de la Force Navale Belge rivalise en exécution avec celle de l'Artillerie Royale Néerlandaise "Trompettenkorps der Artillerie" tandis que deux sociétés civiles complètent le show, l'harmonie de Saint Pol sur Mer (France) et les "Trommelaers" de Roosendal (Hollande). A midi, les Chevaliers de la Tour tiennent leur dixième concile, ils regroupent les personnalités qui peuvent promouvoir l'image de Tournai à travers le pays ou à l'étranger. L'après-midi les cortèges publicitaires, des groupes folkloriques ou carnavalesques venus de Belgique, de France, de Hollande, les chars, les fanfares et harmonies défilent dans la cité à partir de 16h et... la parade finale se termine sur la Grand'Place aux environs de 21h. Beaucoup trop tard disaient alors certains en cette période d'examens scolaires !

Les amateurs de cirque sont également comblés. Depuis la fin de la guerre tous les grands chapiteaux européens inscrivent la ville dans leur tournée annuelle. Après Médrano, Pinder, Bouglione, le Grand Cirque de France, Toni Boltini, cette fois c'est le cirque "Althoff" qui présente son spectacle, d'une durée exceptionnelle de trois heures, sur la Plaine des Manoeuvres du 3 au 5 juillet. Sujet plus grave, la conférence donnée en juin par le professeur Murakani, rescapé de Nagasaki et pélerin de la paix. Celui-ci évoque en la Halle-aux-Draps la tragédie nucléaire. Le monde est encore alors en pleine "guerre froide" et, régulièrement, on est informé d'essais de bombes atomiques de plus en plus puissantes. On nous présente celles-ci comme des engins...de paix car elles contribuent, dit-on, à l'équilibre de la terreur ! Tragédie aussi que cet assassinat de trois missionnaires belges à Kibembe (dans l'ex-Congo belge) par des rebelles. Parmi ceux-ci le Père Pierre Laebens, un tournaisien parti quelques temps auparavant à la rencontre de son destin. Dans le prochain article, nous clôturerons ce chapitre consacré à l'année 1964 à Tournai par la relation de faits divers et d'informations sportives...

19 juin
2008

13:52

Tournai : l'année 1964 sous la loupe (2)

Le choix de distractions qui est offert aux tournaisiens caractérise cette année 1964. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Les amateurs de concerts classiques vont applaudir, le 30 janvier, deux artistes québecquois, les pianistes duettistes Renée Mousset et Victor Bouchard qui sont les invités, en la Halle-aux-Draps, des Jeunesses Musicales. Le dimanche 20 septembre, la cathédrale accueille, dans le cadre du Festival musical international du Hainaut, les "chanteurs de Saint Eustache" dirigés par le R.P. Martin. Ces choristes attachés à l'église parisienne sont en tournée, ils ont déjà visité Namur, Royan et Athènes. Le 24 novembre, c'est Jean Claude Vanden Eynden, finaliste du Concours Reine Elisabeth de piano où il obtint un troisième prix, qui vient donner un récital au profit de la pouponnière de Froyennes.

Les amateurs de littérature sont également comblés, le Grand Bazar qui organise déjà pour les clientes des défilés de mode au printemps et en automne, met sur pied une "Foire aux livres" qui se tient du 1 au 15 février. Chaque jour un auteur y est présent, dédicaçant son oeuvre. On peut ainsi rencontrer Henri Vernes (Bob Morane), Dino Attanasio (signor Spaghetti), Raymond Oliver (le grand chef culinaire de la RTF), Maurice Carême (un des plus grands poètes belges), Tibet (dessinateur au journal Tintin), Franquin (du journal Spirou) et les tournaisiens, Gilbert Delahaye et Marcel Marlier (créateurs de Martine).

Les amateurs de variétés sont gâtés. Le 26 février, Jacques Brel effectue une troisième visite dans la ville aux cinq clochers, il se produit sur la scène du cinéma des Variétés au profit de l'Institut d'Enseignement Spécial pour enfants handicapés. Du 30 avril au 3 mai, le pourtant très petit village de Warchin, aux portes de Tournai, organise son "Festival du Printemps". A l'affiche, Salvatore Adamo, les Surfs, Robert Cogoi, Nino de Murcia, Stéphane Steeman. Le spectacle est présenté par Jean Claude, l'un des animateurs vedettes de la radio belge, fondateur, quelques années auparavant, de l'Opération 48.81.00 venant en aide aux personnes handicapées (qui deviendra par la suite Cap48). Les intermèdes musicaux sont assurés par l'orchestre Lou Garou. Le prix d'entrée à ce festival nous laisse rêveur : 40 Fb (moins d'un Euro) ! Le vendredi 9 octobre, la scène du cinéma des Variétés accueille, cette fois, Hughes Aufray et son skiffle group et Sylvie Vartan accompagnée par l'orchestre dirigé par son frère Eddie. Le lendemain matin, sur le marché de Tournai, les badauds sont surpris de croiser la jeune chanteuse, future Madame Halliday, effectuant ses emplettes comme toutes les ménagères tournaisiennes. Beaucoup d'autres évènements sont encore à noter, nous aurons l'occasion de vous en parler dans un prochain article consacré à l'année 1964 à Tournai...

