31 oct.
2007

09:59

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (10)

Profitant de ses jours de congé, Victor adore souvent flâner dans les rues de Tournai, admirer les façades, suivre les rénovations.

Au fil du temps, la ville ne s'est pas déshumanisée comme d'autres qui ont fait le choix de raser leur passé pour ériger, à la place, des cités futuristes froides et peu conviviales, où toute vie a cédé le pas à des immeubles de bureaux toujours vides en soirée et le week-end. Bien sûr, la seconde guerre mondiale a ravagé la cité de Clovis, les bombardements ont détruit une grande partie du centre historique, ne laissant de la Grand'Place et des rues voisines qu'un champ de ruines. Mais la reconstruction, entamée dès l'année 1946, a été menée avec intelligence et le souci de conserver à la ville son harmonie et son style.

Ce grand travail s'achève à peine, ainsi les travaux de rénovation de l'église Saint Quentin située sur le forum tournaisien se terminèrent pratiquement à la fin des années soixante, époque à laquelle, l'église fut rendue au culte, le site du théâtre de la rue Perdue que nous avons évoqué dans l'article précédent resta à l'état de terrain vague et ensuite de parking rapidement aménagé jusqu'en 2005, année durant laquelle débutèrent les travaux de la construction de la résidence-service "le théâtre", le terrain vague sur lequel était érigé le "lycée des demoiselles", à la rue de Becquerelle, ne disparut que lors de la construction du nouveau commissariat de police terminé en 2004, les ruines d'une ancienne école située au 36, Boulevard Bara, masquées par des panneaux publicitaires subsistèrent jusqu'à la construction d'une résidence du CPAS à la fin des années septante.

Peu à peu les cicatrices de l'Histoire s'effacent et la ville présente un visage relifté. Pourtant, dans le courant des années soixante, son unité fut mise en péril par des architectes et entrepreneurs totalement asservis au nouveau dieu "Béton". Ils voulaient, à l'exemple de ce qui se faisait ailleurs, faire pousser, un peu partout, des bâtiments à multiples étages, des blocs de briques et de béton, mais la décision de l'urbanisme de conserver une vue sur le beffroi et la cathédrale limita la mégalomanie de ces constructeurs. La ville conserve cependant quelques témoignages de ces bâtiments impersonnels, de ces blocs d'appartements "tout confort intérieur" présentant cette même structure dépouillée et que certains nomment de façon irrévérencieuse des "cages à lapins".

S'ils sont relativement bien intégrés face au Jardin de la Reine, ces monstres de béton écrasent l'environnement dès qu'ils sont érigés dans les rues du centre-ville à côté de maisons basses et anciennes. Il fallait un gendarme, il est apparu, il y a un peu plus de trente ans, l'ASBL "Pasquier Grenier". Son but était la défense et la promotion des édifices dignes d'intérêt situés dans le centre ancien de Tournai. Façades et monuments de tous styles et toutes époques, richesses à préserver. Pour cela ses membres conseillent les propriétaires, les assistent dans la recherche d'aides à la rénovation et récompensent, par un prix annuel, la meilleure restauration. Depuis trente ans, des dizaines d'immeubles ont ainsi été sauvés de la destruction, mieux même, ils ont retrouvé une seconde jeunesse et offrent aux visiteurs comme aux habitants de la ville, un témoignage sur l'habitat tournaisien des siècles passés. Un autre projet est en gestation, la rénovation du quartier de la cathédrale et du prestigieux édifice...

09:59 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai rénovation, pasquier grenier |

30 oct.
2007

08:43

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (9)

Poursuivons la visite de la cité des cinq clochers en compagnie de cette famille fictive qui nous sert de guide. Agée de quatre-vingt quatre ans, Zandrine voue une passion au théâtre, elle le préfére même au cinéma. Dans sa longue vie, elle a connu trois salles à Tournai.

Avant la guerre, le théâtre se situait en haut de la rue Perdue, il était érigé en ce lieu depuis 1745 et appartenait alors à une certain Mr. Declippele qui le céda par la suite à l'autorité communale. Le 21 décembre 1852, durant la représentation du "Barbier de Séville", le bâtiment fut totalement détruit par un incendie. L'entreprise de travaux de Mr. Bulot fut alors chargée de le reconstruire et le nouveau théâtre fut inauguré le 11 septembre 1854, en présence de la famille royale.

Dans son livre consacré à Tournai, Walter Ravez le décrivait comme étant un bâtiment à la lourdeur choquante, composé d'un porche à trois arcades, posé sur des degrés et surmonté d'un balcon. L'étage était orné de colonnes corinthiennes engagées et exhaussées par un attique couronné de vases et de figures symboliques.

Tout petit, Victor entendait souvent sa mère dire en parlant du théâtre de la rue Perdue : "ch'éteot eine batisse (un bâtiment, une construction) in style rococo !". Les bombardements de 1940 allaient raser ce témoignage du passé et laisser à la place un terrain vague sur lequel on construit actuellement la résidence-services du...Théâtre.

