30 avril
2008

14:16

Tournai : l'année 1957 sous la loupe

Le feuilleton consacré à l'histoire quotidienne de Tournai depuis le milieu du XXe siècle nous amène déjà à l'année 1957. Celle-ci est coincée entre deux grands évènements : l'exposition Scaldis de l'année précédente qui s'est déroulée à Tournai, Gand et Anvers comme nous l'avons vu dans un article précédent et l'Exposition Universelle de Bruxelles qui aura lieu l'année suivante. Dès le début de l'année, on commence à parler d'elle. C'est tout d'abord Mr. Charles Everaerts de Velp, Secrétaire Général de l'Exposition Universelle et Directeur au Ministère des Affaires économiques qui vient présenter une conférence en la Halle-aux-Draps intitulée : "L'Exposition 1958 et le monde". A cette occasion, la capitale de la Belgique présentera, selon lui, un tableau complet du monde moderne. Près de 50 nations y seront représentées afin de faire découvrir les progrès réalisés dans tous les domaines. Il ne faut pas oublier que l'année 1957 sera celle de l'envoi dans l'espace du premier satellite artificiels soviétique, le Spoutnik, le Bébé-Lune comme on disait à l'époque. C'est aussi celle de l'apparition des avions à réaction militaires tels le X13 ou civils telle la Caravelle française, c'est celle également de la prolifération des essais nucléaires dans l'atmosphère. L'association des Commerçants de Tournai prend l'initiative d'organiser, durant la première quinzaine de juin, un concours d'étalages sur le thème de l'Expo 58, le coup d'envoi de celui-ci sera donné par la venue en gare de Tournai du "Train de l'Expo" qui se rendra dans les différentes villes de Belgique afin de sensibiliser la population à cet évènement qui devrait, pendant six mois, faire de Bruxelles, la capitale du monde. Tournai sera la première ville étape de ce train. Comme on peut le découvrir, un an avant l'ouverture des portes, tout un peuple se mobilise pour que "Bruxelles 58" soit un succès international.

Dans la cité des cinq clochers pourtant l'année 1957 débute très mal au niveau économique : la dernière tannerie tournaisienne ferme définitivement ses portes. Située à la rue Guillaume Charlier, la tannerie Kensier et Gorain avait été obligée de licencier la moitié de son personnel à la veille des congés payés de 1956. Le 2 janvier 1957, elle ne rouvrira pas ses portes. Cette entreprise qui occupait une septantaine d'ouvriers et d'employés cesse ses activités quelques semaines à peine après celles de l'imprimerie "Lithographie Tournaisienne". Les chiffres du chômage qui avaient, depuis quelques mois, tendance à baisser timidement se relèvent brutalement suite à ces deux fermetures.

Janvier nous permet de découvrir le relevé de la population de la ville, au 31 décembre 1956, il y avait 33.322 habitants, soit 15.881 hommes et 17.441 femmes. l'augmentation par rapport au 31 décembre 1955 est de 205 unités. Sans entrer dans les détails, on constate un très grand nombre de naissances (toujours les effets du baby-boom) mais, hélas, aussi un important nombre d'enfants décédant en bas-âge. Sur une année, les mariages sont au nombre de plusieurs centaines et ils sont principalement organisés durant les mois d'été. Dès le mois d'avril, l'officier de l'Etat-Civil ne chôme pas, on peut même voir les futurs couples se "bousculer au portillon" de l'hôtel de ville pour les publications officielles du mariage. C'est encore une époque où, dans les églises, on publie les bans devant une assistance de fidèles bien plus importante qu'à notre époque ! Dans le prochain article, nous prendrons connaissances des autres faits qui marquèrent cette année, finalement fort calme, à Tournai si on excepte les accidents de la circulation très souvent mortels qui commencent à remplir la rubrique des faits divers...

(sources : Le Courrier de l'Escaut)

27 avril
2008

09:53

Tournai : Albert Joseph Goblet, un concitoyen oublié !

Les journées de 1830 qui furent à la base de la naissance de la Belgique restent dans la mémoire des tournaisiens au travers d'un homme Barthélémy Du Mortier, politicien et ardent patriote. Un an à peine après la création de son journal "Le Courrier de l'Escaut", le plus ancien quotidien de Belgique, désormais publié par le groupe Vers l'Avenir, le 28 septembre 1830, à la tête d'une troupe de volontaires Barthélémy Du Mortier s'empare des casernes tournaisiennes occupées par les soldats hollandais. Commandant de la Garde Civique, parlementaire et ministre, il laissa un tel souvenir dans sa ville qu'une statue à son effigie fut élevée au pied du Pont de Fer.

Mais qui dans la cité de Clovis a entendu parler d'Albert, Joseph Goblet, comte d'Aviella, fils de François-Magloire Goblet (1744-1819) et de sa troisième épouse Marie Michelle Josephe Delmarle (1766-1811), baptisé dans notre cité scaldéenne le 26 mai 1790 ? Une personne au moins, Mr Schilling  nous a amené à découvrir cet autre héros tournaisien de la Révolution de 1830. A part une biographie trouvée dans le l'ouvrage "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre parue en 1990 et quelques lignes dans une notice du Tome VI des Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, paru en 1989, rien ne rappelle son existence. Pas de statue, pas de rue à son nom, aucune plaque commémorative, aucune référence dans le livre paru en 1979 à l'occasion du 150e annniversaire du Courrier de l'Escaut. La gloire (justifiée) pour Barthélémy Du Mortier, l'oubli (malheureux, volontaire ou involontaire) pour Albert, Joseph Goblet.