18 juin
2008

10:10

Tournai : l'année 1964 sous la loupe (1)

L'année 1964 est beaucoup plus calme que la précédente sur le plan international, le 14 octobre voit la dispartition de la scène politique du petit bonhomme rondouillard qui présidait aux destinnées de l'URSS, Nikita Krouchtchev est destitué et remplacé par Léonid Brejnev, nommé premier secrétaire du parti communiste et Alexeï Kossiguine qui devient le chef du gouvernement. En France, le coureur Jacques Anquetil signe sa quatrième victoire au Tour de France tandis que le hollandais Jan Janssen revêt le maillot arc-en-ciel sur le circuit de Sallanches, le 6 septembre. En Octobre, Tokyo accueille les Jeux de la XVe olympiade.

Sur le plan national, la nouvelle proposition de loi sur l'assurance maladie invalidité n'est pas admise par les médecins qui partent en grève le1 avril. La réaction du Ministre de la santé est brutale, il réquisitionne les médécins en les mobilisant. la grève prendra fin le 18 avril. Le 21.11, la situation s'étant à nouveau dégradée au Congo, les paras belges sont envoyés à Stanleyville pour sauver les ressortissants étrangers menacés par les rebelles, ils libèrent un millier d'otages, la mission prend fin le 29, au total 2.100 personnes ont pu être sauvées de la violence qui devient endémique dans cette ancienne colonie belge.

Consulter la presse locale pour une rétrospective de l'année 1964 nous confronte, cette fois, à des choix difficiles tant cette année fut riche en évènements divers. Certains de ceux-ci seront passés sous silence et leurs témoins d'alors n'en comprendront peut-être pas la raison mais il est impossible au sein de cette rubrique de recopier la presque totalité des articles parus dans les journaux de l'époque. Dans cette première partie, nous allons traiter des nombreux travaux entrepris dans la cité des cinq clochers.

Au début du mois de janvier, les responsables des Ateliers Wilms font débuter la construction de nouveaux halls dans le quartier industriel situé entre l'avenue de Maire et l'Escaut. Un peu à l'étroit dans leurs locaux de la rue Duquesnoy, ils vont bientôt y disposer d'une surface plus vaste propice au développement des affaires. Dès le début de l'année, dans le choeur de la cathédrale Notre-Dame, des ouvriers s'affairent au montage de gigantesques échaffaudages tubulaires destinés à un contrôle approfondi de la structure de cette partie de l'édifice. On a, en effet, constaté que depuis sa construction qui remonte à la fin du XIIème siècle, les fines colonnes de pierre montant d'un seul jet soutiennent de plus en plus difficilement le poids de la voûte, certaines s'inclinent, d'autres s'incurvent, l'une ou l'autre se sont même affaissées avec le temps. On constate également une inclinaison du choeur vers le Nord. Cela peut même être vérifié sans instrument, simplement en observant le grand lustre situé au centre du choeur qui doit correspondre avec le centre d'une étoile déssinée sur le pavement. Le déport est important, il atteint presque 80 centimètres ! En cette année 1964, le prestigieux édifice a fêté ses 792 ans (bien que le choeur soit pratiquement un siècle plus jeune), il souffre de vieillesse, des ébranlements des bombardements de la dernière guerre, de la trop grande hardiesse de ses concepteurs mais aussi de la nature du terrain sur lequel il a été construit. Le bâtiment est, en partie, érigé sur une sorte d'éperon rocheux qu'on peut alors voir affleurer du côté de la rue Soil de Moriamé. On sait aussi qu'après la guerre, on a construit une énorme citerne sous la place Paul Emile Janson pour faire face à un éventuel incendie, les eaux contenues par celle-ci, peu étanche, ont probablement délavé le remblai situé à proximité de la cathédrale. Ce contrôle va durer tout au long de l'année et les quelques menus travaux effectués à l'époque ne feront que reporter le problème auquel nous sommes actuellement confrontés. Etait-ce un manque de volonté politique, une incompétence des services responsables, un manque de clairvoyance ? Toujours est-il qu'à l'époque d'autres villes ont défendu des dossiers pour la rénovation de leurs monuments et bâtiments remarquables, alors qu'à Tournai, aucun responsable politique ne semble avoir bougé un petit doigt !