Après la guerre, pour maintenir l'activité théâtrale dans la cité, l'Administration Communale décida de transformer, transitoirement, la vénérable "Halle-aux-Draps" en une salle de théâtre. Solution momentanée qui allait néanmoins durer 35 ans ! La salle, peu confortable avec ses rangées de strapontins en bois tellement rapprochées qu'il fallait se lever pour permettre à un spectateur de rejoindre sa place, vit défiler une foule de spectacles, opérettes, comédies de boulevard, revues du Cabaret Wallon, artistes en tournée. De Georges Ulmer à Luis Mariano, des Frères Jacques au Cosaques du Don, de Richard Anthony, François Hardy, Salvatore Adamo, Dalida à Gilbert Bécaud, des artistes confirmés ou en devenir remplirent plus d'une fois la salle aux colonnes de pierre.

En 1968, le pouvoir communal s'associa à la Provine du Hainaut et au Ministère de la Culture d'alors pour créer, en partenariat avec des associations et groupes culturels tournaisiens, "la Maison de la Culture de Tournai" qui, dans l'attente de la construction de son complexe culturel, occupa elle aussi la vieille Halle-aux-Draps. Treize années plus tard, l'immense vaisseau de la Plaine des Manoeuvres terminé, elle investit les locaux qu'elle occupe désormais.

Depuis son inauguration, des centaines de milliers de spectateurs ont franchi ses portes pour assister à des spectacles du théâtre classique, expérimental, de boulevard, à des ballets ou à des spectacles de cirque, au show d'artistes en tournée ou aux Grands Cabarets Wallons. Les expositions de peintures, de sculptures ou de photos, les rétrospectives attirèrent les visiteurs, différents ateliers proposent leurs activités. Pour paraphraser la publicité d'un grand magasin parisien "A chaque instant, il se passe quelque chose à la M.C.T." Qu'ils soient programmés dans la salle classique "Jean Noté" ou dans la salle circulaire "Lucas", chaque année de septembre à mai, les spectacles se succèdent.

Victor et son épouse sont depuis de nombreuses années de fidèles abonnés et, dès la fin du mois d'août, peuvent choisir, grâce à leur abonnement, cinq, dix, voir tous les spectacles qui sont inscrits au programme de la saison culturelle, c'est fonction de leur goût et de... leurs finances. C'est en 1986, que la Bibliothèque Communale a rejoint le premier étage de la Maison de la Culture, cédant les locaux qu'elle occupait au pied de la cathédrale aux Archives de l'Etat. Possédant des richesses, tels ses manuscrits contenus dans la "réserve précieuse" mais aussi plus de 160.000 ouvrages abordant tous les thémes de notre société, livres pour la jeunesse, romans, essais, ouvrages historiques, scientifiques ou philosophiques, elle s'est adjoint également une section consacrée à l'audio-visuel. Sa salle de prêt et ses salles de lectures sont fréquentées, chaque année, par des milliers de lecteurs.

Comme dirait Victor : "la lecture est un des piliers fondamentaux de la culture que beaucoup délaissent aujourd'hui pour le jeu vidéo qui, s'il développe la concentration et les réflexes, n'apporte aucune connaissance supplémentaire à celui qui y consacre ses loisirs".

A voir la foule qui remplit la Maison de la Culture, ce n'est pas encore demain que le Tournaisien sera transformé en... un robot abruti !

29 oct.
2007

10:24

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (8)

Pour connaître le programme des films présentés au cinéma, Victor consulte désormais le site Internet. Il est bien loin le temps où pour s'informer des films de la semaine, ses parents François et Zandrine attendaient que les cafetiers installent les affiches à leurs vitrines, bien souvent le vendredi matin, au lendemain de l'hebdomadaire jour de relâche. Le samedi, une voiture munie d'une amplification parcourait alors les rues de la ville pour faire de la "réclame" pour les différentes salles.

Des huit salles de cinéma que comptait Tournai juste après la guerre, il ne reste désormais qu'un seul complexe cinématographique. Seule distraction du week-end, parfois concurrencée par le théâtre, le cinéma faisait recette et les "super-productions" restaient à l'affiche durant des semaines. A cette époque il n'était pas rare de voir des files de spectateurs se formaient une heure avant le début de la séance aux portes des salles, ce fut le cas lors de la projection de grands classiques comme "Les Dix Commandements", "Cléopâtre", "Ben-Hur", "Le Jour le Plus Long" ou encore les films interprétés par Louis de Funes.

Chaque salle avait ses spécificités : les westerns à l'Astra à Saint Brice, les films d'horreur ou d'aventures au Kursaal, sur le Quai des Salines, les films érotiques et le "cinéma de minuit" à la Scala, rue des Maux, les films tout public au Cinéclair (le cinéma des familles) à Notre-Dame Auxiliatrice ou au Forum, rue Blandinoise, les films en rediffusion à l'Eden, rue Frinoise et les grandes premières que se disputaient le cinéma des Variétés, rue du Cygne et le Palace, rue de l'Hôpital Notre-Dame.

