30 juin
2007

14:14

Tournai : la plaine des Manoeuvres

La porte Saint Martin permet de quitter Tournai en direction de Douai (ville française distante de 35 km), à l'autre extrémité du boulevard Bara, la porte de Lille indique la direction de la métrople du Nord, Lille, distante, elle, de 26km. Entre l'avenue Montgomery, début de la chaussée de Douai et l'avenue De Gaulle qui se transforme ensuite en chaussée de Lille se situe la plaine des Manoeuvres.

Elle porte cette appellation jusqu'en 1967, car elle fut domaine militaire où les soldats casernés à Saint Jean ou à Rucquoy venaient très régulièrement effectuer différents exercices : le long du boulevard Bara, on assistait aux exercices de drill permettant aux fantassins de défiler, le long de l'avenue de Gaulle, on s'exerçait au tir à la cible, quant à la partie située le long de l'avenue Montgomery, elle était réservée à l'écolage pour les conducteurs d'engins blindés. De nombreuses tranchées et casemates y avaient été creusées, lieux de jeux normalement interdits mais favoris pour les jeunes du quartier. Plusieurs fois dans l'année, des manoeuvres nocturnes permettaient aux riverains d'assister à de véritables feux d'artifice grâce aux fusées éclairantes, aux feux de Bengale ou aux explosions de thunderflash.

Durant la journée, un petit homme, coiffeur domicilié en haut de la rue Saint Martin, Mr Minet, arrivait en bord de  plaine tirant une petite charrette verte avec boissons non alcoolisées, gaufres, biscuits et chocolats. Il était alors pris d'assaut...par les militaires et, littéralement dévalisé, s'en retournait souvent refaire le plein en son domicile.

En 1909, on y organisa une semaine de l'aviation et le passionné Walter Bulot y avait un atelier où il construisait des aéroplanes qui avaient... bien du mal à s'élever. 

Elle était jadis dénommée, la plage des Tournaisiens, des mères habitantes du centre-ville tout proche ou logeant dans les nombreuses courées qu'on trouvait encore après la seconde guerre mondiale, accompagnant de jeunes enfants, venaient y passer l'après-midi, à la belle saison, à une époque où se rendre au littoral n'était pas à la portée de tous. Aux soirs de canicules, les habitants du boulevard Bara s'y réunissaient pour passer la soirée en racontant les faits de la journée pendant que les plus jeunes tentaient de capturer des hannetons. C'était un lieu où pâturaient des moutons durant la saison d'été, où les enfants jouaient à la guerre, faisaient voler des cerf-volants qu'ils avaient bien souvent, eux-mêmes, confectionnés ou organisaient des courses de bicyclettes se comparant aux grands champions de l'époque, les Coppi, Van Steenberghen, Bobet... 

C'est à cette époque également que le vaste champ se transformait, le temps d'un week-end, lors de la kermesse de septembre, en champ de courses pour des épreuves de trot attelé.

En 1968, la plaine fut cédée à la Commune et on y construisit tout d'abord la Maison de la Culture qui devait prendre le relais d'une Halle aux Draps, solution transitoire...depuis la guerre et la disparition du théâtre communal de la rue Perdue. Regroupant au départ, deux salles de spectacles, des salles d'activités pour associations culturelles, la bibliothèque et les studios de la télévison locale et communautaire "No Télé", elle s'affirma d'emblée comme le phare dans le paysage culturel de la ville.

Plus tard, on construisit également derrière la maison de la Culture, le Hall des Sports où se retrouvent les disciplines comme le basket-ball (Tournai Mini), le volley-ball, le handball (Estudiantes), les rencontres internationales de boxe française, le judo, la gymnastique. A proximité, un terrain synthétique accueille le club de hockey tournaisien.

Durant quelques années, la plaine fut aussi le terrain d'envol des nombreuses montgolfières participant aux journées de l'aérostation de Tournai. A la fin des années nonante, la Ville souhaita déménager le champ de foire jusqu'alors établi, en mai et en septembre, sur la Grand'Place et la place Reine Astrid. Les terrains inoccupés entre la Maison de la Culture et la porte Saint Martin permettent désormais aux forains d'installer leurs métiers en toute sécurité, là où se dresse de façon permanente, le chapiteau des festivités de la ville.

La plaine, c'est aussi un vaste parking gratuit permettant de garer près de 400 véhicules sur "l'Esplanade du Conseil de l'Europe" où des navettes tout aussi gratuites vous emmènaient régulièrement vers le centre-ville, elles furent cependant supprimées en raison d'un manque de fréquentation. La plaine, c'est également une nouvelle voirie créée il y une quinzaine d'années, la rue des Bergers où ont été érigés des immeubles à appartements avec vue imprenable sur les environs.

Lors de la fusion des deux clubs de football, beaucoup de Tournaisiens auraient souhaité y voir s'ériger le stade Luc Varenne, mais celui-ci fut finalement construit à Kain, à proximité d'un autre pôle attractif "Tournai-Expo" où se trouvent maintenant les studios ultra-modernes de No Télé et dont nous aurons l'occasion de reparler lorsque nous visiterons le village kainois. La plaine des Manoeuvres accueille les grands cirques de passage à Tournai et deux grands festivals, le "Tournai Tempo Festival" en juillet et, son petit frère, le "Tournai Winter Festival" à quelques jours de la Noël.

