31 mai
2008

13:33

Tournai : l'année 1961 sous la loupe (3)

A l'ombre des cinq clochers, l'année 1961 sera marquée par une foule d'évènements heureux ou tragiques. Après avoir remporté de nombreux prix au concours d'accordéon du Pas de Calais, quelques mois auparavant, l'école d'Accordéon de Tournai, dirigée par Pierre Duchateau, est invitée à la finale qui se déroule en la prestigieuse salle Pleyel à Paris. André Cominotto interprétant "Le cavalier intrépide" de Schumann, Raymond Durenne dans une adaptation du "Tambour" de Jean Philippe Rameau et George Fervail jouant la "Danse hongroise n°5" de Brahms obtiennent, dans la capitale française, le premier prix dans leur catégorie. L'orchestre de jazz composé de Pierre Duchateau, George Fervail, André Meunier, Freddy Bachely et Roger Landrieu remporte le prix décerné au meilleur orchestre.

De passage dans la région, la chanteuse Tohama rappelle qu'elle a résidé à Tournai jusqu'à l'âge de 12 ans, habitant une maison au n°45 de la rue Rogier et ayant fréquenté l'école des soeurs de la rue Cherequefosse. Tohama disparaîtra bientôt des ondes radiophoniques emportée par la "nouvelle vague" qui pointe à l'horizon. Durant les vacances de Pâques, la "Route des Jeunes BP" fait escale sur la Grand'Place de Tournai avec son circuit automobile en miniature. Les jeunes sont invités à prendre place dans ses petits bolides sécurisés et à s'affronter dans des courses. Ce premier contact avec la course automobile fut aussi le dernier pour l'Optimiste. En tête dans sa catégorie, voulant conserver cette première place afin de disputer la finale, il se planta lamentablement dans les bottes de paille à la sortie d'un virage et fut éliminé sans gloire ! L'épreuve qui durait trois jours a été remportée par Philippe Barbieux.

Le lundi 29 juin, le "Train de l'Amitié" de Radio Luxembourg fait escale en gare de Tournai, les quais sont pris d'assaut par une foule d'admirateurs des stars de l'époque : André Claveau, Jacques Helian, Roger Pierre et Jean Marc Thibaut. Du 30 juin au 2.7, c'est "le Grand Cirque de France" qui plante ses mâts sur la Plaine des Manoeuvres. En plus des 25 attractions internationales, le public peut participer à l'enregistrement des célèbres émissions du moment : le jeu "Quitte ou Double", le "crochet radiophonique". Les émissions sont animées par Lucien Jeunesse (qui vient de nous quittter) et par François Chatelard. l'Optimiste se souvient avoir été parmi les participants du "Personnage Mystérieux". La Pouponnière de Froyennes remporte "le Rêve de votre Vie" et se voit offrir une plaine des jeux pour les petits orphelins qu'elle accueille. Un second cirque fait escale à Tournai, du 15 au 18 septembre, le "cirque Europa" présente des chameaux blancs de Sibérie, des éléphants géants de plus de 4 tonnes, des lions de l'Atlas et une girafe (rare à cette époque) parmi les animaux habituels de la ménagerie.

Le mardi 12 septembre, dans le cadre de la kermesse de Tournai, le secteur Horéca organise sa seconde "Fête de la Bière". Dès 17h, le coup d'envoi est donné par la "Fanfare de la Belgique Joyeuse" créée, en 1958, à l'occasion de l'Exposition Universelle de Bruxelles. Cafetiers déguisés, foire aux moules au pied du beffroi, bal populaire à la place Roger de la Pasture, orchestres Oberbayern, l'ambiance est assurée et la bière, à prix réduit, coule à flots.

Cependant, tout ne sera pas aussi joyeux en cette année, des drames vont également se produire. Ainsi au coeur du quartier Saint Piat, un jeune homme de 21 ans va tuer d'un coup de couteau sa maîtresse de 26 ans son ainée. Son forfait accompli, il prit la fuite et se livra à la Police Judiciaire de Lille. Nouveau drame, le 14 juin, à la rue du Ballon où un ex-colonial tue son père d'un coup de marteau avant de tenter de se suicider. Un jeune enfant jouant le long de l'Escaut y tombe et s'y noie. Une catastrophe ferroviaire se produit le mardi 3 octobre, durant la soirée, à la gare de Tournai : l'express Bruxelles-Tournai percute un convoi de marchandises occupé à manoeuvrer, le chauffeur du convoi sera tué et on dénombrera 33 blessés. Toutes ces demandes de secours arrivent désormais à la centrale 900 située à la caserne des pompiers de la place Saint Pierre. Elle a été inaugurée le 24 mars et a déjà été mise à forte contribution, la nuit du 7 au 8 avril, lorsque des trombes d'eau s'abattirent sur la ville provoquant une inondation dans l'usine Unisac à la chaussée de Lille où les dégâts seront estimés à un million de francs et envahissant caves et maisons. Pour terminer la retrospective de cette année 1961 sur des notes plus agréables, signalons que la Princesse Paola a rendu visite à la ville de Tournai, le 11 octobre, en visitant notamment l'école d'infirmières Jeanne d'Arc, que le 21 octobre, c'est le Docteur Salk (qui avait découvert le vaccin contre la polyomiélyte) qui visite la Dorcas et est reçu à l'Hôtel de Ville, que l'Archiduc Otto de Habsbourg vient donner une conférence sur les perspectives européennes et que Minou Drouet fait escale dans la cité des cinq clochers lors d'une tournée en Belgique avant de se rendre au Japon. Poétesse de 14 ans, elle est alors considérée comme un enfant surdoué. Décidément l'année 1961 a été riche en évènements à Tournai...