La multiplication des distractions, l'apparition des dancings désormais fréquentés du vendredi soir au dimanche matin par une jeunesse avide de bruit et aussi, malheureusement, de sensations "fortes", la généralisation de la télévision sonnèrent peu à peu le glas des salles tournaisiennes qui présentèrent, tour à tour, leur "dernière séance". Le Cinéclair début des années soixante, l'Eden (1962), le Kursaal (1970), l'Astra (1972), la Scala (1976), le Forum qui n'accueille plus que de rares galas cinématographiques dont les bénéfices vont à des oeuvres caritatives, les Variétés en 1993 fermèrent ainsi leurs portes. Le Palace se transforma en Multiscope Palace et remplaça sa grande salle avec parterre et mezzanine par cinq salles permettant de multiplier les programmes hebdomadaires. Mais Hubert et Peter Carpentier, les propriétaires, avaient un autre projet dans leurs cartons, doter Tournai d'un grand complexe cinématographique.

C'est ainsi qu'Imagix est né le 22.11.2005 au cours d'un grand show auquel fut conviée la population tournaisienne. Avec ses 3.000 m2 au sol, ses neufs salles d'une capacité totale de près de 2.500 places, ses 1.100 places de parking faciles d'accès et ses sorties cinématographiques en même temps que les grandes villes belges, Imagix offre un choix important aux cinéphiles tournaisiens. Le complexe a atteint peu à peu sa vitesse de croisière et parviendra probablement à attirer annuellement les 600.000 visiteurs espérés (soit une fréquentation doublée par rapport au cinéma Multiscope Palace). Quel film détronnera à l'avenir les records établis par la projection de "Titanic "(34.000 entrées en 9 semaines) ou "Le Huitième Jour "avec Daniel Auteuil et Pascal Duquenne (21.500 entrées) ? Les paris sont ouverts mais il ne nous étonnerait pas que ce diable d'Harry Potter ou le dynamique "Ratatouille" parviennent à les égaler."

J'préfère el théat'e, avec François, t'mopère, on i alleot al feos, vir "La Fille du Tambour Major", "Andalousie" ou acor "les Mousquetaires au Couvent", là j'éteos bénaisse (heureuse)"" s'exclama Zandrine alors que Victor lui résumait le film "L'invité" qu'il venait d'aller voir, on continuera donc à parler de la vie culturelle à Tournai...

10:24 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, cinémas, imagix, palace, astra, eden, cineclair, forum, variétés, kursaal |

28 oct.
2007

09:46

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (7)

Durant les années qui suivirent la seconde guerre mondiale, Zandrine était obligée de faire les commissions chaque jour, peu de maisons, en effet, étaient équipées d'un réfrigérateur, l'usage du congélateur n'était pas encore répandu. Tout au plus quelques familles tournaisiennes possédaient une glacière dans laquelle un livreur du "Frigorifère Tournaisien", venait régulièrement déposer, muni d'un long tablier et de gants en cuir, d'énormes blocs de glace qui allaient fondre très lentement assurant la température nécessaire pour conserver les aliments. La bonne crème glacée qu'on déguste désormais en la choisissant dans l'éventail de boîtes placées dans le surgélateur familial, se dégustait uniquement au passage de la camionnette de "Théo la Glace", un brave homme venu d'Italie qui préparait, chez lui, les crèmes glacées artisanales qu'il servait dans des cornets ou entre deux fines galettes .Chaque jour, Zandrine se rendait donc à l'épicerie, chez le boucher ou le boulanger du quartier pour effectuer ses achats. Etait-ce une corvée ? Probablement lorsque le temps était à la pluie ou au froid, mais c'était avant tout l'occasion d'échanger quelques mots avec des voisins et d'apprendre les nouvelles locales qu'elle commenterait le soir, au moment du souper, avec son mari.

Sa belle-fille qui, comme toutes les femmes de notre époque, travaille durant toute la semaine, consacre l'avant-midi du samedi à l'achat des provisions. Elle a désormais le choix entre super et hypermarchés, entre zonings et complexes commerciaux. Si au temps de Zandrine, le magasin Sarma situé au bas de la rue des Chapeliers était la seule grande surface à Tournai, on vit progressivement apparaître le magasin Unic (aujourd'hui disparu) et le Grand Bazar à la rue de la Tête d'Or, le Colruyt sur le Quai des Salines, le centre commercial de Froyennes et son GB devenu Carrefour, le complexe commercial des Bastions et son magasin Delhaize, agréable galerie regroupant une soixantaine de commerces fréquentée chaque année par des centaines de milliers de visiteurs. Victor possédant une voiture n'hésite plus à franchir la frontière française toute proche, tout au plus 10 km du centre-ville, pour acheter des produits de consommation courante nettement moins taxés qu'en Belgique.

Zandrine se remémore le temps où à chaque passage des postes frontières d'Hertain ou de Mouchin, des douaniers moustachus à l'air suspicieux traquaient l'éventuel fraudeur. Alcool, tabac, cigarettes, parfum ou chocolat, c'était presque des grammes et des millilitres de ces produits qu'on était autorisé à importer. Chaque magasin situé près de la frontière possédait une presse sous laquelle on écrasait le paquet de tabac afin de pouvoir le dissimuler aux gabelous méfiants que beaucoup soupçonnaient d'être rémunérés à la prise. Maintenant ce sont des packs entiers d'eau minérale que Victor ramène deux fois par mois.