28 juin
2007

09:44

Tournai : le faubourg Saint Martin (3)

De la citadelle au"Maroc".

Ayant dépassé l'hôpital militaire, nous voici maintenant dans la rue de la Citadelle. Il s'agit d'une large rue pavée, en forte pente descendant vers le carrefour des Résistants. L'emprunter en voiture est un test pour sa suspension tant il y a, comme il est dit à Tournai, "des bosses et des fosses"! Cette légère élévation, voisine de la porte de Valenciennes, était tout indiquée au XVème siècle pour l'installation de la batterie des Engins. C'est sur cet emplacement que Louis XIV demanda à Vauban de construire une forteresse. Bozière nous dit que l'intendant Le Pelletier procéda à l'estimation des propriétés nécessaires aux glacis du côté de la ville (il s'agit d'un terrain découvert aménagé en pente douce à partir des éléments extérieurs de l'ouvrage fortifié). On démolit ainsi trois cents maisons environ, une église, quelques couvents et un hôpital qui formaient la paroisse Sainte-Catherine, on rasa également les murs et les tours de l'enceinte de l'époque situés à cet endroit et on creusa les fossés de la citadelle. La première pierre fut posée le jour de la Saint Simon-Saint Jude de 1668 par le marquis de Louvois, ministre du roi. La citadelle achevée, elle fut visitée par le Roi-Soleil accompagné de sa maîtresse d'alors, Madame de Montespan. L'ouvrage était en forme de pentagone régulier dont le diamètre était de 250 toises (!).

Sous la citadelle sont creusés de nombreux souterrains qui servaient pour l'hôpital, la boulangerie et le logement des soldats. La citadelle qui abritait encore en 1830 trois compagnies de la garde urbaine n'existe plus, tout au plus peut encore voir une de ses portes qui donne accès aux souterrains. Ces derniers font l'objet de régulières visites par des amateurs ne souffrant pas de claustrophobie. Sur l'emplacement s'élève désormais la caserne "Quartier Général Baron Ruquoy" dont les bâtiments ont été totalement rénovés voici quelques années.

Nous quittons la caserne pour nous diriger vers un quartier constitué probablement des premières maisons sociales érigées à Tournai : la quartier dit du "Maroc". On n'est pas trop certain de l'origine de cette appellation. Certains disent qu'il fut construit par des ouvriers originaires de ce pays du Maghreb, d'autres pensent que lors de sa construction, il faisait si chaud que des ouvriers s'écrièrent " mais c'est le Maroc, ici !". Ce sont des petites maisons ouvrières, pour la plupart construites dans la première moitié du vingtième siècle, toutes semblables entourées d'un jardinet dont les habitants démontrent une très grande solidarité entre eux. C'est aussi un quartier festif où le folklore n'est pas mort et qui revit pleinement, le week-end du 15 août, lors de la ducasse annuelle. A cette occasion, le géant Storme ne manque pas l'occasion de visiter ses ouailles. Louis Storme était né à Tournai en 1902, il fut d'abord débardeur (ouvrier chargé de décharger les bateaux) et ensuite éboueur dans les services communaux. D'un naturel très gai, il animait les fêtes de son quartier du Maroc et faisait partie d'un groupe folklorique "les Cartelettes", dévoué au point que les habitants lui décernèrent le titre de "bourguémette" (le maire). Avec son épouse, il eut vingt et un enfants. Il mourut en 1968. Pour perpétuer sa mémoire, le comité des fêtes fit réaliser, en 1982, un géant, le représentant en redingote et chapeau haut de forme, ceint de l'écharpe mayorale. Celui-ci apparaît régulièrement à la journée des Quatre Cortèges des Amis de Tournai en compagnie des autres géants tournaisiens

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).

27 juin
2007

11:32

Tournai : le faubourg Saint Martin (2)

La Royale Union Sportive Tournaisienne

Notre visite du faubourg Saint-Martin s'annonce passionnante, car celui-ci est riche en témoignages du passé.

Au départ de l'église Notre-Dame Auxiliatrice, revenons vers la ville par la chaussée de Willemeau. La première rue qui s'offre à nous, à droite, est la rue du Général Piron, du nom du chef de la brigade belge qui entra la première en Belgique par Rongy et participa à la libération de Bruxelles en septembre 1944.

La rue des Sports qui relie la rue du Général Piron à la rue de la Citadelle est ainsi nommée car s'y trouvaient jusqu'en 2004, les installations de la Royale Union Sportive Tournaisienne, aujourd'hui fusionnée avec l'autre club tournaisien, rival d'alors, le Racing Club pour former le Football Club Tournai.

La R.U.S.T est née le 17 avril 1903 du rapprochement du "Student Club" et de "l'Athlétic Club". Le club occupa les terrains des hôpitaux sur lesquels d'importants travaux ont été entrepris en 1924 par la construction d'une tribune pouvant accueillir 500 personnes, de vestiaires pour joueurs et arbitres et d'un secrétariat. L'Union de Tournai ce n'était pas seulement un club de football mais également un club d'athlétisme, de basket ball et destiné aux "arts d'agrément", terme utilisé à l'époque de sa fondation. Les heures de gloire furent atteintes en 1951 lorsque le club de footballe fut champion de Division I (actuelle division II) accédant à la Division d'Honneur où il ne resta malheureusement qu'une saison (1951-1952) et lors de la saison 1967-1968 où, en coupe de Belgique, le club élimina Chièvres, Pamel, le Racing de Gand, Seraing avant de recevoir la prestigieuse formation du Lierse SK où évoluaient des joueurs tels Olieslagers, Baeten ou Zorgvliet..

