30 sept.
2007

17:36

Tournai : vie quotidienne d'antan (14)

La kermesse de septembre

Septembre est le dernier mois de l'été, les jours commencent à raccourcir, le brouillard, annonciateur du tout proche automne, fait son apparition au lever du jour. Le reste de la journée se passe sous un soleil un peu plus pâle et un peu moins chaud.

Septembre, c'est aussi le mois de la rentrée des classes. Victor est désormais en cinquième année primaire, il a été accueilli par son nouvel instituteur, Alexandre Lorphèvre, son éternelle "touquette" (pipe) entre les lèvres. Reprendre le chemin de l'école est pour beaucoup un moment difficile, les enfants ont la nostalgie des vacances et des grands moments de liberté qu'elles représentent. Pourtant, à la fin de la semaine, ces instants de déprime seront bien vite oubliés car voici que s'annonce "l'karmesse de Tournai".

Le samedi soir, accompagné de ses parents, Victor s'en ira assister au traditionnel concert d'ouverture, donné par l'Harmonie des Volontaires Pompiers sur le kiosque du parc communal. sous la direction du chef de musique, Alfred Verdière, professeur de clarinette au Conservatoire de la ville, les musiciens interprêteront des oeuvres classiques ou des airs d'opérettes avant d'entamer l'attendu "pot-pourri de la kermesse" dans lequel sont réunis tous les airs tournaisiens les plus connus. La foule attend avec impatience cet instant et reprendra en choeur, encouragé par les membres du Cabaret Wallon : "l'karmesse de Tournai" d'Auguste Mestdag, "L'bonnet tuauté" de Léonard Hespel, "Péqueu : wizeu" d'Adolphe Prayez, "ch'est ainsin dins no ville" d'Eugène Landrieu, ou encore "Les gosses de Tournai" d'Henri Thauvoye, "L'Maclotte" de Fernand Colin et bien d'autres chansons, tant est riche le répertoire local. Le concert se terminera par les trois hymnes " les Tournaisiens sont là" d'Adolphe Delmée, "La Marseillaise" en l'honneur des nombreux visiteurs français et "La Brabançonne". Il ne restera plus qu'à l'artificier de "buquer" (tirer) les trois coups d'ouverture.

Victor et ses parents traverseront alors le parc, admirant au passage les jeux d'eau aux effets multicolores, et rejoindront la grand'place pour un premier tour du champ de foire. Le carrousel-salon (les chevaux de bois), les "baraques" à beignets ou à gaufres, les auto-tamponnantes, les petits manèges ou les balançoires attireront les promeneurs. Le cirque De Jongh donnera ses premières représentations et un bonimenteur invitera les badauds à venir voir 'l'sauvache" tout droit venu d'une jungle inexplorée. Traditionnellement la kermesse débute le premier dimanche après le 8 septembre. Désormais, le dimanche le plus près de 8.

Le lendemain, dimanche, les tournaisiens se lèvent tôt car dès 10 heures, la Grande Procession Historique sortira, au son des cloches de la cathédrale, pour parcourir les rues de la ville. Tout au long de son passage, les maisons sont garnies d'oriflammes, des enfants sèment sur les pavés des pétales de fleurs ou de petits papiers dorés ou argentés, les personnes âgées dressent des autels sur leur appui de fenêtre où est mise en évidence la statue de la Vierge entourée de fleurs et de deux cierges qu'on allume dès que la procession approche. Celle-ci à peine passée, les familles se réunissent pour l'habituel dîner au menu duquel on retrouve le plus souvent la langue à la sauce madère ou le rôti de boeuf accompagné d'une jardinière de légumes et de croquettes. Le lendemain, ce sera "l'lundi d'el karmesse" avec son lot de festivités. 

17:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, folklore, kermesse, septembre, concert, procession |

29 sept.
2007

11:25

Tournai : vie quotidienne d'antan (13)

Les grandes vacances

Le temps passe vite... Nous somme déjà arrivés à la fin de l'année scolaire. En ce dernier samedi du mois de juin, François et Zandrine ont mis leurs plus beaux habits afin d'assister, en la Halle aux Draps, à la distribution des prix. Chaque classe de l'école "d'l'Porte d'Lille" a préparé, depuis bien avant les compositions (les examens), des saynètes. C'est aujourd'hui le grand jour, toutes les familles sont réunies dans cette salle aux sièges de bois très peu confortables. Victor s'est transformé en un page dans une reconstitution des contes de Perrault. Les élèves des classes supérieures chanteront ensuite un air de Bizet avant d'entamer une vibrante Brabançonne faisant se lever l'assistance. Le moment tant attendu par certains, les premiers de classe, et redouté par d'autres, les baudets (derniers de classe) arrive alors, chaque élève est appelé sur la scène lors de la proclamation du palmares et reçoit de l'Echevin de l'Instruction Publique ou des mains d'un membre du Comité Scolaire des livres récompensant le travail de l'année. Tradition disparue au cours des années septante qui a malheureusement remplacé l'esprit de compétition entre les élèves par des appréciations, parfois subjectives, génératrices d'un nivellement par le bas. Le progrès n'est pas toujours synonyme d'amélioration.