Au début de l'année, les travaux d'élargissement de l'Escaut nécessitent la démolition, sur une vingtaine de mètres, d'un ouvrage des fortifications appelé "Mur Vauban". On apprend que celui-ci serait toujours la propriété de la Maréchaussée Néerlandaise. Le 16 mars 1964, le nouveau complexe comprenant la maternité et la pédiatrie Notre-Dame est ouvert. Au total, 80 lits s'ajoutent à l'offre existante. Le centre permet également la consultation de 26 médecins spécialistes dans le domaine de la gynécologie, pneumologie, cardiologie, dentisterie, ophtalmologie, O.R.L....Pour la petite histoire, retenons que les deux premiers bébés qui y naquirent s'appelaient Bruno et Christelle !

Le dimanche 26 avril, on pose la première pierre d'une nouvelle église de conception résolument moderne, la nouvelle paroisse Saint Paul aura bientôt son lieu de culte. Il faut dire que le quartier du Vert Bocage a pris de l'extension et que des projets prévoient la construction de deux nouvelles résidences dans le périmètre compris entre la rue Saint Eleuthère, le chemin de la Ramée, celui de Willems et des Peupliers. Bien que n'étant encore qu'en gestation, ce projet dévoilé par l'Administration Communale soulève des protestations de la part de propriétaires de la rue Saint Eleuthère. "Pas dans mon jardin", le phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années n'est donc pas récent ! Un autre projet défraie la chronique et est à l'origine d'une levée (justifiée) de boucliers, la création d'une porcherie dans le quartier de la rue du Crampon. il n'y a pas à dire : cette année là "pour chaud", il fit chaud ! Le lundi 8 juin, on procède à la pose du tarmac sur le quai Vifquin, à cet endroit les travaux d'élargissement de l'Escaut sont terminés au grand soulagement des riverains qui ont vécu l'enfer durant près de deux ans. Quelques jours plus tard, 32 homme du 11e Génie casernés à Burcht (Anvers) procèdent au démontage de la passerelle provisoire jetée sur l'Escaut afin de relier le quai Taille-Pierres à celui du Luchet d'Antoing. La nouvelle passerelle du Pont de l'Arche est désormais opérationnelle et sera inaugurée, quelques mois plus tard, lors de la visite à Tournai du Ministre des Travaux Publics. Profitant du chantier, des voix s'élèvent dans le quartier pour demander la démolition d'une imposante cabine électrique située à l'entrée de la place Gabrielle Petit, cette construction risque de faire anachronique à la fin du chantier de rénovation, de ce lifting imposé au quartier Saint Jean. Dans le prochain article, nous baignerons dans l'ambiance "sixties"...

14 juin
2008

13:57

Tournai : l'année 1963 sous la loupe (3)

Au cours de l'année 1963, de nombreux chantiers se poursuivent ou sont ouverts à Tournai. Il y a tout d'abord les travaux d'aménagement du Luchet d'Antoing. Au mois d'avril, on commence la démolition des vieux immeubles situés sur ce quai, le tablier de la nouvelle passerelle du Pont de l'Arche est posé, lentement la courbe du fleuve est rectifiée. Le 21 avril 1963, peu de temps avant d'effectuer sa grande enquête sur les taudis tournaisiens dont nous vous avons entretenu dans un article précédent, le journaliste José Mespouille se pose de nombreuses questions à propos de la navigabilité future du fleuve. Dans les années soixante, l'avenir du transport fluvial est aux convois de 1.350 tonnes et plus. Pour permettre le passage de ces péniches ne sera-t-il pas nécessaire de procéder à la démolition du Pont des Trous dont la restauration, que le chroniqueur qualifie de malheureuse, a coûté près de 40 millions de francs (1 million d'Euros) et a valu à ce magnifique témoignage d'être déclassé comme ensemble historique, les deux tours restant classées, les arches modifiées, ne l'étant plus. Quarante-cinq ans plus tard, la question se pose à nouveau, l'alternat de circulation sur le l'Escaut, solution décidée depuis lors, a été une mesure transitoire mais il faudra rapidement décider de l'avenir non seulement de la ville mais de toute une région en tentant d'allier tourisme et économie !