L'Union produisit des joueurs qui émigrèrent vers des cercles plus huppés tels Jean Marie Van Laecke parti, dans les années cinquante, faire les beaux jours de Charleroi, Claude Carbonnelle (KV Kortrijk), Didier Quain (KV Kortrijk, Liège, Visé) et Jules Bocande (Seraing, PSG). La direction des joueurs fut confiée à des entraîneurs de qualité tels le suisse Louis Maurer, l'anderlechtois Georges Van Calenbergh, les français Georges Derousseaux et plus tard Patrice Mayet, l'ancien international Erwin Vandendaele mais aussi Gildo Foda, les montois Herman Delépine ou Jacques Urbain et les enfants du pays Marcel Rouneau ou Richard Cornil. Quelques années avant de fusionner en un seul cub tournaisien, le vieux club Rouge et Vert avait déjà réalisé pareille opération avec le sporting Club de Pecq, cher à Mauro Tognelli qui en était devenu le dernier Président succédant à René lefebvre, Léopold Bourlet, Willy Marquette et Pierre Thieffry

Depuis longtemps déjà le club d'athlétisme a émigré au stade d'Antoing pour donner naissance à la RUSTA. Le stade Horlait, du nom de ce mécène tournaisien, ensuite rebaptisé stade Magdeleine Lefebvre a fermé ses portes définitivement à la fin de la saison 2004. Rasé, il cède sa place pour l'agrandissement du complexe hospitalier tournaisien, le CHWApi (Centre Hospitalier de Wallonie picarde) et à son pôle "Mère-Enfant". L'ancien hôpital Civil de Tournai a été intégré au Centre Hospitalier Régional et ses bâtiments du boulevard Lalaing ont été agrandis par une importante extension vers la rue des Sports.

Un peu plus loin que l'ancien stade, sur la droite cette fois, on peut encore voir les imposants bâtiments de l'hopital militaire "Quartier Major Médecin de Bongnies". Inoccupés depuis de nombreuses années, les travaux de rénovation ont été réalisés à partir de l'année 2007, le bâtiment principal à front de rue a été conservé et aménagé afin d'accueillir des bureaux de petites et moyennes entreprises. Fort à l'étroit dans ses murs actuels en ville, le Centre Public d'Aide Sociale (CPAS) a fait ériger un nouveau bâtiment occupé à partir de 2012, la remarquable chapelle, elle aussi, sauvegardée deviendra le logement d'un particulier, le vaste parc a permis la création d'immeubles à appartements. Une crèche communale, le "Clos des Poussins", a été aménagée dans des bâtiments annexes, voici déjà quelques années.

26 juin
2007

10:10

Tournai : le faubourg Saint Martin (1)

Nous entamons ce jour une balade dans le plus vaste des faubourgs de la ville : le faubourg Saint Martin. Géographiquement, on le délimitera à l'ouest par la chaussée de Douai, au nord par les boulevards Lalaing et du roi Albert, à l'est par la chaussée de Valenciennes et au sud par l'entrée du village d'Ere.

Historiquement, on y retiendra certains faits. Li Muisis, ce moine historien dont nous avons déjà parlé, nous dit qu'on y trouvait jadis les fourches patibulaires dites le "happart". Il s'agissait d'une tour environnée d'une enceinte carrée, construite probablement en 1294, hors les murs de la cité, pour rendre justice. Le 30 juillet 1340, le roi Edouard d'Angleterre, venu au siège de Tournai, logea avec ses troupes dans ce faubourg. En 1487, les Tournaisiens en armes chassent du faubourg des gens de guerre qui pillaient les maisons au mépris de la neutralité. En 1566, des prédicateurs calvinistes font plusieurs prêches en face du cabaret de Sainte Barbe et en 1580, le lieutenant du prince d'Epinoy ordonna qu'on détruise les maisons du quartier, les ruines de l'une d'elles servaient à Alexandre Farnèse qui s'y rendait pour suivre de plus près les travaux du siège. Enfin, le 27 novembre 1784 fut béni le nouveau cimetière de la ville, on venait en effet de supprimer les cimetières intra-muros qui ceinturaient bien souvent les églises.

Le cimetière du Sud était né, il est à présent le plus étendu des deux cimetières tournaisiens et hérita du nom de "Mulette", patronyme de la première personne à y être enterrée. L'autre cimetière se situe au nord de la ville et est appelé familièrement par la population "Navieau" (navet). Depuis sa création, le cimetière du sud a été de nombreuses fois agrandi, la partie la plus ancienne surplombe légèrement la plus récente, des pelouses d'honneur ont été créées pour les résistants, pour les victimes des bombardements de la ville en 1940 et pour les soldats de l'empire britannique tués lors de la seconde guerre mondiale. Plus récemment deux pelouses de dispersion des cendres et un colombarium y ont été ajoutés.

Si le cimetière de Tournai n'est pas comparable à celui du Père Lachaise parisien, de nombreux monuments et stèles du souvenir y sont remarquables et des visites guidées par Mr Jacky Legge, orfèvre en la matière et auteur d'ouvrages sur les nécropoles tournaisiennes, sont régulièrement organisées. On y découvrira les tombeaux monumentaux de l'architecte Lacoste, du mécène Gaston Horlait ou des frères Rimbaut, la stèle de Jean Noté, les tombes de Louis Gallait, de Joseph Hoyois, de Jules Bara, d'Alexandre Decraene, d'Adolphe Delmée, d'Alphonse De Rasse, d'Albert Asou, de Félicité Vifquin... des noms qui vous sont devenus familiers au fil de notre promenade.