(sources : le Courrier de l'Escaut et notes personnelles)

29 mai
2008

10:01

Tournai : l'année 1961 sous la loupe (2)

A Tournai, en cette année 1961, les chantiers fleurissent un peu partout. Il y a tout d'abord celui qui fait couler beaucoup d'encre : l'aménagement du Luchet d'Antoing et du quartier Saint Jean. Les immeubles vétustes qui bordent l'Escaut sur sa rive droite vont être détruits pour permettre l'élargissement du fleuve et la suppression de la courbe qui rend difficiles les croisements des convois fluviaux. Cet important chantier débute par la démolition du pont de l'Arche qui sera remplacé par une passerelle pour piétons, dont la structure en béton aura un aspect plus moderne. Simultanément, on rase les immeubles qui constituent un angle peu esthétique à la rue Saint-Jean, face aux établissements des "Cafés Hivre", le terrain ainsi récupéré laissera la place à une nouvelle voirie : "la rue du 1er régiment de chasseurs à cheval", rappelant la proximité de la caserne. Les grands travaux font rarement des heureux, il y a ceux qui doivent quitter une maison qu'ils occupent depuis parfois plusieurs décennies, ceux qu'on déracine et ceux qui subissent quotidiennement les désagréments provoqués par ces chantiers. Ainsi en ce mois de février 1961, la grogne gagne les riverains des rue de la Tête d'Or, des Clairisses et Saint-Piat, en cause, les travaux de terrassement de la future grande surface, le "Grand Bazar", qui rendent, durant cette fin d'hiver, les rues boueuses et les transforment même en un véritable cloaque. Construire sans bruit, sans émettre de poussières, sans véhiculer de terre et sans va-et-vient incessant de lourds camions, il n'est pas né celui qui trouvera une solution à ces tracas.

L'évêché est en passe d'être rénové, il est temps de songer à reconstruire l'Hôtel des Anciens Prêtres qui lui fait face. Depuis 20 ans, ce bâtiment ne présente plus qu'une façade, squelette de pierre, peu attirant, adossé à la cathédrale que visitent des centaines de touristes. Emballé par tous ces travaux, un journaliste se met à rêver à d'autres rénovations. Dans son étude, il se penche ainsi sur le quartier du Crampon, situé entre la rue du Viaduc et le chaussée de Renaix. Il y met en évidence la difficulté d'accès car deux voies seulement permettent d'y arriver : le passage sous le viaduc ou le franchissement du pont Morel. Il suggère donc un tunnel sous les voies de chemin de fer pour relier la place Crombez au boulevard Eisenhower. Ce quartier souffre également de la pollution engendrée par les machines à vapeur mises "en chauffe" dans l'atelier de la SNCB qui jouxte le boulevard. Fumées, odeurs malsaines et poussières rendent l'atmosphère parfois difficilement respirable. Ce dernier problème trouvera bientôt une solution car, au grand dam des nostalgiques, les jours de la traction à vapeur sont désormais comptés. L'auteur de l'article émet l'hypothèse du développement de ce quartier pour en faire une zone résidentielle ou même un "dortoir" pour les navetteurs toujours plus nombreux qui habiteraient ainsi à proximité de la gare.

A Froyennes, un terrain voit se construire de nombreuses villas de standing, la "Résidence des Mottes" sort de terre, un nouveau lotissement aux portes de la ville ! Une autre question est posée : "faut-il s'acharner à vouloir reconstruire l'Académie des Beaux Arts en la rue de l'Hôpital ?" On avait émis, l'année précédente, l'idée de raser l'ancien couvent des Soeurs Noires, cette fois, on trouve qu'une école où est enseigné l'Art doit se trouver dans un lieu aéré, baigné de lumière, dans un calme propice à l'imagination. Cette question sera ignorée par les responsables de la reconstruction et l'académie occupe toujours ce lieu mais aussi...le couvent qui lui fait face ! L'année 1961 sera également celle d'élucubrations architecturales. On prévoit la construction du hall des expositions à l'emplacement du Casino, face au Jardin de la Reine. On annonce la reconstruction du théâtre non à la rue Perdue où il se trouvait avant la guerre mais sur la Grand'Place, à côté de l'église Saint Quentin. On suggère la création d'un parking sur la partie centrale du quai Dumon servant de giratoire. Ce parking a vu le jour mais rares sont, encore aujourd'hui, les automobilistes qui respectent le rond-point ainsi créé préférant couper au plus court une fois le Pont de Fer franchi ! Enfin, les responsables communaux se penchent sur le problème du commissariat de police de la rive gauche dont les bâtiments de la place Reine Astrid sont en mauvais état. La solution sera de regrouper les deux commissariats à la rue de l'Athénée. Dans un prochain article, nous parlerons des joies mais aussi des drames qui ont rythmé la vie tournaisienne tout au long de cette année 1961...

28 mai
2008

08:00

Tournai : l'année 1961 sous la loupe (1)

Au niveau international, en cette année 1961, la guerre est toujours omniprésente même si elle ne prend pas la même apparence que celle qui a pris fin seize ans plus tôt. Alors que le général De Gaulle propose un référendum sur l'auto-détermination en Algérie le 8 janvier et que le "oui" l'emporte par près de 75%, le 22 avril, "un quarteron de généraux en retraite", comme les appelle le Président de la République française, prend le pouvoir en Algérie, au cours de ce qu'on nomme le "putsch d'Alger". Deux de ceux-ci, Salan et Jouhaud seront condamnés à mort, par contumace, en juillet. Le 13 août, voyant ses habitants fuir depuis de nombreux mois à l'Ouest, les dirigeants communistes de Berlin-Est, avec la bénédiction tacite des soviétiques, érigent le trop célèbre "mur de la honte" qui coupera désormais la ville de Berlin en deux zones distinctes. Des personnalités nous quittent : le psychiatre suisse Carl Gustav Jung meurt à Küssnacht le 7 juin, l'écrivain français, Louis Ferdinand Céline décède à Meudon, le 1e juillet tandis que le lendemain, Ernest Hemingway met fin à ses jours à Sun Valley.

Au niveau national, la Chambre vote la "Loi unique" le 13 janvier, le 15 février un avion de la Sabena s'écrase à Berg, la catastrophe fera 73 victimes, le 6 avril, un des plus grands savants nous quitte, Jules Bordet.

