29 févr.
2008

13:13

Tournai : le Conservatoire de Musique (5)

Le huitième directeur du conservatoire de Tournai a donc été désigné en la personne de Monsieur André Dumortier. Né à Comines en 1910, le tout jeune André vient s'installer, avec ses parents, à Tournai à l'issue du premier conflit mondial. Passionné par la musique, André Dumortier va donc tout naturellement s'inscrire au Conservatoire de Tournai et y entamer des études musicales sous la direction de Mr. Jules Detournay. Ce dernier, professeur de piano, avait obtenu un premier prix du Conservatoire Royal de Bruxelles, dans la classe du très réputé Arthur Degreef. Nommé à l'âge de 24 ans à Tournai, Mr Detournay y sera professeur durant 46 années. Musicien, compositeur et professeur, Jules Detournay a probablement insufflé cet amour de la musique au jeune André Dumortier qui, à l'âge de 17 ans, obtient un premier prix de piano avec la plus grande distinction. En 1929, seulement âgé de 19 ans, il conquiert un premier prix avec distinction au Conservatoire Royal de Bruxelles, dans la classe de Mr. Sevenants. A 21 ans, il remporte le diplôme de virtuosité avec la plus grande distinction et le prix Canler. A 28 ans, il affronte, en compagnie de 15 autres sélectionnés parmi 150 candidats, un jury national. André Dumortier restera parmi le quatuor final et sa prestation recueillera les suffrages unanimes de la presse. A la fin de son audition, il est reçu par la Reine Elisabeth qui le complimente et lui demande de jouer pour elle. Par la suite, André Dumortier participera à l'épreuve internationale et sera le seul représentant belge parmi les douze finalistes. Sa prestation est acclamée par d'interminables ovations. André Dumortier fit partie du quatuor de Londres et enseigna également durant 30 ans le piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, tout en étant également professeur à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Il réalisera également de nombreux concerts en Belgique et à l'étranger et enregistrera pour la BBC, la RTB, la RTF, la Radio-Suisse Romande, Hilversum ou encore Oslo et Rome...

C'est donc un homme de grand talent, un maître de musique, mais aussi un homme d'une rare gentillesse et d'une grande modestie qui devient le nouveau directeur du conservatoire de Tournai. Rapidement il reprend la formule des "choeurs" en collaboration de Mr. Félicien Doyen. Voilà encore un professeur à la carte de visite prestigieuse. Mr. Doyen, né à Tournai le 22 octobre 1924, sera le chef du "Cercle choral Tornacum" de 1947 à 1990 et de ceux de la chorale Nadaud de Roubaix, entre 1952 et 1975. Ce passionné de musique et de chant exerce la profession de négociant en bois à la chaussée de Bruxelles à Tournai. Après avoir étudié au Conservatoire de Tournai, il avait poursuivi ses études musicales au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles où il obtint, en 1945, le 1er prix de violoncelle et le Diplôme supérieur de Musique de Chambre. Il fut également premier prix de chant et remporta le prix Jean Noté. Félicien Doyen est entré à la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1948, où il est un interprète apprécié de ses hymnes à la gloire de Tournai. En sa compagnie, Mr. André Dumortier reconduit d'une certaine façon la célèbre "Société de Musique" par l'organisation annuelle d'un grand concert du conservatoire. Ainsi, le premier qui est organisé, le 3 avril 1955, met au programme "La Damnation de Faust" d'Hector Berlioz. Ce sera le point culminant des festivités du 125e anniversaire du Conservatoire de Tournai... Dans le prochaina rticle, nous poursuivrons l'histoire de l'intitution tounaisienne.

28 févr.
2008

13:41

Tournai : le Conservatoire de Musique (4)

La période s'étendant de 1935 à 1945 sera difficile pour le conservatoire de Tournai. Celui-ci va perdre de nombreux excellents collaborateurs. C'est tout d'abord Mr. Eugène Landrieu qui décède le 27 novembre 1935, seulement âgé de 50 ans. Il était, en effet, né à Tournai le 13 novembre 1885, élève du conservatoire de Tournai, diplômé du Conservatoire Royal de Bruxelles, il devint professeur de flûte à l'institut des Frères de Passy-Froyennes, fonction qu'il occupera jusqu'en 1920, il fut également nommé professeur de musique à l'Athénée Royal de Tournai et en 1919 devint professeur de flûte au Conservatoire de la ville. Passionné de musique, il fut également chef de musique de l'Harmonie Communale des Sapeurs-Pompiers, de l'orchestre du Théâtre Wallon Tournaisien, de la Lyrique Royale Tournaisienne et de la chorale les "Mélomanes" de Péruwelz. On le connaît également comme membre-fondateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (qui fête en 2008 son centenaire), dont il sera le pianiste titulaire jusqu'à sa mort. Dans le répertoire du Cabaret Wallon, on retiendra son célèbre "Ch'est ainsin dins no ville" dont il est l'auteur des paroles et de la musique. C'est donc une grande figure tournaisienne et un excellent compositeur que le conservatoire perd en Eugène Landrieu.