Jouxtant l'entrée de ce champs de repos, l'église Notre-Dame Auxiliatrice a été ouverte au culte en 1889, les travaux ayant débuté deux ans plus tôt, elle remplaçait une chapelle élevée dans ce faubourg en 1769, suite à la suppression de l'église Saint Nicaise. Oeuvre de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne, l'édifice est en briques et pierre de style gothique primaire. Elle présente une façade en baies à lancettes, une tour quadrangulaire, une nef avec bas-côtés et choeur à chevet semi-hexagonal couvert d'un plafond lambrisé orné de peintures. Si cette église est dédiée à Marie, on y trouve également un culte rendu à Saint Saulve, le patrons de cultivateurs et à Sainte-Rita. Les agriculteurs avaient contribué financièrement à son édification. 

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne", "répertoire du mobilier des sanctaires de Belgique" édition de 1982 province de Hainaut Canton de Tournai II  et recherches personnelles).

25 juin
2007

10:12

Tournai : le faubourg de Valenciennes (2)

Le faubourg de Valenciennes est assez vaste, à son sujet, Bozière parle du "faubourg d'en haut" (ceui que nous avons évoqué) et du "faubourg d'en bas", celui qui longe l'Escaut sur la rive gauche.

Se pencher sur le passé de cette partie de la ville n'apporte pas beaucoup d'éléments historiques, tout au plus, apprenons-nous que ce faubourg fut pillé en 1352 lors de la guerre que le roi Jean soutint contre les anglais et qu'en 1709, il échappa à l'incendie que Surville avait ordonné pour la défense de la place, le quartier a alors beaucoup souffert des projectiles lancés depuis la citadelle et les remparts de la ville.

Les bâtiments de la clinique La Dorcas sont en grande partie situés au début de la chaussée d'Antoing, quelques maisons les séparent d'une importante usine qui a plus d'un siècle d'existence : les Ateliers Louis Carton. Cette vieille entreprise tournaisienne, dont la réputation a depuis toujours dépassé nos frontières, fait désormais partie d'un groupe international, "Socom Mettalurgy" et est spécialisée dans la mécano-soudure de grande dimension. Les ALC développent la mise à dimension, la fabrication, la mise en service et l'entretien d'appareils rotatifs de grandes dimensions (broyeurs, rechargeurs...) et sont fournisseurs des secteurs des cimenteries, des produits chimiques et engrais, de l'agro-alimentaire, des aciéries et de la valorisation des minerais.

Son fondateur, Louis Carton, est né à Hornu en 1842. Il eut une formation basée sur l'expérience : élève à l'école industrielle, employé dans les ateliers et les bureaux de dessin. C'est en 1874 qu'il acquiert la propriété de deux hectares sur laquelle, il érigera un modeste atelier où sont réparés, à l'origine, les matériels souvent utilisés dans les carrières environnantes. Son premier brevet date de 1878, il concerne un ensacheur-peseur, permettant de mettre rapidement en sac le ciment et la chaux offrant un plus grand confort à l'ouvrier chargé jusqu'alors de cette besogne effectuée dans la poussière. Ensuite, il se lancera dans la fabrication de concasseurs et de machines à vapeurs pour actionner les grues, les treuils, les locomotives de chantiers. Sa propriété passera de deux à six hectares et les ateliers procureront de l'emploi à des centaines d'ouvriers tournaisiens. Louis Carton décèdera à Tournai en 1922.

Entourée par les ateliers, le long de la chaussée d'Antoing, s'élève la chapelle à Notre-Dame des Grâces. Oratoire édifié (suivant le chronogramme placé au-dessus du portail) en 1666, sa façade a été partiellement refaite, la partie orientale daterait du XIXème siècle tout comme son clocheton. Elle y abrita une confrérie placée sous le patronage de Notre-Dame, reconstituée après la Révolution, à laquelle le pape Pie VII accorda les indulgences en 1816. Bozière nous informe également que cet oratoire était encore fréquenté au XIXème siècle par les dames de la ville durant l'octave qui commence le 15 août, jour de l'Assomption. Cette chapelle, en briques et pierres de Tournai, est située sur le parcours des pélerins de Saint Jacques de Compostelle en provenance du Nord de l'Europe qui la découvrent au moment de sortir de la ville. Sur la droite de la chaussée, quelques centaines de mètres au-dessus de la chapelle, on découvre la rue d'En Bas où se côtoient petites maisons basses, images du monde des ouvriers qu'elles abritaient jadis et constructions récentes de citadins venus s'installer, après la guerre, dans un coin de verdure aux portes de la cité. Plus loin encore, alors qu'on aborde le village de Chercq s'élevait jadis, entre la chaussée et le fleuve, l'abbaye de Saint Médard dont il subsiste très peu de traces de son existence.

(sources : A-F-J Bozière, "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).

