20 févr.
2017

13:15

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (2)

De 1950 à nos jours : l'âge d'or du Cabaret Wallon.

Ce titre interpelle probablement les inconditionnels de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et mérite donc une explication. Les membres fondateurs ont donné ses lettres de noblesse à la Compagnie et nous ont laissé des œuvres indémodables, toujours interprétées de nos jours. On pense à : "L'Karmesse de Tournai" d'Auguste Mestdag, au "Lindi Parjuré" d'Achille Viehard, à "L'Robe blanque" d'Adolphe Prayez, à "Ch'est ainsin dins no ville" d'Eugène Landrieu", aux "Gosses de Tournai" d'Henri Thauvoye ou à "L'Maclotte" de Fernand Colin mais aussi à bien d'autres chansons qu'on entonne encore dans les fêtes de famille qui se déroulent à l'ombre des cinq clochers. 

Toutefois, peu à peu, après la seconde guerre mondiale, la Royale Compagnie a pris une toute autre dimension. Elle s'est ouverte au plus grand nombre de sympathisants, elle a multiplié les prestations, monté des revues à grand spectacle, vu ses soirées retransmises sur la chaîne nationale de télévision ou sur la télévision locale No Télé. Ces membres ont été régulièrement invités dans l'émission dialectale de Radio-Hainaut (devenue Vivacité). Pour répondre à l'attente des très nombreux spectateurs, les chansonniers ont été obligés de quitter la trop petite salle de l'étage du café Central sur la Grand-Place pour rejoindre la Halle-aux-Draps et la Maison de la Culture. Le Cabaret est régulièrement sorti de Tournai pour aller à la rencontre d'auditeurs qui l'attendaient à Bruxelles (le cercle des Tournaisiens de Bruxelles), dans les cercles estudiantins de la capitale ou de Louvain-la-Neuve et encore dernièrement à Ath.  

C'est cette évolution que nous découvrons par la photo. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

1956 : Si le document n'est pas très net, on peut néanmoins reconnaître de gauche à droite : Eloi Baudimont - Albert Coens - Georges Delcourt - André Pouril (?) - Louis Urbain interprétant la "chanson des cinq" accompagnés au piano par Anselme Dachy. (photo : Courrier de l'Escaut).

André Pouril était né dans le Nord de la France en 1901. Primé au concours Prayez en 1928, il était entré au Cabaret l'année suivante. Il sera Secrétaire-Administrateur de 1956 à son décès survenu le 20 février 1967. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

1956 : une société comme le Cabaret Wallon Tournaisien ne pouvait déroger à la tradition bien ancrée du "Lundi perdu". Emile Viehard est sacré roi et reçoit ses attributs des mains d'Eloi Baudimont (à droite) et de Lucien Jardez (au centre). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Fils d'Achille Viehard, membre-fondateur, Emile Viehard était né à Tournai le 1er mars 1875. Il était entré au Cabaret en 1923, il deviendra Vice-Président en 1948 et le restera jusqu'à son décès le 6 janvier 1961.

tournai,cabaret wallon tournaisien

  1959 : Du plus petit au plus grand (par la taille), on reconnaît : Robert Pollet - Jules Messiaen - Richard Leclaire et Charles Midavaine (photo : Le Courrier de l'Escaut).

A la fin des années cinquante, Robert Pollet était une des plus belles promesses de la Royale Compagnie. Il était né à Tournai, le 21 mars 1933 et entré au Cabaret en 1957. Auteur de chansons, poèmes, monologues et sketches, il pouvait aborder avec facilité les différentes facettes du rôle de chansonnier. Dans sa chanson "L'Marché du Sam'di", il nous balade de la Grand-Place à la place Saint-Pierre et nous fait une photographie précise et humoristique de ces petits faits qui émaillent les rencontres qu'on peut y faire. Souvent sur les routes pour son travail, un chauffard mit fin prématurément à ce talent lors d'un accident de la circulation survenu le 20 mars 1970.