Au moment des fêtes, nombreux sont les tournaisiens qui vont effecteur leurs achats de vins et de spiritueux, produits nettement moins onéreux que dans notre pays. Il y a quelques semaines, rendant visite à sa mère comme chaque soir, Victor l'a trouva soucieuse : "I-veont serrer (fermer) l'GB du Centre-Ville" lui dit-elle "ein magasin dusque j'vas d'puis pus d'quarante ans, pour les vielles gins comme nous eautes, ch'éteot l'rindez-vous quotidien et avec Lalie, on buveot al feos une beonne tasse d'café à l'cafétéria d'à côté". Zandrine n'avait toujours pas compris que dirigeants et actionnaires résonnaient uniquement en termes de rentabilté et que le mot social avait été, depuis bien longtemps, banni de leur vocabulaire. "Te t'rappelles, in soixante deux, on aveot fait sortir les géants d'Tournai pour l'inauguratieon, i-est bin leon c'timps-là". Ah oui, Zandrine, le progrès n'amène pas toujours que des bonnes nouvelles !

09:46 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, vie quotidienne |

27 oct.
2007

15:50

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (6)

Quel temps faisait-il le samedi 12 novembre 1977 ? Peu importe ! Les Tournaisiens retiennent de cette date la naissance dans leur ville d'une télévision locale et communautaire.

Expérience menée à bien par quelques jeunes enthousiastes, férus de nouvelles techniques de communication. Le générique de celle-ci était composé d'une image fixe, en noir et blanc, du Pont des Trous, présentée sur la musique de "Ch'est ainsin dins no ville" et portant étrangement en titre "émission zéro". Longtemps snobé par la RTB d'alors, pour qui la Wallonie se limitait à Liège, Namur ou Charleroi, le Tournaisien voyait, enfin, sur le petit écran, des gars bien de chez lui, dont il appréciait un fond d'accent picard et qui souhaitaient lui présenter des sujets le concernant directement.

Un concours fut lancé, il fallait trouver un nom à cette nouvelle chaîne du paysage audio-visuel. Probablement que ceux qui avaient lancé le projet ont-ils reçu des appellations du genre "La télé à tertous" ou encore "L'télé des chinq clotiers (clochers)", Ce fut pourtant un titre bien plus simple qui fut retenu car il faisait l'unanimité. L'enfant s'appellerait "No Télé". Et il allait vite grandir ce "bieau gosse d'Tournai".

Quittant l'appartement du boulevard du Roi Albert où Jean Pierre, Deldo, Manu et les autres montaient les émissions avant d'aller les injecter sur le câble à la station de télédistribution de Maulde, faisant un crochet par le château de la Buissonnière à Vaulx, No Télé se vit attribuer par l'Administration Communale et par la Communauté Française, les moyens qui lui permirent, au sein de la Maison de la Culture, de produire des émissions de qualité dans des studios confortables. La crédibilité de ses journalistes provenait de leur neutralité par rapport au pouvoir et ce dernier leur laissa d'ailleurs carte blanche, s'interdisant tout contrôle et toute censure.

C'est sur No télé que les tournaisiens firent la connaissance d'un présentateur de jeux qui allait devenir une vedette connue en Belgique, en France, en Suisse ou au Canada, Bruno Coppens. Au-delà du journal télévisé débutant à 18h00, les émissions communautaires du mardi soir conquirent le public tournaisien abonné au câble. Comme elles fleuraient bon notre patois, notre gouaille, ces émissions réalisées au sein de la Résidence Carbonnelle ou au Rieu de Barges, comme il était agréable de désormais voir en images ce que la presse locale nous racontait tous les matins.

La couleur remplaça rapidement le noir et blanc, des reportages-documentaires furent récompensés de prix internationaux comme ce film de Chantal Notte intitulé "Epouses de Dieu" qui montrait la vie quotidienne des religieuses du Carmel de Kain. La relation presque minute par minute de l'incendie du Tournai Shopping, le lundi de Pâques 1981, la captation des derbies entre le Racing et l'Union, l'itinéraire du pianiste André Dumortier ou la vie d'Edmond Dubrunfaut, les longs reportages consacrés aux journées des 4 cortège ou à la Grande Procession de Tournai permettaient à ceux qui ne pouvaient se déplacer ou qui se trouvaient dans un home d'encore se sentir Tournaisien à part entière.

"Popol et D'siré", marionnettes commentant l'actualité avec les voix de Bruno Delmotte et d'Eloi Baudimont, devinrent les Guignols de l'Info à la sauce tournaisienne et ne disparurent des programmes qu'au décès du dernier nommé. Lorsqu'André Gevrey, le regretté réalisateur d'émissions dialectales à la RTBF, fut contraint d'abandonner la transmission des séances du Cabaret Wallon Tournaisien, No Télé prit le relais et les joyeux compères de la Royale Compagnie continuèrent ainsi à débarquer au domicile des téléspectateurs. D'autres l'ont dit : "No Télé était devenue la vitrine mondiale de la télévision par câble et l'exemple le plus abouti d'une nouvelle pratique de l'audio-visuel : la polyvalence". Car chaque membre de l'équipe passe devant ou derrière la caméra, part en reportage, monte ses sujets, anime les émissions.