10:12 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : surville, notre-dame des graces, alc, tournai, louis carton |

24 juin
2007

09:20

Tournai : le faubourg de Valenciennes (1)

Quittant le boulevard Walter de Marvis, se dirigeant vers le sud de la ville et franchissant le pont Devallée, le visiteur parvient à un important croisement, le carrefour des Résistants en forme de haricot géant. Il y constatera l'aboutissement de nombreuses voiries : l'avenue des Etats-Unis qui le ramènera en ville, le boulevard du roi Albert, la rue de la Citadelle, la rue du Chantier, la chaussée de saint Amand, et enfin la chaussée d'Antoing. Il aborde ainsi le faubourg de Valenciennes.  

Mieux vaut ne pas habiter la rue du Chantier car celle-ci ne comporte qu'un seul immeuble, la prison. Avec ses hauts murs de briques, ses tourelles en pierre, la maison d'arrêt tournaisienne ressemble à s'y méprendre aux autres anciennes prisons du royaume. Et comme ses consoeurs, elle, aussi, connaît de gros soucis en terme de surpopulation carcérale et de manque cruel d'effectif. Ce problème est tellement aigu qu'il y a quelques années, l'administration pénitenciaire a entrepris des travaux pour doter la prison d'un nouvel accès sécurisé pour les visiteurs. Les travaux sont terminés depuis la fin des années nonante mais l'entrée se fait toujours par la grande grille habituelle car le personnel destiné à surveiller le nouvel accès n'a jamais été engagé, en raison des sempiternelles restrictions budgétaires. Voici une vingtaine d'années, la prison a défrayé la chronique lorsque 39 prisonniers s'en évadèrent, le record n'a pas été officialisé par le Guiness Book !

Quittons cet endroit de sinistre réputation et cheminons dans le quartier. Face à la prison, la clinique "La Dorcas" vient d'être rattachée, en une expérience pilote en région wallonne, au Centre Hospitalier de Wallonie picarde (le CWHApi) qui regroupe également l'ancien hôpital civil, la clinique Notre-Dame et l'IMC. La fusion permet de créer à Tournai un outil important dans les soins aux malades en réalisant les nécessaires économies d'échelle. On assiste aux premiers balbutiements de cette expérience et, comme c'est souvent le cas, des résitances seront à vaincre : personnel muté dans d'autres établissements, patients déplacés sur d'autres sites en fonction des soins requis. Au sein du monde économique, toute mise en commun provoque la disparition de chaque culture d'entreprise et l'incontournable création, au fil du temps, de nouvelles habitudes, de nouvelles ambiances de travail. Il faudra peut-être une génération pour s'habituer à ne plus se référer à ce qui existait avant.

En empruntant la chaussée de Saint Amand qui mène à cette ville d'eaux du Nord de la France, on découvre l'église Saint Antoine de Padoue, édifice religieux néo-gothique en briques et pierres construit en 1906 avec sa nef unique, son transept et son choeur à pan unique. Son clocher latéral flanque le choeur et le croisillon sud du transept. Chaque année, à la fin du mois d'août, le parc qui entoure l'église s'anime dans le cadre de la "kermesse Saint Antoine" qu'aucun habitant du quartier ne manquerait : soirée de revue patoisante du vendredi soir, jogging du samedi, music-hall et prestation de chanteurs, le samedi et le dimanche, sous le chapiteau dressé pour l'occasion amènent l'animation annuelle de ce quartier d'ordinaire très calme. La chaussée de Saint Amand présente une forte pente avant de replonger vers les confins du village de Cherq. Sur la gauche, une longue allée arborée menait jadis à la maternité du château Dumont. Avant guerre, les accouchements se faisaient le plus souvent à domicile par des sages-femmes. Les moeurs ont évolué et pratiquement tous les enfants naissent désormais en maternité. Le château Dumont a ensuite été englobé dans l'IMC devenu la clinique du RHMS.

(sources : Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique, édition 1982)

09:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kermesse saint antoine, prison de tournai, chrt, tournai, cwapi |

23 juin
2007

10:22

Tournai : Le hameau d'Allain

Pays de carrières et de "roctiers".

Nous débutons la visite des faubourgs de Tournai. Comme nous nous étions séparés à hauteur du quartier Saint Jean, quoi de plus naturel de poursuivre notre promenade vers le hameau d'Allain situé au-delà du Boulevard Walter de Marvis, du nom de cet évêque tournaisien du XIIIème siècle. La ceinture des boulevards, qu'on nommerait le périphérique en France, sépare, en effet, le centre de la ville de ses faubourgs.

Le boulevard Walter de Marvis ne comporte que peu de logements, tout à peine quelques maisons particulières à l'approche du carrefour donnant accès à la chaussée de Bruxelles. Prenant naissance au pont Delvallée, la partie de gauche longeant les Tours Marvis et ensuite la caserne est composée d'espaces verts. Sur celle de droite, le long du fleuve s'élève une école provinciale pour professions para-médicales et ensuite l'imposant centre commercial des Bastions.

Avant guerre, ces terrains étaient occupés par une cimenterie et par une piscine à ciel ouvert (le bassin Marvis). Depuis 1979, suite à l'arrivée du centre commercial, le quartier est en pleine phase de revitalisation, bouleversements qui amènent parfois des résistances de la part de ses habitants soucieux de protéger l'environnement qu'ils ont toujours connu, véritable poumon vert aux portes de la ville. Le centre commercial des Bastions regroupent 60 magasins, où le chaland peut faire du lèche-vitrine sans craindre les aléas de la météo, de nombreuses et régulières animations attirent. chaque année, des centaines de milliers de visiteurs. Un projet d'extension a été élaboré, il doublera la surface du complexe.