A l'âge de 23 ans, sorti de Saint Cyr et des écoles polytechniques et d'artillerie, Albert Goblet est envoyé en Espagne en 1813, à la bataille de Vittoria et à la défense de San Sebastian. Après la chute de l'Empire, on le retrouve au sein de l'armée des Pays-Bas. Commandant du Génie à Tournai, le prince d'Orange le choisit pour l'accompagner, en 1814, au couronnement de tsar Nicolas de Russie. A cette époque, des preuves attestent qu'il habite à la rue Garnier. Six ans plus tard, lors de la Révolution belge, le tout jeune gouvernement du pays naissant le nomme colonel-commissaire général de la Guerre et tout naturellement, en 1831, il devient le tout premier ministre de la Guerre. Ministre des Affaires étrangères de 1832 à 1833, nommé Général-Major, il est ensuite désigné comme ambassadeur de Belgique au Portugal de 1837 à 1838. Ardent défenseur de la cause portugaise, il se verra décerner le titre de comte d'Aviella (endroit où il résidait) par la reine Maria II da Gloria le 21 juin 1838.

Rentré en Belgique, il représente les arrondissements de Tournai et de Bruxelles à la Chambre des représentants. De 1843 à 1845, il redevient ministre des Affaires étrangères et en 1845, il est élevé au grade de lieutenant-général. En 1859, admis à la retraite, il consacre ses loisirs à la rédaction de mémoires consacrées à la période d'indépendance, "Des cinq grandes puissances de l'Europe dans leurs rapports politiques et militaires avec la Belgique" ouvrage paru en 1863 et "Dix-huit mois de politique et de négociations se rattachant à la première atteinte aux traités de 1815" paru deux ans plus tard. Albert, Joseph Goblet est décédé à Bruxelles, le 5 mai 1873. En 2006, un comité a été créé afin de rebaptiser des noms de rues suite à la modification des secteurs postaux, étrangement aucune voix ne s'est élevée pour rappeler le souvenir de cet enfant de Tournai qui, lui aussi, porta bien haut la renommée de la cité aux cinq clochers. Gaston Lefebvre, Mr Schilling et plus modestement, l'Optimiste, l'ont en quelque sorte réhablité !

26 avril
2008

08:27

Tournai : l'année 1956 sous la loupe.

Jetons un dernier coup d'oeil sur les évènements de l'année 1956 à Tournai. Le dimanche 10 juin, la ville est en fête, c'est la journée des "Quatre Cortèges". Le soir, un cinquième défilé va parcourir les rues de la gare à la Grand'Place. Celui-ci est composé des joueurs, dirigeants et supporters du Royal Racing Club de Tournai qui vient de remporter la Coupe de Belgique sur le score de 2-1 aux dépens du CS Verviers devant 12.000 spectateurs. Cette victoire restera pour longtemps dans la mémoire de ces nombreux tournaisiens qui avaient fait le déplacement au stade du Heyzel. A ce sujet, Jacques Leroy, chroniqueur sportif au journal "Les Sports" titre " Sonnez, belles cloches des choncq clothiers, les Tournaisiens sont là". Les noms de ces héros ont pris une place définitive dans l'histoire du club de l'Avenue de Maire : Michel Liénard, Jules Devos, René Timmermans, Pol Deneubourg, Jean Leroy, Roger Lambreth, Jean Dedonder, André Mangain, Théo Gaillet, René Chantry, Roger Van Thiegem et leur entraîneur Louis Verstraete. Les buts furent inscrits par Deneubourg à la 5e minute, par Lormans pour Verviers dès la reprise et par Mangain à la 76e min.

On sait le Tournaisien grand amateur de cirque, le 27 juin, Médrano visite Tournai et s'installe pour trois jours sur la Plaine des Manoeuvres. Son spectacle de plus de 3 heures attire la toute grande foule. Mais le premier semestre terminé avec lui s'en vont les moments d'euphorie. Le coeur n'est plus à la fête en ce mois d'août 1956. Comme partout dans le pays, les habitants de la cité aux cinq clochers suivent avec attention et inquiétude les tentatives de sauvetage des mineurs bloqués par un incendie dans les galeries du Bois du Cazier à Marcinellle. Après deux semaines d'attente le bilan sera effrayant, 13 rescapés et 263 morts. De nombreuses associations parmi lesquelles le Cabaret Wallon se mobilisent afin d'aider les familles des victimes.

A la fin du mois d'août, le Courrier de l'Escaut se fait l'écho d'un fait tragi-comique qui s'est déroulé dans le quartier Saint Piat. Deux petites Soeurs Servantes des Pauvres dont le couvent est installé à la rue Saint Martin effectuent leur collecte annuelle. Ces montants collectés sont leurs seules ressources pour elles qui soignent les malades et ensevelissent les morts gratuitement. Arrivées dans la rue Albert Asou, leur chemin croise celui d'un policier. Celui-ci les interpelle et leur demande si elles sont en possession d'une autorisation communale pour "le porte-à-porte". Les petites soeurs, probablement intimidées par l'uniforme et la prestance du pandore, lui remettent le certificat qu'elles ont reçues de l'Evêché. Alors, devant de nombreux passants ahuris, le sergeant de ville les enjoint de le suivre au commissariat. Là, elles seront rapidement relâchées. L'histoire s'ébruite, contre la volonté du couvent, et la presse s'en empare fustigeant le zèle de l'agent. Comme on dit à Tournai "Pindant c'timps-là, les voleus i-courrent toudis !".

