28 jan
2012
Tournai : expressions tournaisiennes (158)
Quand l'colère, elle meonte.
(NB : cha na rin à vir ave l'cancheonne de Raoul de Godwaersvelde qui li a écrit "Quand la Mer Monte").
Vous savez bin, mes gins, que j'n'ai pos l'habitude de m'plainte, mais comme direot Bart D.W. "Qui bene amat, bene castigat", ahais, ch'est du latin, cha veut dire "qui aime bin, châtie bin" ou acore "l'châtimint i-est là pou corriger les ceusses qu'on aime" ! J'ai donc pris m'pleume pou écrire mes étâts d'âme.
Mossieu, l'Bourguémette, j'vous écris eine lette, que vous lirez pétète, avant vo prochain départ (j'sais bin Boris Vian i-a écrit cha dins s'cancheonne, "l'déserteur", j'sus ein paufe imitateur).
Féaut dire que dins no ville, i-n'fait pus fort tranquille, pourmener ch'est vraimint difficile, des travéeaux, on in a marre (ch'est po bieau d'dire cha mais cha soulache ein fameux queop).
L'sémaine dernière, j'ai acaté eine paire d'nouvieaux sorlets mais à forche d'piduler, l'lind'main i-n'éteot'ent d'jà pus noirs (au prix que j'les ai payé, cha fait mal, surtout que l'cirache n'éteot pos vindu avec).
Meonter l'rue des Cap'liers, traverser l'piétonnier ou bin acore aller au Bas-Quartier, pou mi cha va dev'nir rare. (bin souvint te deos marcher au mitan de l'rue et cha n'fait pos ralintir les automobilisses).
J'pinse à tous ces marchands, à les dizaines d'commerçants, qui ravisent si a des passants et seont au désespoir (l'bédoule et les parcmètres, i-a pos à dire, on fait tout pou t'attirer in ville).
I-a des treos partout, pou l'gaz, l'ieau, les égoûts, on direot vraimint qu'on s'fout d'tout, on ouvère les trottoirs, ainsin, sans crier gare (si acore on termineot ein ouvrache avant d'commincher ein eaute).
On d'minde jusse ein peu d'compréhensieon, ein beon service d'informatieons et surtout eine meilleure organisatieon. (cha ch'est d'minder la lune, i-a jamais eu d'coordinatieon inter Ores, Belgacom, l'Walleonne des ieaux, i-vienne'tent quand cha les arringe même si on a d'jà ormis les pavés).
Tertous semble ainsin dépassés, les ouverriers feont à leu n'idée, i-a perseonne pou les surveiller (là j'préfère m'taire que mal parler).
No ville est comme sinistrée, on a tout comminché mais on n'a rin terminé, feaut l'voir pou l'croire. (De l'Naïade au bieffreo, de l'rue d'Paris à la plache Saint Pierre, dins l'Bas quartier et l'rue Dame Odile ch'est malhureux qu'i-n'a pos là l'maseon d'ein de nos édiles).
Vous savez bin, Mossieurs les Ediles, comme j'aime bin no vielle ville, d'pus que j'sus pétit rambille et in vous écrivant j'ai acore ein peu d'espoir (on peut toudis rêver !).
Les Tournaisiens sont des brafes gins mais feaut quand même pos les printe pou d'z annochints.
Comme vous l'veyez, j'ai cité Bart au début de m'babillarte, pou eine feos, i- vivreot eine affaire parelle, i-n'parl'reot pus latin pou dire "Trop is te veel" !
N.B : pou les gins qui ne l'sareot'ent pos 'cor, no ville de Tournai est in train de s'faire belle, de s'mette in valeur, et tout l'meonte i-a l'dreot d'in ête fier, on dit toudis que pou ête bieau i-feaut souffère, mais ichi ch'est pus eine simpe opératieon, ch'est eine véritape exanguino-transfusieon !).
(lexique : m'pleume : ma plume / eine cancheonne : une chanson / paufe : pauvre / sorlets : souliers / piduler : marcher dans la boue / les Cap'liers : les chapeliers / raviser : regarder / l'bédoule : la boue / des treos : des trous / ormis : remis / tertous : tous / comminché : commencé / ein rambille : un gamin espiègle / brafes gins : braves gens / printe : prendre / annochints : innocents / l'babillarte : la lettre / veyez : voyez /parelle : pareille / souffère : souffrir / véritape : véritable)
S.T. janvier 2012.
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26 jan
2012
Tournai : Saint-Georges terrassé !
L'énorme mâchoire d'acier se refermant dans un bruit assourdissant, l'imposante grue des établissement Dufour, juchée sur un mont de gravats, s'avançait lentement. A l'image d'un dragon satisfait, elle venait de terminer sa besogne, elle avait terrassé Saint-Georges. L'information, si elle s'avère exacte, doit poser bien des interrogations dans les chaumières montoises, là où une foule immense se rassemble, chaque dimanche de la Trinité, pour voir "l'biête" traditionnellement vaincue par le Saint protecteur.