Afin de respecter un plan d'alignement des immeubles datant de 1870 et permettant de ne pas masquer la vue sur la cathédrale, le bâtiment situé à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame et du quai du Marché aux Poissons sera bientôt démoli pour faire place à une nouvelle construction moins imposante. C'est à partir de cet immeuble qu'est commandé le pont levant Notre-Dame. Dans la même rue débutent les travaux de rénovation de l'ancien couvent des Soeurs Noires, un chancre se dressant dans une artère reliant la gare à la cathédrale et au centre-ville va disparaître. A la rentrée scolaire, on entame les travaux de construction d'une aile moderne, avec salle de sport, au Collège Notre-Dame, à l'angle de la rue Blandinoise et de la rue des Augustins.

Décidément la presse pose des questions pertinentes en cette année 1963. Ainsi à la fin de la saison de football, un journaliste s'exclame : "Ne serait-il pas temps de penser à une fusion entre les deux clubs tournaisiens" ? Le Racing évolue en Division 3 où il termine au milieu du classement d'un championnat remporté par le Stade de Mouscron et l'Union termine 5ème de son championnat de Promotion remporté par le S.V. Waregem. La fusion, ce monstre du Loch Ness tournaisien, fera de fréquentes apparitions !

Les drames de la route sont très nombreux en cette année 1963, la circulation automobile augmente, les personnes agées et les enfants ne semblent pas préparés à ce nouvel élément de la vie quotidienne et lui paient dès lors un lourd tribut. Le trafic, la vitesse, la conduite sous alcool, la négligence sont à l'origine de nombreux accidents. Ainsi celui survenu à Warchin le 5 février 1963, lorsqu'une 4cv Renault franchit le passage à niveau alors que survenait, à allure rapide, le train assurant la liaison Bruxelles-Tournai. La petite voiture sera traînée sur plusieurs centaines de mètres, son conducteur tué sur la coup...le garde avait "oublié" de baisser les barrières à l'approche du convoi ferroviaire ! Les vols, les escroqueries, les meurtres sont aussi à la "une" de la presse locale et la police tournaisienne multiplie les actions d'éclat. Ainsi, elle procède à l'arrestation d'un dangereux bandit armé recherché par Interpol. Ce réfugié politique d'origine hongroise avait perpétré de nombreux vols importants sur l'ensemble du territoire. L'année 1963 avait apporté son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles mais les habitants de Tournai gardaient foi en l'avenir...

(sources : la presse locale et notes personnelles)

12 juin
2008

10:10

Tournai : l'année 1963 sous la loupe (2)

Dans l'article précédent, nous avons vu que la pauvreté était encore bien présente à l'ombre des cinq clochers en cette année 1963. Les nombreuses festivités organisées vont bien souvent occulter cette réalité. Le 12 février, devant une salle comble, Jacques Brel donne un nouveau tour de chant à Tournai (le précédent datait de quelques années), il est l'invité de la Pouponnière de Froyennes dans le cadre de son gala annuel. Le 3 mars, c'est le "Gala des Etoiles" qui réunit , en la Halle-aux-Draps, Joël Holmes, Françoise Hardy et Richard Anthony, les Tournaisiens ont rendez-vous avec la "nouvelle vague" ! Le 21 mars, valeur confirmée de la chanson française, "Les Compagnons de la Chanson" y triomphent. "Mes jeunes années", "le Mexicain" ou "Alors, raconte"", les tubes d'alors sont repris en choeur par un public conquis. Après les variétés, c'est la musique classique et religieuse qui s'invite dans la cité de Notre-Dame. Le 23 avril, la cathédrale sert de décor prestigieux pour le concert donné par les "Choeurs de la Chapelle Sixtine" sous la direction de leur chef perpétuel Domenico Bartolucci. Evènement exceptionnel car le groupe vocal ne quitte que très rarement la Cité du Vatican.

Les 25 et 26 mai, les amateurs de cirque et de grands spectacles sont comblés, le Grand Cirque de France revient à Tournai avec les jeux radiophoniques de Radio Luxembourg mais également pour présenter, sous son chapiteau long de 45m et large de 25m, "Ben Hur vivant", une super-production qui nécessite la participation de 250 artistes de cirque et figurants, d'un troupeau d'éléphant et de chameaux, de 100 chevaux, de fauves... Sur la piste hippodrome est notamment reconstituée la célèbre course de chars, immortalisée par le film avec Charlton Heston.