 Le vendredi 9 novembre, les étudiants tournaisiens se mobilisent et manifestent de la place Verte à la gare aux cris de "Liberté en Hongrie". La veille, les troupes du Pacte de Varsovie ont envahi ce pays afin de réprimer, dans le sang, les aspirations d'autonomie du peuple magyar. Quelques incidents éclatent quand les manifestants déboulonnent la plaque du quai Staline et la remplace par une autre baptisée quai des Martyrs, quand une jeune femme excédée lance un pot de fleurs au passage du cortège ou lors de la mise à sac de la "librairie communiste " à la rue des Soeurs Noires. Certains à Tournai comme ailleurs commencent à comprendre que la conférence de Yalta, dix ans plus tôt, fut pour Staline, Roosevelt et Churchill une partition du monde en deux grandes zones d'influence et qu'il ne sera pas facile de s'y opposer. En ce même mois de novembre, une autre crise provoque ses effets jusqu'à Tournai, "l'affaire du canal de Suez" réduit les approvisonnements en pétrole et la ville connaît ses premiers dimanches sans voitures. La police traque impitoyablement ceux qui circulent sans l'autorisation nécessaires. Les médecins, les infirmiers, les membres des services de secours sont pratiquemnt les seuls à pouvoir utiliser un véhicule. Comme on le voit si le premier semestre fut marqué par de nombreux moments de réjouissance, l'année 1956 se termine dans l'inquiétude, de vieux démons se réveillent... dix ans à peine après la fin de la seconde guerre mondiale !.

(sources : "le Courrier de l'Escaut")

24 avril
2008

09:44

Tournai : l'année 1956 sous la loupe

L'année 1956 que nous visitons depuis hier débute dans la douceur au niveau météorologique. Le mois de janvier se passe sans problème. Changement radical lors de la dernière semaine, en quelques heures, une vague de froid envahit l'Europe. On va enregistrer une température minimale record de -28° à Botrange tandis que la Suède voit son thermomètre chuter jusqu'à -53°. Ces températures polaires ponctuées par quelques tempêtes de neige vont durer jusqu'au début du mois de mars. A Tournai, le plus souvent, il fait entre -5 et -10° durant le jour, entre -12 et -15° la nuit. Le froid met presque toujours en évidence la misère, ainsi, durant le mois de février, on découvrira, deux bambins de 5 et 18 mois les pieds gelés dans un deux pièces du quai Taille Pierre. La maison est un taudis, là où on mange, dort, là où on essaie de survivre, dans deux pièces qui servent de salle à manger, de cuisine, de chambre à coucher, de buanderie, s'entassent charbon, ordures et maigres provisions. Au mois de mars, le rapide dégel provoque les inévitables inondations. Les rieux et les fossés débordent, incapables d'absorber le volume d'eau provoqué par la fonte des neiges, l'eau recouvre champs et prairies. Les autorités communales prennent la décision de placer les "barrières de dégel", de nombreuses voiries supportant très mal remontée brutale des température et circulation des véhicules. De nombreuses routes et quelques rues de la ville connaissent des effondrements soudains et plus ou moins importants. Pendant deux mois, tous les chantiers seront à l'arrêt.

Au cours de ce premier trimestre, un projet d'envergure est présenté au conseil communal, le plan d'aménagement du quartier Saint Jean nécessité par le calibrage de l'Escaut. Les habitations situées entre la rue Saint Jean, la Galterie Saint Jean et le quai du Luchet d'Antoing seront, dans les années à venir, sous le coup d'expropriations. Quartier déshérité aux rues et ruelles étroites composées de maisons datant d'un autre âge, quelques établissements industriels et entrepots, voilà comment est décrit ce quartier dans la presse locale. La démolition permettra l'élargissement du fleuve et le déplacement de son lit vers la rive droite entre le pont Armand Delvallé et la passerelle du Pont de l'Arche. La courbe prononcée à cet endroit sera adoucie. Tout cela exigera l'expropriation de plus de 150 immeubles habités le plus souvent par des personnes aux revenus modestes. La rue Rifflée (ou Riflet) est appelée à disparaître. Ruelle sans histoire, elle tenait, semble-t-il, son nom de la tenancière d'un café qui s'y trouvait et qui était fréquenté par les militaires de la caserne Saint Jean toute proche.