Si la dernière quinzaine de l'année 1960 fut très tendue sur le plan social, la situation l'est encore plus en ce début de l'année 1961. La plus grande manifestation a lieu le mardi 3 janvier. Durant l'après-midi, en un cortège bruyant, plus de 3.000 personnes, nombre donné à la presse par des observateurs neutres, quitte la Maison des Huit Heures située près de la gare, traverse la ville et rejoint la Maison du Peuple à la rue des Maux où un meeting est programmé. Le dimanche 8 janvier, en raison de la grève, les deux clubs tournaisiens sont au repos forcé. Cette (sage) décision a été prise par l'Union Belge de Football en raison de l'insécurité sur les routes (voiries dépavées, clous semés...) et également parce que les joueurs n'ont pu s'entraîner normalement, durant la semaine, à cause des coupures d'électricité. Toutefois, à partir du 12 janvier, on va assister à une reprise progressive du travail, il y aura encore, cà et là, quelques soubresauts, quelques incidents, mais la situation va peu à peu se normaliser. La Belgique vient de connaître un mois très agité qui ne manqua pas de rappeler de mauvais souvenirs à ceux, encore nombreux à l'époque, qui avaient connu la guerre et les évènements liés à la "question royale".

Ce qui va également marquer cette année 1961, c'est l'apparition des grands projets pour moderniser le pays. Ainsi le 19 janvier, la presse régionale dévoile à ses lecteurs un plan à quinze ans destiné, entre 1964 et 1979, à doter la Belgique d'un réseau autoroutier reliant les principales villes du pays. La ville de Tournai est concernée par une liaison entre Aix-la-Chapelle et Bruges passant par Liège, Namur, Mons et poursuivant vers Courtrai et Bruges via Avelgem. On sait que par la suite ce tracé sera modifié et reliera les frontières allemandes et françaises. Cette voie rapide, dénommée "autoroute de Wallonie", verra le jour en 1972. Par contre, la liaison entre Tournai et Bruges s'articulera à cette autoroute au départ de Marquain et rejoindra la Venise du Nord via Mouscron et Courtrai seulement à partir de la fin des années quatre-vingt. Enfin, la liaison entre Tournai et Bruxelles, elle aussi programmée dans ce plan, ne sera réalisée et effective qu'en 1996 et ne passera pas, comme prévu à l'époque, à proximité de Renaix mais bien entre Ath et Lessines. Le plan propose également l'élargissement des nationales pour les porter à trois bandes de circulation. La Nationale 7 entre Baisieux et Bruxelles sera progressivement élargie mais seulement entre Tournai et Leuze dans un premier temps et ensuite vers Ath et Enghien. Dans le prochain article, nous verrons les nombreux projets de rénovation qui vont fleurir à Tournai mais aussi quelques drames qui marquèrent cette année 1961...

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : greve, manifestation, autoroutes, travaux |

24 mai
2008

20:49

Tournai : l'année 1960 sous la loupe (3)

Comme nous l'avons dit en présentant cette rubrique consacrée à l'année 1960 à Tournai, celle-ci débute dans la douceur. Cette dernière est d'ailleurs symbolisée par le tour de chant, le samedi 6 février, d'un artiste qui commence à être connu du grand public, Henri Salvador. Depuis la veille, le chanteur loge au Grand Hôtel de la Cathédrale et découvre le marché de la place Saint Pierre avouant aux journalistes avoir été réveillé par les cris des marchands ambulants (qui n'ont probablement rien à envier à ceux des marchés de Provence décrits par Gilbert Bécaud). C'était l'époque de ses chansons douces, peu de temps avant l'arrivée de "Zorro", de "Juanita Banana" ou de "Minie petite souris".

Au printemps, la police communale réalise un nouveau coup de filet. Deux individus ont perpétré un vol au boulevard Delwart leur ayant rapporté un butin estimé à 280.000 Fb de l'époque ou pratiquement 7.000 euros (en argent et bijoux). Ils sont repérés à Charleroi alors qu'ils dépensent sans compter. On arrête ainsi deux hommes bien connus des services de police bien que l'un possède plusieurs identités, ce russe résident à Lille se fait appeler Skakanoff, Skakinoff, Popoff ou Bespiloff. Son complice est né à Douai mais réside également à Lille.

Dès le mois de juillet, le calme qui a prévalu lors du premier semestre cède soudainement la place à l'inquiétude pour de nombreuses familles tournaisiennes ayant un proche au Congo. L'ancienne colonie belge est devenue indépendante le 30 juin et, dès le lendemain, des incidents éclatent en de nombreux endroits. Le 9 juillet la presse titre à la une : "Panique à Léopoldville, terreur à Thysville". On signale que des réfugiés ont fui vers Brazzaville, les évènements du Congo débutent, ils seront à l'origine du rapatriement de nombreux expatriés.

A la fin du mois d'octobre, l'inquiétude fait place à l'horreur dans la cité des cinq clochers lorsque, le 21 précisément, un interné occupé à de menus travaux dans la maison du directeur de l'établissement de défense sociale, pris d'une pulsion soudaine, étrangle la femme et la belle-mère de celui-ci et prend la fuite. Il sera arrêté à Bruxelles et ramené à Tournai. La presse s'interroge (déjà) sur les chances réelles de guérison et le problème posé par le reclassement d'individus internés pour faits graves.