En 1938, c'est le doyen des professeurs qui décède, Mr. Célestin Allard avait été professeur de clarinette durant 45 ans. Un an plus tard, le conservatoire enregistre la perte de Mme Harckman, professeur de piano, pédagoge appréciée par ses collègues et élèves. Quelques jours avant le début de la seconde guerre mondiale, le 1 avril 1940, meurt Mr. Hivre, moniteur de saxophone et de clarinette, homme modeste mais professeur distingué doté d'une grande conscience professionnelle. Le 8 mai 1940 éclate la seconde guerre mondiale. Malgré l'occupant, le conservatoire continuera a prodiguer les cours, certains de ses professeurs entrant même dans la résitance comme Michel-Albert Verdière, professeur de Hautbois. Ardent patriote, il fut arrêté par l'occupant allemand et déporté dans un de ses sinistres camps de concentration. En avril 1945, suite à l'approche des armées alliées, les allemands évacuèrent les camps en protégeant leur fuite grâce aux prisonniers. Michel Albert Verdière, épuisé et malade par les mois de privations tomba à deux reprises au cours de cette marche forcée, chaque fois il fut relevé par ses camarades d'infortune, mais à Magdebourg, il fut abattu lâchement par un S.S. qui espérait encore, dans sa folie, échapper à l'avance des soldats alliés. Il est un des symbole de la résistance des enseignants du conservatoire de Tournai et son nom est gravé à jamais dans la mémoire de ceux qui l'ont connu.

Après la guerre, le 1 juin 1948 décèdera Mr. Donat Delhaye, professeur de cor, présent au conservatoire depuis 1906 et en 1952, le conservatoire est frappé par la perte de Mr. Jules Detournay, professeur de piano. Ce dernier avait obtenu un premier prix de piano au conservatoire de Bruxelles, dans la classe du maître Arthur Degreef. Il avait été nommé à Tournai à l'âge de 24 ans. Sa carrière dura 46 années. Enfin, le 19 juillet 1954 on enregistrait la disparition de Mr. Ulysse De Guide, professeur de diction, de déclamation et d'art théâtral. En cette même année 1954, André Collin suivait les traces de Nicolas Daneau en étant nommé Directeur du Conservatoire de Mons. Le conservatoire de Tournai allait bientôt avoir un huitième directeur, un homme de légende...

27 févr.
2008

13:01

Tournai : le Conservatoire de Musique (3)

Nicolas Daneau ayant quitté Tournai pour diriger le Consrevatoire de Mons, il y a lieu de procéder à la nomination de celui qui sera le cinquième directeur de l'école tournaisienne. En cette année 1919, le choix se porte sur Mr. Fernand Godart, né à Tournai le 15 octobre 1862 et attaché à l'académie de musique comme professeur depuis 1886. Le succès du conservatoire de musique ne se dément pas car en cette année 1920, on dénombre 677 élèves et l'année suivante, on dépassera le cap des 750. En 1923, Fernand Godart reprend la tradition des concerts dominicaux donnés par les professeurs et leurs élèves.

Double anniversaire en cette année 1930, la Belgique fête le centenaire de son indépendance, plus modestement le conservatoire de Tournai fête également le centenaire de sa fondation. A cette occasion, une réception est organisée, le 13 avril, dans le hall d'entrée du musée des Beaux Arts par l'Administration Communale. Dans son discours, le bourgmestre Edmond Wibaut, élu le 27 juin 1919, déclare l'attachement indéfectible de la ville à son établissement jubilaire. L'après-midi, dans une Halle-aux-Draps qu'a rejoint un nombreux public, l'orchestre et les choeurs du conservatoire exécutent "Franciscus" l'oeuvre d'Edmond Tinel. Après onze années passées à la tête du Conservatoire, âgé de 68 ans, Fernand Godart se retire. Pendant deux années encore, il dirigera la fanfare communale de Pecq jusqu'à sa mort, le 28 novembre 1832.

Mr. Henri Van Hecke lui succède. Le sixième directeur du conservatoire est né à Tournai, le 22 mars 1882. Il fut l'élève du conservatoire de Tournai et ensuite du Conservatoire Royal de Bruxelles, où il obtint un premier prix de violon. Compositeur de talent, il était l'auteur de nombreuses oeuvres pour chant et piano, chant et orchestre. On lui doit notamment l'adaptation musicale des "Clochers" de Georges Rodenbach et la création d'un "Hymne tournaisien" pour choeur et orchestre. Cet homme bienveillant, d'un parfait dévouement professionnel et de grand talent ne pourra cependant pas donner sa pleine mesure à la tête de l'institution tournaisienne, il décède, en effet, en 1934 en son domicile de Froyennes. Un septième directeur dirigera donc le conservatoire en la personne de Mr. André Collin. Celui-ci est Namurois d'origine, il y est né en 1899, très jeune il fut plongé dans le monde musical car son père exerçait la fonction de directeur du conservatoire de Namur. Lauréat du Grand Prix de Rome en 1923, il va créer sa propre école de musique à Auvelais en 1924. On le décrit comme un homme de nature discrète et d'un tempérament réfléchi et profond. Auteur, notamment, de "Sévillana" et de la comédie musicale "Nuton", André Collin a oeuvré en vue de conserver le standing et la réputation que le conservatoire tournaisien avait acquis tant en Belgique qu'à l'étranger. En 1933, il crée les cours de diction, de déclamation et d'art théâtral dont Mr. Ulysse de Guide sera le premier professeur. Bientôt le conservatoire de Tournai allait connaître les heures sombres de la seconde guerre mondiale qui éclate le 8 mai 1940. Nous verrons, dans le prochain article, comment il les surmontera...

26 févr.
2008

13:00

Tournai : le Conservatoire de Musique (2)

Dans l'article précédent, nous avions laissé notre école de musique au moment où elle venait de fêter son vingt-cinquième anniversaire. Le 25 juillet 1857, Charles Moreau, son premier directeur décède. A la rentrée suivante, on dénombre 143 élèves. Ce n'est cependant qu'en octobre 1858 que le Conseil Communal désigne Mr. André Soil pour remplacer le disparu à la fonction de professeur. Mr Soil a été parmi les premiers élèves de l'école de musique ! Il n'y restera pourtant que trois courtes années. En effet, en 1861, il présente sa démission car il vient d'obtenir un engagement de violon-solo au Théâtre de Nantes. Par la suite, il se fixera à Moscou. Mr. Carré, lui aussi originaire de Tournai, le remplace. En 1895, lors de la rentrée, on enregistre, pour la première fois, un nombre d'inscrits aux cours dépassant les deux cents. Nouvelle initiative des professeurs en 1860, l'organisation d'un concert donné en compagnie d'élèves dans le but de procurer des instruments aux inscrits nécessiteux. Les bâtiments de la Grand' Place dans lesquels l'école de musique est logée depuis 1832 sont vétustes, ils posent même certains problèmes en terme de sécurité pour les 202 étudiants qui fréquentent les cours. L'école va s'installer au Café de l'Académie après avoir fait un bref crochet par celui de l'Europe. Importante percée sociale en 1862, tous les cours deviennent gratuits.

En 1865, le 30 octobre, élèves et professeurs de l'école de musique vont devoir faire face à un évènement imprévu et tragique, Amédée Dubois, leur directeur, âgé de 47 ans, succombe de façon inopinée. La veille encore, il faisait des projets pour la maison qu'il dirigeait. Le Conseil Communal porte son choix sur Mr. Maurice Lenders pour lui succéder. Dans la "Feuille de Tournay" du 15 juin 1869, on apprend qu'une demande de subsisdes a été introduite par la Ville de Tournai en faveur de son école de musique. Celle-ci pourra être accueillie favorablement pour autant que la Ville consente à ce qu'un agent du Gouvernement soit admis à visiter l'école et à s'occuper de sa comptabilité. L'envoi d'une sorte de commissaire du Gouvernement comme on n'en connaît énormément à l'heure actuelle, à la différence importante que celui-ci était installé dans un but préventif pour surveiller l'utilisation des deniers publics et non curatif pour restaurer la confiance dans la gestion ! Une subvention est accordée, elle s'élève à 1.500 francs.

En 1872, l'Etat impose de nouvelles normes qui entraînent une réorganisation des cours, le Conseil Provincial apportera sa contribution financière dans le coût engendré par celle-ci. Evènement en 1877, l'Ecole de Musique devient "Académie de Musique", elle enseigne désormais à plus de 400 élèves. Trente ans après son accession au poste de Directeur, Maurice Lenders fait valoir ses droits à la retraite et, en cette année 1896, est remplacé par Nicolas Daneau, originaire de Montigny-sur-Sambre (région de Charleroi), compositeur, premier second Prix de Rome. A peine nommé, celui-ci s'active à mettre sur pied les concerts que nous connaissons encore aujourd'hui. En 1900, il forme un orchestre composé de 65 exécutants (élèves, anciens élèves et professeurs). Cinq ans plus tard, l'Académie compte 435 élèves inscrits quant à l'orchestre et aux choeurs mixtes, ils forment un ensemble de 275 exécutants. C'est à cette époque que l'Académie de Musique s'installe dans ses locaux de la rue Saint Martin. Grâce au travail incessant de Nicolas Daneau, grâce à sa vitalité, à un nombre toujours plus important d'élèves, le Conseil Communal attribue à l'Académie le titre de "Conservatoire de Musique de la Ville de Tournai" en 1913. Durant la première guerre mondiale, le tout jeune conservatoire continuera à prodiguer ses cours malgré des conditions pénibles (insécurité, manque de lumière, de chauffage) mais grâce à l'énergie déployée par la Direction et le corps professoral. En 1919, Nicolas Daneau est nommé Directeur du Conservatoire de Mons. Pendant les vingt-trois années passées à la tête de celui de Tournai, il avait, non seulement poursuivi le travail des anciens, mais également insufflé un élan nouveau... Dans le prochain article, nous continuerons à parcourir l'histoire du Conservatoire de Tournai.