Portant le même prénom que son grand-père, entré la Royale Compagnie en 1920, Charles Midavaine (Jr.) est né à Tournai en 1930 et est entré au Cabaret en 1955. Alors qu'il était Secrétaire-Administrateur depuis le 29 mai 1964, il démissionna un an plus tard, en avril 1965. Il avait été de nombreuses fois lauréat du concours Prayez.  

tournai,cabaret wallon tournaisien

1965 : une fois par an, les membres du RCCWT se retrouvent lors la ducasse de Kain pour jouer au jeu de boule. De gauche à droite on reconnaît : Jean Leclercq - Lucien Jardez - Charles Ghio - Georges Delcourt - Richard Leclaire - Edmond Godart et Félicien Doyen (toute une génération de chansonniers aujourd'hui disparue). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Charles Ghio est entré au Cabaret en 1945, il était né à Tournai le 24 décembre 1896. Membre de la chorale "La Tournaisienne" et du Cercle Choral "Tornacum", cet excellent baryton va mettre sa voix puissante au service de la Royale Compagnie. En 1959, il en sera nommé trésorier et le restera jusqu'à son décès survenu le 18 février 1980. 

J'ai eu la chance de bien connaître Georges Delcourt et son épouse Angélina (celle qui interpréta des seconds rôles mémorables dans les différentes revues). Le chansonnier exerçait la profession de marbrier. Magasin et ateliers se situaient en haut de la rue Saint-Martin, à l'angle du boulevard Bara. Cet excellent comédien, à l'humour communicatif, qui vivait les chansons qu'il interprétait était né le 2 mars 1896 et entré au Cabaret en 1925. Parmi les très nombreuses œuvres qu'il nous a léguées, on se rappelle notamment : "On minche bin à Tournai", eine cancheonne à faire "meonter les ieaux" (à donner faim). Il nous a quittés le 27 mars 1968. 

Chaque jour, me rendant à l'école primaire, je rencontrais également Edmond Godart. Celui-ci demeurait sur le boulevard Bara, à deux pas de "l'porte d'Lille". Il exerçait la fonction de rédacteur au journal l'Avenir du Tournaisis et était également chroniqueur sportif et membre de nombreuses associations tournaisiennes (les Amis de Tournai, fondateur et scribe des Chevaliers de la Tour, animateur tournaisien des émissions dialectales de Radio-Hainaut, Président fondateur du Centre Culturel d'Art Dramatique de Tournai-Ath-Mouscron...). Né à Tournai, le 9 octobre 1893, il était entré au Cabaret en 1928 et en fut le Vice-président de 1958 à son décès survenu le 29 janvier 1973. Journaliste, chansonnier, poète, acteur, régisseur mais aussi lauréat de nombreux prix... on retient de lui des œuvres comme "L'cancheon d'nos clotiers", "Le chant de l'Union", un des deux clubs de football tournaisiens, "Canteons Sainte-Magrite" et bien d'autres. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

 1965 : Louis Urbain

Avec Louis Urbain, c'est la vraie chanson sentimentale qui est entrée au Cabaret. Il était né dans la cité des cinq clochers, le 14 mars 1914. Plusieurs fois primé au concours Prayez et lauréat du concours de la littérature tournaisienne organisé par le Souvenir Tournaisien de Schaerbeek, il était entré au Cabaret en 1937. En 1965, il en devint Secrétaire-administrateur et le resta jusqu'à son décès survenu le 15 janvier 1980. Il était également membre fondateur et collaborateur régulier de la gazette "les Infants d'Tournai". Il nous a légué de très nombreuses chansons dont les titres évoquent ce côté "fleur bleue" qu'il revendiquait. Parmi celles-ci, on retiendra : "Pasque...", "J'aveos rêvé !", "J'vous aime bin !", "Toinette", "Les éautes" ou encore "Rôsse". 

L'album de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se referme momentanément, d'autres photos viendront enrichir nos souvenirs !

(Sources : "Florilège du Cabaret 1907-1982) ouvrage paru à l'occasion du 75ème anniversaire du RCCWT - photos archives du "Courrier de l'Escaut". Je remercie mon ami Jean-Paul Foucart pour sa collaboration dans la recherche de documents).

S.T. Février 2017.

18 févr.
2017

09:32

Tournai : expressions tournaisiennes (396)

L'guernoule d'Edmeond.