Quittons là cette évocation ressemblant à un conte à dormir debout pour revenir à la réalité. Depuis la semaine dernière, à l'ombre des cinq clochers, il ne reste plus rien de l'imposante clinique Saint-Georges située sur le quai Saint-Brice et la place du Becquerelle, elle a été rasée, anéantie tout comme la maison de l'ophtalmologue située à l'angle des deux rues. Un siècle d'existence vient d'être effacé, en quelques jours, de la mémoire des Tournaisiens ! Combien de générations ont été soignées en ces murs, combien de visiteurs ont franchi la porte de cet établissement, partie intégrante de la vie des Tournaisiens ?
Tout a débuté au début du XXe siècle. Entre 1902 et 1905, Emile Combes, né en 1835 à Roquecombe, violemment anti-clérical, Président du Conseil de la République française s'attaque aux congrégations religieuses et propose une loi qui aboutira à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Chassées de l'Hexagone, de nombreux religieux et religieuses viennent s'installer en Belgique. La plupart des congrégations s'impliqueront dans l'enseignement. Celle des Filles de Jésus s'étaient installées dans l'hôtel particulier de la place du Becquerelle où vécut le comte Georges, Alexandre, François de Nédonchel, décédé le 8 décembre 1901 (voir à son sujet l'article consacré dans la série : "le nom des rues, témoins de l'Histoire"). Le don de cet immeuble avait été fait par sa fille, Caroline de Nédonchelle, alors prieure du Carmel. Vouées à soulager la souffrance de leur prochain, les religieuses ouvrent tout d'abord un dispensaire et plus tard une clinique qui prendra le nom de Saint-Georges en souvenir de celui dont elles avaient hérité leur lieu d'asile.
Après la seconde guerre mondiale, la clinique s'agrandit et se modernise, l'aile qui se dressait, il y a encore quelques semaines à peine, le long de l'Escaut a été érigée en 1948, tandis que celle qui dominait la place du Becquerelle le fut en 1951. Le bâtiment était l'oeuvre de l'architecte tournaisien Brébart. Intégré à la façade de la chapelle, entouré de petits vitraux, un immense Christ en croix d'une hauteur de 3m90 et d'une largeur de 3m, pesant 4,8 tonnes, était une oeuvre réalisée par l'artiste tournaisienne Stella Laurent, décédée en 2004 à qui on doit également les bas-reliefs apposés sur les murs sur le quai et, par la suite, au début des années quatre-vingt, la sculpture des têtes de nos géants de quartiers. Imbriquée dans l'immense bâtiment, sur le coin, se dressait la maison de l'occuliste Leman qui avait succédé à Mr. Coppée.
En 1980, la clinique Saint-Georges avait fusionné avec la maternité Notre-Dame, construite à l'avenue Delmée dans les années soixante. Après l'achèvement du complexe hospitalier annexé à la maternité, les services de Saint-Georges seront progressivement transférés dans les nouveaux locaux. En 1991, la clinique cessera ses activités le long de l'Escaut et le bâtiment, cédé à l'ASBL Saint-Georges, accueillera désormais une maison de repos et de soins. Toutefois, soucieuse de regrouper toute ses activités dans des locaux modernes et fonctionnels, mieux accessibles aux personnes âgées ou à mobilité réduite, le nouveau gestionnaire débute la construction d'un nouveau lieu d'accueil, à la chaussée de Renaix, au lieu-dit la "Verte-Feuille". Au fur et à mesure de l'avancée du chantier, les résidents déménageront vers ce nouveau lieu de vie et le 16 mai 2001, les derniers auront quitté le centre-ville. Le bâtiment est voué à l'abandon, à l'oeuvre destructrice des vandales qui brisent des fenêtres ou transforment les espaces verts en dépotoirs, un automobiliste, perdant le contrôle de son véhicule, défonce même une des portes du bâtiment du Becquerelle.
L'Intercommunale de Developpement Economique de Tournai-Ath, IDETA, à l'étroit dans ses locaux de Saint-Jacques est à la recherche d'une solution pour regrouper ses services disséminés entre Tournai et Orcq. Les responsables saisissent l'opportunité (ils quitteront Saint-Jacques pour Saint-Georges !) et décident d'y installer non seulement leur siège social mais aussi d'y faire construire une trentaine d'appartements de standing et trois crèches. Après les formalités administratives d'usage (permis de bâtir,...), le chantier, confié à la fime Dherte, a débuté en novembre 2011. Il est prévu pour durer une trentaine de mois et être terminé au mois de juin 2014. Détail intéressant, l'énorme tas de gravats résultant de la démolition ne sera pas emmené par une noria de camions comme c'est souvent le cas, concassées sur place, les briques serviront pour les travaux de terrassement alors que des pieux implantés à 14 mètres de profondeur assureront la stabilité des nouveaux bâtiments situé aux abords immédiats de l'Escaut.
Dans l'attente de la construction qui bouleversera inévitablement le paysage urbain, de différents endroits du quartier, les Tournaisiens bénéficient provisoirement de vues inédites sur la cité et une de celles-ci est particulièrement remarquable à partir du Pont de Fer. C'est probablement l'endroit le plus photographié de la ville à l'heure actuelle !
(sources : le Courrier de l'Escaut, éditions des 12 et 14 janvier 2011)
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