De l'autre côté de la ville, un quartier est en pleine expansion, celui du faubourg Saint Martin. Sa population est passée de 1.600 habitants en 1894 à 5.200 en 1956. Sur les 845 maisons qui ont été construites à Tournai entre 1926 et 1956 près de 300 l'ont été dans ce quartier situé au sud de la ville et comprenant la cité du Maroc. Depuis des années, on parle de la création du quartier industriel sur la rive gauche de l'Escaut, en aval de Tournai, après le pont Delwart. Le projet progresse soudain puisque le lundi 22 octobre, on procède enfin à la vente des terrains. Les travaux du pont Notre-Dame, stoppés durant le rigoureux hiver, ont repris dès le mois d'avril et se poursuivent à un bon rythme. Au niveau commercial, notons qu'au début du mois de janvier 1956, on inaugure à Tournai, le nouveau magasin d'une enseigne alors bien connue : "la Vierge Noire". Il est situé aux n° 14 et 16 de la rue de la Tête d'Or. Il s'est passé encore bien des faits en cette année 1956 dans la ville, nous en parlerons dans un prochain article...

23 avril
2008

10:08

Tournai : l'année 1956 sous la loupe

Notre balade hebdomadaire à travers le temps nous amène aujourd'hui à découvrir l'actualité de l'année 1956 à Tournai. Un évènement culturel important va, sans nul doute, marquer la saison estivale : la prestigieuse exposition "Scaldis". Comme son nom l'indique, elle réunit les villes belges traversées par ce lien qu'est l'Escaut et se déroule simultanément à Anvers, Gand et Tournai. C'est le dimanche 15 juillet, une journée estivale durant laquelle le soleil brille de mille feux dans un ciel tout bleu, qu'elle est inaugurée par le Roi Baudouin. Celui-ci visite les différents sites de l'exposition et est reçu à l'hôtel de ville encore logé au Musée des Beaux-Arts. En se rendant, à pied, de la Grand'Place à l'Enclos Saint-Martin, le souverain est acclamé par une foule immense. Au passage dans la cour d'honneur, le souverain aura sans doute constaté que les travaux de reconstruction de l'hôtel de ville viennent de débuter.

L'exposition Scaldis aura un retentissement international. Elle est une vitrine de l'Art belge contemporain. Ainsi le musée des Beaux-Arts accueille des oeuvres d'artistes flamands du XXe siècle et des peintures contemporaines d'artistes hennuyers. Aux côtés des Manet, du Seurat et des tableaux monumentaux de Louis Gallait habituellement exposés en ce lieu, on peut découvrir des peintures signées Opsomer, Guiettes, Van Raemdonck venues d'Anvers, des peintures en provenance de Gand de Saverijs, Georges Minne... Attirent également l'attention des tapisseries parmi lesquelles "le débardeur" de Constantin Meunier. Du Hainaut, on trouve des oeuvres signées par Allard l'Olivier, Buisseret, Paulus, Cart... La Halle-aux-Draps présente un panel de trésors régionaux dont la "Vierge du Salvé" en provenance de l'église de Thimougies ou un Christ en colonne ainsi que des oeuvres de Boulanger, de Campin ou de Roger de le Pasture. A l'étage, la section héraldique expose des pièces uniques, mais l'objet de tous les regards est une pièce de haute valeur, la tabatière d'or offerte par la reine Marie-Antoinette à Charles-Joseph de Ligne. Le Casino et le Musée d'Histoire et d'Archéologie accueillent eux aussi les visiteurs de l'exposition Scaldis. Un passeport de 10 francs donne l'accès aux différents sites. Durant les trois mois pendant lesquels elle sera accessible, l'exposition Scaldis verra défiler une foule de personnes qui s'étaient également rendues à Gand et Anvers. On notera la visite de l'ambassadeur de Russie, de la reine Elisabeth.

Un homme se réjouissait sans doute de la mise à l'honneur de sa ville dans le cadre de cet évènement exceptionnel, le bourgmestre Emile De Rasse. Hélas, une crise cardiaque, survenue le 6 février, l'emportera à l'âge de 72 ans. La population rendit un hommage particulier à cet homme, premier magistrat de la ville depuis 1947 mais qui avait déjà ceint l'écharpe mayorale en 1940, remplaçant Albert Asou, décédé. Sa succession sera assurée par Mr. Jules Hossey qui aura donc le privilège d'accueillir les différentes personnalités venant à Tournai dans le cadre de l'Exposition Scaldis. Quelques semaines après la disparition d'Emile De Rasse, un autre ancien bourgmestre décèdera le 24 mars, Mr. Edmond Wibaut avait présidé aux destinées de la cité aux cinq clochers de 1919 à 1933. Dans le prochain article, nous explorerons les autres faits grands et petits qui ont marqué l'année 1956 dans notre ville.

20 avril
2008

10:56

Tournai : Xavier Gossuin, danseur et chorégraphe

Il est âgé de 44 ans (il est né à Ath en 1967) et a pourtant déjà réalisé tant de spectacles qu'il nous est impossible de publier ici une carte de visite complète de Xavier Gossuin. Celui-ci s'est découvert, très jeune, une vocation pour la danse. En 1980, il s'inscrit aux Ateliers de Danse de la Maison de la Culture de Tournai. En 1983, il poursuit sa formation à l'Ecole d'Art chorégraphique Arlette Ferrière à Mons et un an plus tard, il la parfait à Marcq en Baroeul, dans le Nord de la France. En 1985, il entre à l'école de formation professionnelle du Ballet Contemporain de Bruxelles. De 1986 à 1988, on l'y retrouve d'abord stagiaire et ensuite danseur et il effectuera de nombreuses tournées en France, Espagne, Danemark et à Berlin-Est. En 1989, il effectue son service civil à la Maison de la Culture de Tournai, est aussi professeur invité au Conservatoire de Luxembourg et dirige des stages à la Maison de la Culture de Comines.