A la fin des années quatre-vingt, un nouveau défi se présenta aux responsables de la chaîne tournaisienne : pour subsister, il fallait grandir. "No Télé, la télé de tous les jours", troqua son image en "No Télé, la télévision du Hainaut Occidental", Antoing, Ath, Bernissart, Brugelette, Brunehaut, Celles, Ellezelles, Enghien, Estaimpuis, Flobecq, Frasnes, Leuze-en-Hainaut, Mouscron, Péruwelz s'affilièrent progressivement au projet, on ne sait pour quelle raison, l'entité de Rumes refusa pendant longtemps avant de rejoindre le groupe à la fin de l'année 2007.

La P.M.E. se développa et les sous-sols de la Maison de la Culture devinrent trop étroits. Jean Pierre Winberg et ses troupes émigrèrent dans un bâtiment flambant neuf sur le site de Tournai-Expo. Modèles du genre, les locaux sont désormais parcourus par des visiteurs du monde entier venant étudier l'exemple tournaisien. No Télé a également franchi les frontières, sa collaboration avec C9 télévision (Nord de la France) et avec une expérience située en Flandre permet à 320.000 spectateurs potentiels de la Wallonie Picarde de mieux se connaître et de mieux se comprendre. Il est loin le temps où un Tournaisien anonyme déclara cette phrase passée dans les annales du bétisier, évoquant la pollution du Rieu de Barges, il s'exclama soudain : "Ichi, ch'est tout l'brin des Marocains et du Faubourg Saint Martin qui cait d'dins". "Mossieu, ch'est pétête (peut-être) bin vrai mais que ces cosses (choses) là in des termes queusis (choisis) i-ont été dites !". "Vous n'avez probablement pas, un seul instant, imaginé conquérir la célébrité par devant la caméra et le micro que les reporters vous tendaient. Et pourtant...".

Aujourd'hui No Télé est le partenaire des grands évènements qui font la réputation de Tournai à l'étranger : "la Piste aux Espoirs", "le Ramdam festival", le festival du film qui dérange dont Jean Pierre Winberg est le sympathique président et s'investit dans la promotion de l'arrivée du Tour de France à Tournai, lors de la deuxième étape, le 2 juillet 2012.

Le 12 novembre 1977, c'était il y a presque 35 ans !

15:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai no tele, jean pierre winberg |

25 oct.
2007

07:54

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (5)

Si on imagine qu'il y a un peu plus de 50 ans, les Delplache, la petite famille tournaisienne dont nous avons fait la connaissance avait pour seule distraction, le soir, le vieux poste de radio encore muni de lampes qu'on allumait pour écouter presque religieusement le "journal parlé" de l'I.N.R (Institut National de Radiodiffusion), les exploits journaliers de "Simons et Line Dariel" sur Radio Lille ou le "crochet radiophonique" et "la Famille Duraton" sur Radio Luxembourg, on constate aisément le chemin parcouru en quelques décennies à peine.

Les premiers frémissements apparurent au début des années soixante, les ados tournaisiens comme ceux d'autres régions se mirent à écouter la toute jeune station "Europe 1" créée par Lucien Morisse et son émission fétiche "S.L.C. Salut les Copains" ou le "Président Rosko" sur Radio Luxembourg. L'expression "salut les copains " avait remplacé celle surannée des "chers auditeurs" prononcée avec emphase depuis les débuts de la radio par des présentateurs tous coulés dans le même moule.

Aux frémissements succéda la "grande vague ", celle de Mai 68 qui allait tout emporter sur son passage. Réduire les évènements d'alors à de simples manifestations de rue dans le quartier Latin à Paris serait nier l'expression de liberté qui s'était emparée de la jeunesse européenne. La seconde guerre mondiale avait déjà emporté les souvenirs de bon-papa, mai 68 allait être à l'origine d'une véritable mutation de société. Dans la cour de récréation de l'Athénée Royal de Tournai, les étudiants se mirent en grève souvent pour des pécadilles, le but n'était pas de manifester en faveur d'un ami qui avait obtenu une retenue parce qu'il portait une chemise à fleurs ou d'un autre qui avait exclu des cours parce qu'il avait les cheveux trop longs, on n'y voyait, de façon sous-jacente, un refus de l'autorité représentée par un préfet symbole de  la rigidité des générations précédentes et de certains "pions" (surveillants) coulés dans le même moule : "il est interdit d'interdire !". Il n'empêche qu'à l'époque, il y régnait encore une discipline qui a depuis lors disparu amenant tous les excès connus actuellement !

A une échelle moindre, Tournai a aussi connu les conséquences de cette révolution culturelle. En dix ans à peine les progrès furent immenses, le transistor avait fait son apparition et relégué au statut d'une pièce de musée le poste fixe, la télévision avait envahi tous les foyers, on ne comptait plus sur les toits de la ville les antennes, forêt de métal appréciée des oiseaux qui y trouvaient désormais des perchoirs à profusion, le poste de TV avait abandonné le passage régulier au 819 lignes et les premières expériences de retransmission d'émissions en couleurs avaient vu le jour. Dans la foulée de mai 68, les ondes furent libéralisées, les stations dites "pirates" dont la plus célèbre était Radio Caroline installée sur un bateau ancré dans les eaux internationales en mer du Nord firent leur apparition.