Avec 86 %, Victor a terminé deuxième de sa quatrième année primaire. Pour le récompenser, ses parents l'ont inscrit à la colonie de vacances organisée par la mutuelle. Il passera donc un mois à la mer. François est heureux que son fils puisse ainsi partir se souvenant que du temps de sa jeunesse, privilégiés étaient les enfants qui pouvaient aller quelques jours dans une ferme des environs. Pendant que Victor s'amusera sur la plage, François et Zandrine iront, à la fin du mois de juillet, à la Fête de Sainte Anne, au faubourg des Sept Fontaines (faubourg de Maire). Ce jour-là des centaines de tournaisiens emprunteront les frondaisons de l'Avenue de Maire pour se rendre au "Pont Royal", aux "Arcades", au "Petit Colysée" ou encore dans les jardins de la pâtisserie "Mamour" où ils dégusteront une délicieuse "tarte aux préones" (tarte aux prunes) après avoir manger des morceaux de poisson à la daube. Le soir, les guinguettes, éclairées par des lampes vénitiennes, seront le lieu idéal pour danser au son d'un orchestre ou pour s'échanger des serments d'amour qui s'effaceront parfois comme disparaîssent les beaux jours.

Adolphe Prayez, chansonnier, membre fondateur du Cabaret Wallon Tournaisien, avait décrit cette atmosphère dans sa chanson : "Ch'est, si j'min souviens bin, par ein soir de Sainte Anne, que pou l'prumière feos, on s'a connu. Sous les grands arb' d'l drèfe insanne (ensemble) on est r'venu". Au 15 août, en compagnie de Victor revenu tout bronzé de son séjour à la mer, ils iront à trois à "l'ducasse du Maroc", ce quartier populaire du sud de Tournai, voir passer la procession et assister au cortège carnavalesque. Ensuite François et Victor assiteront à "l'lutte d'jeu d'balle" sur la "grande piste" alors que Zandrine, invitée par une amie, boira "eine jatte d'chéribeon" (une tasse d'excellent café) en évoquant des "reminbrances" (souvenirs) du temps passé. Voilà comment se passer ces mois de juillet et août durant lesquels les plaisirs simples, les rencontres amicales n'avaient pas encore été supprimées au profit de cette habitude "d'partir au pus leon" (le plus loin possible) qui envahit désormais chaque année nos concitoyens...

11:25 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, mamour, sainte anne, ducasse du maroc |

27 sept.
2007

10:08

Tournai : vie quotidienne d'antan (12)

Les personnages du folklore tournaisien.

Le soleil commençait a apporter un peu de chaleur, lorsqu'en ce lundi de mai, Zandrine quitta sa maison du Faubourg Saint Martin afin de se rendre à la gare accueillir la tante Eulalie (que tout le monde appelait Lalie) qui venait passer quelques jours à Tournai. Les trois kilomètres qui séparaient son domicile de la station ne la rebutaient pas, à cette époque, la marche à pied était un exercice quotidien permettant de conserver une bonne santé et d'être moins fragiles aux refroidissements.

Au cours de sa promenade, elle allait croiser de nombreux tournaisiens exerçant des petits métiers aujourd'hui disparus. Ainsi au coin du Boulevard Bara, un bruit bien connu la fit se retourner, assis sur sa planche de bois reliant les deux bras de sa charrette, le "rémouleur" actionnait, au moyen d'un pédalier, une meule sur laquelle il affûtait couteaux et ciseaux. Il allait ainsi de rue en rue en appelant les clients par ses habituels mots : "coutiéaux, ciséeaux à orpasser" (à aiguiser).

Du bas de la rue Saint Martin montait la carriole (charrette à bras) des frères "Sans Joie" qui exerçaient la profession de "marchands d'loques" (chiffonniers). Un chien attaché, entre les roues, par des lanières les aidaient à tirer ce qu'ils avaient acheté pour quelques sous : vieux feux, chiffons, peaux de lapin. Ils s'annonçaient au moyen d'un coup de trompette qu'ils ponctuaient de leur "marchand d'loques ! ".

Au pied du beffroi montait l'odeur de la graisse à frites de la baraque sur roues de Monsieur Spinette, les frites doraient dans des chaudrons en fonte et étaient vendues par cet homme, toujours vêtu d'un grand tablier blanc, dans des cornets de papier.

En descendant la rue des Chapeliers, Zandrine se mit à penser à tous ces gens qu'elle rencontrait lorsqu'elle était encore enfant ou dont ses parents lui avaient si souvent parlé. Il y avait d'abord "Marlière", un brave homme handicapé, qui vendait sur la voie publique des horoscopes, des insignes et les cocardes multicolores pour les conscrits. Il y avait aussi "Napoléon, l'marchand d'pétrole" portant ses deux bidons attachés à une traverse de bois placée sur ses épaules. il allait approvisionner ses concitoyens en pétrole pour les lampes d'éclairage.

Il y avait encore "l'marchand d'sable". Ce sable blanc principalement destiné aux estaminets où il était utilisé pour maints usages, on le mettait dans les crachoirs utilisé par les "fumeux d'pipes" ou les "chiqueux" (personnes qui mâchaient du tabac comme on mâche désormais un chewing-gum), on le répandait sur la table de jeu de fer pour améliorer le glissement de ceux-ci ou on s'en servait pour astiquer les couverts ou les plaques du feu.

On ne voyait plus "l'marchand de guernates" (crevettes), "l'marchand d"moules" encore moins "l'marchand d'marne", sorte de tourbe qu'il extrayait de terrains situés à proximité de Kain (actuelle rue de la Marnière) et qu'il revendait aux habitants pour se chauffer. Mouillée et mélangée à du "m'nu" (poussière de charbon), la marne constituait un combustible bon marché mais de pauvre qualité.

A la braderie, on rencontrait toujours "l'marchand d'carabouya", un noir toujours de bonne humeur qui s'adressait aux passants par cette même phrase :"carabouya, carabouya, jamais malate, jamais mourir....toudis crever". Le carabouya était une sorte de bonbon de réglisse qu'on suçait afin d'adoucir la gorge surtout lorsqu'on était pris de quintes de toux.

Dans les cafés ne résonnait plus l'accordéon fatigué de la "Limace", un brave homme qui allait de son pas lourd et de sa démarche lente, de cafés en cafés, interprêter les succès de l'époque. Probablement supporter du club de football de l'Union, il pouvait jouer la marche des Rouge et Vert durant toute une soirée pourvu qu'on le rassasiait de "beonnes crasses pintes".

Dans la rue Royale, elle croisa "l'pétit Mondo", un dévoué bénévole qui vendait, en porte à porte, des billets de tombolas ou des cartes de soutien pour des oeuvres philanthropiques. Quand elle arriva à la gare, les taxis attendaient alignés devant les portes, depuis la guerre, ils avaient remplacé les fiacres dont les cochers enveloppés dans leur longue cape noire et coiffés d'un chapeau melon attendaient les voyageurs. Disparus également les porteurs de bagages affichant fièrement une plaque de cuivre avec l'inscription "commissionnaire public - Ville de Tournai", ils vous transportaient vos malles ou valises au moyen d'une brouette ou d'une charrette à bras jusqu'à votre destination en ville. Sur le quai, Zandrine remarqua sa tante Eulalie, lui prenant sa valise, elle lui dit "viens à la maison, on a tant de choses à se raconter"... 

10:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, folklore, petits métiers, les metiers disparus |

26 sept.
2007

09:56

Tournai : vie quotidienne d'antan (11)

A l'école primaire.

Voici enfin les beaux jours qui arrivent avec le mois de Mai... "l'meos des bruants" (le mois des hannetons).

Victor, le fils de François et Zandrine se prépare à partir à l'école. Il passe une dernière fois en revue le contenu de son cartable. Le plumier en bois contenant les portes-plumes avec la petite plume dorée, les crayons et le taille-crayon, l'ardoise avec une provision de "touches" et l'étui contenant l'éponge, les cahiers recouverts de papier bleu, ornés d'une étiquette aux bords rouges sur laquelle est inscrit, de la belle écriture maternelle, le nom de l'élève : Victor Delplache. Il constate qu'il y manque le principal, son "dix-heures", un biscuit ou un fruit, bien souvent une pomme, que lui emballe sa mère.

A huit heures, l'Grand Georges, appelé ainsi parce qu'il a deux ans de plus que lui viendra le chercher. Victor n'a pas oublié d'emporter son trésor, un sac de billes, pour jouer tout au long du chemin. Dans les rigoles, ils joueront à la "poursuite", chacun essayant de toucher la bille de l'autre pour ainsi s'en emparer, ils s'en iront ainsi vers l'école de "l'porte d'Lille, du Catiau, d'Marvis, de l'Justice ou de Paris". Arrivés aux portes de l'établissement scolaire, certains se seront enrichis de quelques billes, d'autres, le sac presque vide, attendront le soir pour espérer les récupérer.

Victor était en quatrième année primaire, dans la classe de Mr. Mouchon, tandis que Georges était en sixième dans celle du Maître Botteman qui exerce également les fonctions de directeur. Dans la cour de récréation, les enfants se poursuivaient jouant aux gendarme et au voleur ou aux cow-boys et aux indiens, d'autres préféraient "l'balle à l'casquette" ou le "much'cabas" (recherche d'un objet caché). A 8h30, le maître sortait sa montre de son gousset et frappait dans les mains pour inviter les enfants à se mettre en rang, deux par deux, afin d'entrer dans la classe dans le plus grand silence.

Dans le long couloir qui longeait les classes, au porte-manteau muni d'une étiquette, chaque élève avait déposé son manteau, son bonnet et son écharpe pour enfiler le grand cache-poussières gris. Les bancs de bois aux encriers de porcelaine avaient vu défiler des générations d'écoliers. Certains plus doués pour la gravure que pour les leçons y avaient gravé leur nom ou celui de la petite fille de l'école voisine qu'ils croisaient chaque matin. La mixité n'était pas encore de mise. Avant de débuter les cours, l'instituteur passait auprès de chaque élève muni de la bouteille d'encre Renard avec laquelle il remplissait le petit encrier. L'enfant allait y tremper sa plume, prenant soin de ne pas s'en mettre sur les doigts et surtout de ne pas frotter ceux-ci sur le cache-poussières au grand désespoir de sa mère.

Débutaient alors les dictées, les séances de lecture, les fastidieuses tables de multiplication que l'on récitait sur un ton chantant. Inconsciemment, le maître marquait le rythme en martelant son bureau avec une règle de bois. A dix-heures, la sonnerie qui retentissait libérait les élèves pour une (trop) courte récréation. Pendant ce temps, le maître aidé d'un élève, considéré par ses condisciples comme le chouchou, préparait les bols d'Horlicks, une boisson chocolatée qu'on pouvait boire moyennant une petite cotisation hebdomadaire.

A midi, certains retournaient à leur domicile pour le dîner, d'autres restaient au réfectoire pour "manger à tartines" avec un bol d'une soupe épaisse. Le jour préféré des écoliers était probablement le jeudi car les cours se terminaient à midi. L'après-midi après avoir "fait leurs devoirs", les enfants écoutaient alors "Les beaux jeudis" de Léo Chauliac, allaient se défouler dans la rue ou pécher des épinoches dans les étangs de Froyennes. Une atmosphère simple, des plaisirs peu sophistiqués, paraissant désormais démodés mais qui faisaient le bonheur des jeunes de cette époque d'après-guerre.

09:56 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, folklore, porte-plume, ardoise, sacs de billes, plumier, dictées |

25 sept.
2007

09:43

Tournai : vie quotidienne d'antan (10)

La fête de Pâques

Avril frappe à la porte... En quelques jours, le paysage a changé, les arbres ont vu apparaître leurs premiers bourgeons, sur les toits, le "mauviar" (le merle) égrenne ses premières notes. Son chant est portant synonyme de pluie, on lui préfère celui de l'alouette et du rossignol. Les enfants guettent le retour des premières "arondielles" (les hirondelles) qui vont probablement retrouver le nid délaissé en septembre. Tous ces signes prouvent que le bonhomme Hiver a été, une nouvelle fois, vaincu.

A l'approche de la fête de la Résurrection, la femme va faire "l'grand nettiache d'Pâques" (le nettoyage), elle va traquer la poussière, nettoyer le carrelage, manipuler la tête de loup pour attraper les toiles d'araignées, elle ne se contentera pas "d'eine crute et d'eine sèque" (nettoyage sommaire), elle va faire "blinquer" (briller) les argenteries et les cuivres. La maison va s'emplir d'une odeur particulière, mélange de savon noir de chez Pollet et d'encaustique.

Lorsque le soir tombera, la petite famille se retrouvera sur les bords de l'Escaut. En effet, le Mercredi Saint, jusqu'à la fin du XIXème siècle, les ouvriers s'y rendaient pour "noyer la dernière chandelle" qui avait éclairé leur atelier. Les soirées étant désormais plus longues, même si on n'avait pas encore pris cette déplaisante habitude de manipuler l'heure, on n'avait plus besoin de cette lumière vacillante qui permettait de travailler à la nuit tombante. Ils l'a placeront dans un vieux sabot ou la fixeront sur une planchette, la déposeront sur l'eau et, emportées par le courant, elles symboliseront le départ des jours sombres.

Le Jeudi Saint, les fidèles se retrouveront à la cathédrale où, durant l'office pontifical présidée par l'évêque, seront les bénies les Saintes Huiles. La messe se termine par le lavement des pieds de douze pensionnaires de l'hospice symbolisant les douze apôtres. pour ce rôle, ils recevront chacun un pain et une pièce de cinq francs. A partir de ce jour les cloches se taisent, on dira aux enfants qu'elles sont parties à Rome dont elle reviendront le dimanche de Pâques pour déposer des oeufs dans les jardins. Les "écalettes" (crécelles) remplacent désormais les cloches.

Le Vendredi Saint est le jour attendu par les dames et demoiselles qui vont porter, pour la première fois, une toilette plus estivale. Vêtues de leurs longues robes et d'un châle, protégées sous une ombrelle, elles déambuleront dans les allées du Marché aux Fleurs qui se tient traditionnellement sur les quais et dans la rue Royale. A cette occasion, l'école d'arboriculture ouvre ses portes. Le Vendredi Saint est le jour maigre par excellence, le carême se termine, la tradition veut qu'on pratique une dernière fois le jeûne, on se contentera pour dîner "d'un sauret et des penn'tières à l'buse" (hareng saur accompagné de pommes de terre cuite sur le feu) ausi appelées "penn'tières à l'casaque" ou encore "à l'quémisse" (en chemise), pommes de terre en robe des champs.

Le jour de Pâques, les enfants se précipiteront dans les jardins ou les parcs pour découvrir les oeufs que "Marie Pontoise", le bourdon de la cathédrale, a déposés. Dans de nombreuses familles, un copieux repas familial met fin au carême débuté quarante jours plus tôt, le Mercredi Des cendres. 

Le Lundi de Pâques, tous les vrais tournaisiens se rendent, à pied, munis d'un bâton, au Mont de la Trinité (le Mont Saint Aubert) qui domine la cité scaldéenne. Cet annuel pélérinage effectué par les familles donnent aussi l'occasion à des bandes de jeunes, issues de quartiers populaires, de se défier tout au long du chemin, on assiste parfois à de véritables batailles rangées et il n'est pas rare de les voir revenir le soir avec plaies, bosses, meurtrissures. Ils avaient ainsi mis un point d'honneur ??? à défendre la réputation de leur quartier. Ces querelles devenant de plus en plus violentes furent par la suite interdites par l'autorité communale. Les auberges et guinguettes situées au sommet du mont ne désemplissaient pas, c'était une distraction qui a encore des adeptes de nos jours.

Durant la semaine qui suit la fête pascale, le bedeau accompagné d'enfants de choeur, munis de "crucheons" (petites cruches), s'en ira porter dans les maisons de sa paroisse la branche de buis et l'eau bénite. Pendant les vacances, les enfants iront au bois d'Ere, cueillir des "gringottes" (jonquilles), les confectionnant en bouquets, ils les revendront en ville pour quelques sous.

09:43 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, folklore, fêtes de pâques, mont saint aubert |

24 sept.
2007

12:39

Tournai : vie quotidienne d'antan (9)

Les premières communions.

Lorsqu'un soir de cette première semaine de mars, François poussa la porte du logis, après une dure journée de labeur, il pesta en enlevant sa pélerine. Tant à l'aller le matin, que le soir au retour, il avait affronté des "gruéaux de mars" (les giboulées), ces bourrasques soudaines de neige fondante, de grésil et de pluie glacée qui vous fouettent le visage et vous percent les vêtements. "Mars qui rit malgré les averses, prépare en secret le printemps", il devait être assis auprès du feu, le poète qui s'est exclamé cette phrase. Immédiatement, Zandrine (Sandrine), son épouse, lui avait apporté sa paire de pantoufles, avait retiré la paille de ses sabots et les avaient mis à sécher près du feu. La pélerine avait été déposée sur le dossier d'une chaise, "pa d'vant l'buse" (par devant le feu) afin qu'elle soit bien sèche lorsqu'elle la pendrait au porte-manteau.

"J'ai fait du café après deîner, i-d'a 'core (encore) dins l'marabout", c'est ainsi qu'on désignait la cafetière, elle n'était pas encore électrique, ne portait pas encore le nom de percolateur et la bouteille thermos était, elle aussi, absente des ustensiles de ménage.

On approchait à grands pas du dimanche de la Passion, traditionnellement réservé aux premières communions ou communions privées. François et Zandrine avaient été invités, de longue date, par des cousins à la communion du gamin. "Faudra sortir les habits de la naphtaline" songea Zandrine "et bien les aérer avant de les mettre". C'était le seul moyen efficace à l'époque pour combattre ce fléau que sont les mites. Surtout que les vêtements qu'on portait aux cérémonies (baptême, communion, mariage ou funérailles) l'étaient jusqu'à ce qu'ils soient rapés. Pour de nombreuses familles, acheter des vêtements représentait quelques mois de l'unique salaire.

Le communiant étrennait à cette occasion, son premier costume composé d'une culotte souvent courte, rarement d'un pantalon, de bas et de souliers noirs, de gants blancs, d'un chapeau buse ou boule. Autour du bras gauche, un grand noeud de soie blanche à franges d'or faisait alors la fierté de celui qui le portait. La communiante, entièrement de blanc vêtue, portait une longue robe, un voile, des gants, des souliers, une aumonière. Garçons et filles tenaient à la main le missel que les enfants des familles les moins fortunées avaient bien souvent reçu à la fin de la seconde année de catèchisme. Ce n'est que vers la fin du XXème siècle que le port de l'aube pour les garçons et les filles se généralisa.

Pour la plupart des familles, le rituel de la journée était bien établi : assister à l'office dans une église où se retrouvaient les familles, les voisins et les connaissances, rendre ensuite visite aux parents plus éloignés, moment fort attendu par le communiant qui recevait alors sa "dringuelle" (des censes ou des gros sous) et l'après-midi, après l'office des vêpres, on regagnait la maison où des tréteaux avaient été dressés et on mangeait les tartes préparées la veille par la maîtresse de maison et on buvait à profusion pour "bin fieter ce bieau momint".

Le lundi, le communiant, accompagné de ses parents, se rendait à l'école où il offrait à ses condisciples des "moques", petits gâteaux ronds, sorte de pain d'épices, plus tard ceux-ci seront remplacés par des dragées (les peos d'chuque). Gare à celui qui ne respectait pas cette tradition, on entendait alors les écoliers s'exclamaient "communiant sans moques", la pire des remarques qu'un pouvait encaisser à l'époque ! Pourtant les parents n'avaient pas toujours les moyens d'offrir ces petites confiseries.

"Acor ein fiête d'passer" pensa François en regagnant son domicile. On venait de faire une entorse à un carême qui était fort respecté alors. Les fêtes de Pâques se profilaient désormais à l'horizon, dans une ville où la population était encore fort attachée à la tradition chrétienne, cela signifiait le point d'orgue de l'année religieuse pour tous les croyants. 

12:39 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, folklore, greaux d mars, moques, marabout |

23 sept.
2007

16:29

Tournai : vie quotidienne d'antan (8)

Le tirage au sort pour le service militaire.  

En ce début de vingtième siècle, Jean Baptiste que tout le monde dans la famille appelle, depuis sa tendre enfance, "Titisse", est en âge "d'aller soldat". Jean Baptiste est un garçon intelligent, il a obtenu son diplôme de primaire et fait la fierté de ses parents. A quinze ans, il est entré comme aide-magasinier dans une entreprise du quartier Saint Brice et son rêve est de terminer sa carrière comme préposé aux écritures. Il sait lire, compter et sa calligraphie lui permettrait certainement de rédiger les factures journalières. Son père en est heureux car lui à douze ans, il était entré à "l'roc" (la carrière où on extrait la pierre) et ne l'avait plus quittée.

En ce mois de février, Jean Baptiste va donc se rendre en la salle des conférences de la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville où s'effectue le redouté tirage au sort. Au beau milieu d'une table trône un tonneau d'acier et de verre, à l'intérieur des "cossettes" contiennent les numéros. Les autorités ont fixé le chiffre du contingent pour de canton de Tournai. Imaginons qu'on a besoin cette année de 300 conscrits, Jean Baptiste sait que s'il tire un numéro supérieur à ce nombre, il sera "déhors" cela signifie qu'il ne sera pas appelé sous les drapeaux, par contre, un numéro inférieur signifierait l'inverse et qu'il serait "in plin d'dins". Il devrait alors se résoudre à quitter sa famille et son travail pendant longtemps, le service durant à cette époque de trois à quatre ans.

Le coeur battant, il a tiré le numéro, la main tremblante, il a ouvert la cossette. "313", il relira à plusieurs reprises ce numéro et pourra alors entonner avec les autres bénéficiaires d'un heureux sort ce chant : "Déhors tra la la, déhors tra la la, ch'a s'ra jamais Popol (le roi Léopold) qui nous ara soldat". Sa première pensée sera pour ses parents, eux qui songeaient déjà à devoir se priver d'une rentrée financière bienvenue pour assurer un minimum vital à la famille entière. Jules, son ami que tout le monde surnommait Julot, a également tiré un "beon luméreo" (numéro) mais, sans travail, il a accepté l'offre de remplacement que lui a proposée une famille aisée qui a ainsi acheté le droit d'exempter de service leur fils aîné. La somme payée est parfois importante et permettra à la famille de Julot de vivre, un peu plus à l'aise, pendant son absence. L'Grand Louis, lui, a tiré "l'bidet", c'est -à-dire le plus petit numéro, il sera donc le premier partant.

Tous les conscrits, heureux ou malheureux, se réunissent alors et descendent en ville pour faire "sauter l'boucheon" en chantant : "s'il faut partir, nous partirons, s'il faut rester, nous resterons...". Il se promènent ainsi par les rues de la cité, bien souvent au rythme d'un tambour, "l'batteu d'caisse", certains s'affublant d'un képi sur lequel ils ont fixé des cocardes multicolores. Ce soir, celle que Julot "courtisse" (fréquente) va verser quelques larmes. Aura-t-elle la volonté de l'attendre durant trois ans ? Combien de serments se sont ainsi déliés avec le temps ?

Jean Baptiste est rentré à la maison, les parents ont invité les amis et connaissances et on fête à nouveau le bon lot. Demain matin, Titisse reprendra le chemin de l'usine où ses collègues de travail ne manqueront pas de le taquiner " su l'sanche (la chance)" qu'il a eue. L'Grand Louis embrassera les siens et, le sac au dos, sans jeter un regard en arrière pour que "s'mamère n'veot pos qui brait" ira rejoindre sa compagnie. La chandeleur, le carnaval, le tirage au sort, autant d'évènements qui marquent la vie tournaisienne en ce mois de février qui prend fin. "L'pus court, mais l'pus lourd" dit le dicton, c'est encore plus vrai lorsque la météo est maussade et que l'hiver continue à marquer de son empreinte la vie quotidienne de la cité. 

16:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, folklore conscription, tirage au sort, l'bidet |

22 sept.
2007

14:25

Tournai : vie quotidienne d'antan (7)

Le carnaval.

Ce matin du 2 février, en partant à l'ouvrage, l'homme a regardé le ciel étoilé, le paysage était blanchi par le givre. "A l'candeleur, l'hiver i-meurt ou orprint vigueur". "Les bieaux jours i-n'seont pos acore pour asteur !" a murmuré l'ouvrier en remontant le col de son caban. Il pense déjà à la soirée, car en ce jour de la Purification, le vrai tournaisien ne manquera pas de manger les "coucoubaques" (crêpes) bien dorées. D'ailleurs, si on ne sacrifie pas à la tradition, "on pichera tout cron (de travers) tout l'année" dit une de ces vieilles maximes populaires tournaisiennes. Dès l'après-midi, la maîtresse de maison avait préparé la pâte à la fleur de bouquette et, comme c'est jour de fête, elle a ajouté à celle-ci un peu de bière, elle a ensuite placé le récipient, recouvert d'un linge, près de l'âtre pour que la levure fasse son oeuvre. Le soir, on graissera la poele avec du saindoux et on fera sauter les crêpes au grand amusement des enfants qui les mangeront " au chuque blanc ou a l'castonnade (sucre blanc ou vergeoise).

Février nous ramène aussi le mois du carnaval (sauf les années où la fête de Pâques "tombe tard"). Lorsqu'il écrivit son livre consacré au "Folklore de Tournai et du Tournaisis", Walter Ravez, fondateur du Musée de Folklore, constatait qu'en ce milieu du XXème siècle, le carnaval était moribond dans la cité aux cinq clochers. Pourtant sans jamais atteindre la réputation de celui de Binche ou des villes des cantons de l'Est, le carnaval de Tournai était bien connu, même au-delà de nos frontières, puisque les gens de Tourcoing ou de Roubaix y participaient chaque année durant le XIXème siècle ou le début du XXème.

Il débutait le dimanche du Sexagésime et se prolongeait lors des "jours gras". La famille dont nous avons fait la connaissance le premier janvier participera comme chaque année à ces jours de liesse populaire. Mari et femme font partie d'une de ces nombreuses sociétés ouvrières dont les membres cotisent durant toute l'année afin de faire face aux dépenses liées à cet évènement. On en dénombre plus de quarante, aux noms typiques tels :  la Société des Ecaletteux (castagnettes), les Bréoux (ceux qui pleurent), le Club des Noirous, les Coeurs Joyeux, les Vieux Capuchins, les Farceux du Grand Ch'val Blanc, les Déchaînés, les Bons Vivants, les Gamins de Saint Brice... mais aussi, la Société des Pierrots, celles des Pêcheurs Napolitains ou des Gilles de Saint Piat, ces dernières toujours bien vivantes à notre époque. Au début de l'après-midi, les enfants s'affublent de quelques hardes trouvées dans les malles du grenier et vont faire du bruit dans les "rulettes" (ruelles). Au crépuscule, ils cèderont le pavé aux divers goupes où les "Princes" vont cotoyer les "Sauvaches" ou les "Roctiers" avec leurs gros "sorlets à daches" (souliers cloutés) soufflant dans leur cornet, ou encore les Cartelettes, de blanc vêtus, frappant sur leur boite en fer. De la Rue As-Poids arrivent les "Poporas" du balotil Philibert Autem entonnant leur célèbre refrain : "Si vous aimez faire de la musique, venez chez les Porporas, car vous savez qu'il n'a pas en Belgique, d'artistes qui ne font tant d'éclat...". Des bandes de personnes masquées vont intriguer les passants. On profite parfois du déguisement pour lancer quelques remarques ironiques, voire moqueuses parmi lesquelles celle de "sans liards" (désargenté) était souvent la plus utilisée. Les cafés sont pris d'assaut : Le Grand Bock, la Taverne de Cologne, le Café des Brasseurs, le Café de Paris, celui de l'Académie, de l'Impératrice ou du Carillon, voilà quelques passages obligés en ces jours de festivités. "El ceu qui n'intind pos l'riache, i-deot d'meurer à s'maseon", il y avait peu de "pisse-vinaigre" dans les rues à cette époque de l'année. Après la seconde guerre mondiale, le carnaval a presque disparu des rues de Tournai. Nous verrons prochainement dans une rubrique consacrée à la "Vie d'aujourd'hui à Tournai" qu'il renaît de ses cendres. Le mois de Février n'est pas seulement consacré à la fête, nous constaterons demain qu'il est aussi celui de la "conscription", une évènement annuel souvent redouté qui a duré jusqu'au début de la première guerre mondiale....

14:25 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, folklore, chandeleur, coucoubaques, carnaval |

20 sept.
2007

09:29

Tournai : vie quotidienne d'antan (6)

Le jeu de fer.

Au début du XXème siècle, les femmes ne fréquentaient pas les estaminets sauf peut-être certains dimanches lorsqu'elles y étaient emmenées par leur mari. Durant la semaine, l'après-midi, elles aimaient se réunir, à tour de rôle, au domicile de l'une ou de l'autre. On parlait alors de tout et de rien et ces rencontres programmées à jour fixe sont décrites dans cette chanson tournaisienne qui dit "voilà commint les mamères, in buvant leu café, raqueontent leu p'tites misères sans que l'ouvrache i-s'fait".

Le lundi soir, après "l'ouvrache" (le travail), les hommes avaient coutume de se rendre à l'estaminet pour boire "ein beonne crasse pinte" et bien souvent jouer au Jeu de Fer. Ce dernier est un jeu typiquement tournaisien, bien qu'à la fin du XIXème siècle, il se jouait également dans le Nord de la France, à Ath (où on l'appelait "jeu de plombs") et à Mons sous la dénomination de "billard de fer". Il tire probablement son origine du "Schuifeltafel" (table à glisser) qui était un jeu de "Trou Madame" qu'on pratiquait avec des palets de bois.

Le jeu de fer est exclusivement un jeu de café, il était d'ailleurs construit, à l'origine, par les tonneliers des brasseries. Imaginez une table étroite, longue de 3 mètres environ et large de 50 cm. Sa hauteur est celle d'un billard normal, soit environ 88 cm. Il se joue au moyen d'une queue biseautée, au bout aplati ce qui la différencie d'une queue de billard. Au moyen de celle-ci, on fera glisser un fer rond, vers l'extrémité de la table garnie d'un pont et de cinq "broques" (broches) qui se resserrent en une forme ovale afin de constituer un maximum de difficultés pour rejoindre "l'étaque" (la broche du fond). La planche de jeu est longue d'environ 2m60, large de 33 cm et entourée d'une rigole où "i-n'fait pas beon bourler" car le fer y est considéré comme perdu. On la saupoudrait d'une poudre de marbre blanc, ceci afin d'améliorer le glissement des fers.

Tout l'art du jeu consiste à amener son fer le plus près de l'étaque et à y rester (comme au jeu de pétanque on essaie d'être le plus proche du cochonnet). Les bons joueurs parviennent à donner de l'effet au fer, à le faire tourner sur lui-même, afin qu'il décrive une courbe pour atteindre la broche du fond en évitant les obstacles composés non seulement du pont et des broches mais aussi des fers des autres participants. Deux paires de joueurs se disputent la partie, l'équipe qui parvient la première à marquer 24 points la remporte.

Le jeu de fer possède ses expressions telles : "doguer" (pousser légèrement un des fers pour le rapprocher de l'étaque), certains joueurs diront plus facilement "donner ein p'tite baisse à s'fier", "débuter le fer" (mettre le fer de l'adversaire hors de la planche ou l'écarter au maximum de l'étaque), "jeuer l'peont", c'est tenter de faire passer son fer sous l'arceau de façon à atteindre l'étaque en ligne directe... et il existe aussi la plus célèbre expression : "faire ein escampe à l'broque" c'est à dire ricocher sur la planche après avoir, volontairement ou non, heurter une broche. Ces mots sont entrés dans la langage usuel et lorsqu'on verra une personne qui "chonquielle" (perd l'équilibre et se heurte à un ou plusieurs obstacles), on lui dira "alors, t'a acore fais ein escampe à l'broque !".

Au XIXème et XXème siècle, la plupart des cafés tournaisiens possédaient un jeu de fer. Le jeu a pris un second souffle lorsqu'en 1974, Jean Lignian, un passionné fonda la Fédération de Jeu de Fer Tournaisien qui compte plus d'une vingtaine de sociétés ( Les Acharnés, les Escampeux, la Queue Princière...) et qui organise chaque année le Tournoi de la Ville, en septembre, à la Halle aux Draps. La finale attire la foule, plus d'une centaine de personnes y assistent et celle-ci est parfois retransmise par la télévision locale, No Télé. C'est ainsi que les soirées du lundi se passaient, en ce XXème siècle, pour les hommes qui aimaient aussi "taper la carte". Un peu éméchés, ils rejoignaient alors le toit familial et il n'était pas rare d'entendre alors "berteonner l'mamère" avant que la réconciliation n'intervienne sur l'oreiller.

(sources : la description du jeu de fer a été rendue possible grâce aux renseignements contenus dans une brochure de Jacques Albert Bouquelle qui fut Président du Comité Tournaisien de Jeu de Fer).

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, folklore jeu de fer, etaque, broques |

19 sept.
2007

10:17

Tournai : vie quotidienne d'antan (5)

Les soirées d'hiver.

Cette journée de janvier prend fin. Les enfants sont les premiers rentrés, les plus petits accompagnés des plus grands. Si certaines mères vont encore chercher leur mioche à la porte de l'école, dans la plupart des familles, les enfants reviennent seuls à la maison. Il faut dire qu'il régnait alors une plus grande sécurité sur le chemin des écoliers, peu de véhicules à moteur et moins de prédateurs qu'à notre époque. Toujours est-il qu'en quelques minutes les abords des bâtiments scolaires retrouvaient leur calme alors qu'à présent de mémorables embouteillages sont provoqués par des parents automobilistes, bien souvent stationnés en double-file, soucieux de ne pas laisser faire un pas inutile à leur progéniture qui ne profite plus de ce trajet scolaire pour se défouler, s'aérer, faire finalement un peu de sport et évacuer la tension accumulée au cours de la journée. Autre temps, autres moeurs !

Néanmoins quelques enfants de familles aisées revenaient de l'école en calèche. Après le goûter, la maîtresse de maison surveillait les devoirs et faisait réciter les leçons. Les enfants avaient ainsi le privilège de ne pas être livrés à eux-mêmes comme c'est malheureusement souvent le cas à présent et ne se retrouvaient pas à traîner dans les rues où certaines rencontres peuvent déterminer un définitif changement de cap dans l'éducation. Durant la période de l'entre-deux guerres et à la fin des années quarante, les ménages vivaient chichement et dépensaient avec parcimonie le maigre salaire du mari, bien souvent le seul revenu du logis.

En hiver, les soirées étaient longues, pas de télévision pour les agrémenter, quelques familles possédaient la T.S.F. (on appelait "Transmission Sans Fil", le poste de radio de l'époque) sur laquelle on écoutait le "journal parlé" de l'I.N.R. (L'Institut National de Radiodiffusion, ancêtre de la RTB) ou des programmes de musique variée, on invitait alors des voisins ou des amis à venir écouter des émissions patoisantes comme celle de Simons sur radio Lille. Ce n'est que vers les années soixante que les jeunes, à peine rentrés de l'école, allumeront le transistor vers 17h00 pour écouter leur émission favorite "S.L.C, Salut les Copains", locomotive de la toute jeune Europe 1.

La lueur du jour baissant rapidement, toute la famille se rassemblait autour du poële de la cuisine, le retrait du couvercle par où on introduisait le charbon permettait d'éclairer faiblement la pièce, les flammes dansantes projetant sur les murs des ombres fantasmagoriques. "On appeleot cha, faire el'noir quart d'heure" ou la "soirée à l'écriène". Plus tard, on allumerait l'éclairage au gaz et on pourrait alors jouer à la manille, au couillon, au jeu des petits chevaux ou au jeu de l'oie. Le mari et l'épouse échangeront les nouvelles de la journée glanées à l'usine pour l'un, lors des rencontres en ville pour l'autre.

Avant de se coucher, afin de rechauffer les draps glacés dans les chambres sans chauffage aux vitres souvent couvertes de "fleurs de givre", on placera une brique chauffée au préalable dans le four de la cuisinère et entourée d'un linge ou un fer à repasser bien chaud, plus tard une "bouillotte" remplie d'eau chaude dont on espérait qu'on "aveot bin fermé l'boucheon pour que l'literie ne soiche pos ineondée". Chaque lundi soir, à la sortie du travail, les hommes se retrouvaient à l'estaminet. L'un des plus connus à l'époque était "L'Poire Cuite" situé au pied de l'église Saint Piat, face au Pichou. Là, dans une salle de café "infinquée" (enfumée) par les vieux qui "saquaient su leu touquette" (tiraient sur leur pipe) on s'adonnait au plaisir des parties de "Jeu de Fer", un jeu spécifiquement tournaisien.

10:17 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, folklore, soirées, écrienne, inr |