En 1990, il monte la chorégraphie d'un défilé de mode pour l'ambassade d'Egypte dans le cadre de la "Triennale de la Tapisserie et des Arts du Tissu" de Tournai. Cette année là, il fonde la "Compagnie des Pas Perdus". C'est en 1991 que, dans les anciens locaux des Cafés Hivre, place Gabrielle Petit, il installe son école de danse "Danse et Compagnie". On le retrouve également comme professeur invité à l'Ecole Nationale de Ballet de Lodz en Pologne. On le découvre metteur en scène, chorégraphe et danseur pour le spectacle " Marie-Antoinette". En 1996, en compagnie d'Anne-Marie Rafaëlli, il crée la "Compagnie Xavier Gossuin" qui remplacera la Compagnie des Pas Perdus disparue. Il met en scène et chorégraphie le spectacle " La Belle et la Bête" auquel participent 300 danseurs à Tournai. En 1999, il sera danseur invité pour le spectacle que Franco Dragone offre à sa ville de La Louvière "Décrochez la lune".

En 2001, il crée le spectacle 'Songe en Si" et au cours de cette saison, il est également présent à la Zinneke Parade de Bruxelles. En 2007, il participe au spectacle à la Hofburg à Vienne mis en scène par un autre tournaisien, Luc Petit et Franco Dragone. On retrouve également Xavier Gossuin au coeur de nombreux évènements culturels d'envergure comme "Chapeau Europa" à Bruxelles et aux inaugurations du Musée d'Histoire Naturelle rénové et des quais de l'Escaut réaménagés. En 2006, les locaux de l'école de danse sont totalement rénovés, de nouvelles salles plus spacieuses et mieux adaptées ont été construites dans un immeuble moderne qui s'intègre parfaitement dans l'ensemble des bâtiments existants, réalisation remarquée par l'ASBL Pasquier Grenier. Outre les oeuvres déjà citées, beaucoup d'autres ont également vu le jour : "Cendrillon" en 1993, "Bestophe" en 1999, "Le chemin de lumière" en 2003, inspiré de la Flute enchantée. Xavier Gossuin a aussi créé, mis en scène, chorégraphié et dansé : "Le comte rouge" en 1991, un voyage à travers le temps sur les pas de Luchino Visconti, le réalisateur italien, "Rê of the sun" en 2003, un conte dansé, "Don Giovanni" en 2006 basé sur l'opéra de Mozart, "Cendres" en 2006 toujours, spectacle de danses contemporaines. "Brel dans tous ses états" créé en 1996 alliait la danse aux chansons de cet artiste belge disparu. Depuis 2005, Xavier Gossuin propose un "Festival d'hiver" auquel il invite de nombreuses compagnies et projets chorégraphiques venant de Russie, de France, du Québec, des Pays-Bas ou de Belgique. En cette fin avril 2008, il propose "Orlando", une réflexion sur la nature, celle des objets, des désirs et des haines, spectacle créé en 1988, déjà présenté au théâtre de la Cigale à Paris. Danseur, chorégraphe, professeur de danse, Xavier Gossuin est aussi le créateur des costumes de la compagnie, enseignement qu'il a reçu de sa mère, régente. Il voue depuis toujours une passion pour la danse et souhaite la faire partager avec ses élèves (certaines de celles-ci ont été reçues dans les écoles réputées de Londres, Angers, Anvers, Bruxelles ou Dublin) et son public, nul doute qu'il nous étonnera encore !

17 avril
2008

09:40

Tournai : l'année 1955 sous la loupe

L'année 1955 a souvent fait parler d'elle dans la presse locale au niveau météorologique. Le mois de janvier est très froid et neigeux. Cette situation, si elle enchante les jeunes qui découvrent les joies de la luge, des glissades improvisées ou des batailles de boules de neige, est loin de réjouir les adultes comme en témoigne un article paru dans le Courrier de l'Escaut. Les riverains de la rue des Puits l'Eau, principalement les commerçants, protestent contre le déversement incessant de cendres par les camions du service de la voirie. En effet, à cette époque, lors de verglas ou de neige, on ne déversait pas du chlorure de sodium mais bien des cendres et mâchefers produits par les feux et les chaudières des bâtiments communaux et des école. Inconvénient majeur, dès qu'il se remettait à neiger tout était recouvert et il fallait assurer un nouveau déversement. Les cendres avaient la particularité de s'accrocher aux chaussures et les clients les emmenaient dans les magasins. Pire encore, lors du dégel, elles transformaient les rues en des coulées de boues noirâtres qui se déversaient dans les égouts. Etait-ce finalement plus "écologique" que le sel ? Moins nocif peut-être mais certainement plus salissant ! A cet hiver rigoureux succèdera une période d'inondations qui semblent avoir très peu touché le Tournaisis.