A Tounai, quelques jeunes tentèrent des expériences et c'est ainsi que naquit notamment à la fin des années septante "Radio-Intérim" dont les locaux étaient situés à la rue des Maux au premier étage du cinéma Scala. Les auditeurs prirent l'habitude de se brancher dès le matin pour écouter l'émission "Café Crème" qui leur parlait de leur région alors souvent trop boudée par la RTB et Radio Hainaut trop centrée sur la région montoise. Il y eut aussi "Radio-Martin" et les débuts de "Radio Contact". Des animateurs ayant pour nom William Chapman ou Jonathan Gray allaient devenir des "stars des ondes" pour les adolescentes qui les écoutaient jusqu'au bout de la nuit. On dit même que certaines les traquer allant jusqu'à découvrir leur véritable identité et à leur téléphoner sur leur lieu de travail, au grand dam du chef de service. Le succès fut tel que le 5 novembre 1981, Radio Intérim parvint à remplir la salle du Forum, à la rue Blandinoise, il faut dire que ses animateurs avaient fait fort en invitant le présentateur vedette de TF1 , Jean Claude Bourret venu présenter sa conférence "OVNI, la prise de conscience mondiale". Mais une autre expérience était en préparation, dans l'ombre de jeunes tournaisiens acquis aux nouvelles techniques de communication élaboraient un projet qui allait être un véritable succès, nous en parlerons dans le prochain article, pour vous y préparer nous vous disons déjà : "attintieon les amisses, ouvrez bin vos mirettes, orsaquez vo n'haleine, vl'à..." (à suivre)

24 oct.
2007

09:36

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (4)

En octobre, les "Infants du Catieau" se sont également inscrits à l'agenda tournaisien des festivités. A l'origine, ce groupe avait été créé pour perpétuer et promouvoir les danses anciennes de la région. Rapidement l'idée de rencontres annuelles avec des groupes identiques défendant leur culture a germé. C'est ainsi qu'est né "le Festival International de Folklore de Tournai" qui fêtera ses vingt cinq années d'existence en 2008. Venant des Pays de l'Est (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Russie, Ukraine, Slovénie...), d'Amérique du Sud (Mexique, Bolivie...) d'Afrique ou d'Europe Occidentale, une dizaine de troupes de danseurs viennent présenter, chaque année durant la première semaine d'octobre, le folklore de leur région d'origine. A cette occasion ce n'est pas seulement la Halle-aux-Draps ou la Maison de la Culture qui accueillent ces artistes mais ceux-ci se produisent également, durant la semaine, dans les homes et résidences pour personnes âgées du Tournaisis. On connut un véritable un feu d'artifice pour le 25ème anniversaire, le voeu des tournaisiens était que cet évènement soit l'occasion d'un nouveau départ pour un festival qui était devenu incontournable à Tournai. Hélas, les organisateurs décidèrent de ne plus renouveler l'expérience, un des plus beaux festivals tournaisiens passait au rang d'excellent souvenir.

Autre rendez-vous pour le public, en novembre, le "Festival International des Imitateurs de Tournai", créé il y une quinzaine d'année dans le village de Frasnes-les-Anvaing, il abandonna rapidement le chapiteau dressé au centre du village frasnois pour la salle Jean Noté de la Maison de la Culture de Tournai. Ainsi chaque année, des imitateurs en devenir issus de Belgique, de France ou de Suisse s'affrontent devant un jury composé de professionnels du spectacle et un public de connaisseurs relativement exigeant sur la qualité du numéro présenté. Durant la délibération, une vedette confirmée vient présenter son spectacle. C'est ainsi que le festival a déjà accueilli entre autres : Popeck, Roland Magdane, Jean Marie Bigard, Yves Lecocq, les Vamps, Anne Roumanoff, Bruno Coppens, les Frères Taloche, Virginie Hocq... Notons que ce festival est à vocation philanthropique et que le bénéfice est réparti entre des associations caritatives ou d'aide aux personnes démunies. Hélas, également, ne pouvant trouver place à l'agenda d'occupation de la Maison de la Culture en novembre 2011, les organisateurs dépités se tournèrent vers le centre culturel de Beloeil qui les accueillit à bras ouverts. Un second fleuron des festivals tournaisiens venait de disparaître à Tournai, quatre ans après le Festival international de Folklore. 

Enfin, à la mi-décembre, une véritable institution, le "Concert Viennois", mis sur pied par la Confrérie des Cinq Clochers, accueille les meilleurs orchestres de Belgique, d'Allemagne ou de France qui transforment la salle Jean Noté de la Maison de la Culture en un de ces palais Viennois au son des oeuvres des Strauss. Concert philanthropique également, les bénéfices sont destinés à l'enfance déshéritée du Tournaisis. Un rendez-vous annuel que les Tournaisiens ne veulent pas rater à quelques jours des fêtes de fin d'année.