25 févr.
2008

13:21

Tournai : le Conservatoire de Musique (1)

Les touristes venus découvrir la ville aux cinq clochers sont souvent intrigués par ce bâtiment semi-circulaire érigé sur des colonnes à la Place Reine Astrid. La "Salle des Concerts", aussi appelée à cause de sa forme "le tambour à pattes", abrite, depuis 1982, l'actuel Conservatoire de Musique. Fondé en 1829, il compte parmi les académies de musique les plus réputées du pays. Il faut pourtant remonter en 1812 pour voir quatre artistes tournaisiens créer une école de musique. Dans le journal local de l'époque, "la Feuille de Tournay", il est mentionné que "les fondateurs désirent procurer aux amateurs des moyens faciles de cultiver l'art de la musique qui fait le charme de toutes les sociétés". En 1827, quinze ans plus tard, un nouveau pas est franchi par la création de la "Société d'harmonie ou de philarmonie de la Ville de Tournai".

Les amateurs de musique étant de plus en plus nombreux, celle-ci va entreprendre des démarches auprès de l'Administration Communale pour obtenir la création d'une école de musique reconnue. Le projet aboutira par l'approbation de son règlement le 7 mars 1829 et l'autorisation d'ouverture le 13 mai de la même année. Le 1 juillet 1829, dans des locaux situées en l'Abbaye de Saint Martin, s'ouvre l'Ecole de Musique de Tournai. Les cours ont lieu tous les jours de la semaine, suivant un horaire qui peut paraître bizarre à notre époque, de 11 à 12h et de 12 à 13 h. L'enseignement de la musique est dispensé par trois professeurs : Mrs Félis (solfège), Moreau (instruments) et Denos (chant). Ceux-ci sont rétribués grâce un versement trimestriel de cinq francs effectués par les élèves. C'est Charles Moreau, professeur d'instruments, qui sera désigné comme premier directeur par une commission administrative composée de sept membres et présidée par un échevin. On rapporte qu'à cette époque un membre de la commission assistait aux leçons. Charles Moreau était un excellent violoniste qui aurait pu briguer une carrière internationale et participer à de nombreux concerts tant était grand son talent mais il avait avant tout l'âme d'un pédagogue, son plaisir ne résidait pas dans les ovations d'un public subjugué mais dans l'enseignement de la musique, la transmission d'un savoir chez des jeunes dont il fallait mettre au jour le don pour la musique.

En 1836, l'école de musique quitte l'Abbaye Saint Martin pour la Grand'Place où elle est logée dans des locaux jouxtant ceux de l'Académie de Dessin qui deviendra plus tard l'Académie des Beaux Arts de Tournai. En 1851, les cours seront données en la Halle-aux-Draps, la période est cependant difficile car, après des débuts encourageants qui virent la participation de 54 élèves lors de l'année 1836-1837, la population tomba à 29 élèves en 1849-1850. En 1852, Charles Moreau décide de démissionner de son poste de directeur tout en conservant celui de professeur, le Conseil Communal choisit à l'unanimité, pour lui succéder, Mr. Amédée Dubois.

Né à Tournai le 10 juillet 1818, Amédée Dubois fut l'élève de Mr. Moreau. Extrêmement doué, il avait obtenu en 1835 un premier prix de violon au conservatoire de Bruxelles et occupait l'emploi de violon-solo au Casino Paganini à Paris. Reconnu pour son talent, il donna de nombreux concerts en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Toutes ces références attirèrent l'attention des responsables du Conservatoire de Bruxelles qui souhaitèrent lui conférer une place de professeur au sein de leur renommée institution. Au plus profond de lui-même, Amédée Dubois se sentait tournaisien et préfèra la direction de l'école de Tournai aux honneurs de la capitale. Dès son arrivée, il va totalement réorganiser l'école et va attirer de nombreux élèves, ils seront 110 en 1852 dont un grand nombre inscrit dans la classe...de violon. Ce n'était pas un hasard ! En 1853, relevons une initiative dont Mr. Maton, nouveau professeur de chant, fut probablement à la base, la création d'un cours de chant gratuit pour les personnes issues de la classe ouvrière. En cette même année, le 27 décembre, l'école de musique va se produire en concert au bénéfice des pauvres de la ville, sous le patronage de l'Administration Communale. Le conservatoire a été créé depuis à peine 25 ans, il atteint sa vitesse de croisière. Nous verrons dans le prochain article la suite de son histoire....

23 févr.
2008

14:35

Tournai : le Théâtre Jorio.

Le  théatre Jorio ? Qui se rappelle encore ce théâtre ? Quelques tournaisiens âgés, quelques visiteurs assidus du musée de folklore ? Peut-être, mais il est probablement méconnu d'une majorité d'habitants de notre ville. Pourtant, il fit le bonheur de générations de jeunes garçons et filles de la cité des cinq clochers. Il serait bon de se rafraîchir la mémoire.

Au tout début du XVIIIe siècle, une famille originaire de Savoie vint s'installer à Tournai. Très peu de personnes les désignaient par leur nom, les Jorio, pour tous ils étaient les "Savoyards". A cette époque, si l'état civil officiel existait déjà, le peuple avait le sien et les surnoms, sobriquets et autres remplaçaient bien souvent les noms de famille. Jean Pierre Jorio naquit à Tournai, à la rue de l'Ecorcherie, le 2 mars 1805, il était le fils d'un "balayeur de cheminées" (correspondant à cette image d'Epinal qui veut que tous les petits Savoyards soient des ramoneurs). Il exerça le métier d'ouvrier peintre et épousa en 1828 Charlotte, Léopoldine, Joseph Henneuse. Le couple habitait alors au Réduit des Dominicains, une ruelle proche de la Grand'Place. Hélas, son épouse décéda quelques années après leur mariage. Il épousa en seconde noce Marie Appoline Dubois, le 30 octobre 1844.

C'est en 1850 que Jean Pierre Jorio créa le théâtre de marionnettes qui allait rapidement connaître le succès auprès de la population tournaisienne. Les distractions étaient fort rares à cette époque et principalement réservées à une classe sociale aisée qui fréquentait alors les bals, le théâtre et les expositions. Il installa son théâtre sur le "Marché aux Toiles" (actuellement la Place de Nédonchel) avant de le déménager à la rue As-Pois et ensuite au Réduit des Sions. Travaillant la semaine, il organisait les représentations en matinée et en soirée les dimanche et les lundis en soirée. Le droit d'entrée était fixé à un "p'tit sou". Bien vite, il se fidélisa un clientèle composée en grande partie de gosses du quartier, mais également de personnes âgées, de soldats et de "dévideuses de la filature Boucher". La salle était petite et éclairée par des quinquets à huile. Jean Pierre Jorio fabriquait lui-même ses marionnettes, taillées en plein bois ce qui leur donnait un certain poids, ils confectionnait également les costumes et les décors. Au programme, on trouvait des pièces dites de "routine", histoires empruntées au folklore local, sur des textes récités en patois par les membres de la famille Jorio, mais également des pièces "au livre", beaucoup plus importantes, qui nécessitaient le concours de nombreuses personnes pour les voix et la manipulation des personnages. Comme dans tous les théâtre de marionnettes, deux personnage se distinguaient : Jacques, le justicier, avec son tilogramme, sorte de gourdin et Nanette, la mégère.

Le 18 janvier 1872, à l'âge de 67 ans, Jean Pierre Jorio décèda, son fils assura la relève. De 1850 à 1890, pendant quarante années, le petit théâtre attira une foule de spectateurs, mais le répertoire n'étant pas assez vite renouvelé, la famille Jorio fut contrainte de baisser le rideau défintivement. Le "Théâtre des Poriginelles" (c'est le nom tournaisien des Polichinelles) ferma ses portes et les personnages, décors... furent vendus à des collectionneurs. Et cela va permettre de sauver ce témoignage de la destruction. Des dons seront faits au Musée de Folklore de Tournai, où dans une salle de l'étage, les visiteurs peuvent redécouvrir le théâtre avec ses marionnettes, petits personnages figés à tout jamais attendant vainement qu'un nouveau Jean Pierre Jorio leur donnent un jour vie...

22 févr.
2008

13:55

Tournai : l'éclairage public (2)

Pendant bien longtemps, l'éclairage public tournaisien fut donc sous la responsabilité des "alleumeux d'réverbères". Mais lorsqu'on découvrit le gaz de houille, on entreprit de construire une usine à gaz contre les remparts, au fond de l'actuelle Place Verte, on était alors en 1834. Cette usine permit à l'éclairage au gaz de se développer non seulement pour éclairer les rues (les premières qui en héritèrent furent la rue des Orfèvres et la rue du Four Chapitre) mais aussi des maisons particulières appartenant à la bourgeoisie et des estaminets. Il fallut à peine trois années pour que l'éclairage au gaz s'étende à toutes les rues du centre-ville. En 1862, la "Société du Gaz du Tournaisis" était créée et par la suite, on édifia un gazomètre au bord de l'Escaut, à la limite de Tournai et de Kain, sur un terrain voisin de la distillerie Carbonnelle.

Peu à peu, on vit disparaître le métier d'allumeur de réverbère, on installa un éclairage automatique que réglait la "minuterie". En 1885, on commença à parler à Tournai de l'électricité. A la rue des Puits l'Eau vivaient les frères Wicard, ingénieurs, électriciens et photographes. Dans leur petit magasin, ils vendaient des petits appareils électriques. En août 1906, lors du Congrès Eucharistique qui se tint à Tournai, ils permirent d'illuminer électriquement la croix située au dessus du jubé de la cathédrale. Quelques semaines plus tard, ils éclairèrent l'exposition Industrielle et Artistique du Travail des Métaux qui se tenait en la Halle-aux-Draps. Il s'agissait là d'expériences ponctuelles, le gaz était toujours bien présent et en 1932, le gazomètre existait toujours, il était désormais alimenté par du gaz livré par la Carbo-Chimique de Tertre.

En 1940, lorsqu'éclate le second conflit mondial, les soldats anglais dynamitent un des deux réservoirs situés le long de l'Escaut. Après la guerre, l'électricité remplace défintivement le gaz pour l'éclairage. D'abord éclairées par de simples ampoules, les rues de la ville vont bientôt bénéficier de l'éclairage au néon. Celui-ci se généralisa à partir de l'inauguration des boulevards de ceinture en 1954. Désormais l'électricité permet toutes les audaces, elles fait briller de mille feux les vitrines des magasins, est à l'origine de la multiplication des enseignes lumineuses, souligne en soirée d'un pinceau lumineux les monuments prestigieux, apporte sa touche de féérie aux fêtes de fin d'année. L'éclairage public est un élément majeur dans la lutte contre l'insécurité, à nouveau présente la nuit dans nos cités. Elle fait tellement partie de notre vie qu'elle semble avoir toujours existé, qu'on a depuis longtemps oublié les "alleumeux d'lanternes" et qu'il nous sera, peut-être un jour, difficile de restreindre son utilisation pour économiser l'énergie. La libéralisation du marché de l'électricité au début de l'année 2006 avait pour but avoué de faire jouer la concurrence et d'ainsi faire baisser les prix, c'est tout le contraire auquel on assiste et son prix nettement plus élevé devient parfois un casse-tête dans l'équilibre des budgets communaux, il suffit pour cela d'en parler avec l'échevin des Finances...

(sources : article réalisé sur base de notes écrites et remises par un ami, Mr. Lucien Pontus, décédé en 2007...).

13:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eclairage public, gazometre, les freres wicard |

21 févr.
2008

17:29

Tournai : L'éclairage public (1)

A quand remonte l'éclairage des rues de la cité aux cinq clochers ? Probablement lors du retour de la ville à la France, en 1667. En effet, sous le règne de Roi Soleil, la ville fut totalement transformée, l'Escaut fut rendu navigable dans sa traversée, des ruelles et des ilots entiers de maisons insalubres disparurent pour faire place à des voiries plus larges. Jusqu'alors, les rues de la ville étaient plongées dans la plus profonde obscurité, le soir tombé. Mal pavées ou en terre battue, elles n'incitaient certainement pas aux promenades nocturnes, sans compter que les ténèbres permettaient à certains de perpétrer aisément de mauvais coups.

En juin 1667, Louis XIV ordonna, par édit du Roy, de prendre des dispositions afin de créer un éclairage des rues de Tournai. Il souhaitait y faire installer des "lanternes" construites sur le même modèle que celles qu'on trouvait alors à Paris. Elles renfermaient des chandelles composées de suif pur. En 1788, les Consaux de Tournai mandatèrent un dénommé Leroy, qui avait obtenu le prix de l'Académie des Sciences de Paris où il avait modernisé l'éclairage, pour adapter son invention aux rues tournaisiennes. Il utilisait alors une huile de Colza qu'il préparait par clarification dans un atelier à la rue Frinoise, au sein de la Caserne des Sept Fontaines. Une cinquantaine de réverbères à réflecteur en métal étaient allumés entre la tombée du jour et minuit. On peut estimer, avec certitude, que l'origine du mot réverbère provient de cette réverbération de la lumière par le métal.

Si l'éclairage public s'allume automatiquement de nos jours, il n'en était pas de même à cette époque. C'est ainsi que naquit une corporation appréciée en ville, celle des "alleumeux d'réverbères", mieux connus sous l'appellation des "alleumeux d'lanternes". Jusqu'au milieu du vingtième siècle, chaque soir, ces hommes, se réunissaient au "bureau du gaz", situé sur la Place de Lille où ils prenaient possession d'une gaule démontable d'environ 2m50 de long, à l'extrémité de laquelle on mettait le feu à un peu de résine. A chaque réverbère, ils ouvrait le robinet de gaz et allumait une flamme avec la gaule. Durant la nuit, par souci d'économie (dont on devrait aujourd'hui s'inspirer), ils effectuaient une seconde tournée pour éteindre la moitié des luminaires et au lever du jour, ils procédaient à ce qu'on appelait alors "l'éteindache". Travaillant de nuit, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il gèle, pour un salaire modeste, avaient-ils le coeur de chanter le refrain de la "Marche des allumeux d'lanternes" écrit par Adolphe Prayez, membre fondateur du Cabaret Wallon Tournaisien :"Tout in serrant bin dins nos mains, l'manche de brouche qui nous gouverne, v'là l'régimint, v'là l'régimint des alleumeux d'lanternes". Dans le prochain article, nous retracerons l'historique de l'éclairage public, son passage du gaz à l'électricité qui sonna le glas de ce petit métier fort apprécié des tournaisiens.

19 févr.
2008

11:43

Tournai : mise à sac du patrimoine tournaisien.

A partir du mois de mars, l'Optimiste débutera un vaste feuilleton retraçant les petits et grands fait de l'histoire de Tournai depuis la seconde guerre mondiale. L'actualité l'a cependant devancé, ce lundi 18 février, par le vol sacrilège commis par trois voyoux à la solde probable d'un commanditaire-collectionneur sans scrupules. Une opération commando menée par des hommes sans Foi, ni Loi qui sont entrés, armés, dans le prestigieux édifice consacré à la défense de valeurs morales autres que celles qui sont les leurs. Après avoir menacé et molesté le personnel présent ainsi qu'un attaché de l'ambassade des Etats-Unis à Bruxelles, venu en visite touristique à Tournai qui tentait de s'interposer, ils ont détruit à coup de masses, de battes de base-ball et d'un pied de biche, les vitrines blindées qui protègent les pièces de grande valeur exposées dans les salles du Trésor.

Ce n'est certainement pas le hasard qui les mena à dérober la Croix Byzantine mais aussi à huit calices datant du 17èmes siècle, deux bagues épiscopales et deux autres croix pectorales. Le butin présente une valeur inestimable non seulement traduite en argent mais surtout pour la communauté toute entière. Les fidèles vénéraient cette relique car elle présentait, disait-on, un fragment de la vrai croix du Christ, les amateurs d'art y voyaient une oeuvre de grande valeur des 8e ou 9e siècles. La Croix Byzantine aussi connue sous le nom de "relique de la Vraye Croix" a été ramenée en 1225 par le chevalier hennuyer, Jean Bliaut, en offrande pour la protection des croisés lors du siège de Constantinople.

Depuis cette date, elle était une des pièces maîtresses du Trésor de la cathédrale. Elle est de petite taille (ce qui a facilité son vol) car on pense qu'elle était destinée à être portée au cou suspendue par une chaîne. Elle était d'ailleurs munie à cet effet d'un anneau qu'on enleva en 1950. La relique est protégée par un cristal de roche lui-même entouré de quarant-huit pierres précieuses serties dans une épaisse plaque d'or. Sur la face opposée à la relique, on trouve trente-deux pierre précieuses autour d'une émail de plique, la tranche de la croix est délimitée par un double filigrane, orné de perles séparées par des anneaux d'or, technique qui date entre le VIe et le XVIIIèe siècle !

La Croix Bizantine avait échappé à la mise à sac de la cathédrale par les Inconoclastes, aux troubles qui marquèrent la Révolution Française, à la première guerre mondiale et aux vols des oeuvres d'art perpétrées par les Nazis lors de la guerre 40-45. Quel collectionneur fou, malade au point de vouloir s'approprier pour lui seul un patrimoine appartenant non seulement au Chapitre de Tournai mais également à la chrétienté toute entière et au monde le l'Art est à l'origine de cette opération ? On souhaite que les enquêteurs retrouvent sa trace ou celle de ces gangsters gangrénés par l'appât d'un gain facile. Le monde est-il encore civilisé ou simplement rempli de plus en plus de fous prêts à perpétrer n'importe quel crime pour assouvir leurs bas instincts ? Les braves gens sont de plus en plus ulcérés par les agissements de oisifs qui occupent leur journée à commettre des méfaits.

18 févr.
2008

13:31

Tournai : la grande Brasserie du Lion

Il y a tout juste quarante ans, la "Grande Brasserie du Lion" arrêtait définitivement sa production. C'était, avec la firme Dubuisson, l'une des dernières brasseries en activité à l'ombre des cinq clochers. Ainsi se terminait l'épopée d'une famille de brasseurs tournaisiens, les Spreux, entamée 150 ans plus tôt.

Pierre Joseph Spreux est, en effet, né à Tournai le 14 septembre 1778. Après avoir épousé Marie Rose Dumonceau, il installe une brasserie dans le quartier Saint Jacques, plus précisément à la rue des Corriers. Rapidement la bière qu'il produit fait sa renommée. Son fils, Pétrus Spreux, né le 6 juin 1812 épouse Pauline Crombé, il habite au quai des Salines et poursuit les activités de son père décédé en 1835. A la brasserie, il adjoint, dans un bâtiment voisin, une malterie. En 1854, son épouse donne naissance à un fils, prénommé Pierre. A l'âge de 32 ans, en 1886, ce dernier épousera Adèle Leclercq. Il travaille avec son père Pétrus dans la brasserie familiale alors appelée "Brasserie Saint Hubert". Pierre Spreux décide de créer une petite distillerie qu'il baptise du nom de "Chat botté".

En 1912, on assiste à un rapprochement entre la brasserie Saint Hubert, désormais dirigée par Pierre Spreux et la "brasserie de l'Etoile", propriété de Léon Lecroart. Les deux brasseurs décident en effet de mettre leurs avoirs en commun et c'est à ce moment que naît "la Grande Brasserie du Lion, brasserie Léon Lecroart et Pierre Spreux réunies".La nouvelle entité possède 34 estaminets apportés par Pierre Spreux et son épouse et 30 estaminets apportés par Mr. Lecroart. Immédiatement, les deux administrateurs-délégués vont absorber la brasserie Saint Nicolas, installée à la rue du Désert, propriété de Vanderghote et Cie. Au passage, la Grande Brasserie du Lion s'enrichit de quelques estaminets supplémentaires. Eclate alors la guerre 1914-1918, la brasserie est réquisitionnée par l'occupant allemand et sa production est prioritairement destinée au ravitaillement des troupes du Kaiser. Deux ans après l'armistice, Pierre Spreux, alors âgé de 66 ans, cède son mandat à son fils Jacques, né le 18 septembre 1888. Celui-ci possède un diplôme d'ingénieur-brasseur et chimiste décroché dans le réputé Institut des Industries de Fermentation de Gand en 1908.

Alors qu'il avait déjà été nommé directeur en 1912, il succède ainsi définitivement à son père comme administrateur-délégué en 1920. Un an plus tard, un riche industriel tournaisien, Gaston Horlait, qu'on connaîtra comme mécène du club de football de l'Union de Tournai, s'associe à Jacques Spreux et devient le principal actionnaire de la Grande Brasserie du Lion. A cette époque, il ne reste que huit brasseries en activité à Tournai sur les vingt que comptait la ville avant la première guerre mondiale. En 1922, cinq de ses brasseries vont être absorbées par la Grande Brasserie du Lion, la brasserie de l'Aigle (rue des Campeaux), la brasserie Leman-Delrue (rue du Viaduc), la brasserie Crombé Frères (rue Saint Brice), la Grande Brasserie Tournaisienne de A Vannieuwenhuys-Payen (rue des Clairisses), la brasserie de l'Hôtellerie, de Georges Cousine à Froyennes. La brasserie Lannoy-Dupont de Menin viendra les rejoindre rapidement. Dix ans plus tard, en 1932, Gaston Horlait, propriétaire de la brasserie de Ligne (près d'Ath) amène celle-ci dans le giron du groupe brassicole tournaisien.

En mai 1940 survient le second conflit mondial et les activités de la brasserie tournaisienne vont être gravement hypothéquées car plus d'une centaine d'immeubles, cafés ou restaurants, lui appartenant sont rasés ou gravement endommagés. La flotte de véhicules a totalement disparu. A la libération, pour relancer l'activité, la Grande Brasserie du Lion propose une augmentation du capital qui sera entièrement souscrite par la Société Générale de Belgique (le grand holding financier). Celle-ci permettra d'acheter du nouveau matériel et de nouveaux véhicules. En 1948, Gaston Horlait décède, Jacques Spreux devient alors Président et confie le poste d'administrateur à Jean Horlait, le fils de son associé. Dans les années cinquante, on peut voir lors des journées des Quatre Cortèges, l'imposante flotte de véhicules (aux couleurs de la ville, le rouge et le blanc) défiler, au sein de la caravane publicitaire, du petit véhicule du représentant au gros camions remplis de tonneaux rutilants. Jacques Spreux est désormais septuagénaire, il tarde à investir pour apporter la modernité à la brasserie, vivant sur le prestige passé.

En 1964, la brasserie de l'Aigle sort du groupe est absorbée par la brasserie de Haecht. Un an plus tard, les actionnaires, constatant les importantes pertes enregistrées lors des derniers exercices comptables, décident de céder la totalité des parts au puissant groupe Piedboeuf à Jupille et aux eaux de Chaudfontaine. Si l'activité se poursuit encore quelques temps, la brasserie du Lion cesse défintivement ses activités en 1968. Jacques Spreux n'assistera pas à cette disparition, il est mort quelques mois auparavant en juillet 1967. Une entreprise tournaisienne de 160 années d'existence venait de disparaître, elle vit peut-être encore à travers du géant brassicole Inbev qui a succédé depuis au groupe Piedboeuf.