Le 8 juin était la date prévue pour une visite du couple royal à Tournai mais celle-ci est postposée en raison de la participation des souverains belges aux funérailles du pape Jean XXIII décédé quelques jours auparavant. La visite aura lieu le 15 juin. La journée des Quatre Cortèges, organisée par les Amis de Tournai, se déroule sous un franc soleil et de nombreux groupes folkloriques venus de Hollande, de France et même d'Ecosse (avec les Dagenham's Girls Pipers) sont applaudis par le public massé le long du parcours. Un autre cirque européen est de passage à Tournai du 19 au 21 juillet, le cirque "Toni Boltini" dresse sur la Plaine des Manoeuvres, aux abords de la Porte de Lille, son immense chapiteau de 8 mats pouvant contenir 7.000 spectateurs. De son passage dans notre ville, le dompteur d'ours gardera probablement un mauvais souvenir, son numéro ayant été annulé suite à l'accident dont il fut victime à la chaussée de Bruxelles. Renversé par une voiture, gravement blessé, l'homme avait été transporté dans un établissement hospitalier tournaisien où il fut gardé durant plusieurs jours.

Le vendredi 19 octobre, le cinéma des Variétés, à la rue du Cygne, accueille sur scène, les Gam's (celles qui proclamaient alors qu'il faisait trop beau pour travailler), Hughes Aufray et son skiffle group et Claude François ! Les filles de Tournai se mirent à rêver qu'elles étaient toutes "Belles, Belles, Belles", en revanche, les garçons, un peu jaloux, s'exclamaient peut-être : "Si j'avais un marteau". Durant ce mois d'octobre, l'école d'accordéon de Tournai dirigée par Pierre Duchateau revient, auréolée de gloire, du concours international de Bonn (RFA). Le jeune Freddy Vandeputte y a remporté la médaille d'or attribuée au premier prix ! Pour être complet, notons encore qu'en cette année 1963 avait été inaugurée, le 25 janvier, l'exposition itinérante "Tournai, des origines à nos jours" qui allait visiter les plus grandes villes de Belgique, première manifestation de la vocation touristique de notre cité scaldéenne. Dans un prochain article, nous découvrirons les chantiers et aussi les drames qui marquèrent cette année 1963...

11 juin
2008

09:58

Tournai : l'année 1963 sous la loupe (1)

Notre voyage dans le temps à la recherche de l'actualité tournaisienne nous amène déjà en cette année 1963.

Dans l'actualité internationale, un évènement va occulter tous les autres : l'assassinat à Dallas, le 22 novembre, de John Kennedy. Autre disparitions en cette année : le pape Jean XXIII, le 21 juin, et celles de la chanteuse Edith Piaf et de l'écrivain Jean Cocteau, le même jour, le 11 octobre. Le 22 novembre, la littérature anglo-saxonne perd le bitannique Aldous Huxley, l'auteur du "Meilleur des Mondes". Le 30 novembre, la télévision française diffuse, un nouveau feuilleton, "Thiérry la Fronde", dans le rôle principal, on retrouve un jeune comédien originaire de Lessines, Jean-Claude Drouot.

L'actualité belge est dominée par les problèmes linguistiques : le 28 avril, le parti Libéral se prononce contre une réforme fédéraliste de l'Etat belge, le 26 mai, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent à Charleroi pour réclamer le fédéralisme, le 22 juin, à Wemmel, on assiste à une violente manifestation flamande contre le bilinguisme, le 2 juillet, le gouvernement présente sa démission au roi en raison des problèmes linguistiques qui minent les relations en son sein, le roi la refuse, le 5 juillet, un accord est trouvé pour instaurer des facilités dans les communes qui ceinturent Bruxelles, le 11 juillet, un attentat non revendiqué endommage légèrement la tombe du soldat inconnu à Bruxelles, le 30 juillet est publiée la loi sur l'emploi des langues dans l'enseignement, le 2 août paraît la loi sur l'emploi des langues dans l'administration, le 31 août, la région de Mouscron-Comines est officiellement rattachée à la province du Hainaut tandis que celle des Fourons l'est à celle du Limbourg. Dès le lendemain, des incidents éclatent dans les Fourons, la population (à majorité francophone) refuse ce rattachement de fait. Le 10 novembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent à Anvers en faveur du fédéralisme, le 17 décembre, une pétition rassemblant les signatures de près de 650.000 francophones est remise au Sénat. 