23 oct.
2007

10:11

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (3)

Le dimanche 13 mars 1988 à 17h est la date officielle de la naissance d'un nouveau festival qui va faire connaître Tournai bien au-delà de nos frontières. Ce jour-là, sous le chapiteau du cirque d'Annie Fratellini, installé sur la plaine des Manoeuvres, à deux pas de la Maison de la Culture, fut organisé le premier "Festival International d'Artistes de Cirque Amateurs". Clowns, jongleurs, trapézistes, antipodistes, contorsionnistes, magiciens..., les troupes viendront désormais chaque année de Belgique, de France, d'Allemagne, de Suisse, du Canada, de Russie... et même de Chine pour tenter de conquérir la "Piste aux Espoirs".

Le festival a conquis le public tournaisien et a rapidement pris son rythme de croisière. Sans tomber dans la démesure, il s'est fait connaître des meilleures écoles de cirque belges ou étrangères. Placé à l'origine sous la présidence de Mr. Patrick Hourdequin, un tournaisien habitant Monaco où il est parmi les responsables de l'organisation du prestigieux festival annuel de cirque de Monte-Carlo, le concours pouvait compter également sur des dizaines de dévoués parmi lesquels le regretté Jean Paul Lenglez, libraire à la Place de Lille, un passionné bien connu des directeurs des plus grands cirques.

Ceux-ci sont venus à Tournai, la Plaine des Manoeuvres leur servant d'espace idéal pour planter leur chapiteau pendant trois ou quatre jours. Ainsi Médrano, Pinder, Le Grand Cirque de France, Bouglione, mais aussi Tony Boltini, Althoff, Kröne, le Cirque de Moscou ou encore le cirque Plume, le cirque Jean Richard, l'Américan Circus, le Cirque France et David Chipperfield et bien d'autres comme les cirques belges Semay et De Jonghe ont tous fait, au moins une fois, escale dans la cité des cinq clochers.

Par ailleurs, une école de cirque appelée " Mômes Circus" a vu le jour au sein d'un établissement scolaire et enseigne les arts de la piste en la salle La Fenêtre à la rue des Campeaux. D'abord annuel, le festival est devenu depuis cette année bisannuel, la préparation d'un tel spectacle et la recherche de numéros de qualité demandant en effet un travail fort important à la petite équipe dirigée par François Guilbert qui le gère désormais. La Maison de la Culture est, avec No Télé, les Amis de Tournai et l'Administration Communale, un des partenaires de cette organisation, à son programme annuel, elle inscrit régulièrement des artistes de cirque renommés, parmi ceux-ci, le clown Sol, aujourd'hui disparu, a laissé un souvenir impérissable aux tournaisiens. Programmé en mars, la Piste aux Espoirs est attendue avec impatience par les participants mais aussi par les spectateurs... Grâce à elle, Tournai est probablement devenue la capitale mondiale du cirque amateur.

22 oct.
2007

13:47

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (2)

Il existe, à Tournai comme ailleurs, des traditions qui ont la vie dure et c'est heureux. Celle des "visites de l'an" est toujours bien vivace même si les voeux s'échangent désormais le plus souvent par SMS ou E-mail. Celle du "Lundi Perdu" n'est pas disparue mais a bien changé, repas en famille à l'origine, elle se déroule désormais de plus en plus dans les restaurants. Les puristes y voient une entorse grave à la tradition surtout si les restaurateurs inscrivent le menu durant toute une semaine, l'expression "souper au lapin" remplace alors peu à peu celle de "souper du Lundi Perdu", surtout également si on ajoute des ingrédients supplémentaires à la recette de la salade tournaisienne ou si on accompagne le morceau de lapin de frites ou de croquettes alors que celui-ci doit toujours être servi avec des pommes de terre à la vapeur. Soucieux de ne pas dénaturer cette tradition, d'irréductibles tournaisiens continuent cependant à se réunir dans l'esprit d'autrefois au soir du lundi qui suit l'Epiphanie.

La tradition du carnaval a connu également une mutation mais celle-ci peut être qualifiée d'amélioration. En effet, moribond à la fin des années cinquante, le carnaval revit depuis vingt ans grâce à de jeunes bénévoles qui ont voulu lui redonner son lustre d'antan. Il se déroule désormais lors du week-end de la mi-carême. Dès le vendredi soir, les "confréries", dignes héritières des sociétés carnavalesques du siècle dernier, se réunissent pour participer à la "Nuit des Intrigues" ou autres spectacles de rues. Ceux-ci se déroulent chaque année dans un quartier différent de la ville, alliant spectacles, concerts, pyrotechnie et...joyeuses libations. Le samedi, la ville entière est livrée aux confréries et aux tournaisiens ou visiteurs qui souhaitent se déguiser sur un thème chaque année renouvelé. Du début de l'après-midi jusqu'à très tard dans la nuit, "les Mouques à miel", "les Monsignore", "les Schtroumpfs", "les Vampires" ou autres groupes déambulent dans les rues et se rassemblent à des points précis pour un hommage à la Naïade, au Pichou Saint Piat, pour le jet de pichous du haut du beffroi, pour brûler le roi Carnaval sur la Grand'Place ou pour ensuite aller, en fanfare, jusqu'aux rives de l'Escaut y disperser les cendres du géant débonnaire, symbolisant l'hiver qui s'en va.