Lorsqu'on dépasse cette zone commerciale, on découvre alors le calme et la sérénité de ce quartier habité jadis par des générations de "roctiers" (ouvriers des carrières). Le hameau est probablement né de la rencontre de la pierre et de l'eau. Déjà à l'époque romaine, on y exploitait la pierre calcaire qui affleurait. Cette activité ne fit que se développer au fil des siècles, ce fut, entre le XVème et le XXème siècle, l'époque glorieuse des chaufours (fours à chaux) dont les vestiges ont été conservés et restent les témoins de ce passé laborieux. L'Escaut qui longe le hameau permettait le chargement des péniches pour l'exportation des produits.

Les amateurs de promenades pédestres trouveront leur satisfaction à Allain, par chemins, petites voiries ou ruelles, dans un lieu appelé "la petite Provence tournaisienne", ils pourront découvrir les fours à chaux et les carrières répondant aux noms de Marousse, Madelon ou encore de l'Orient. Les petites maisons y sont encore en moëllons chaulés. Il existait naguère trois carrières dont deux ont été réunies et forment désormais le site touristique de la "carrière de l'Orient" avec son camping, sa piscine couverte où se produit le Cercle de nageurs tournaisiens (CNT) évoluant en Division I de water-polo, son ile aux barbecues, ses coins de pêche et ses promenades. La troisième carrière a été comblée, elle accueille désormais un parc à conteneurs (déchetterie) et... le chenil de la brigade canine.

De nombreux projets ont été proposés pour la rénovation du hameau : le Logis Tournaisien a entrepris, il y a quelques mois, une rénovation de dizaines de petites maisons abandonnées, dans leur aspect initial, afin d'y reloger des candidats en attente de logements. Une étude de faisabilité avait été prévue pour l'implantation d'une éolienne dans le cadre d'un projet dénommé "Alize", celle-ci devait produire de l'énergie électrique d'une puissance d'un mégawatt. En 2007, ce projet semble avoir avorté. Enfin, une zone actuellement en friche, a attiré l'attention de promoteurs immobiliers qui voudraient y voir s'ériger une extension du zoning commercial, des maisons à énergie durable et souhaiteraient réhabiliter la zone boisée afin d'en faire un lieu de promenades. A peine paru, le projet a déjà provoqué une levée de boucliers de la part de riverains qui voient d'un mauvais oeil leur tranquillité mise en péril par le trafic journalier des clients de ces nouvelles surfaces commerciales.

Il existe cependant dans le hameau, un lieu qui conservera sa quiétude, bienfaitrice pour la méditation, ce sont les alentours de l'église et de la grotte à Notre-Dame de Lourdes, lieu de pélerinage habituel des tournaisiens, principalement en mai de chaque année. Le hameau d'Allain est un des plus pittoresques faubourgs de Tournai, espérons que sous le prétexte de le rentabiliser en terme d'économie, on ne le dénature pas trop à l'avenir. 

21 juin
2007

09:46

Tournai : le quartier Saint Jean (2)

Partant de l'église Saint Jean, la rue des Croisiers rejoint la rue de Marvis au croisement de celle-ci avec l'avenue Decraene. Sur la gauche, face au couvent des Croisiers, une rue étroite qui ne portait aucun nom lorsqu'en 1652 un certain Joachim Raguez instaura une fondation par lequel il faisait don d'une maison située "devant les prés" et destinée à recevoir treize filles chargées d'enseigner la jeunesse indigente. Le nombre de pourvues a ensuite été réduit à six, et c'est ainsi que cette voirie tortueuse prit le nom qu'on lui connaît actuellement de rue des Six Filles. Dans son prolongement, la rue des Moulins où est située l'école Industrielle et où se trouvait encore au siècle dernier la filature Philippart. Celle-ci offrant de l'emploi à des centaines de travailleurs ouvrit un second site à la rue de la Culture et regroupa ensuite l'ensemble de ses activités à la chaussée de Douai, au lieu dit Pic au Vent, avant de tomber en faillite (la crise du textile fait, hélas, aussi partie de l'évolution économique de Tournai). Loin de se décourager, de nombreux travailleurs reprirent l'activité sous forme d'une exemplaire co-gestion, qui permit ainsi de sauver plusieurs dizaines d'emplois, mais en 2002, ils furent également contraints de déposer le bilan, le prix de revient des produits hautement manufacturés ne pouvant rivaliser avec celui des pays du Tiers Monde où les travailleurs perçoivent des salaires de misère. Les locaux modernes de l'usine Daphica d'Ere sont désormais abandonnés dans l'attente d'un éventuel repreneur ou d'une nouvelle affectation.

Face à l'église Saint Jean, une longue rue permet de rejoindre le boulevard Walter de Marvis. Elle a pour nom rue Galterie Saint Jean. Son nom évolua beaucoup au cours des siècles. Dans un écrit de 1280, elle est dénommée "ruyelle (ruelle) derrière les Croisiers", en 1393 un nommé Jaquemars Polés vend une "maison à la rue des Caurois haboutant (attenant) par derrière au gardin des Croisiers". Au XVème siècle, on lui donna le nom de ruelle Saint-Jehan et une centaine d'années plus tard, les écrits la présente comme la "rue des Cabroys" dite de la Gailleterie. On approche ainsi de son appellation actuelle bien que plus tard certains actes la désignent par "rue des Casernes". Galterie, déformation de Galleterie, pourrait tout simplement rappeler un endroit caillouteux probablement en rapport avec les carrières qui s'y trouvaient alors.

Dans cette rue, le long de l'école où sont dispensés aux adultes les cours communaux de coupe et couture, s'ouvre un passage pour véhicules entre les immeubles construits par le Logis Tournaisien permettant de rejoindre le quai du Luchet d'Antoing. On lui a donné le nom de rue Rifflée, en souvenir d'une ruelle disparue au milieu de la seconde moitié du vingtième siècle et qui reliait alors la rue Saint Jean à ce même quai. A l'origine, cette rue s'orthographiait Rifflet au XIVème siècle et Rufflée au XVIème siècle. Elle porta même le nom de "rulette (ruelle) Marie-Jeanne", cette Marie-Jeanne étant une cabaretière probablement très connue à une certaine époque.

Le quai du Luchet d'Antoing ne comporte que des bâtiments récents, immeubles à appartements érigés par la société de logements sociaux de Tournai. le Luchet est une corruption de huisset ou huisselet, diminutif qui vient de huis (petite porte), nous dit Bozière, il était auparavant appelé "rivage as Caufours" (rivages des chaufours). On y trouvait à proximité une chapelle dédiée à Saint Job, édifiée par la corporation des bateliers. Pour l'entretien de celle-ci, on prélevait une légère rétribution sur chaque bateau de passage dans la ville.

Dans le triangle formé par la Galterie Saint Jean, le boulevard et l'avenue Decraene se trouvent les bâtiments de la caserne Saint Jean, école de logistique, certainement bien connue par ceux qui vinrent y accomplir leur service militaire (du temps où celui-ci existait encore !). Déjà sous Louis XIV était érigée une caserne dénommée caserne Saint Julien qui fut transformée en accueil de familles pauvres à la fin du XVIIIeme siècle. La caserne d'infanterie Saint Jean, dont la construction fut autorisée par lettre patente du roi le 24 février 1673, pouvait abriter à l'époque 1299 hommes, 17 capitaines et 30 lieutenants ainsi que leurs valets ! La caserne adjacente de cavalerie permettait d'accueillir 700 hommes, 12 capitaines et 30 lieutenants. Enfin celle des Dragons avait place pour 470 hommes, 58 officiers et bas-officiers. Ces chiffres permettent de visualiser l'étendue de la propriété militaire d'alors.  

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).

20 juin
2007

08:43

Tournai : le quartier Saint Jean (1)

Pour débuter la visite de ce quartier, de son nom complet quartier de Saint Jean-Baptiste, nous avons rendez-vous sur la place Gabrielle Petit. Cette petite place triangulaire, autrefois appelée rue Saint Jehan et ensuite placette Saint-Jehan du Caufours (au XIVème siècle) pour devenir la place Saint Jean jusqu'à la fin du premier conflit mondial, est entourée d'immeubles construits après la seconde guerre mondiale puisque cet endroit a été en grande partie détruit par les bombardements allemands du mois de mai 1940 qui visaient les ponts sur l'Escaut.

Sur la droite, en tournant le dos au fleuve, se dressait jadis, la torréfaction de café Hivre dont les locaux sont devenus, voici une quinzaine d'années, ceux de l'école de danse "Danse et Compagnie" dirigée par Xavier Gossuin, créateur de ballets bien connu dans notre région mais également dans le Nord de la France où la troupe se produit fréquemment.

La rue Saint Jean qui se trouve dans le prolongement de la placette nous amène à l'église paroissiale. Sa construction fut autorisée par l'évêque de Cambrai en 1192, elle se dressait au milieu du quartier des chaufours, nom qui désignait les fours à chaux. Cette église connut une reconstruction presque complète en 1780, seul le clocher moins les clochetons qui lui sont accolés fait partie de l'édifice d'origine. En 2005, lors d'un court mais violent orage sur la région, un éclair vint frapper la pointe du clocher, le décapitant et projetant au sol ou sur les voitures garées à proximité de très grosses pierres. Par chance, personne ne fut blessé lors de cet évènement. Juste une grande frayeur pour les résidents et le personnel du home Saint Jean, résidence pour personnes âgées aménagée dans une ancienne propriété jouxtant l'église.

Des travaux de rénovation des toitures de l'édifice religieux ont été entrepris dès l'année suivante. Quant au clocher, il a été reconstruit identique au précédent. Détruit en éclair, il a fallu beaucoup plus de temps pour lui redonner son aspect d'origine. Il sera totalement restauré au printemps 2009. Au pied de l'église, on a débuté la rénovation de quelques maisons anciennes ayant échappé à la destruction.  

Poursuivons notre périple par la rue des Croisiers. Bozière nous dit que cet endroit était dénommé du temps des chaufours, le Mont-Paillard où le peuple se livrait à la débauche. C'était, dit le Père Gaultran, "un lieu de brelan et de libertinage, joignant une colline, appelée Mont- Paillard où l'impudicité et toutes sortes de vices donnaient la chasse à la vertu". Une sorte de quartier Pigalle de l'époque, la vulgarité probablement en prime !