L'été connaîtra des périodes de canicules et les orages seront fréquents. Un de ceux-ci sera même meurtrier. A Templeuve, un agriculteur sera foudroyé sur son champs. A Rumillies, un attelage effrayé par le tonnerre s'emballera provoquant la chute de son conducteur écrasé par les roues de la remorque avec laquelle il rentrait la moisson. A Ellezelles, une jeune étudiante de 20 ans venue prêter main forte à sa famille pour ramasser les blés sera, elle aussi, foudroyée en plein travail. L'orage s'abattra sur de nombreuses maisons de la ville et même sur un clocher de la cathédrale sans toutefois provoquer d'importants dégâts.

A la fin du mois de janvier, le village de Kain attirent de nombreux curieux et déplacent des journalistes belges et français. On a constaté l'apparition de nappes de vapeur d'eau au hameau d'Ormont. Des "chercheurs" venus sonder le terrain creusèrent le sol et constatèrent la présence, à plus ou mois deux mètres de profondeur, d'une crevasse. La température mesurée à cet endroit atteignait les 50°. Thermalisme ? On ne connut jamais la cause de ce phénomène, la presse resta par la suite muette à ce sujet ! Le samedi 12 février 1955, un tournaisien remporte la demi-finale belge de Bel-Canto organisée par l'I.N.R. (Institut National de Radio-diffusion, ancêtre de notre RTBF). Pierre Montel est le nom de scène de Pierre Lamontagne, né à Tournai le 21 mars 1929. Entré au conservatoire en 1951, élève de Mr. Delannoy, il en était sorti en 1954. il avait déjà attiré l'attention sur lui lors d'une prestation dans le Nord de la France. La même année, Pierre Lamontagne épousera Suzanne Wattiez et on le connaîtra ensuite comme professeur à l'Ecole industrielle et comme supporter de l'Union de Tournai, il décèdera en 2005. Le mois de juillet nous ramène le cirque à Tournai. En cette année 1955, c'est "Mullens", un des plus grands cirques européens qui plante son chapiteau sur la Grand' Place. " Un des plus beaux spectacles qu'il nous a été donné de voir depuis la guerre" écrit le journaliste du Courrier de l'Escaut. Sur trois pistes, on voit évoluer la plus belle cavalerie, les lions de l'Atlas, le ballet hindou des éléphants... Le dimanche 12 octobre sera un jour de gloire pour un sportif tournaisien. A Courtrai, dans un stade archi-comble, l'équipe B des Diables Rouges surclasse celle du Grand Duché du Luxembourg sur le score de 5-0. Jean Dedonder, du Racing de Tournai, est l'auteur de trois buts. De quoi donner des regrets aux sélectionneurs qui ne l'appelèrent en équipe nationale qu'à l'âge de 33 ans ! L'année 55 lentement se termine...

(sources : Le Courrier de l'Escaut)

16 avril
2008

10:40

Tournai : l'année 1955 sous la loupe

Nous poursuivons notre parcours sur la ligne du temps à la découverte de faits plus ou moins importants qui ont jalonné l'histoire de Tournai au cours de ses cinquantes dernières années. Comme celle qui l'a précédée, l'année 1955 ne nous offre pas de "unes" spectaculaires mais tout au plus quelques informations qui dépeignent le quotidien des tournaisiens. Petites ou grandes histoires, celles-ci ont marqué les mémoires. Ce que la cité tournaisienne est aujourd'hui n'est qu'une addition des décisions du passé et les anciens ne seront bientôt plus là pour les évoquer.

Le 1 février 1955 paraît le rapport économique concernant la région de Tournai. Il y est fait mention qu'au 31 décembre 1954, la situation de la reconstruction de la ville aux cinq clochers est la suivante : 567 immeubles reconstruits sur les 1.503 détruits, 21 sinistrés ont perçus leurs dommages de guerre mais n'ont pas entamé de reconstruction, 40 % à peine des bâtiments démolis lors des bombardements ont fait l'objet d'une reconstruction, ceci s'explique par le fait que des propriétaires de plusieurs immeubles avant la guerre ont préféré consacrer la totalité des indemnités perçues à la reconstruction d'un seul bien laissant les autres à l'état de ruines ou des terrains à l'abandon, d'autres, trop agés, n'ont plus souhaité entamer des travaux, d'autres encore ont quitté la région ou sont décédés.

Les travaux d'amélioration des voies de communication se poursuivent : le redressement des courbes de l'Escaut en aval est pratiquement terminé, celles situées en amont, du côté de Bruyelles et d'Antoing sont en cours. Les rénovations des écluses d'Antoing et de Kain sont à l'étude. Les liaisons routières font également l'objet d'attention, les travaux de réfection et de modernisation de la chaussée de Bruxelles (Nationale 7) débutent entre Tournai et Barry. Au niveau ferroviaire, on déclare avoir amélioré le trajet entre Tournai et le capitale. Le gain de temps pour le parcours Tournai-Bruxelles est compris entre 1 minute (le plus souvent !) et 11 minutes (le plus rarement !). Déjà à cette époque, cette ligne était le parent pauvre du réseau de la SNCB (Mais pourquoi diable n'y a-t-il jamais eu un administrateur de cette société issu de la région ?). Le quartier industriel du port fluvial est toujours à l'état de projet, les négociations pour la vente des terrains sont toujours en cours (en voir la raison dans un article précédent ).