Les kermesses sont désormais au nombre de deux, la principale, la "foire de septembre" a été rejointe dès 1933 par une "Foire de Mai". Depuis cinq ou six ans, les attractions foraines ont désormais pris place sur la Plaine des Manoeuvres pompeusement rebaptisée "Esplanade du Conseil de l'Europe", à la grande satisfaction des forains, mais les nostalgiques regretteront le cadre de la Grand'Place et les haltes aux terrasses des cafés pendant que tournaient les manèges, qu'une délicieuse odeur de "boules à l'graisse" se répandait sur le forum et que les chevaux de bois faisaient entendre leur concert d'orgue limonaire.

En juin, la Halle aux Draps n'accueille plus les élèves des écoles primaires de la ville pour les traditionnelles distributions des prix et en juillet, les couturières ne se rendent plus en cortèges joyeux à Froyennes pour fêter la Sainte Anne, l'apparition du zoning commercial et la création de la nouvelle chaussée de Courtrai ont eu raison de la Maison Mamour et du café du Pont Royal. Les cérémonies du 11 novembre sont suivies par une poignée de participants, les anciens combattants étant pratiquement tous disparus, les écoliers préfèrant profiter du jour de congé, la suppression du service militaire ayant eu raison des pelotons qui y défilaient.

A la lecture de tout cela doit-on penser que la ville de Tournai a définitivement tourné le dos à son passé ? Certainement pas, de nouveaux rendez-vous ont été donnés aux tournaisiens, de nouvelles traditions sont en train de naître, l'agenda des festivités est toujours bien garni. 

13:47 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, lundi perdu, carnaval, foire de mai, foire de septembre |

21 oct.
2007

14:09

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle

De la nouvelle année à la Noël, nous avons suivi la famille Delplache dans son quotidien, nous avons vécu ses joies et ses peines au cours des années qui ont suivie la seconde guerre mondiale. Victor, le fils de François et Zandrine, est maintenant âgé de 58 ans. Il habite toujours Tournai car il avait fait sienne cette phrase d'Achille Viehard, le chantre tournaisien qui proclamait " Tant que j'vivrai, j'aim'rai mes cheonq clotiers "(cinq clochers), mais il travaille à Bruxelles et est devenu ce qu'on appelle un "navetteur". Sa vie est totalement différente de celle de ses parents. François est mort il y a une dizaine d'années et Zandrine vit toujours entourée de ses "raminvrances" (souvenirs) dans la petite maison de la chaussée de Willemeau.

Victor a épousé Séverine, une fille qu'il a rencontré lors de ses voyages quotidiens dans le train de la ligne 94. Ils avaient eu bien des occasions de bavarder puisque le train de cette ligne était connu pour ses sempiternels retards. De leur union sont nés deux enfants, le garçon travaille à l'administration communale et la fille a fait des études de pharmacienne mais doit se contenter de travaux interimaires. Dans deux ans, Victor espére bien être prépensionné (retraite anticipée) et pouvoir ainsi s'occuper du jardin de la villa qu'il a achetée au faubourg de Lille dont il vient juste de rembourser le prêt hypothécaire.

Cela fait près de quarante ans que Victor travaille dans le même organisme financier mais si, au cours des premières années, la stabilité d'emploi et l'espérance d'un plan de carrière tout tracé étaient les qualités de la maison qui l'employait, les fusions, les rachats par des groupes étrangers et les inévitables restructurations qui en découlent amènent désormais les membres du personnel à s'interroger sur leur avenir. Une restructuration à peine terminée, une autre s'annonçe. Repassant un soir chez sa mère, lassé par les nouvelles qui tombaient presque chaque semaine, il lui dit " Te sais maman, asteur, i-seont in train d'garchenner (gaspiller, abîmer, détruire) tout l'ouvrache (travail) qui a été fait pa les ceusses qui nous ont précédés, ch'est c'que les inglais appelle'tent : le "struggle for live". Zandrine qui ne comprenait que le tournaisien le regardait alors sans lui répondre.

Il souriait parfois en pensant à ce philosophe qui avait osé déclarer : "Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas". Le XXIème siècle est avant tout financier, il est le temps des hommes d'affaires, des actionnaires qui décident, depuis l'étranger, de l'avenir d'une majorité de personnes, il est l'époque des investissemnts scabreux en espérant multiplier à l'infini les bénéfices. Le travail accompli par un individu n'est plus une fin en soi, seul le bénéfice qu'il a permis d'engranger compte car en fin d'année, il faudra toujours plus rémunérer les actionnaires.

Si François, son père, avait connu à Tournai la période du plein emploi, Victor n'entend désormais plus parler que de délocalisations, de chômage, d'exclusion sociale, de quart-monde. Sa mère lui dit parfois : 'Te sais, on éteot à l'feos bin hureux à l'fin d'el guerre, i-n'aveot ni riches, ni paufes, seul'mint des gins qui vouleot orconstruire et faire in sorte qu'les infants n'connaissent pu ceule misère".

Avec presque 70.000 habitants, son souci de protéger son patrimoine, avec ses associations de sauvegarde de son riche passé, la ville de Tournai est restée une cité à dimension humaine, elle a su préserver son âme, il y fait encore bon vivre. (à suivre)

14:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai |