30 août
2007

08:45

Tournai : des origines à nos jours (14)

Tournai et les Pays-Bas autrichiens. 

Nous voici à la moitié de ce XVIIIème siècle, l'impératrice Marie-Thérèse règne sur les Pays-Bas autrichiens. Pour Tournai s'ouvre une période extrêmement bénéfique puisque la ville participe non seulement à la prospérité du pays mais également à celle de l'Europe Occidentale !

Les grandes voies de communications ont été améliorées et on peut ainsi faire le voyage entre Tournai et Bruxelles en 9 heures et rejoindre Mons en 6 heures. De nombreuses manufactures s'installent dans la ville, elles vont faire son renom à l'étranger. Les bonneteries occuperont plus de sept mille ouvriers et ouvrières à la fin du siècle, la production de tapis, fleuron du XVème siècle, reprend mais sous forme mécanisée à la manufacture Piat et Lefebvre. Portant le titre de "manufacture impériale et royale de Tapis", elle occupe près de 1.200 ouvriers dans ses ateliers établis dans la rue des Clairisses (une maquette la représentant est visible au musée de Folklore). Les orfèvres tournaisiens Marc le Febvre et Jacques le Febvre-Caters sont aussi très réputés.

Mais ce qui restera, par dessus tout, le grand fleuron de l'industrie tournaisienne est, sans nul doute, la porcelaine. Vers 1750, originaire de Lomme, François Joseph Péterinck, ancien officier français, s'associe aux frères Robert et Gilles Dubois pour créer la manufacture de porcelaine. Plus tard, il se séparera d'eux et fera venir à Tournai un céramiste de Rouen, Claude Berne. C'est à cette époque que naissent les premières grandes céramiques mais il faudra attendre l'arrivée d'Henri Joseph Duvivier en 1764, pour voir apparaître les décors qui firent sa renommée : fleurs, oiseaux, fruits. Elle rivalise avec la porcelaine de Saxe.

Une des plus belles réalisations est le service de 1.603 pièces commandé par le duc d'Orléans, décoré aux motifs de "l'histoire naturelle des oiseaux "de Buffon, universellement apprécié par les connaisseurs mais... paraît-il jamais payé par son acheteur ! La manufacture impériale et royale de porcelaine de Tournai est à son apogée en cette fin de XVIIIème siècle, elle occupe, elle aussi, des centaines d'ouvriers. Grâce à son industrie, Tournai connaît alors une période de plein emploi.

Paix et prospérité entraînent toujours le besoin de rénover, ainsi en 1755, les chanoines de la cathédrale vont-ils eux aussi se lancer dans un vaste programme de construction. Ils souhaitent, tout d'abord, faire ériger sur la place de l'Evêché, face au palais épiscopal, un "hôtel" pour les anciens prêtres qui jusqu'alors étaient logés dans un ancien bâtiment d'une rue voisine, datant du XIIIème siècle, initiative de l'évêque Gautier de Marvis. A l'étage de celui-ci, sur toute la longueur de la façade (soit environ 60 mètres), une seule salle accueille la bibliothèque réservée aux chanoines, regroupant de nombreux ouvrages dont quelques écrits ayant échappé à l'incendie de 1568 provoqué par les iconoclastes. En 1758, les chanoines rénovent également leur hôpital situé dans l'actuelle rue de l'Hôpital Notre-Dame, sur ce bâtiment occupé depuis le XIXème siècle par l'Académie des Beaux Arts, on peut encore voir, au-dessus du portail, le tympan renfermant un bas-relief de la Vierge Marie, oeuvre du sculpteur tournaisien Nicolas Lecreux. L'ASBL Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine de la ville, souhaite depuis de nombreuses années faire restaurer ce chef-d'oeuvre.

A cette époque, on reconstruit le palais abbatial de l'abbaye de Saint Martin. En 1773, l'impératrice Marie-Thérèse supprime le ressort intermédiaire du Conseil de Flandre et élève le bailliage de Tournai-Tournaisis au rang de Conseil provincial. En novembre 1780, à la mort de l'impératrice, Joseph II lui succède. Il sera moins populaire. Rapidement, il va diviser les Pays-Bas en cercles et, en 1787, rattacher Tournai et le Tournaisis à l'un d'eux ce qui provoque le 16 octobre de cette même année, une protestation des Etats de Tournai contre ses réformes, tandis que l'été 1789 sera marqué par des émeutes dans la ville.

1789, la France vit sa révolution, celle-ci aura-t-elle des répercutions pour Tournai ?

(sources : "contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de G. Duphénieux sur les porcelaines de Tournai parue dans le mensuel "la Toison d'or" de novembre 1972 et recherches personnelles).

29 août
2007

10:09

Tournai : des origines à nos jours (13)

Tournai, au coeur de la rivalité entre le France et les Pays-Bas.

L'Histoire mesure le temps qui passe comme le balancier d'une horloge. A une période de calme succède toujours une période conflictuelle.

La fin du XVIIème siècle a été marquée par une période beaucoup plus tranquille pour Tournai. Bien à l'abri de ses remparts, gouvernée par le Roi-Soleil, la ville pouvait à nouveau respirer, se développer. Mais dans ce grand ensemble que constituait alors la France, les Provinces-Unies et les Pays-Bas, tout était déjà en train de se mettre en place pour ramener la guerre, ce mot qui ne deviendra jamais obsolète. On est à peine entré dans le siècle que les raisons d'un long conflit sont déjà naissantes.

Le 1 novembre 1700, Charles II meurt, celui-ci lègue par testament, tous ses états au duc d'Anjou, fils du Dauphin de France donc petit-fils de Louis XIV. Selon les clauses de ce testament, les Pays-Bas évitent ainsi l'annexion par la France, mais dès le mois suivant, le roi de France obtient de son petit-fils une procuration lui permettant de les placer sous sa tutelle. En décembre 1700, les Hollandais sont chassés de nombreuses villes de garnisons situées le long de la frontière.

La réaction ne se fait pas attendre, en septembre 1701 est signée, à La Haye, la "Grande Alliance" entre l'Angleterre et les Provinces Unies afin de contrecarrer le pouvoir franco-espagnol. Tout les éléments sont enfin réunis pour qu'éclate le conflit.

Celui-ci sera officiellement déclaré en mai 1702. Dès ce moment les troupes anglo-hollandaises vont prendre les villes de Venlo, Ruremonde et Liège. Huy et Limbourg suivront en 1703. En 1706, à Ramillies, les troupes alliées écrasent les Français commandés par le maréchal de Villeroy. En 1708, les alliés commandés par le duc de Malborough (le fameux héros de la chanson enfantine) prennent la citadelle de Lille et le 5 septembre 1709, la citadelle de Tournai, défendue par Surville, tombe également entre leurs mains, avant cela le même Surville avait fait incendier toutes les maisons situées hors des remparts, notamment du faubourg de Lille.

Le souhait des états généraux des Provinces-Unies se réalise, créer une "barrière" de places fortes pour résister aux invasions françaises. En 1713, le traité d'Utrecht sépare définitivement la France de l'Espagne, les Pays-Bas sont cédés à l'Autriche et Tournai leur est officiellement restituée. Charles VI règnera désormais sur nos régions, il mourra en 1740.

En 1745, la bataille de Fontenoy, aux portes d'Antoing, soit à moins de 8 kilomètres de Tournai, voit la victoire des troupes françaises commandées par le Maréchal de Saxe sur les alliés (anglais, autrichiens et hollandais). Les Français reprennent Tournai. Louis XV règne désormais sur la ville. Le Traité d'Aix la Chapelle de 1748 mettra fin à ce long conflit de près de cinquante années.  

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

28 août
2007

09:28

Tournai : des origines à nos jours (12)

Tournai durant la seconde partie du XVIIe siècle.

Hier, nous nous sommes quittés au moment de la découverte du tombeau de Childéric en 1653. A cette époque, on estime que Tournai compte environ 25.000 habitants, alors qu'au début du siècle précédent, on en dénombrait pratiquement le double. Les guerres, les épidémies, les bannissements ont pratiqué des coupes sombres dans la population tournaisienne.

L'année 1653 voit le troupes françaises commencer à affronter les troupes du roi d'Espagne. En 1654, les Français battent les Espagnols à Arras et les troupes commandées par Turenne s'emparent de Condé, de Saint Ghislain et de Landrecies. En 1657, elles prennent Saint Vénan et Montmédy, mais un sursaut des Espagnols leur permet de reprendre Saint Ghislain.

En 1661 meurt à Tournai le poëte Jean d'Ennetières, un noble, auteur de pièces et d'épopées. Il composa notamment "le Chevalier sans reproche Jacques de Lalaing" et la "Comédie de Sainte Aldegonde". L'été 1667 sera chaud. A la mi-juin, Turenne met le siège devant Tournai et durant la nuit du 20 au 21 juin, Louis XIV investit la ville à la tête d'une armée estimée à environ 25.000 hommes de troupe et plus de 10.000 cavaliers. Les envahisseurs sont pratiquement aussi nombreux que les habitants de la cité. Si certains, en ville, se réjouïssent de retrouver le giron français, on note cependant l'hostilité d'une partie du clergé, restée fidèle à l'Espagne. Il ne faut pas oublier que les Espagnols avaient "délivré" la ville des calvinistes en érigeant bûchers, gibets, en bannissant les Réformés et en faisant fuir près de 6.000 artisans calvinistes.

En 1667, la ville devient "bastion du royaume de France" et va subir d'importantes transformations. On va d'abord démolir le château érigé par Henri VIII ne conservant que la tour, encore visible à notre époque. Louis XIV chargera ensuite Vauban de construire la citadelle sur les hauteurs voisines de la porte de Valenciennes. Pour cela, on n'hésitera pas à raser le quartier de la paroisse Sainte Catherine (soit l'église, le couvent et plusieurs centaines de maisons). La première pierre de cet imposant ouvrage de défense est posée en 1668 par le marquis de Louvrois, ministre du roi et il fut terminé en 1674.

Vauban modernise également les remparts de la ville, ceux-ci avaient fortement soufferts lors du siège de 1581. Louis XIV fonde alors le Conseil souverain de Tournai pour lequel on construira le Parlement en 1672 sur des terrains proches de l'Escaut, à proximité de l'ancien château. En 1671, accompagné de son épouse, le roi de France visite la ville conquise quatre ans plus tôt et pose, à l'aide dit-on d'une truelle d'argent, la première pierre de la nouvelle église de l'abbaye de Saint Martin. A cette occasion, le roi fera don d'un ensemble de vêtements de rouge brodés d'or et de fil d'argent, appelé "chape de Louis XIV" conservée depuis dans le trésor de la cathédrale Notre-Dame. Il reviendra visiter la citadelle, quelques années plus tard, accompagné de sa maîtresse Madame de Montespan.

C'est également en 1671 que l'évêque Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin obtiendra l'autorisation du roi pour ériger un séminaire, les travaux de celui-ci débuteront en 1687 sur de terrains situés en l'Orde Rue (actuelle rue des Soeurs de la Charité). Les hommes de troupe étant très nombreux dans la ville, on construira de nombreuses casernes pour les abriter : la caserne Saint Marc, celle de Saint Julien située à l'emplacement de l'actuel Luchet d'Antoing, celle de la Calendre au quai des Poissonsceaux ou encore des Arcs à proximité du Pont des trous. En 1673, on érigera également les casernes Saint Jean, des Capucins et des Sept-Fontaine dont les bâtiments se dressent toujours dans la rue Frinoise, transformés au début du XXème siècle en logements pour les agents de police et depuis une vingtaine d'années en appartements, ils ont abrité également certains bureaux des services du fisc avant leur transfert à la rue du Rempart en 2010 !

Louis XIV fit également construire un arsenal, aujourd'hui disparu, qui s'élevait aux environs de l'actuel Quai Dumon et du Quai Sakharov. C'est à ce roi qu'on doit également la canalisation de l'Escaut dans sa traversée de la ville, ce qui engendra la disparition définitive des ilôts et des moulins qui se trouvaient au milieu du fleuve. Ces travaux permirent d'éviter les régulières inondations hivernales que le quartier du Château subissait. Toutes ces réalisations enthousiasmèrent les Tournaisiens qui se mirent à rénover leurs habitations. On vit apparaître des immeubles alliant les styles français et tournaisien : façades mélant harmonieusement la brique et la pierre de Tournai, toitures saillantes sur des consoles de bois sculptés. La plupart de ces immeubles existaient encore à la veille du bombardement allemand de mai 1940. Certains, heureusement, échappèrent à ce stupide massacre.

Louis XIV fut un bienfaiteur pour Tournai, Edouard Tréhoux s'en est souvenu lorsqu'il créa sa galerie de géants tournaisiens, en le représentant comme Childéric, Letalde et Engelbert ou Christine de Lalaing. Le XVIIème siècle se terminait à nouveau dans l'opulence pour Tournai...

(sources : "Tournai, ancien et moderne" d'A-F-J Bozière, contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

27 août
2007

12:04

Tournai : des origines à nos jours (11)

Tournai durant la première partie du XVIe siècle.

Le XVème siècle a provoqué la ruine de Tournai, le XVIème sera celui de la reconstruction et du redressement économique. Pourtant, ce siècle commence mal. A l'approche des fêtes de Pâques de 1606, un vent tempétueux détruit la Halle aux Draps. Il s'agissait alors d'un bâtiment en bois, édifié en 1227, à l'emplacement de l'ancienne maison "al treille". En 1610, les travaux de reconstruction seront entrepris par l'architecte et maître maçon Quentin Ratte à partir de plans dessinés par Jacques Van den Steen. Le nouveau bâtiment sera édifié en style Renaissance à l'emplacement de l'ancien et de deux maisons annexées "le Lyon d'Or" et la "Toison d'Or". La première pierre sera posée par le Chevalier de Lannoy, la seconde par Jean de Cordes, Gérard Liebart posera la troisième et Michel de Cambry, la quatrième. La cérémonie eut lieu le 29 mars 1610. La proposition de reconstruction avait été présentée, à la séance des Consaux, trois semaines auparavant (cette rapidité entre prise de décision et début de chantier doit laisser rêveur les édiles actuels !). On rapporte que l'ensemble coûta 22.000 florins (en cela non compris la fourniture des pierres et les verreries). En 1616, une cour à galeries avec étage sera ajoutée au nouvel édifice. La Halle aux Draps reste le seul édifice public datant de la Renaissance. il s'agissait d'un établissement public destiné à "la vente de comestibles et de produits manufacturés".

A la même époque, les Jésuites qui ont quitté la rue des Allemands où ils se trouvaient un peu trop à l'étroit dans leurs murs, occupent désormais le refuge des Dames Bernardines du Saulchoir, à la rue du Quenoy. Ils projettent d'installer un noviciat et le 8 avril 1609, Réné, comte de Renesse de Warfusée pose la première pierre de la chapelle. Les travaux dureront trois ans et le 25 juin 1612, Jean Richardot, archevêque de Cambrai consacre le nouvel édifice. Trente huit mois suffirent pour ériger cette chapelle composée d'une nef unique en style gothique terminée par un chevet à cinq pans, faite de briques et de pierres blanches dont seul le portail de pierre bleue est de style Renaissance. La chapelle est éclairée par des fenêtres ogivales garnies de meneaux flamboyants. Trente huit mois pour construire un tel édifice, cette fois se sont les architectes et les entrepreneurs de construction actuels qui restent songeurs quand ils pensent aux moyens dont disposaient les ouvriers de l'époque !

Petit fait en 1618, certains historiens relèvent que l'Official de Tournai excommunie les comédiens. Pour interprêter leurs rôles, ceux-ci devaient souvent se mettre dans la peau de personnages peu reluisants et cette métamorphose artistique avait le don d'offusquer les personnes bien pensantes de l'époque qui voyaient probablement en ces actions, l'oeuvre du diable ! En 1618 débutent également les travaux de construction du Mont de Piété, sur des dessins de Wenceslas Coeberger, architecte des archiducs Albert et Isabelle. Bozière nous rapporte que le premier receveur de cet établissement, un dénommé Haroult accepta la charge gratuitement et par charité et que les Magistrats exigèrent, en plus, qu'il fournisse un cautionnement !

En 1616, originaire de Lomme, Maximilien Villain de Gand est choisi par les archiducs pour succéder à la tête du diocèse de Tournai à Michel d'Esne qui vient de disparaître. On le décrit comme un homme doux et humble, parcourant son diocèse à pied ou avec une mule. Cet homme d'une grande simplicité va cependant restaurer la vie religieuse à Tournai, celle-ci, mise à mal par la Réforme, en avait bien besoin. Sous son épiscopat, de nombreux ordres vont venir s'installer à Tournai : les Carmélites, les Carmes et les Annonciades, les Dominicains et les Dominicaines, les Clairisses. Toutes ces communautés furent installées en moins de 15 ans.

 Le 13 juillet 1621, l'archiduc Albert, fort apprécié des Tournaisiens, s'éteint. Les Pays-Bas retournent à l'Espagne. Après la mort de Marie de Médicis, le roi d'Espagne règne à nouveau sur le pays. En 1648, le Traité de Munster règle la question d'indépendance des Provinces Unies, le roi d'Espagne reconnaît leur liberté. Cinq ans plus tard (1653) un maçon sourd-muet occupé à des travaux de fondations à proximité de l'église Saint Brice fait une découverte extraordinaire : le tombeau de Childéric datant du Vème siècle.

(sources : "Tournai, ancien et moderne" d'A-F-J Bozière et recherches personnelles).

26 août
2007

13:47

Tournai : des origines à nos jours (10).

Tournai durant la seconde partie du XVIe siècle.

Ainsi, au XVIème siècle, comme toutes les autres villes, Tournai est en proie aux conflits provoqués par la Réforme. En 1566, le nombre de Réformés s'est accru, l'évêque Gilbert d'Oignies, nommé un an auparavant, ne se sent plus en sécurité et préfère quitter sa résidence épiscopale. Le gouverneur de Tournai, le Comte de Hornes, est confronté à une demande pressante des réformés : obtenir un lieu de culte. Ils reçoivent l'usage provisoire de la Halle aux Draps.

Suite à la "pacification de Gand" du 8 novembre 1576, Pierre de Melun, prince d'Epinoy est nommé par les Etats Généraux pour rétablir l'ordre dans la cité. En 1581, celui-ci est absent de la ville, il y laisse son épouse Christine de Lalaing. Alexandre Farnèse, qui entretient des rapports de plus en plus tendus avec Philippe II, s'allie à des nobles catholiques connus sous le nom des "Malcontents", ceux-ci n'ont pas accepté la pacification de Gand par laquelle, les Dix-Sept Provinces, après la destruction d'Anvers, décident de rester unies, de vivre en paix et de chasser toutes les troupes étrangères. Alexandre Farnèse avec le renfort des Malcontents met le siège devant Tournai au milieu de l'automne 1581, le 30 novembre, il prend la ville malgrè la résistance héroïque des habitants galvanisés par la princesse d'Epinoy, Christine de Lalaing qui monte aux murailles en armure et les armes à la main. Tournai vaincue, tombe ainsi la dernière ville wallonne encore aux mains des Etats Généraux.

Les Tournaisiens n'oublieront pas cette héroïne, ils lui élèveront une statue de bronze, oeuvre du sculpteur local Aimable Dutrieux, et la placeront, en 1863, au centre de la Grand'Place. Tournée vers la cathédrale, la hache levée, elle semble lancer un geste de défi au pouvoir catholique local, les Tournaisiens disent que c'est la raison pour laquelle, jusqu'il y a quelques années, la Grande Procession historique du deuxième dimanche de septembre, évitait de passer par la Grand'Place et sortait de la cathédrale pour se diriger directement vers le rue Saint Martin en passant par le haut de la rue des Chapeliers.

Tous les historiens s'accordent à dire que cette défaite sonne le glas de la splendeur de Tournai, l'industrie est moribonde, le commerce est au plus bas. Partout dans la ville on ne rencontre que la misère, le siège a provoqué des destructions dans tous les quartiers, les animaux déambulent librement dans les rues et les ruelles, les rats pullulent transmettant un lot de maladies.

Alexandre Farnèse ne s'attarde pas à Tournai, il assiège, en juillet 1582, Audenarde, Courtrai et Lille et remporte autant de victoires. En août il se voit opposer une importante résistance des Gantois, il lève le siège et part conquérir Menin, Furnes, Nieuport et Dixmude. En 1584, il revient à Gand et s'empare finalement de la ville. Farnèse mourra en 1584 à Arras.

A Tournai, la cathédrale Notre-Dame, s'enrichit en 1572, d'un jubé aussi appelé ambon. De granit, de marbre et d'albâtre, placé à la séparation du transept et du choeur gothique, il est l'oeuvre de Corneille de Vriendt, dit Floris, architecte de l'hôtel de ville d'Anvers. Il est de style Renaissance. Ce jubé fera bien souvent parler de lui. Depuis sa création, partisans et opposants vont, soit vouloir le sauvegarder comme étant une oeuvre majeure du XVIème siècle, soit vouloir le déplacer ou le reléguer hors de la cathédrale. Pour les uns, il est somptueux, chef d'oeuvre représentatif de l'art italien en Belgique, pour les autres il est un anachronisme situé au passage du roman au gothique, pour ceux-ci, il empêche même une vue harmonieuse sur l'ensemble de la cathédrale dès qu'on entre par la porte principale. Un visiteur s'est un jour exclamé en présence de l'Optimiste :" quel est ce lourd monument qui gâche la légèreté du choeur ?". L'Art ouvrira toujours des débats et c'est peut-être, au delà de l'admiration d'un oeuvre, un intérêt supplémentaire.

Le XVIème se termine, l'Archiduc Albert est nommé gouverneur des Pays Bas, à Tournai l'évêque se nomme Michel d'Esne, originaire de Cambrai, il a été placé à la tête du diocèse par Philippe II en 1596 et approuvé par le pape Clément VIII un an plus tard.

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

25 août
2007

14:19

Tournai : des origines à nos jours (9)

L'époque d'Henri VIII.

Le XVIème siècle sera marqué par les conflits et la misère. En relisant l'histoire on se rend compte que les guerres ont toujours été le seul moyen d'imposer des vues à un adversaire avec lequel on ne trouvait pas d'accord. L'emploi de la force serait-il donc la seule solution pour avoir raison ? Si oui, l'Homme est encore très loin de pouvoir se déclarer "l'animal animé de raison" dont le philosophe l'a qualifié ! Les guerres ont toujours eu pour origines l'enrichissement, le sentiment de supériorité d'une culture sur une autre, la défense de sa religion ou tout simplement la jalousie, l'envie de posséder ce que l'autre possède et qu'on ne peut obtenir.

En 1506, à la mort de Philippe le Bon à Burgos, les Etats Généraux élisent Maximilien d'Autriche pour diriger les Pays-Bas, ils veulent ainsi contrecarrer le projet initié par Philippe le Bon en 1505 de réorganiser administrativement ces régions du nord. En 1513, Maximilien est l'allié du roi d'Angleterre Henri VIII. Dans leur lutte contre les Français, leurs troupes attaquent Tournai le 29.5.1513, Henri VIII s'empare de la cité et souhaite même s'y faire proclamer roi. C'est à cette époque que Tournai accueille avec faste Maximilien et Marguerite d'Autriche et leur jeune fils de 13 ans, l'archiduc Charles.

En 1515, ce dernier prêtera serment et sera dès lors connu sous le nom de Charles Quint. Thomas Wosley, évêque de Lincoln, est nommé par le roi d'Angleterre comme évêque de la ville au cinq clochers. L'occupation anglaise de Tournai est de courte durée mais laisse quand même en ville des témoignages dont la Tour Henri VIII, unique vestige du château que le roi avait fait construire sur l'ancien territoire du Bruille. En 1519, Tournai se retrouve à nouveau dans le giron de la France et a pour nouveau roi, François 1er. La tranquillité retrouvée sera cependant de courte durée.

En 1521, Charles Quint met le siège devant Tournai, après quelques semaines la ville se rend et en décembre, son Magistrat fait allégeance à l'Empereur en présence du représentant désigné par celui-ci, le Comte de Nassau. En février 1522, un décret de l'empereur proclame que Tournai et le Tournaisis forment désormais deux états distincts. Bien que séparés administrativement de la Flandre, ceux-ci sont néanmoins féodalement annexés au Comté de Flandre (politiquement la vie devait être tout aussi compliquée qu'à notre époque !).

En 1525, la ville de Tournai souhaite être dotée d'une Université, mais celle-ci n'existera que quatre ou cinq ans, elle fermera ses portes sur insistance de la toute puissante université de Louvain. En 1531, Tournai reçoit, avec faste, Charles Quint qui loge avec les chevaliers de la Toison d'Or à l'abbaye de Saint Martin. Important honneur pour la ville, un chapitre de la Toison d'Or se tient en la cathédrale de Tournai. Le manteau porté à cette occasion par Charles Quint est conservé dans le trésor de la cathédrale, il sera néanmoins transformé, quelques années plus tard, en chape liturgique. L'empereur reviendra en 1549 en compagnie de celui qu'il désigne comme son successeur, Philippe.

Comme de nombreuses autres ville de l'époque, Tournai va être gagnée par les doctrines protestantes, dans notre région, c'est la doctrine calviniste qui émergera amenée par des prédicateurs suisses et de l'Est de la France. En 1559, Philippe II qui a succédé quatre ans plus tôt à son père, souhaite enrayer les progrès de la Réforme et décide, pour cela, de réduire la taille des diocèses (voudrait-il donc instaurer ce qu'on appellerait maintenant une "politique de proximité"?), toujours est-il que Tournai est séparée de l'évêché de Reims et rattachée à l'archevêché de Malines, Bruges et Gand ne dépendent plus de l'autorité de l'évêque de Tournai, des évêchés y sont créés.

En 1565, on peut estimer que la population de Tournai se répartissait pour moitié de religion catholique, pour l'autre protestante. C'est à ce moment que des "iconoclastes" vont commencer à faire des ravages dans les édifices religieux, ils briseront les images religieuses, saccageront des églises. La cathédrale Notre-Dame voit une grande partie de ses archives brûlées par ces hordes de pilleurs. La réaction ne va pas tarder, Philippe II va le faire brutalement, un de ses représentants se met en route pour "rétablir l'ordre", le terrible Duc d'Albe.

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur Jacques Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

23 août
2007

09:40

Tournai : des origines à nos jours (8).

Les talents du XVe siècle. 

Voici que débute déjà le XVème siècle, la guerre de Cent Ans a affaibli Tournai, ses fleurons industriels se portent mal, sa draperie, jadis florissante, est en crise.

Dans le domaine religieux, la situation n'est guère meilleure. En 1410, lorsque s'éteint l'évêque Louis de la Trémoille, le diocèse est divisé entre les partisans du pape de Rome et ceux du pape exilé en Avignon. On rapporte que c'est un troisième pape, installé à Pise, qui nomme l'évêque d'Auxerre, Jean de Thoisy, comme son successeur. Il devra néanmoins attendre trois ans pour prendre possession de son siège épiscopal.

En 1421, Philippe le Bon fait sa joyeuse entrée à Tournai, c'est à peu près à la même époque que Charles VII accorde à la ville de compléter son blason d'un chef d'azur aux trois fleurs de lys d'or, emblème de la royauté, reconnaissance de la fidélité tournaisienne à la France. La ville essaie de rester en bons termes avec le roi de France d'une part et les ducs de Bourgogne d'autre part.

Tournai va alors connaître une période un peu plus sereine, propice à l'éclosion de nombreux artistes dans les domaines de la tapisserie, la sculpture, la peinture et le fonderie. En 1423, les artisans, groupés en corporations, sont appelés à participer au gouvernement de la cité. C'est l'époque des ateliers renommés comme ceux de Robert Campin qui eut pour élève un certain Rogier de le Pasture, de Jacques Daret ou de Philippe Truffin dont les élèves venaient de Flandre, des Pays-Bas et même d'Espagne.

Robert Campin fut notamment l'auteur d'une grande fresque murale exécutée en ce début de XVème siècle pour orner le chevet de l'église Saint Brice de Tournai (celle-ci ne sera découverte que lors de travaux de rénovation de l'église après les bombardements de 1940). Jacques Daret exécute, à Arras, un polyptyque pour l'abbaye de Saint Vaast, de celui-ci quatre panneaux sont visibles au musée de Berlin (la Visitation et l'Adoration des Mages), de New-York (la Nativité) et de Paris (la Présentation au Temple).

Le plus connu de ces artistes sera sans nul doute, Rogier (Roger) de le Pasture, né en 1399, qui quitta Tournai pour devenir le peintre officiel de la ville de Bruxelles changeant son nom en Roger van der Weyden. Lorsque nous aborderons les personnages qui ont marqué l'histoire tournaisienne, nous aurons l'occasion de faire plus ample connaissance avec son oeuvre.

La tapisserie retrouve toute sa splendeur grâce à la famille Grenier, fournisseurs attitrés des ducs de Bourgogne. Le plus connu sera Pasquier Grenier, homme d'affaires avisé, riche collectionneur et diplomate. Il fit construire le déambulatoire de l'église Saint Quentin où se trouve sa chapelle funéraire. En 1486, le roi d'Angleterre, Henri VII commanda à Pascal et Jean Grenier onze panneaux muraux représentant la "Guerre de Troie". De ceux-ci, il ne reste comme trace que des dessins, ils ont, en effet, disparu dans un incendie au XIXème siècle. D'autres oeuvres se retrouvent un peu partout en Europe : l'Ancien et le Nouveau testament (1461) destinée à l'abbaye de Saint Omer, deux pièces de l'Histoire d'Alexandre au Palais Doria à Rome, deux pièces de l'Histoire de Clovis pour la cathédrale de Reims, une Crèche conservée au musée du Vatican.

Les fondeurs de laiton réalisent des pièces magnifiques pour divers édifices religieux : chandeliers, lutrins, fonds baptismaux et clôtures de choeur. Durant ce siècle, les autorités religieuses de la ville doivent faire face au développement de doctrines hérétiques. En 1416, un nommé Nicolas Serrurier est invité à rétracter ses propos erronés, Jean de Hiellin, prêtre marié, avait lui aussi adhéré à une de ces nouvelles sectes, en 1446, il se rend à Rome pour abjurer ses théories et obtenir le pardon du pape. Il faut dire qu'en 1423, Jacques de Bléharies avait été arrêté pour avoir tenu des propos contre la foi chrétienne et avait été banni, tandis que Gilles de Meursault avait été brûlé sur l'ordre de l'évêque Jean de Thoisy.

En 1464, Louis XI fait également sa joyeuse entrée à Tournai, devenue une des plus importantes villes françaises, certains historiens la classe après Paris, Rouen et Orléans. Les chroniques rapportent enfin qu'en 1437, un important incendie qui s'était déclaré à proximité de la Porte de Marvis avait détruit près de 125 maisons. Voici que se termine un XVème siècle, riche au niveau des Arts mais fort agité dans la vie quotidienne de la cité... .

(sources : collaboration du chanoine J. Dumoulin et du professeur Jacques Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

22 août
2007

09:51

Tournai : des origines à nos jours (7)

Tournai durant le XIVe siècle.

Comme nous allons maintenant le découvrir, le XIVème siècle sera pour Tournai beaucoup moins calme que le précédent, bouleversements et conflits sont au menu de celui-ci. En 1302, les villes flamandes se rebellent contre le roi de France. Lors de son invasion de la Flandre, Philippe le Bel s'était allié avec les patriciens mais s'était surtout attiré l'inimitié des couches populaires, celles qu'on appelait les "Clauwaerts". Le 11 juillet 1302, dans les plaines de Courtrai, se déroule la "bataille des Eperons d'Or" dont les Flamands sortent victorieux. Cette bataille a eu lieu à une vingtaine de kilomètres de Tournai.

Dans la foulée de leur succès, en 1303, les Flamands tentent, en vain, de s'emparer de Tournai, ville fidèle au roi de France. Tournai est un point stratégique sur l'Escaut, les Flamands y ont encore quelques vestiges de pouvoir, l'ilôt du Bruille leur ayant appartenu jusqu'à son rachat en 1289 par la Magistrature communale. En 1313, le roi de France, Philippe le Bel, envahit le Tournaisis, il meurt un an plus tard. Progressivement la ville abandonne ses droits, l'hommage (la relation entre vassal et suzerain) et le fief de la châtellenie. En 1329, l'avoué vend son office et ses droits à Charles le Bel. En 1332, le droit de commune est supprimé par le roi de France, Philippe VI de Valois, celui trouvant que les tournaisiens revendiquent un peu trop leur autonomie.

Débute alors un nouveau conflit, la Guerre de Cent Ans. Jacques Van Artevelde, riche marchand de draps gantois, s'allie au roi d'Angleterre, Edouard III. Il refuse en effet de sacrifier la Flandre au roi de France. En 1340, la ville de Tournai est assiégée par les troupes anglaises alliées aux milices flamandes. Le siège durera deux mois, une fois encore la victoire est locale, elle est attribuée à Notre-Dame, patronne de la cité, les envahisseurs se retirent. Un traité est signé entre le roi de France et celui d'Angleterre dans l'église du village d'Esplechin, le 25 septembre 1340. Cette brillante résistance permet à Tournai de récupérer le droit de Commune. Celui-ci lui sera à nouveau supprimé en 1367 mais restitué en 1370 avec une nouvelle Constitution qui donnera le pouvoir à l'aristocratie tournaisienne.

En 1352, meurt à Tournai celui qui est probablement considéré comme son premier historien, Gilles Li Muisis, moine de l'abbaye de Saint Martin, auteur de chroniques. Ce siècle marquera la renommée de la tapisserie tournaisienne qui dépasse largement nos frontières. En 1377 apparaissent les premiers règlements des métiers de tapissiers, ils imposent ainsi aux marchands de serge, de tapis et couvertures à ne vendre que sur le marché du samedi, à ne pas présenter ensemble des marchandises nouvelles ou usagées (on dirait aujourd'hui "des occasions). Le monde religieux est en crise, c'est l'époque du Grand Schisme. En 1378, l'évêque de Tournai, d'origine bourguignonne, Pierre d'Aussy marque sa fidélité à la France et au pape Clément VI contre l'autorité du pape de Rome Urbain VI. Les couches populaires ne le suivent pas, Tournai reconnaît le doyen Jan West à Gand.

L'abbaye de Saint Martin est devenue très puissante, ainsi, au milieu du XIVème siècle, estime-t-on son domaine à environ 5.000 hectares, le monastère est aussi propriétaire de plusieurs dizaines de maisons à Tournai, possède des dizaines de moulins situés dans les villages dont il a reçu l'autel au XIIème siècle (voir l'histoire des différents villages parue précédemment), l'abbaye exerçe également un droit de justice et perçoit loyers et rentes. A cette époque, elle est sans conteste l'abbaye la plus riche de nos régions.

En 1385, la "Paix" est signée à Tournai entre le roi de France, Philippe le Hardi, et les représentants de la ville de Gand. Par celle-ci les Flamands abandonnent l'alliance avec l'Angleterre, en contrepartie la ville rebelle est amnistiée. Notons encore pour être complet que, fondée en 1280, la "confrérie des Damoiseaux", a son siège à la cathédrale, elle recrute ses membres parmi l'aristocratie tournaisienne, association politico-religieuse, elle se réunit dans le cloître pour discuter des problèmes internes, dans la chapelle, chaque premier lundi du mois, pour assister à la messe et dans la Halle de la ville pour les banquets. Comme on le voit, le XIVème siècle a été marqué par de nombreux soubresauts dans notre vieille cité.  

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

21 août
2007

10:42

Tournai : des origines à nos jours (6)

Abbayes, églises et arts

Le XIIIème siècle qui vient de débuter marquera le développement de la ville de Tournai. Elle va s'étendre au-delà de son enceinte d'alors mais elle connaîtra également un essor économique notamment par l'apparition de l'industrie drapière et une poussée religieuse impressionnante.

L'abbaye de Saint-Martin n'est plus le petit couvent en bois érigé à la fin du XIème siècle par Odon, son fondateur, mais est désormais constituée de vastes bâtiments comptant un ou deux étages, bâtis autour de cours intérieures, ceinturés par un parc, des vergers et une enceinte. Vers la fin du XIIIème siècle, lors de l'édification des remparts du sud de la cité, elle sera intégrée à celle-ci.

Les travaux de la cathédrale, entrepris à partir de 1141, se sont terminés 31 ans plus tard , l'édifice est du plus pure style roman scaldéen. A ses côtés, le palais épiscopal probablement érigé après la séparation des évêchés de Tournai et de Noyon en 1146 est relié à la cathédrale par la chapelle Saint Vincent, surplombant la voirie, créant un passage encore appelé de nos jours, la "fausse porte", permettant à l'évêque de se rendre de ses appartements à son église sans devoir emprunter la voirie communale. Souhait de ne pas se salir (les rues étant alors de véritables cloaques) ou témoignage de tensions existant entre le pouvoir religieux et l'autorité communale qui lui grignotait peu à peu ses privilèges, il existe différentes versions quant à l'origine de cette magnifique chapelle désormais privée.

Dans le Tournai du XIIIème siècle, un tour d'horizon permet de voir de très nombreux clochers : ceux des églises Saint-Jacques (1167), Saint-Piat (1150), Saint-Pierrre, Saint-Quentin (1200), Saint-Jean et bien plus loin, rejetée hors les murs de la cité, ceux de la chapelle Saint-Lazare de la maladrerie du Val d'Orcq (1153). Durant ce siècle, au fur et à mesure de l'extension de la ville, on construira encore Sainte Marie-Madeleine (1252) et Sainte-Marguerite (1288).

La renommée de Tournai va attirer de nombreux artistes, elle accueille ainsi Nicolas de Verdun, spécialiste de la tradition de l'orfévrerie mosane, qui réalise, en 1205, une véritable merveille "la châsse de Notre-Dame de Tournai". Il y représente des scènes de la vie du Christ et de la Vierge sous des arcades trilobées ceinturant le coffret. Plus tard, en 1247, il réalisera une seconde oeuvre tout aussi précieuse, "la châsse de Saint Eleuthère" dans laquelle, l'évêque Gautier de Marvis déposera les reliques du saint évêque de Tournai.

Parlons-en de ce Gautier de Marvis, sa cathédrale romane à peine terminée, il souhaite tout simplement la raser pour reconstruire une cathédrale en style gothique, probablement influencé par la découverte de ces bâtiments lors de voyages en France. On commence donc par démolir le petit choeur roman et on construit un immense choeur ogival fait de pierres et de grandes baies vitrées, véritables puits de lumière qui éclairent cette partie de l'édifice. Faute de moyens, le chantier s'arrêtera. Peut-être n'en eut-il pas conscience, mais les travaux ainsi réalisés par Gautier de Marvis allaient se transformer en héritage important pour Tournai. Les générations futures pourront désormais contempler un bâtiment, véritable symbiose des deux grands styles architecturaux : le roman pour la nef et le transept, le gothique pour le choeur. De plus, avec ses 133 mètres de longueur et ses 66m50 de largeur au niveau du transept, la cathédrale est devenue un des plus grands sinon le plus grand édifice religieux du royaume. Enfin, ses cinq clochers lui donneront une particularité à l'origine du surnom de Tournai, "la ville aux cinq clochers" (et quatre sans cloches comme ajouteront les tournaisiens !).

Nous arrivons tout doucement à la fin du siècle, la ville continue à croître. En 1289, la Magistrature communale décide d'acquérir l'ilôt du Bruille ainsi que le quartier des Chaufours, tous les deux situés sur la rive droite de l'Escaut. On construira de nouveaux remparts pour protéger une cité qui, désormais, s'étend largement de deux côtés du fleuve. Notre beffroi, avec ses trente mètres de haut, ne peut plus remplir son rôle de tour de guet, l'horizon a largement reculé, le choeur gothique de la cathédrale, sa voisine, barre toute vision sur les quartiers situés au nord. On décide donc de le réhausser en 1294. Il aura désormais deux étages, une septantaine de mètres de haut, conservera sa fonction de tour de guet, mais on y construira des nouveaux cachots pour la prison communale. Aux angles de la galerie du premier étage, on placera des statues et il sera surplombé d'un dragon, animal mythique censé protéger la ville. ... Finalement le XIIIème siècle a été bénéfique pour la ville, au diable les superstitieux !

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme M. Dujacquier et Mr. A. Mauchard "au plus ancien beffroi de Belgique" édition 2002, et recherches personnelles).

20 août
2007

10:40

Tournai : des origines à nos jours (5).

Tournai, au temps des cathédrales. 

Nous l'avons vu à la fin de l'article précédent, certains tournaisiens ont accompagné Godefroid de Bouillon dans sa croisade en "terre sainte". Pendant ce temps, à Tournai, Odon, membre du chapitre, demande à l'évêque Radbod, l'autorisation de construire un petit oratoire sur les lieux où Saint Martin de Tours était venu prêcher à la fin du IVème siècle. Entouré d'une poignée de disciples, il fonde ainsi ce qui allait devenir la puissante abbaye de Saint Martin de Tournai dont les terrains sont situés sur l'emplacement de l'actuel hôtel de ville, le parc communal et l'Enclos Saint Martin. En 1093, dix-huit religieux y vivent dans le plus grand dénuement, se satisfaisant de l'aumône qui leur était accordée. Douze ans plus tard (1105), l'abbaye compte plus de quatre-vingt moines suivant la règle de Saint Benoit. A cette époque, cette abbaye naissante était située hors les murs de la cité.

En 1141 débutent les travaux de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, elle est érigée sur les fondations de l'église dans laquelle a été inhumé Baudouin, au siècle précédent, mais aussi sur l'emplacement de l'édifice religieux carolingien et de l'oratoire gallo-romain. La première phase des travaux concerne la construction de la nef romane inspirée des modèles anglo-saxons et rhénans. On superpose quatre étages de baies en plein-cintre, séparées par des cordons ininterrompus. On y construit également un plafond en bois, aujourd'hui disparu, richement décoré de motifs polychrome. Les travaux se terminent en 1171 et la nef, selon la tradition, est consacrée le 9 mai 1171, sous le règne de Gauthier 1er qui décèdera un an plus tard. On poursuit les travaux de construction du transept et du choeur roman. Ceux-ci prendront encore quelques années, car dans cette phase se situe notamment l'édification de la tour Lanterne.

En décembre 1187, le roi de France Philippe-Auguste visite Tournai et accorde aux habitants de la ville une charte de franchise. Si jusqu'alors le pouvoir était détenu par les chanoines, un seigneur et un avoué, celui-ci est, à cette occasion, officiellement rendu au roi de France (cet évènement est daté de 1188 par certains historiens). Tournai dépendra désormais directement du souverain, le ville pourra s'administrer elle-même au mieux de ses intérêts, sans devoir en réferer à un gouverneur ou à une représentant du roi. Ce statut particulier amènera un développement important, nulle autre ville dans nos régions ne bénéficiait d'un tel statut. Les Tournaisiens ayant par ailleurs obtenu le droit de cloche, on décide d'abriter celle-ci dans un bâtiment particulier. Les travaux de construction d'un beffroi, symbole des libertés communales, débutent donc. On n'en connaît pas la date avec précision. Ce sera néanmoins le premier beffroi de Belgique. Il s'agit une tour carrée, d'une trentaine de mètres de haut, surmontée d'une échauguette, permettant au veilleur, l'homme de guet, de scruter la ville et ses environs afin d'alerter la population en cas de mouvements de troupes signifiant une invasion ou la naissance d'un incendie. Le feu était redouté, car les maisons souvent composées de bois et de torchis, situées dans des ruelles étroites, étaient d'excellents combustibles et il n'était pas rare qu'un incendie se déclarant dans une habitation détruise tout un quartier. La cloche appelait aussi les habitants à se réunir lors d'occasions particulières.

La richesse de Tournai attire les convoitises, ainsi en 1197, le comte de Flandre, Baudouin IX, allié au roi d'Angleterre met le siège devant la ville, celle-ci échappera au pillage et à la destruction moyennant le versement d'une lourde contribution. Le XIIème siècle s'achève, le XIIIème qui s'annonce portera-t-il bonheur aux Tournaisiens ?

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme Mireille Dujacquier et Mr. A. Mauchard sur "le plus ancien beffroi de Belgique" et recherches personnelles).