Le 15 décembre, administrations et écoles sont fermées à Tournai, les quelques cafés qui possèdent déjà la télévision sont pris d'assaut par des clients venus assister, en direct, (mais encore en noir et blanc) au mariage royal. Dès le lendemain, un projet de loi va plonger le pays dans le cahos. La "loi unique " de Gaston Eyskens (que certains traduiront par "loi inique") va être à l'origine des plus grandes grèves connues par le pays depuis la "question royale" dix ans auparavant. A partir du 20 décembre, la grève est déclenchée et s'étend rapidement à tous les secteurs, des incidents éclatent. La ville de Tournai n'échappe pas à cette situation insurectionnelle. A la vieille de la Noël, des piquets de grève, souvent musclés, font leur apparition à l'entrée des établissements publics et privés. Le 28 décembre, la gare est déserte, plus aucun train ne circule, la gendarmerie est mobilisée pour assurer le droit au travail des non-grévistes. Une manifestation rassemblant plus d'un millier de personnes va parcourir les rues de Tournai (le nombre de participants, comme à chaque fois, sera différent si la communication vient des organisateurs ou de la police). Les accès à la ville sont barrés, certaines voiries sont dépavées, il y a des coupures d'électricité, un automobiliste est frappé par un individu aussitôt emprisonné, un médecin se fait attaquer lors de ses visites aux domiciles des patients, des clous sont semés sur les routes pour rendre la circulation impossible. Bref, 1960 va mourir sur les barricades.

22 mai
2008

10:55

Tournai : l'année 1960 sous la loupe (2)

Dans le courant de l'année 1960 de nombreux chantiers vont s'ouvrir en ville. Le mercredi 24 février, on enfonce les premiers pieux au nouveau quartier industriel et le 13 juin on pose la première pierre de l'usine Unisac (unité des Papeteries de Genval) à l'avenue de Maire. Au même moment, à l'avenue Delmée sortent de terre les bâtiments du futur centre médical des Fédérations de Secours Mutuels. Bientôt s'érigera à cet endroit la maternité Notre-Dame et plus tard la clinique et le centre de diagnostic Léo Chevalier verront le jour. Le 1er mars débutent les travaux de construction de la piscine couverte à la rue Madame et à la chaussée de Lille, dès le printemps, les ouvriers s'activent à la restauration de la chapelle du Val d'Orcq, mieux connue à Tournai sous le nom de chapelle des Lépreux. C'est tout ce qui reste, en effet, de la léproserie située à cet endroit au moyen-âge. L'entreprise dirigée par Mr.Walter Devray quitte Gaurain pour s'installer sur le quai, derrière le terrain du Racing.

Ouverte un an auparavant, la section locale de l'Ecole supérieure de l'Accordéon de Belgique, dirigée par Pierre Duchateau, pionner de cet instrument dans notre région, se déplace, le samedi 9 avril, dans le Pas de Calais afin de participer au 7e Festival d'accordéon organisé par ce département du Nord de la France. Face à 400 participants issus des académies de Lille, Dunkerque, Toulouse... quatre jeunes tournaisiens se distinguent et remportent le premier prix dans leur catégorie : André Cominotto obtient la médaille d'or en "Juniors", Georges Fervail et Raymond Durenne, celle de la catégorie "semi-professionnels" et Walter Procureur dans la catégorie "excellence".

Dans le domaine sportif, on relèvera que le Racing de Tournai, descendu de division I à l'issue de la saison précédente, est contraint à un test-match afin d'éviter la place de second descendant. Celui-ci a pour cadre le stade de La Gantoise et les "Rats" l'emportent sur le Racing de Malines sur le score de 3-1. Il est remarquable de constater que de nombreux unionistes avaient fait le déplacement pour encourager leurs "rivaux" d'alors : Georges De Ruyter, capitaine de l'équipe fanion, Raymond Delbauve, François Loncheval et René Renard, anciens joueurs Rouge et Vert. Bien avant la fin du championnat, on avait appris à la Drève de Maire que Louis Verstraeten n'entraînerait plus les "Jaune et Noir" la saison suivante. Durant les sept saisons passées à Tournai, il avait remporté avec le Racing, le challenge Breitling, la Coupe de Belgique, le challenge Pappaert, le Mérite sportif tournaisien et avait fêté la montée en Division I. Celui qui allait devenir l'entraîneur de La Gantoise avait accompli de l'excellent travail à l'ombre des cinq clochers. Jean Dedonder, son adjoint, ayant décliné l'offre de le remplacer, préférant s'occuper des jeunes du club, le Racing fit alors appel à Jacques Favre, ex-gardien de Reims, de l'OGC Nice et de Nancy et ex-entraîneur de Nancy, Metz et de La Gantoise ! Cette fin de saison sera marquée par le décès tragique dans un accident de voiture près de Saint Trond de Lucien Nivesse, un jeune espoir du club tournaisien. Autres évènements sportifs, les frères Eddy et André Carbonnelle sont sélectionnés, pour la seconde fois consécutive, au sein de l'équipe nationale belge de hockey, pour participer aux Jeux Olympiques de Rome, quatre ans après avoir participé à ceux de Melbourne et l'athlète Louise Fricq de la Royale Union Sportive (section athlétisme) bat les records du 80 m et du 150 m, ce qui attire l'attention des sélectionneurs nationaux. Il y a encore bien des choses à dire au sujet des faits de cette année 1960, nous vous donnons donc rendez-vous dans un prochain article...

(sources : le Courrier de l'Escaut)

21 mai
2008

09:27

Tournai : l'année 1960 sous la loupe (1)

Nous abordons une nouvelle décénnie. Sur le plan international, cette année 1960 sera marquée par l'élection du candidat démocrate John Kennedy, le 8 novembre, il l'emporte sur le républicain Richard Nixon. La France est confrontée aux évènements d'Algérie, le 24 janvier, suite à la destitution du général Massu, débute la "Semaine des barricades". Le 11 mai, aux chantiers de Saint-Nazaire, on assiste au lancement du paquebot "France". Un évènement passe totalement  inaperçu en février, un jeune chanteur enregistre son premier 45 tours, intitulé "Souvenirs, souvenirs", il s'appelle Johnny Halliday tandis que le 22 octobre, à Louisville dans le Kentucky, un tout jeune boxeur noir américain remporte son premier combat, il a pour nom Cassius Clay, il deviendra un des plus grands boxeurs de tous les temps. Le 4 janvier, le monde de la littérature perd l'écrivain français, auteur notamment de "la Peste" et de "l'Etranger", Albert Camus, tué dans un accident de voiture et le 16 novembre, celui du cinéma, pleure la disparition à Holywood de l'acteur américain Clark Gable.

En Belgique, l'actualité est bousculée, il y a les évènements du Congo dont l'indépendance est proclamée le 30 juin précédée et suivie par l'intervention des troupes belges pour la protection et le rapatriement des nos compatriotes dont la vie et les biens sont menacés lors des troubles qui éclatent, il y a le mariage du roi Baudouin avec Fabiola de Mora y Aragon, le 15 décembre et au même moment, le début des grèves contre la "Loi unique" présentée par le gouvernement de Gaston Eyskens, en novembre. 

A Tournai, l'année 1960, pourrait être résumée en une seule phrase : "elle commence en douceur et se terminera en fureur". Sait-on déjà que dans notre ville, comme sur le restant de la planète, cette période qu'on nommera, par la suite, les "golden sixties" sera marquée du sceau de la contestation ?

Un premier article paru dans le Courrier de l'Escaut du jeudi 7 janvier donne le ton. Sous une photo présentant le bâtiment fort délabré du Couvent des Soeurs Noires situé à la rue de l'Hôpital Notre-Dame, le journaliste écrit que le patrimoine tournaisien ne souffrirait certainement pas de la disparition de cet ensemble vétuste, ébranlé par les bombardement et que celle-ci résoudrait même le problème du goulot de cette rue. Quelques jours plus tard, le même journal rapporte que la Commission des Monuments lui a signalé, en réaction à cet article, qu'il n'était pas dans ses intentions de raser ce témoignage du passé de la ville. Depuis, l'ensemble a été restauré et est désormais occupé par l'Académie des Beaux Arts. Ce journaliste semble déjà bien imprégné de l'esprit des années soixante qui voit promoteurs et architectes ne jurer que par le béton et par les démolitions pour faire place à des immeubles au modernisme parfois outrancier et au gabarit souvent démesuré.

En ce début du mois de janvier, froid et neigeux, sont, comme chaque année, publiés les chiffres de la population tournaisienne, la ville compte 33.267 habitants (15.726 hommes et 17.541 femmes), le nombre est en légère diminution (147 unités) par rapport à l'année précédente, celà résulte du solde migratoire, les tournaisiens commencent à quitter la ville pour s'installer dans la proche campagne, kles villages de Kain et de Lamain se développent particulièrement.

Et voici que continue la remise en question de la société et des ses habitudes. Au début du mois de février, un autre journaliste (ou peut-être le même) plaide cette fois pour l'installation d'un marché couvert à Tournai. L'occupation, le samedi matin, de la Grand'Place, de la place Paul Emile Janson et de la place Saint Pierre prive, selon lui, les automobilistes d'un nombre appréciable de places de parking. Son souhait (qui, heureusement, ne sera jamais exaucé) serait de regrouper tous les marchands ambulants en un lieu fixe et couvert. Suite à l'augmentation importante du parc automobile durant la décennie précédente se pose déjà, en filigrane, le problème du parking en agglomération. Les écologistes, dont on ne parle pas encore, se réjouiront d'apprendre que le jeudi 5 mai dans la presse locale on pouvait lire un article intitulé "Tournai, en l'an 2000". Un lecteur s'interroge : "pour l'assainissement de l'air ne pourrait-on pas réduire fortement les dégagements de mazout des camions et particulièrement des autobus qui parcourent les rues de la ville. Leurs circuits limités permettraient l'utilisation de véhicule tels les gyrobus fonctionnant par charges électriques (sic) ". Cet article est paru il y a 48 ans, il pourrait avoir été écrit hier !

 Nouvelle contestation durant les mois d'été, cette fois ce sont les riverains de la place Paul Emile Janson qui se sont excédés par l'organisation, chaque soir des mois d'été, du spectacle "Son et Lumière" intitulé "Tournai, première capitale d'Occident". La sonorisation poussée à l'extrème, le jeu des lumières et surtout l'interdiction d'accès à la place, dès 19h30, les contrarient au plus haut point et sont à l'origine de cette levée de boucliers. Ils souhaitent retrouver tranquilité et liberté de circuler lors des belles soirées estivales. En septembre, c'est l'organisation d'un spectacle nautique dans le cadre des festivités de la kermesse qui est contesté par la presse. Celui-ci en est à sa troisème édition. "Quelques barques, une gondole, des lampions et des chants voilà à quoi assite le public de plus en plus maigre qui a pris place sur les quais Dumon et Notre-Dame" (sic). Ce spectacle qui coûte des dizaines de milliers de francs à l'Administration Communale est jugé, par la presse, indigne d'une ville comme Tournai. La contestation prendra une tournure beaucoup plus violente à la fin de l'année, nous parlerons, dans le prochain article, des autres faits qui marquèrent cette année 1960 dans la cité des cinq clochers.

20 mai
2008

08:52

Tournai : analyse des années cinquantre

Nous venons de terminer la revue des évènements qui se déroulèrent dans la cité des cinq clochers durant les années cinquante et celle-ci nous apporte un éclairage particulier sur la vie à Tournai à cette époque.

Au niveau politique tout d'abord, le clivage "gauche-droite" est nettement marqué même dans la presse locale. Des évènements comme la mort de Staline, la déstalinisation qui a suivi, l'invasion de la Hongrie par les troupes du Pacte de Varsovie sont préjudiciables à un parti qui semble de plus en plus représenter pour l'opinion publique la pensée unique de Moscou. Aussi, lorque le P.S et le P.L s'allient à celui-ci pour faire échec au PSC au lendemain des élections de 1958, on va droit vers d'importantes difficultés au niveau de la gestion de la commune. Cette alliance, que certains n'hésitent pas à proclamer contre nature, sera de courte durée, surtout qu'au même moment, le parti libéral de Mr. René Lefebvre, le ministre régional, a conclu une alliance avec ce même PSC au niveau national.