En ce lieu, on trouvait des fours à chaux et des carrières qui furent exploitées jusqu'au XVème siècle. Miracle soudain ! Le Mont-Paillard devint à la fin du XIIIème siècle un couvent lorsqu'il fut donné aux Croisiers, en 1284, par Jean-Gui de Chastillon. La chapelle est encore visible de nos jours alors que le couvent a été supprimé en 1788. ... Remarquable également le presbytère de Saint Jean, un grand immeuble situé à l'angle de la rue des Croisiers et de la rue de la Galterie Saint Jean. Acquis, il y a quelques temps, par un particulier, et probablement sauvé d'une transformation en kots ou appartements, celui-ci fait l'objet d'une rénovation qui a pour but de lui rendre son lustre d'antan.

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).

19 juin
2007

09:19

Tournai : le quartier Saint Brice (8)

Rues et ruelles. 

Comme nous l'avons vu, la rue Marvis se situe dans le prolongement de la rue Saint Brice. De cet important axe de circulation menant à la chaussée de Bruxelles descendent de petites rues et ruelles vers l'Escaut. La rue Cambron tout d'abord aboutit à la terrasse Saint Brice, pratiquement en face de l'ancien cinéma Astra, cinéma de quartier, spécialisé dans les films d'aventure, d'horreur et les westerns. Après la seconde guerre mondiale, la ville possédait ainsi de très nombreuses salles de projection. A côté des deux grands cinémas d'exclusivités, le Palace (rue de l'Hôpital Notre-Dame) et les Variétés (rue du Cygne), on pouvait aussi se rendre à la Scala (rue des Maux), au Kursaal (quai des Salines), à l'Eden (rue Frinoise), au Forum (rue des Augustins) ou au Cinéclair (au faubourg Saint Martin). Toutes ces salles ont progressivement fermé leurs portes dans la seconde moitié du vingtième siècle, victimes peut-être de l'apparition dans les foyers de la télévision ou de la modification des préférences des jeunes qui aimaient mieux emmener leurs petites amies dans les discothèques qui commençaient à s'ouvrir que dans les salles obscures, jusqu'alors lieux incontournables des rendez-vous galants. On ne fréquentait plus durant la séance, on préféré "flirter" en boîte, pour autant qu'on retrouve sa copine au terme d'une danse bien souvent exécutée individuellement sur un espace réduit et bondé ! Désormais, Tournai compte un seul complexe cinématographique, Imagix, situé au boulevard Delwart, le confort moderne y ayant remplacé le charme désuet des petites salles de quartiers.

Mais tout cela nous éloigne de notre visite. La rue Cambron tenait son nom de la présence d'un refuge de l'abbaye de ce village du Pays Vert qui, réduite à l'état de ruines, a été transformée, voici une dizaine d'années, en un magnifique parc animalier : le parc Paradisio. La rue Clercamps doit son nom à une famille qui y habitait au XIIIème siècle. La rue Haigne a vu sa dénomination évoluer au cours de siècles : Rihaigne, Rihagne. Son nom primitif peut se décomposer en "ri" soit la rue et "haigne" mot roman qui remplaça le latin aqua, c'est à dire eau. Il s'agissait simplement de la rue qui menait à l'eau (de l'Escaut). La rue Fleurie, avant orthographiée Fleury, est un boyau étroit, peu engageant, menant à la rue du Glategnies, à une certaine époque, elle embaumait autre chose que les fleurs ! La rue du Glatigny ou du Glategnies (dans son appellation moderne) présente la particularité de décrire un quadrilatère, en partant du haut de la rue Haigne et y revenant plus bas. Elle était en effet adossée aux anciennes fortifications du Bourg, une porte de ville, détruite vers 1854, la mettait en communication avec Saint Jean par l'Impasse des Carmélites. Le nom de Glatigny rappelle une famille qui y vivait au XIIIème siècle.

Toutes ces rues débouchent sur la quai Vifquin. Bozière nous dit que ce quai est récent, à sa place, jadis, on trouvait la rue des Tanneurs, les gens de cette profession s'y étant regroupés. Près du Pont à Pont (Pont aux Pommes) on trouvait une tuerie et un abreuvoir. C'était jusqu'à la fin du 18ème siècle, l'endroit le plus sale et le plus infect de la ville, infesté de rats. Les maisons de la dite rue des Tanneurs adossées à l'Escaut furent rasées et en 1812, le véritable quai ainsi créé prit le nom de quai Impérial, le bourgmestre étant alors bonapartiste. Mais en 1819, après la chute de Napoléon, on le débaptisa pour lui donner le quai des Quatre Bras. Il s'agissait du nom du lieu où le Maréchal Ney fut incapable d'endiguer l'avance des anglais qui s'emparèrent de Mont Saint Jean, prémice à la bataille de Waterloo, fatale à l'Empereur. N'oublions pas qu'à l'époque où on rebaptisa le quai, Tournai vivait sous la domination hollandaise et il était toujours bon pour des édiles de rappeler les faits historiques qui plaisaient aux dirigeants du moment.

Sur ce quai des Quatre bras habitait, avec son père, une demoiselle Félicité Vifquin, qui menait une vie fort modeste, malgré son immense fortune. Elle décéda le 4 mars 1857 après avoir légué tous ces biens immeubles au bureau de Bienfaisance de la ville. Quoi de plus naturel, suite à un tel geste, devenu rare à notre époque, de donner son nom au quai actuel ! A l'extrémité du quai Vifquin, voici la place Gabrielle Petit, héroïne dont nous vous avons déjà retracé l'histoire, elle permet d'accéder au quartier Saint Jean.

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).