22 mai
2007

Tournai : l'église Saint Piat

Piat fut le premier évangéliste martyr de la région de Tournai où il faut décapité. La légende raconte qu'il continua sa route, son chef (sa tête) entre les mains. C'est d'ailleurs ainsi qu'il est désormais représenté. 

L'église Saint Piat qui lui est dédiée a été construite durant la période s'étalant du XIIème au XIVème siècle. Lors de la dernière restauration qui débuta en 1948 pour se terminer en 1971, on découvrit les vestiges d'une basilique mérovingienne probablement élevée par Saint Eloi, évêque de Noyon (diocèse avec lequel celui de Tournai était alors fusionné), elle-même érigée à la place d'un temple romain où l'on sacrifiait aux idoles.

 L'évolution du bâtiment à travers les âges peut être résumée de la façon suivante : à l'origine, un narthex (portique d'entrée à l'époque médiévale), une nef à trois travées, une abside (espace formant le choeur). Au VIIème siècle, on procède à l'agrandissement de la nef par l'ajout de deux travées. Nombreux nouveaux ajouts à l'époque gothique (le choeur en 1370), les chapelles Nord et Sud, la modification de la façade, l'élévation de la chapelle saint Roch contre le collatéral sud.

Au XVème siècle, on assiste à la construction d'une chapelle dédiée à Michel le Maire, dit de Gand, fondeur tournaisien. Les chapelles Nord et Sud sont dédiées à Notre-Dame d'Alsemberg et à Saint Hubert (auparavant appelée chapelle Saint Pierre). La chapelle St Hubert servait à une confrérie installée en 1664 par le pape Alexandre VII. D'abord établie dans l'oratoire de l'hôpital Delplanque (hospice dont nous avons parlé dans l'article précédent), elle fut transférée en l'église Saint-Piat en 1805. Cette confrérie célébrait une neuvaine à partir du 3 novembre et distribuait durant celle-ci : pains bénis, bagues et chapelets. Cinq tableaux, oeuvres d'Hennequin, garnissent alors la chapelle rappelant la légende du Saint patron de l'Ardenne.

Comme à Sainte Marie Madeleine, deux clochers étaient prévus à l'origine, un seul fut construit.

L'église Saint-Piat se trouve au bas de la rue des Jésuites, rue pavée à forte déclivité ayant gardé un caractère ancien qui mène au parc communal. Son nom évolua au cours des siècles, rue de la vallée de la Vigne, rue de Babylone, des Allemands et enfin, sa dénomination actuelle. Bozière n'avance aucune origine au nom de Babylone, Raymond Bonnet propose l'explication suivante : la rue menait au refuge de l'Abbaye de Saint Amand dont le bâtiment avait un style "babylonien" ! Nous sommes obligés de le croire sur parole avec cependant les réserves d'usage ! Les deux auteurs sont d'accord sur l'origine de la rue des Allemands, des marchands allemands s'y étant installés.

Dans le milieu de la rue s'élève le grand séminaire. Celui-ci fut fondé par l'évêque de Choiseul du Plessys-Praslin, sous Louis XIV, sur le site occupé par la suite par l'ordre des soeurs de la Charité (dans la rue du même nom). Ce premier séminaire exista jusqu'à l'annexion de la Belgique par la France républicaine. A l'issue du Concordat, un nouveau séminaire fut érigé sur le site actuel de la rue des Jésuites. Jusque dans les années septante, celui-ci comptait des dizaines de jeunes gens destinés à la prêtrise, il n'y en a plus aujourd'hui, la crise des vocations étant une réalité. Les plus anciens tournaisiens se rappelleront ce long défilé de jeunes gens en soutane qui se rendaient de la rue des Jésuites à la cathédrale alors que la cloche de Notre-Dame les appelait, le dimanche vers 14h45, à célébrer les Vêpres en la cathédrale, un office aujourd'hui disparu !

Un ensemble d'immeuble à façades gothiques est situé aux numéros 12 à 16 de la rue. Ces bâtiments étaient habités, jadis, par les demoiselles Manarre qui y fondèrent une institution pour l'éducation de jeunes filles. On raconte qu'elle comptait parmi ses rangs Mesdemoiselles Charlotte et Henriette Robespierre, natives d'Arras, soeurs de Maximilien de Robespierre dont certains retiennent qu'il fut un brillant homme politique mais que l'Histoire qualifie de tyran.

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne", R. Bonnet "les rues de Tournai...", Répertoire du mobilier des sanctuaires de Belgique, Province du Hainaut, canton de Tournai II").

Les commentaires sont fermés.