J'sais d'puis lommint que m'n'amisse Edmeond, d'puis s'pus jeone âche i-a eine vraie passieon : quançqu'i-peut prévir à l'avanche (*) l'temps qui va faire, vous pouvez ête seûr que no gaillard i-est à s'n'affaire. Vous avez l'raminvrance que ch'est près d'Kain qu'i-d'meureot, i-resteot dins eine belle maseon de l'rue Montifeaut. Comme tous les beons gardéniers, i-aimeot savoir ce que l'ciel i-alleot li apporter. Si s'gardin i-aveot b'soin d'ieau, il falleot de l'pluèfe mais... pos treop. Si l'solel i-luiseot treop fort, ein p'tit neuache n'areot pos fait d'tort. Les penn'tieres éteotent plantées quançque l'terre commincheot à s'récauffer et i-n'areot jamais eu l'idée d'semer avant que l'lune rousse elle ne soiche passée. 

D'puis qu'in ville, su ein de nos quais, i-est v'nu habiter, su l'appui d'ferniête i-ravise ses géraniums pousser. I-a surlommé no ville "Tournai minérale", i-feaut dire qu'on y cope les arpes à l'rafale. Ceulle sémaine, accoudé au cassis,  Edmeond i-a brait, i- éteot tell'mint triste d'vir les ouverriers d'la ville abattent les charmes du quai Saint-Brice.

Asteur, Edmeond, ch'est avant tout pou s'santé qu'i-orwette l'météo tous les soirs su No Télé. S'n'organisme i-réagit au temps qui fait, ainsin i-souffère tout du leong d'eine ainnée. Breongile, allergies, orfroidiss'mints ou bin angile, ch'est ainsin pindant douze meos du prumier mai au trinte avril. 

Tout au leong d'eine sainte ainnée, s'feimme elle l'intind s'délaminter :

"J'sus seûr que l'temps i-va canger, j'sins des douleurs dins mes poignets",

ou bin :

"A m'mote que l'momint du pollen i-est arrivé, cha fait treos jours que je n'arrête pos d'éternuer",

ou acore :

"Et avé cha, i-feaut vir mes is, i-seont rouches de l'rache que j'ai catoupi".

Quançqu'i-fait freod, dins tout s'corps, i-orchins partout des lanchures, i-a du mau à s'tiête, à s'deos et à toutes les jointures. Quançqu'i-va caire de l'pluèfe, ch'est automatique, i-sins deux jours à l'avanche s'dérinvier ses romatiques. Quançque l'temps i-cange, i-a toudis hic et hac, finalm'int on peut dire qu'i-est toudis patraque.

A peine qu'in s'baissant, à ses reins, i-sint eine pétite gêne, i-va aussi vite querre ein paquet d'ouate "le Thermogène" (j'seûr que vous avez tertous connu ceulle ouate, ave l'imache d'ein diape qui crache des flammes su l'boîte). Eine feos qu'i-aveot des riches lanchures, i-n'a pos fait dins l'demi-mesure, comme ormète, i-a mis eine crème pou récauffer et eine couche d'ouate pou que cha fasse bin d'l'effet. Eine heure après i-aveot des cloques tout du leong de s'colonne vertébrale et, pou l'soigner, i-a fallu l'inveyer aux urginces de l'hôpital. I-éteot brûlé presqu'au deuxième degré et pindant quate jours su s'vinte i-est resté couché. 

"Bah, ch'est de m'feaute, si j'aveos su qu'i-alleot geler, j'areos rajouté ein p'tit gilet et mes reins i-areot'ent été protégés, mais l'velle i-aveot quéquein à l'maseon et j'aveos oblié d'raviser les prévisieons !".

Ein bieau jour, Fifinne li a dit :

"J't'ai d'jà dit que t'd'veos printe l'temps comme i-vient, in acoutant les prévisieons te t'in fais bin souvint pou rien. A partir d'asteur, ch'est décidé, au momint du bulletin su No Télé, j'vas printe l'télécomminde et su eine eaute caîne j'vas zapper".

Au bout d'deux jours, Edmeond qui n'aveot rien dit, i-est sorti in prenant, pa précautieon, s'parapluie. Tertous dins l'rue l'preneot pou ein annochint vu que l'solel brilleot d'mille feux au firmamint. 