Certains économistes n'hésitent pas à parler de déclin économique pour le Tournaisis. Leur argumentation est basée sur différentes causes : les entreprises locales maintiennent l'emploi au même niveau que trente ans auparavant (on remplace les départs naturels). Il y a trop peu d'investissements et de modernisation de l'outil, la production n'augmente pratiquement pas alors qu'à Tournai, comme ailleurs dans le pays, la population est en hausse et on se trouve en plein "baby-boom" ! Cela ne peut engendrer qu'une hausse future des sans-emplois. Si le chômage se résorbe légèrement dans la région, la diminution du nombre de chômeurs est moins importante que dans d'autres bassins économiques. Pourtant, durant cette année 1955, le secteur de la construction ne manque pas de travail. Le 14 mars débute le chantier du Pont Notre-Dame. On restaure également la Tour de la Loucherie, elle ne sera néanmoins qu'une pâle copie de celle qui s'élevait encore fièrement avant-guerre, on ne reconstruira pas l'escalier interne qui donnait accès à l'étage. A l'angle de la rue de Tête d'Or et de la rue Garnier, le Parti Social Chrétien reconstruit son local tournaisien qui sera inauguré en septembre.

Les travaux d'extension du réseau de distribution d'eau sont entrepris pour alimenter le village de Saint Maur et les hameaux de Longuesault et Wisempierre à Ere. Cele nous permet de constater qu'il y a, à peine, cinquante ans, tout le monde n'avait pas encore accès à cette eau "courante" et potable que nous connaissons. La RTT (Régie des Téléphones et Télégraphes) se modernise elle aussi. Le samedi 6 août, les numéros d'appel des abonnés tournaisiens sont modifiés suite à la mise en service de la nouvelle centrale automatisée. Il ne faudra désormais plus passer par "l'inter" pour obtenir un numéro mais simplement composer le préfixe de la région à atteindre. Certains regrettent déjà ces brefs moments "d'intimité" avec une opératrice qui se contentait de dire "allo" et "voilà". Ces mêmes opératrices pleurent un boulot de "communication" remplacé par une impersonnelle "machine" ! Dans le prochain article, nous verrons d'autres petits faits qui ont marqué le quotidien des habitants de notre cité...

(sources : Le Courrier de l'Escaut et l'Avenir du Tournaisis)

10:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, economie, dommages de guerre, reconstruction |

14 avril
2008

09:47

Tournai : Madeleine Gevers, poète et romancière

Au "jardin des poètes" du Mont Saint Aubert, aux côtés de Géo Libbrecht, créateur de cet espace de repos qui domine Tournai, est enterrée Madeleine Gevers-Malfaire. Tournaisienne d'adoption, Madeleine Malfaire est née au Pays de Charleroi, à Lodelinsart, le 10 janvier 1903. Issue d'un milieu modeste, son père était ouvrier verrier, elle quitte très jeune cette région qu'elle décrira plus tard comme un "pays couleur de fer, noir et or, grondant comme une forge". Elle poursuit à Bruxelles des études secondaires à l'Ecole Normale. Son don pour l'écriture s'y révèle et, en 1919, alors qu'elle n'est agée que de seize ans paraît son premier recueil "Les fêtes nationales sous l'occupation". En 1923, Madeleine Malfaire fait la connaissance d'un photographe-encadreur, Albert Gevers.

Après le mariage, le couple s'installe à Antoing et ensuite à Tournai. Il ouvre une boutique à la rue Gallait. Entre 1938 et 1974, le magasin se partagera entre un studio-photos tenu par Albert et une librairie-bibliothèque, passion de Madeleine. Quadragénaire, Madeleine va donner libre cours à son amour pour l'écriture et sa production sera importante. Ce sont d'abord les romans et les nouvelles : "Victoire", "Le radeau", "La galette truquée". En 1950, elle rejoint le groupe de poètes "Jeune Tournay" qui deviendra par la suite "Unimuse". Elle écrit alors des romans-feuilletons policiers dont "Beau temps pour mourir" en 1956 et "Chair périssable " en 1961. La RTB (Radio Télévision Belge) programmera plusieurs de ses pièces de théâtre comme "Les fanatiques" en 1960, "La femme de Jan" en 1964, "Le transfuge" en 1973. "Le cadeau d'anniversaire" sera interprété par le Cercle dramatique du Hainaut en 1975. Elle écrira encore pour le théâtre "La sirène de Hambourg", "Le portail" et "Passage du Nord" en 1976. On notera aussi trois grands romans "Les amours gaspillées" sur le thème des maternités précoces et des séparations de couples, "Le silence du sang" qui traite de l'adoption et de l'inceste et les "Pas dérisoires" qui décrit le travail de la femme. En poésie, relevons : "La vitre" préfacée par Michel de Ghelderode à qui elle consacrera une chronique en 1967 sous le titre de "Michel retrouvé", "Passage privé" préfacé par Géo Libbrecht en 1964, "Train de vie" publié en 1965 qui sera récompensé par le Prix Charles Plisnier", "Le sursis" en 1972, "L'envers du temps" en 1980, "Encadrés" en 1987 et "Est-il si tard ?" paru aux éditions Cascatelle Sherbrooke, maison québecquoise, en 1995.