A Tournai, le début de l'année est caractérisé par l'importante vague de froid qui sévit sur toute l'Europe et fera de nombreuses victimes. Ainsi durant la nuit du 2 au 3 janvier, on constate l'apparition d'un verglas généralisé qui va surprendre les spectateurs qui ont assisté à la dernière séance du cinéma Palace et qui éprouveront les pires difficultés pour rejoindre leur domicile. Sur les trottoirs tournaisiens, ce soir-là, beaucoup eurent envier les dons de patinage d'Alain Calmat. Le lendemain, les entreprises locales enregistrent entre 15 et 60% d'absences dans leur personnel. Il faut dire que pour rendre les routes un peu plus praticables, à cette époque, on n'utilisait pas encore le chlorure mais on procédait à un épandage de cendres, système peu efficace car il ne faisait pas fondre la glace. Cette vague de froid qui a débuté dans le courant de la dernière décade de décembre va se prolonger jusqu'au début de mois de mars et sera responsable de la remise générale des rencontres sportives durant plusieurs semaines consécutives. Suite à ces reports, la saison de football se clôturera à la fin du mois de mai. Presque quotidiennement, on enregistrait au thermomètre des valeurs diurnes comprises entre -4° et - 9°, la nuit, le mercure descendait entre moins -10° et -14°. Les épisodes neigeux se succédèrent et le tapis couvrit le sol pendant toute la période. Le froid, le verglas et la neige furent responsables des difficultés d'approvisionnement en charbon, le mode de chauffage encore le plus utilisé alors, en raison du blocage des transporteurs en attente de livraison. Pour rassurer la population, des hommes politiques proclamaient : "Il n'y a pas de pénurie de charbon", ils avaient raison mais... celui-ci n'arrivait plus jusqu'aux caves des maisons ! Même les écoles communales furent touchées par cette situation, elles ne recevaient plus les boulets anthraciteux commandés et devaient utiliser la reserve de coke.

A la fin du mois de janvier, certaines familles moins aisées, vivant dans des milieux précaires, avaient utilisé toute la provision de charbon faite lors de l'automne précédent sensée couvrir les besoins jusqu'au retour des beaux jours. Au quartier Saint-Antoine, on organisa une collecte pour offrir un complément de charbon à ces plus démunis. Pour nous qui vivons, désormais, des hivers peu rigoureux, il est difficile d'imaginer qu'il y a moins de cinquante ans, cette saison était encore synonyme de misère pour bien des familles.

Oui, en 1963, la pauveté est encore présente et José Mespouille, reporter au "Courrier de l'Escaut", entame, à partir du 27 avril, une enquête sur les taudis de la ville. En plein coeur de la cité des cinq clochers, sur 3.000 immeubles, 800 sont des taudis. Ceux-ci sont présents dans tous les quartiers de la ville, à Saint Brice, Saint Jean, Saint Piat, Sainte Marguerite ou encore dans le quartier de la Madeleine, un parmi les plus pauvres. Un exemple parmi tant d'autres est la rue du Glategnies, avec ses nombreuses courées, où les logements sont composés de deux pièces qui servent à la fois de cuisine, salle à manger, salon, chambre et lieu où on se lave car la salle de bain y était un luxe inconnu. Dans ces habitations où le soleil ne pénétrait presque jamais, où la verdure était inexistante, où obscurité, humidité et manque d'air régnaient en maîtres, il n'était pas rare de rencontrer des familles composées de 7 à 9 personnes. Dans la cité des cinq clochers, comme ailleurs, existe encore en 1963 une crise du logement consécutive aux destructions massives de la guerre terminée depuis moins dix-huit ans mais aussi en raison de l'augmentation de la population, les enfants du baby-boom étant devenus adultes. En parcourant les nombreux articles de ce journaliste révolté par ses découvertes, on apprend que les propriétaires de ces immeubles insalubres, de plus de cent ans, percoivent annuellement environ 180.000 Fb (4.460 Euros) de loyers. La plupart d'entre eux ne sont pas des gens sans scrupules, ils pensent même, sincèrement, apporter une solution au problème du logement et offrir, à des pauvres gens aux revenus modestes, un toit... quand celui-ci ne laisse pas passer la pluie. Voici un début de retrospective qui ressemble à un roman d'Emile Zola, nous verrons demain que d'autres informations masquent ces situations que certains préférent ignorer...

(à suivre)

09:58 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, vague de froid, charbon, taudis, zola, courrier de l escaut |