"Te n'as pos ichi l'air fort optimiste Edmeond, su Vivacité, te n'as pos acouté les prévisieons".

In ravisant tout autour de li, on l'a vu rintré, in catimini, dins ein magasin qui vind d'nouvieaux animaux d'compagnie. 

"I-n'me feaut pos ein serpint ni eine grosse aronne, i-a pos d'détoule, je cache tout simplemint après eine pétite guernoule".

L'feimme li a deonné ein bieau bocal pou ortourner à s'maseon ave l'animal.

Quançque Fifinne, d'commissieons, elle est rintrée, elle a tout à n'ein queop vu l'batracien su l'(fausse) quémeinée.

"Ah neon, te vas m'in'lver cha tout d'suite, comarate, rien qu'à vir ceulle sale biête, j'vas caire malate".

In souriant, Edmeond i-a berlé comme ein fuchéau :

"J'te présinte l'nouvelle Mam'zelle Météo". 

I-a rajouté :

"Si elle reste au feond, i-n'va pos faire beon et si elle grimpe su l'éthielle, on sait qui va faire du solel".

"Bé j'ai bin l'foute d'ceulle mocheté, dins l'Esqueaut te vas aller l'ruer !".

"Ah mais pou cha, tout d'abord, i-faudra m'passer su l'corps, j'te présinte l'ceulle qui s'ra no'Miss Météo, Fifinne,  Tatiana cha s'ra l'neom de m'nouvelle copine !".

Li à qui, à causse de l'météo, on aveot d'jà copé l'imache, ceulle feos-chi, i-n'aveot même pus l'seon dins l'ménache.

Eine sémaine pus tard, sintant eine beonne naque venant de l'cuisine, Edmeond i-a d'mindé :

"Quoisque te fais pou deîner, Fifinne ?".

"L'surprisse du chef, te vas t'pourléquer les babines !" li a répeondu no brafe Fifinne.

I-sinteot meonter les ieaux, ch'est seûr, i-alleot faire bombance, comme on dit, l'maseon elle imbaumeot la Provence. 

Tout in souriant, Fifinne, de s'n'heomme, elle a ravisé s'tiête quancqu'i-a vu l'pétite paire de gampes cuites au mitan de s'n'assiette. 

"Quoisque ch'est qu'cha ? Milliards, ceulle espèce de maboule, elle m'a préparé des cuisses de guernoule !".

Edmeond i-a été vir su l'quémeinée, l'bocal i-n'éteot pus occupé. On l'a alors vu berdéler comme ein infant colérique, Fifinne elle aveot osu s'attaquer à l'statieon météorologique. 

L'geste, Fifinne, elle l'a bin vite orgretté pasqu'Edmeond, débalté, i-a menacé d'divorcer. 

Elle a bin essayé de l'raiseonner, i-n'a rien qu'i-a fait, i-feaut dire qu'elle aveot mal queusi les meots pou li parler.

"T'Tatiana, pindant toute l'journée, t'éteos toudis in train d'l'amidouler, j'aveos vraimint l'impressieon d'ête eine feimme trompée et, j'te l'avoue, au momint dusque j'ai qu'minché à l'fristouiller, j'aveos l'impressieon que j'éteos in train de m'vinger".

D'puis qu'ces faits seont arrivés, Edmeond i-est démoliné. Comme i-n'saveot jamais l'temps qu'i-alleot faire, i-est resté à s'maseon, sans sortir, pindant tout l'hiver. 

Ein soir d'l'été passé, Fifinne li a d'mindé :

"Te pinses qu'on va avoir d'l'orache, ravise j'sus ichi tout in nache et, pa d'zeur l'Meont de l'Ternité i-a des noirs neuaches?".

Edmeond i-a erlevé s'tiête et li a dit avé ein air biête :

"I-feaut printe l'temps comme i-vient, les prévisieons météo cha n'sert à rien, i-s'ra toudis temps d'aller t'mucher quançque les premiers queops d'tonnerre i-veont éclater". 

Je n'vas pos mintir, final'mint, je n'sais pos si déhors l'orache i-a éclaté mais ce que j'ai appris pa les visins ch'est que dins l'maseon on les a intindu bin berteonner !