Au niveau économique, les années cinquante sont celles de la reconstruction d'une ville dont la majeure partie a été rasée par les bombardements allemands de mai 1940 lors de l'invasion de la Belgique et par ceux de 1944 qui précédèrent la libération de notre région. Cette entreprise de longue haleine sera orchestrée et supervisée par un homme, Paul Bonduelle, un architecte qui a à coeur de donner une cohérence à ses projets. Avec lui, "on ne fera pas tout et n'importe quoi" comme on a parfois pris l'habitude de le faire par la suite, laissant les coudées franches à des promoteurs immobiliers plus appâtés par le gain que par l'esthétisme ! On préservera une image harmonieuse de la ville sans pour autant la reconstruire identique à celle d'avant-guerre. Le développement économique de la région est également au centre des préoccupations quotidiennes des gestionnaires de la cité. La reconstruction des ponts se fera en même temps que des projets d'élargissement du fleuve afin de permettre le passage de convois fluviaux plus imposants. La réalisation de la ceinture des boulevards laisse présager de l'importance que prendra la circulation automobile, la création du quartier industriel et du port fluvial démontrent également que Tournai se tourne vers le futur.

Au niveau culturel, la vie reprend également son cours, de grandes expositions sont organisées comme l'exposition Scaldis ou celle qui a lieu durant l'Expo 58. Tournai n'a plus de théâtre et n'a pas encore de salle pour les grandes manifestations commerciales comme les foires et salons. Que cela ne tienne, la vieille Halle-aux-Draps, en partie préservée lors du désastre de 1940, servira à la fois de théâtre, de lieu pour les foire et expositions, de salle pour les banquets officiels. Tous les grands cirques européens font une halte annuelle dans la ville et reçoivent un accueil triomphal de la part de la population. Ce succès présage déjà de ce titre de capitale mondiale du cirque amateur dont pourra s'enorgueillir Tournai à partir des années quatre-vingt avec la création de la "Piste aux Espoirs".

Les clubs de football tournaisiens vivent des heures de gloire, l'Union et le Racing ont accédé en Division 1 même si ce ne fut que pour une saison et les Rats ont remporté la Coupe de Belgique. Les stades attirent chaque semaine des milliers de spectateurs venus acclamer des vedettes locales, formées dans les deux clubs, ce qu'on ne verra plus par la suite, hélas ! 

Dans le domaine de de la sécurité, on peut se réjouir des exploits de la police, de la gendarmerie et de la police judiciaire d'alors. Disposant de peu de moyens, de véhicules peu nombreux et souvent poussifs, ne possédant pas de moyens modernes de communication (informatique, télex, fax, GSM...), avec des policiers effectuant encore des rondes à vélo ou à pied, réglant la circulation aux principaux carrefours, les résultats dans la lutte contre le banditisme et pour garder le calme en ville sont excellents. Combien de crimes ont été rapidement ou patiemment résolus, combien de voleurs ont été mis hors d'état de nuire. Il existait à cette époque une vraie police de proximité, des agents de quartier qui connaissaient tous leurs habitants et qui parcouraient leur secteur quotidiennement, à l'écoute des citoyens, intervenant pour régler les problèmes de voisinages avant que ceux-ci ne dégénèrent. Pourtant ces braves agents devaient aussi faire face à des constats systématques en cas d'accidents de la circulation (le constat à l'amiable n'ayant pas encore été imposé).

Les festivités de l'époque étaient simples, on allait écouter un concert, on fêtait les anniversaires des sociétés, on se rendait au café pour une partie de fer ou de cartes, on se réunissait le soir entre voisins. Les bals étaient animés par des orchestres qui avaient déjà leurs fans et non par des sonos hurlantes aux DJ déjantés qui empêchent désormais le voisinage de dormir lors des nuits de week-end en poussant les baffles au maximum de leur puissance ! Le Roi des Radis à Kain, la salle Provence au Réduit des Sions, chez Dudans étaient les lieux de rendez-vous de ceux qui aimaient danser et fréquenter (on ne disait pas encore flirter, encore moins draguer), à la porte de ces salles, il n'y avait pas encore de "dealers" venus de France pour proposer leur produit de mort.

Pour la population de la ville qui avait connu les atrocités de la guerre, les privations, la misère, tout ce qui se mettait en place alors tenait du rêve, du luxe. La solidarité entre les gens n'était pas un mot vidé de son sens comme désormais. Durant les années cinquante, Tournai se refaisait une beauté pour plaire aux touristes. Déxormais, nous suivrons les évènements qui marquèrent les années soixante à Tournai, les "golden sixties", des années d'espérance en des jours meilleurs qui porteraient en germe, les éléments positifs et négatifs de notre société actuelle...

08:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : annees cinquante, economie, securite, politique, festivites, culture |

17 mai
2008

16:27

Tournai : l'année 1959 sous la loupe

De nombreuses festivités se dérouleront tout au long de l'année 1959. Le 12 janvier, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois dirigés par Mgr Maillet sont les invités du gala annuel de l'Ecole d'Infirmières Jeanne d'Arc. Quelques semaines plus tard, dans le cadre de la saison théâtrale, une des plus belles voix du moment triomphe en la Halle-aux-Draps, Rudy Hirigoyen joue dans le "Belle de Cadix".