Après la mort de son mari, survenue au début des années quatre-vingt, Madeleine Gevers, habitant alors à la rue Saint Eleuthère, continuera à publier des nouvelles et réflexions littéraires dont "Le poète et son temps". L'Optimiste se souvient d'une émission qui fut consacrée à la romancière, poétesse, nouvelliste par No Télé, télévision locale et communautaire tournaisienne, en 1995. Celle-ci rendait hommage à la doyenne des membres d'Unimuse et des écrivains hennuyers. Le 15 mars 1996, Madeleine Gevers s'envolait, comme elle l'avait depuis longtemps écrit, pour "un lieu ignoré des atlas", elle avait 93 ans !

12 avril
2008

11:14

Tournai : l'année 1954 sous la loupe

La "une" des journaux locaux étant de peu d'intérêt, ce sont les informations secondaires qui nous renseignent sur les habitudes, les préoccupations, les distractions des tournaisiens en cette année 1954. La météo tout d'abord. L'hiver 54 a été particulièrement rigoureux dans nos régions au point que certains n'hésitent pas à patiner sur l'étang gelé du Jardin de la Reine, au mépris du danger, bravant l'interdiction décrétée par les autorités communales. La vague de froid qui dura de nombreuses semaines a causé la mort de dizaines de sans-abris notamment à Paris. Cette situation pousse un jeune prêtre-ouvrier a lancé un vibrant appel à la solidarité avec les plus démunis sur les ondes de Radio Luxembourg, un soir du mois de janvier. Le 6 mai, la salle du Forum, rue Blandinoise est comble pour l'accueillir, il s'appelle l'Abbé Pierre, on le surnomme l'apôtre des sans-logis, il vient parler de la naissante communauté d'Emmaüs. Sa notoriété ira grandissante au point que nos voisins Français l'éliront le plus grand Homme de leur histoire.

Cette notoriété, c'est aussi ce que recherchent de nombreux tournaisiens en tentant des records insolites. En mars, le nommé Jules Boudrenghien s'attaque, au café du Red Star à la chaussée de Bruxelles, au record du monde de durée à l'accordéon. Le patron du café réalise également un exploit qui passera inaperçu, il décide de ne pas abandonner son comptoir et de servir les très nombreux curieux venus assister au marathon musical (peut-être souhaitait-il conserver tout simplement un oeil sur le tiroir-caisse !). Jules Boudrenghien fera trois essais entre mars et avril, il abandonnera au troisième après 79h28 min. Ils seront une bonne dizaine à vouloir réaliser l'exploit et le record tombera le 12 mai, à Hollain sous les doigts, probablement mal en point, de M. Droissart qui joua durant 96 h. Plus modestement, un jeune Kainois du nom de Roger Croiseau, âgé de 17 ans, s'attaque au record du Hainaut d'endurance à l'accordéon. A peine dix ans plus tard, il sera connu dans toute la région avec son orchestre "Rock Crosy"!

D'autres distractions attirent les habitants de la ville des cinq clochers. Du 5 au 8 juillet, le cirque Williams dresse son châpiteau sur la Grand' Place. Il peut contenir plus de 4.000 spectateurs et la caravane se déplace au moyen de deux trains spéciaux. Au-delà des numéros traditionnels, il propose la revue "Texas-Rodéo" amenant les spectateurs dans les plaines du Far West. Comme les grands cirques américains, une parade traverse la ville et les curieux sont invités au repas des éléphants qui a lieu face aux bureaux du Courrier de l'Escaut, place Paul Emile Janson. Les sportifs se donnent rendez-vous au stade de l'avenue de Maire ou à celui de la rue des Sports pour assister aux derbies entre les deux clubs tournaisiens, le Racing et l'Union (les "Rats" étrillent les "Infants" sur le score sans appel de 5-0). Les amateurs de "petite reine" sont ravis d'assister au critérium d'après Tour de France qui se déroule, le 5 août, sur circuit fermé au boulevard Bara. Y participent les grands noms de l'époque : Gino Bartali, Rik Van Steenbergen, Charly Gaul, Raymond Impanis, Jean Branckart, N. Lauredi, l'espagnol Timoner, André Darrigade, Germain de Rijcke, Alex Close, Fred Debruyne et un jeune espoir français... Jean Stablinsky. C'est Hilaire Couvreur qui remportera la finale disputée derrière dernies devant Van Steenbergen et Stan Ockers.

Terminons par deux informations qui peuvent prêter à sourire. Le vendredi 23 juillet 1954, faisant sa ronde sur le Boulevard Bara, un agent de police croise le chemin d'un individu à l'allure suspecte. La fouille de celui-ci mettra au jour 50 paquets de cigarettes et de cigares, 8 briquets, une somme d'argent et un révolver factice. Il venait de dérober ce butin dans un bureau de tabac de la rue Dorez. Se faisant passer pour italien, il s'avéra qu'il était français et avait été expulsé du territoire belge pour d'autres méfaits. Enfin, dans le courant du dernier trimestre, le Tournaisis n'échappe pas à la grande vague des "soucoupes volantes", un engin de la forme d'un cigare a été aperçu à Béclers, il a même laissé une trace dans une prairie, l'analyse de celle-ci fera apparaître qu'il s'agit de bouillie bordelaise épandue par un fermier à proximité. Voilà l'ambiance qui a marqué l'année 1954 à Tournai et dans la région, une année finalement bien calme pendant laquelle commencent à s'estomper les souvenirs de la guerre...

(sources : presse locale)