(*) prévir à l'avanche cha s'appelle ein pléonasme,  pou prévir après, i-n'feaut pos ête fort doué ! 

(lexique : eine guernoule : une grenouille / lommint : longtemps / l'jeone âche : le jeune âge / quançque : lorsque / prévir : prévoir / à l'avanche : à l'avance / ête seûr : être sûr (dans le sens d'être certain d'une chose) / avoir l'raminvrance : avoir la souvenance, se souvenir / leu : leur / ein gardénier : un jardinier / l'gardin : le jardin / d'l'ieau : de l'eau / l'pluèfe : la pluie / ein neuache : un nuage / les penn'tières : les pommes de terre / commincher (ou qu'mincher) : commencer / récauffer : réchauffer / raviser (ou orwettier) : regarder / surlommer : surnommer / coper : couper / les arpes : les arbres / ceulle : cette / l'cassis : le châssis / braire : pleurer / vir : voir / asteur : maintenant / orwettier (ou raviser) : regarder / ainsin : ainsi / i-souffère : il souffre / l'breongile : la bronchite / l'orfroidiss'mint : le refroidissement / l'angile : l'angine / l'prumier : le premier / l'meos : le mois / s'délaminter : se lamenter, se plaindre / canger : changer / à m'mote : selon moi, à mon idée / treos : trois / acore : encore / le is : les yeux / rouches : rouges / de l'rache : tellement / avoir catoupi : avoir des démangeaisons / orchintir : ressentir / des lanchures : des élancements, des douleurs vives / avoir du mau : avoir mal / l'deos : le dos / caire : tomber / s'dérinvier : se réveiller / les romatiques : les rhumatismes / toudis : toujours / ête patraque : ne pas se sentir bien, ne pas être dans son assiette / querre : chercher / tertous : tous / ceulle : cette / l'imache : l'image / ein diape : un diable / eine feos : une fois / ein ormète : un remède / des cloques : des cloches, petites ampoules apparaissant après une brûlure / l'inveyer : l'envoyer / s'vinte : son ventre / l'velle : la veille / quéquein : quelqu'un / oblier : oublier / printe : prendre / acouter : écouter / eine caîne : une chaîne / ein annochint : un innocent / eine aronne : une araignée / avoir de l'détoule : avoir de l'embarras, de l'ennui / cacher après : chercher / tout à n'ein queop : tout à coup / l'quémeinée : la cheminée / comarate : camarade / berler : crier / ein fuchéau (ou ein fussiéau) : un putois / mam'zelle : mademoiselle / l'éthielle : l'échelle / j'ai bin l'doute : je me moque, je n'ai cure / l'Esqueaut : l'Escaut (le fleuve qui traverse Tournai) / ruer : jeter / l'seon : le son / eine beonne naque : une bonne odeur / quoisque : qu'est-ce que / deîner : dîner / s'pourléquer : se pourlécher / sintir meonter les ieaux : avoir une profonde envie de manger / les gampes : les jambes / au mitan : au milieu / berdéler : rouspéter, manifester son mécontentement / ein infant : un enfant / osu : osé / orgretté : regretté / débalté : ce mot possède plusieurs sens, pris ici dans celui de déchaîné / queusir : choisir / amidouler : amadouer, flatter, caresser / dusque : où / qu'mincher (ou commincher : commencer / fristouiller : cuisiner, préparer le repas / ête démoliné : être démoralisé / l'orache : l'orage / pa d'zeur : par-dessus / l'Meont de l'Ternité : le Mont de la Trinité, autre nom désignant le Mont Saint-Aubert qui s'élève au Nord de Tournai / erlever (ou orlever) : relever / biête : bête / s'mucher : se cacher / les queops : les coups / les visins : les voisins / berteonner : se mot à plusieurs signification, ici pris dans celui de gronder).

S.T. février 2017.

09:32 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard. |

16 févr.
2017

12:13

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

1956 RCCWT Alphonse Tassier.jpg

1956 RCCWT Charles Maillet.jpg

En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

1966 RCCWT décès Charles Maillet.jpg

Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

1965 RCCWT Lucien Jardez.jpg

Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

2016.01.09 RCCWT Philippe De Smet.jpg

C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

2016.01.09 RCCWT Christian Bridoux.jpg

Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.