Le dimanche 10 mai, le rideau tombe sur le championnat de football. Monté un an auparavant, le Racing de Tournai espérait faire mieux que l'Union qui n'avait fait qu'un court séjour en Division I (1951-1952). Le championnat avait bien débuté pour les Rats puisque lors de la venue de l'Union St Gilloise, les deux équipes s'étaient séparées sur le score de 3-3. Hélas, un manque de maturité, un secteur défensif fort perméable (83 buts encaissés en 30 rencontres), des décisions arbitrales pas toujours en leur faveur ne permirent aux Rats que d'atteindre l'avant-dernière place, précédents de trois points la lanterne rouge, le FC Tilleur. Ce championnat fut dominé par Anderlecht avec ses vedettes d'alors Félix Week, Pierre Hanon, Martin Lippens, Joseph Jurion, Jacques Stockman ou Fritz Van Den Boer devant le FC Liegeois (tenu en échec par le Racing) et le Standard. Retenons les noms des "jaune et noir" qui évoluèrent au plus haut niveau : Jean Marie Baert, François Degelas (venu d'Anderlecht), Jean Dedonder, Paul Deneubourg, Jules Devos, Jean Jacques Dubois, Théo Gaillet, Roger Lambreth, Gaston Leblanc, Jean Leroy, Michel Liénart, Bernard Liégeois, André Mangain, Léon Rivière, Marcel Van Keyenbergh et Roger Van Thigem. Dans son championnat de Division 3, l'Union, championne de Promotion l'année précédente, termine dans le "ventre mou", à la 10e place. Le club s'était renforcé avec les venues de Jean Van Rooy et Willy Carelsberg, venus du Daring de Bruxelles et de Guy Wavrelle issu du C.O.R.T, le club roubaisien. Mr. Louis Maurer en était l'entraîneur, lui qu'on surnommait le "verrou suisse".

Du 2 au 5 juin, l'un des plus grands cirques européens, Pinder, dresse son chapiteau sur la Plaine des Manoeuvres, le long de l'avenue De Gaulle. Plus de 120 véhicules, une vaste tente vert et noire, le plus beau zoo itinérant et même un avion qui survole, le jour de son arrivée, la parade organisée en ville composée de chars et d'animaux, Pinder présente un spectacle en deux parties, la première consacrée à des numéros de qualité, la seconde au tour de chant de Luis Mariano, coqueluche des dames et demoiselles de l'époque.

Les 23 et 24 mai, l'Harmonie Communale des Volontaires Pompiers fête son 125e anniversaire. Lors de la séance académique, le bourgmestre, Jules Hossey, englobe dans son hommage, le Capitaine Fievet, Président de l'Harmonie, Mr. Coopman, cheville ouvrière administrative de la société, le Lieutenant Alfred Verdière, professeur au conservatoire, un chef dont le talent rejaillissait sur tous les musiciens et le sous-chef Raymond Delcroix. Concerts et banquet furent au menu de cet anniversaire dignement fêté. Le mardi 10 novembre, la Halle-aux-Draps accueille une émission de Radio-Hainaut, "Arc-en-Ciel", dont la vedette est Georges Ulmer.

On sait que les tournaisiens ont le coeur sur la main, ils l'ont démontré en venant en aide aux victimes de la catastrophe de Marcinelle en août 1956, ils le montrent encore le mardi 16 décembre 1959. La Ville de Tournai organise à la Halle-aux-Draps, une soirée de gala au profit des victimes de la catastrophe de Fréjus où, le 3 décembre, la rupture du barrage de Malpasset a fait 396 morts. A celui-ci participent le Cabaret Wallon, le Théâtre Wallon, l'Orchestre du Conservatoire, les Petits Chanteurs de Don Bosco, les chorales Nadaud de Roubaix et Tornacum, les artistes locaux, Jean Clercel (Jean Leclercq), Vic Vony et Lise Mondray. L'harmonie des Volontaires Pompiers ouvre le gala par l'exécution des hymnes français et belges, tandis ques les orchestres Johnny Delcroix et Gil Boulanger en assurent les intermèdes. Une décennie se termine. Le prochain article nous permettra d'analyser ces dix années qui viennent de s'écouler...

(sources : le Courrier de l'Escaut et notes personnelles)

15 mai
2008

07:42

Tournai : l'année 1959 sous la loupe

En cette année 1959, la police ne dispose pas de voitures rapides, ni moyens de transmission tels que nous les connaissons aujourd'hui. Les policiers se déplacent encore au moyen de vélos ou à pied et doivent parmi leur tâches quotidiennes régler la circulation aux carrefours, intervenir dans les conflits de voisinage ou dresser systématiquement les constats d'accidents de la circulation. Malgré cela, face au banditisme, nos policiers volent de succès en succès. De nombreux crimes sont rapidement résolus, les assassins se retrouvent sous les verrous.

Ainsi en ce mois de février 1959, la Police Judiciaire aidée par la gendarmerie va à nouveau être mise à l'honneur. Depuis l'automne 1958, une bande dénommée "les voleurs du week-end" sévit dans la région. Chaque semaine, la liste de leurs méfaits s'allonge. De Mouscron à Ath, en passant par Pecq, Estaimbourg, Gaurain ou Tournai, on sent naître un climat d'insécurité. Un des rares éléments dont disposent les enquêteurs est la présence régulière sur les lieux d'un véhicule de teinte claire probablement muni de plaques d'immatriculation françaises. La nuit du dimanche 15 au lundi 16 février, une vaste opération pour tenter de mettre fin à ces agissements est entreprise le long de la frontière française. Tous les véhicules se rendant en France sont systématiquement contrôlés. Vers 22h, au poste de douane d'Hertain, une Renault Dauphine de teinte claire, immatriculée en France, est repérée et interceptée. A son bord, trois hommes, trois repris de justice français, déjà fichés pour de nombreux méfaits. Deux sont originaires de la région parisienne, l'un réside à Lille et l'autre est domicilié à La Madeleine, le troisième vient de Marseille. Dans la voiture, on découvre le butin récolté durant le week-end. Les hommes sont emmenés au commissariat de la Police Judiciaire situé alors à la rue de Barges. Pendant l'interrogatoire, un des malfrats n'hésite pas à bousculer un enquêteur et à sauter par une fenêtre entr'ouverte. Se retrouvant dans la cour de la maison voisine, il s'empare du vélo de l'occupante des lieux. Alors qu'il tente de stopper un véhicule, il sera repris par les forces de l'ordre lancées à sa poursuite. Les habitants de la région ne verront plus arriver, avec angoisse, la fin de semaine en se demandant s'ils ne seront les prochaines victimes des cambrioleurs.

Une autre information provoque l'inquiétude dans le milieu des commerçants de la ville. L'administration communale a reçu un projet de construction d'un magasin à rayons multiples (c'était ainsi qu'étaient désignés les supermarchés à l'époque) sur le terrain vague situé entre la rue de la Tête d'Or, la rue des Clairisses et la rue des Procureurs. A cet endroit s'élevait jadis l'école des frères Saint Luc. Un vent de panique s'empare d'une partie des commerçants qui voient, en cas d'aboutissement du projet, la "mort du p'tit commerce". D'autres restent sereins en pensant que le projet ne se réalisera jamais. D'autres encore se disent qu'après tout cela n'est pas une si mauvaise chose, que le "monde attire le monde" et que les tournaisiens ne devront plus se rendrent à Courtrai pour effectuer leurs achats puisque le Grand Bazar (le GB) vient à eux. Ils ne savent pas encore, ces optimistes, que l'avenir leur donnera raison et que, cinquante ans plus tard, les tournaisiens signeront une pétition et manifesteront dans les rues de la ville afin d'éviter la fermeture de cette grande surface qui a redynamisé le centre-ville. Après toutes ces inquiétudes, il nous restera à analyser le long chapitre consacré à la reconstruction ainsi qu'aux différents évènements qui ont fait le quotidien des habitants de Tournai en 1959...

07:42 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police judiciaire, gb, grand bazar, inquietude |

14 mai
2008

10:56

Tournai : l'année 1959 sous la loupe

Par comparaison aux années écoulées, l'actualité de l'année 1959 dans la ville des cinq clochers est riche en évènements divers. Des plus petits faits aux grands thèmes de la Société, c'est un peu comme le disait une ancienne publicité pour un grand magasin parisien : "A chaque instant, il se passe quelque chose àdans la bonne ville de Tournai".

La première information que la presse dévoile est semblable à celles des années précédentes, les statistiques de la population nous renseignent que la cité et ses faubourgs comptaient au 31 décembre 1958, 33.414 habitants (15.811 hommes et 17.603 femmes), soit une très légère augmentation de 76 unités par rapport aux chiffres publiés l'année précédente. Le "baby-boom" enregistré après la guerre commence à s'estomper. Ce qui retient l'attention des habitants de la ville, en ce début d'année, est l'installation du nouveau conseil communal issu des élections du 12 octobre 1958. Pour rappel, le vainqueur de celles-ci était le Parti Social Chrétien (PSC). Pour contrecarrer ce succès, le Parti Socialiste (PS) et le Parti Libéral (PL) se sont unis au Parti Communiste (PC) pour former ce que certain ont nommé, à tort peut-être, le cartel de gauche ! Celui-ci propose Mr. Jules Hossey, avocat, pour se succéder en qualité de bourgmestre. Un journal, proche du PSC, titre alors : "Tournai est la seule ville de Belgique à avoir un échevin communiste !" André Delrue (PC) occupe, en effet, l'échevinat des finances. La séance d'installation du vendredi 3 janvier 1959 est houleuse. Aux critiques acerbes de l'opposition, Jules Hossey, agacé, répond : "Ce n'est ni les Etats-Unis, ni la Grande Bretagne ou la Russie qui dirigent la ville de Tournai, ce qui est vrai ailleurs, ne l'est pas chez nous !" Le ton est donné, l'ambiance sera chaude, l'année politique risque de réserver bien des surprises.

Dès le 19 janvier, la presse de droite informe ses lecteurs de la démission de Mr Charles Cambier, commandant des pompiers, un corps où il était entré 35 ans auparavant. On se fait l'écho d'une rumeur, on croit savoir que celle-ci a été imposée par le bourgmestre. Bien que les raisons de la démission ne seront jamais connues, la présentation de l'information est symbolique du climat qui règne alors. Quelques semaines plus tard, Mr. Louis Verbanck sera nommé à la tête du corps de volontaires pompiers tournaisiens. Au printemps, de nouvelles rumeurs circulent, l'unité du Parti Libéral se lézarde. Certains tiendraient des réunions dans d'autres lieux que le local habituel où se réunissent les membres. Au début du mois d'août, une "bombe" éclate, trois échevins ont démissionné dont Henry Pary (PL). Trois conseils communaux sont convoqués mais ne réussissent pas à obtenir une majorité. Mr. Hossey en tire les conclusions et présente sa démission au roi. Une nouvelle majorité se dégage, elle sera en adéquation avec celle au pouvoir au gouvernement alors national, le Parti Libéral se lie au Parti Social Chrétien et propose Mr. Louis Casterman comme bourgmestre. Celui-ci recueille les faveurs de nombreuses personnes car, à Tournai, on a toujours en mémoire son attitude exemplaire face à l'occupant allemand pendant la transition effectuée lors de la guerre. Au début du mois de septembre, le Roi Bauduin signe le décret officialisant Louis Casterman à la tête de la ville de Tournai.

Le calme n'est pas revenu pour autant, on est même dans un imbroglio politico-partisan. Mr. André Delrue (PC) refuse de se retirer, il devient donc échevin sans portefeuille. "Je reste à la table, je ne partage pas votre repas, mais comptez sur moi pour vous rendre la digestion difficile", son intervention ne cache pas ses intentions. Deuxième coup de théâtre, Mme Dupret-Coppens (PS) retire sa démission et au cours du conseil, Jules Hossey déclare qu'il fera, au moyen d'un livre blanc, toute la lumière sur les raisons de ce renversement d'alliance. Le nouveau collège se met au travail et propose, dès le mois d'octobre, la création d'une commission économique chargée d'améliorer la situation de l'emploi et des activités à Tournai. Le 30 octobre est votée la création d'une Intercommunale de distribution du gaz et au début du mois de novembre, les subsides sont accordés pour la couverture du bassin situé à la rue Madame : Tournai aura sa piscine couverte ! Dans le prochain article, nous prendrons connaissance des autres faits qui ont marqué la vie tournaisienne en 1959.

10:56 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pl, jules hossey, andre delrue, henri pary, psc, ps, pc |